Merci de cette réponse, monsieur le secrétaire d’État. Je suis convaincu que les intérêts de la France et de la Grande-Bretagne continueront de converger dans de nombreux domaines ; j’espère que la négociation sera concluante. Je me permets d’insister sur un point : si nous parlons à juste titre des pêcheurs, c’est bien toute la filière, de l’amont à l’aval, qu’il faut prendre en considération. En Bretagne, elle comprend 600 entreprises et 17 000 emplois : un emploi en mer, ce sont quatre emplois à terre. C’est un écosystème auquel je suis très attaché. Enfin, Lorient dispose d’une station de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer – l’Ifremer – qui participe de cet écosystème : les scientifiques travaillent à bord des navires pour collecter des données sur les traits de chalut, afin de bâtir une pêche durable qui respecte la biodiversité et les stocks halieutiques tout en permettant le développement de l’activité. C’est donc bien d’une approche globale qu’il est question. Je vous fais bien évidemment confiance pour mener une négociation gagnant-gagnant à Bruxelles. Merci encore, monsieur le secrétaire d’État ; vous êtes le bienvenu à Lorient.
La France est très engagée dans la négociation du Brexit ; le Président de la République a mis sur le haut de la pile le sujet de la pêche. Mais, à cette heure, nous demeurons inquiets. J’aimerais rappeler ici quelques chiffres : la Bretagne compte 4 800 marins et 1 200 navires ; 10 % des bateaux bretons sont directement concernés par la question de l’accès aux zones de pêche britanniques, et parmi eux, la moitié réalisent plus de 50 % de leur chiffre d’affaires dans les eaux britanniques. En ce qui concerne particulièrement le port de pêche de Lorient, ma propre terre, notre navire amiral, c’est la Scapêche : treize de ses bateaux travaillent dans les eaux britanniques, et la moitié du poisson mis aux enchères en provient. J’ajoute, car il faut prendre en considération l’ensemble de l’écosystème, que 60 % de l’activité de la vingtaine de mareyeurs lorientais est liée à l’activité dans les eaux britanniques. J’arrête ici de donner des chiffres, mais chacun aura bien compris que pour Lorient, pour la Bretagne, pour la France, cette négociation est vitale ; l’inquiétude est donc vive, dans les ports de pêche comme dans toute la filière. Les enjeux de la négociation sont connus : comment garantir l’accès aux zones de pêche britanniques et le maintien des droits historiques, négociés dans les années 1970 ? Quels seront demain les quotas de pêche ? Le Brexit, c’est potentiellement la fin des quotas de pêche pour nos amis britanniques. Quelles seront les conditions de débarquement des captures des navires français dans les ports britanniques, comme les conditions de transport en France ? Enfin, la question des droits de douane, qui ne concerne pas la seule pêche, est ouverte. Quelles mesures peut-on envisager, à Bruxelles comme à Paris, pour accompagner la nouvelle stratégie de la pêche française ? Comment soutenir l’ensemble de nos entreprises ? Nous avons soulevé ces problèmes avec votre collègue Didier Guillaume, bien sûr, mais ils concernent également ce beau ministère de l’Europe et des affaires étrangères.
Je partage le point de vue de la ministre et du rapporteur. Je formulerai néanmoins trois remarques. Premièrement, il nous faut manifestement faire en permanence de la pédagogie. Au pays de Lorient comme ailleurs, je constate en effet que la réserve opérationnelle reste mal connue. Deuxièmement, un chantier est devant nous : convaincre les collectivités locales de s’engager davantage en faveur de la réserve opérationnelle. Je sais que c’est facile à dire, et difficile de bâtir des stratégies avec les collectivités locales, mais nous pouvons et devons progresser sur cette voie. Troisièmement, je salue la signature par le ministère des conventions avec les organisations d’employeurs, mais, au pays de Lorient comme ailleurs, j’observe que nous avons du mal à territorialiser les conventions. Or les parlementaires que nous sommes peuvent apporter leur concours à cette territorialisation. C’est en tout cas, à mes yeux, un enjeu important pour les prochains mois.
Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, je souhaite vous interroger sur l’action de la France envers les chrétiens d’Orient et les minorités. J’associe à ma question Claude Goasguen, coprésident du groupe d’études créé à l’Assemblée nationale sur ce sujet, et nos collègues membres de ce groupe. Monsieur le ministre, permettez-moi de vous faire part de deux considérations. D’une part, en cohérence avec les engagements du Président de la République, nous souhaitons que la France puisse bâtir dans la durée – nous insistons sur ce point – une politique de soutien aux chrétiens d’Orient et aux minorités. Il s’agit de protéger et de soutenir des populations qui souhaitent rester vivre sur leurs terres, au nom des valeurs humanistes de la France. D’autre part, l’action de la France envers les chrétiens d’Orient est pertinente parce que ces derniers constituent, hier comme aujourd’hui, un facteur de dialogue et de paix dans la région. À nos yeux, les chrétiens doivent continuer à jouer ce rôle de médiateurs, au nom de la diversité culturelle et confessionnelle. Ces deux considérations posées, j’aurai trois questions, monsieur le ministre. Premièrement, suite à la conférence internationale de Koweït du 13 février dernier, lors de laquelle vous avez défendu une position très ferme, quels sont les engagements du gouvernement irakien pour une paix véritablement inclusive ? Deuxièmement, depuis 2015, la France a décidé la création d’un fonds dit « minorités » finançant des actions en Irak, en Syrie, au Liban et en Jordanie. Quel en est le bilan ? Quelles sont les perspectives pour ce fonds ? Troisièmement, la France a pris l’initiative de créer, avec les Émirats arabes unis, le fonds dit ALIPH – Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit – pour la sauvegarde du patrimoine culturel et religieux. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ? Je conclurai, monsieur le ministre, en disant que nous refusons la thèse selon laquelle les chrétiens d’Orient et les minorités seraient voués à disparaître. Bien au contraire, nous considérons qu’une action globale déterminée, y compris en Israël et en Palestine, doit permettre à ces populations de rester vivre chez elles. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes REM et MODEM et quelques bancs des groupes LR, UDI-Agir et NG, ainsi que parmi les députés non inscrits.)