Je salue le formidable travail réalisé quotidiennement par les fonctionnaires de notre belle institution. Après la crise sociale des gilets jaunes et la crise sanitaire du covid-19, j’émets simplement le vœu que l’État prenne enfin conscience que nos territoires sont la deuxième jambe sur laquelle doit s’appuyer notre pays, dans l’intérêt de tous nos concitoyens. Chers collègues, n’oubliez jamais la belle mission qui est la vôtre (Applaudissements sur tous les bancs.), celle de porter la voix de la nation et de réaliser le meilleur pour nos compatriotes. Je vous souhaite bonne chance à toutes et tous.
Au Gouvernement, je dis que nous sommes tous pour une souveraineté sanitaire, que nous voulons tous une transition écologique industrielle. Malheureusement, entre les discours et la réalité des faits, c’est le Grand Canyon ! Pouvez-vous préciser les détails de vos intentions quant à la relocalisation et à la transition industrielle de notre pays ? Puisqu’il me reste du temps, je voudrais vous dire, chers collègues, au moment de quitter le Parlement après neuf années de mandat, que je vous adresse à tous, sur tous les bancs de notre assemblée, un salut républicain. J’adresse plus particulièrement mes affectueuses pensées aux membres de mon groupe ainsi qu’à mes deux présidents successifs, Olivier Faure et Valérie Rabault. Je veux vous dire, monsieur le président Richard Ferrand, que vous êtes à mes yeux un président qui représente bien notre institution et qui la défend…
Ma question s’adresse à M. le ministre de l’économie et des finances. Près de 12 millions de Français se trouvent actuellement au chômage partiel. Sur France 2, jeudi soir dernier, Bruno Le Maire jugeait qu’une relocalisation industrielle était nécessaire pour l’avenir de notre pays. Pourtant, dans la commune d’Alfortville dont je suis le nouveau maire, le groupe Sanofi ferme son centre de recherche et de développement, ce qui va entraîner la suppression sèche de 124 emplois. Dans mon département du Val-de-Marne, le groupe Renault, qui a reçu un prêt de 5 milliards d’euros de la part de l’État, fermera d’ici 2022 son usine de Choisy-le-Roi, ce qui fera disparaître près de 400 emplois. Nous étions d’ailleurs, tous les élus locaux, mobilisés samedi auprès des salariés.
Au moment où nos compatriotes vous interrogent sur le devenir de leurs retraites, l’urgence climatique ou le pouvoir d’achat, vous vous trompez de débat comme de priorités. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes FI et GDR. – Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LaREM et LR.)
Qui croire ? Le candidat Macron ou le Président Macron ? Qu’avez-vous fait durant ces deux années ? Vous avez voté la loi « asile et immigration », décriée jusque sur les bancs de votre majorité ! Vous n’avez même pas réagi lors de la nomination d’un commissaire européen à la protection de notre mode de vie. Vous avez laissé des collectivités locales complètement à l’abandon face à l’arrivée des demandeurs d’asile. Vous avez même criminalisé la solidarité. J’en profite pour réitérer mon soutien à Martine Landry, traînée devant les tribunaux pour délit de solidarité. Où est le « en même temps » ? Où est l’équilibre ? Lorsque le Président Macron compare l’humanisme au laxisme, le doute n’est plus permis sur vos intentions. Comment ne pas évoquer le combat, comme je l’ai fait aux questions d’actualité, que je mène depuis quatre mois aux côtés des travailleurs sans papiers du site de Chronopost d’Alfortville, qui se sont mis en grève ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC. – MmeDanièle Obono applaudit aussi.) On refuse d’accéder à leurs revendications sociales sous prétexte qu’ils sont en situation irrégulière. Que fait le Gouvernement contre ces grandes entreprises qui entretiennent l’esclavage moderne pour démultiplier leurs profits ? Pourquoi n’obtenons-nous pas de réponse de votre part ? Nous avons bien conscience qu’il ne suffit pas de dénoncer votre politique migratoire. C’est pourquoi nous vous proposons des solutions réalistes : instaurer un visa humanitaire européen, instituer un droit effectif de l’hospitalité, créer un fonds européen d’accompagnement des collectivités locales, anticiper les migrations climatiques, établir des coopérations médicales avec certains pays, assurer un accès effectif et gratuit aux services préfectoraux, conformément à la loi, et, selon le souhait de plus de vingt ONG, harmoniser au niveau européen le droit d’asile, en sortant du système des « dublinés », sans dégrader pour autant l’accueil des demandeurs. Le « en même temps » ne fonctionne pas pour les valeurs. Braconner sur les terres du Rassemblement national, alors que les Français eux-mêmes ne font pas de l’immigration un thème prioritaire, ne fera que renforcer ce parti. Vous êtes vous-mêmes en train de préparer un climat délétère à l’italienne. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)
Vous nous invitez aujourd’hui à un grand débat national sur la politique migratoire. Très bien. Je sais que nous sommes très nombreux dans cette assemblée à connaître ces questions dans nos circonscriptions et à avoir visité au moins une fois un camp de migrants, ce qui nous a permis de prendre conscience de leurs conditions d’hébergement. Ce débat doit être abordé avec lucidité mais avec un prisme politique qui ne peut pas être, selon moi, celui auquel nous invite le Président Macron. D’ailleurs, je le dis avant de courroucer les députés de la majorité, le simple fait que Jean-Marie Le Pen valide le discours du Président doit nous inquiéter collectivement. («Oh!» sur les bancs du groupe LaREM.) Votre majorité s’érige en rempart contre l’extrême-droite, mais vous en devenez la passerelle ! La politique migratoire concerne avant tout des êtres humains, qui ont un nom, un visage et une histoire. Pour ma part, j’ai visité le centre d’accueil pour mineurs isolés de Pantin. J’étais encore, mercredi dernier, à la porte de la Chapelle à Paris, pour rencontrer les demandeurs d’asile du campement de migrants et pour me rendre sur la fameuse colline. S’agissant des campements de migrants dressés à travers la France par les demandeurs d’asile, nous savons qu’il manque au moins 30 000 places d’hébergement. La vision politique de mon groupe est claire. Si nous ne sommes pas favorables à un accueil inconditionnel au séjour, nous militons, avec de nombreuses ONG – organisations non gouvernementales –, pour un hébergement inconditionnel des demandeurs d’asile. Il faut assurer des conditions d’accueil dignes au titre de nos obligations humanitaires d’asile. D’ailleurs, depuis 2015, l’indépendance de l’OFPRA, garantie par la loi, est indissociable du respect du droit d’asile en France. Il est d’ailleurs complètement inconscient de penser qu’en laissant des êtres humains s’entasser dans la rue, dans des conditions indignes et insalubres, on en découragera d’autres de fuir la guerre ou la misère. Nous pouvons construire ces 30 000 places d’hébergements. Laisser les gens à la rue, c’est instaurer une « fabrique de la folie » qui ne fera qu’empirer la situation dans nos villes. Quel but poursuivez-vous avec ce débat ? Voulez-vous vraiment avancer de réelles solutions ? Pardonnez-moi, monsieur le Premier ministre, mais je n’ai rien entendu qui aille en ce sens dans les différentes prises de parole gouvernementales. En ce moment, sur les bancs de la majorité, c’est le concours Lépine : stigmatisation des Albanais, stigmatisation des Géorgiens, remise en cause de l’aide médicale d’État, quotas migratoires alors même qu’ils sont inefficaces et irréalisables. On le sait, la déferlante migratoire ou le grand remplacement ne sont que des fantasmes dangereux et morbides. En janvier 2017, le candidat Emmanuel Macron déclarait d’ailleurs au journal LeMonde : « Le sujet de l’immigration ne devrait pas inquiéter la population française. […] L’immigration se révèle être une chance d’un point de vue économique, culturel, social. »
Madame la ministre du travail, dans un courrier daté du 12 juin dernier, je vous interpellais au sujet du site alfortvillais de la société Chronopost, dans lequel un mouvement de grève a été lancé par plusieurs dizaines de travailleurs sans-papiers. Mon courrier et ma demande de rendez-vous étant restés lettre morte, je vous pose donc directement ma question. De quoi s’agit-il ? D’une situation professionnelle et humaine inacceptable. En effet, le groupe La Poste – entreprise publique, rappelons-le – recourt, en feignant de ne pas le savoir, à des travailleurs sans-papiers. Ceux-ci déchargent les camions transportant les envois Chronopost et les trient afin de permettre leur distribution. Ils sont privés des droits élémentaires dus aux salariés. Ils embauchent à trois ou quatre heures du matin, ils sont employés à temps partiel pour 600 euros par mois et, bien sûr, il n’est pas question pour eux de tomber malade ou de porter des revendications sociales ! Ce traitement inhumain est inacceptable. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur plusieurs bancs du groupe FI.)
Néanmoins, il n’est pas le fait de votre gouvernement, reconnaissons-le tous ensemble. Il est le résultat d’un laisser-faire dans notre pays depuis trente ans. Oui, on ferme les yeux sur ce qui n’est autre que de l’esclavage moderne. On ne peut pas accepter que des sans-papiers soient employés dans le seul but de faire baisser des coûts de fonctionnement.
Nous ne pouvons pas nous contenter des réponses alambiquées des différents employeurs, directs ou indirects, qui se déchargent de la question sur un tiers. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Humainement, je suis solidaire de l’émoi de ces travailleurs : de Demba, de Mohamed, de Sekou, de Samba et de tous les autres, confrontés au système inique de sous-traitance en cascade.
Madame la ministre, ma question est claire : êtes-vous prête, avec le Gouvernement, à diligenter une enquête auprès du groupe La Poste ? êtes-vous prête à délivrer une autorisation temporaire de travail à ces travailleurs, le temps que leur dossier de régularisation soit étudié ? (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, FI et GDR ainsi que sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Menons le combat avec force ! Il doit être politique, juridique, culturel, et non éruptif. Je suis très heureux des réactions des députés de la majorité, notamment ceux venus de l’ancien monde. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Pour lui, c’est sûr, on a tiré sur le fil du complot, et c’est le mensonge qui est venu. Attention ! Il existe aussi un danger pour les plus jeunes, quand c’est Netflix qui propose des documentaires complotistes sans que cela soit signalé. Mes chers collègues, réveillons-nous ! Si nous voulons combattre les populismes, il faut d’abord que le peuple se sente réellement représenté. Ayez donc le courage d’instaurer la proportionnelle intégrale aux législatives, avec un seuil minimal de 5 %. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe MODEM.)