Au moment de commencer mon propos, je voudrais adresser une pensée à nos collègues parlementaires de la Rada à Kyïv. Nombre d’entre eux se sont immédiatement dressés et armés pour défendre leur pays, au risque de leur vie, pour l’honneur de leur pays. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem, Agir ens, UDI-I, LT et sur plusieurs bancs du groupe LR.) Ce courage doit nous inspirer. Ils sont l’histoire. À nous d’être à la hauteur des enjeux. Alors, je vous le dis, avec humilité, mais comme un cri qui part d’ici, du cœur vivant de la démocratie : ia oukraïnets, je suis un Ukrainien. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.) Mes chers collègues, la guerre est revenue en Europe. Avec la déclaration de guerre de la Russie à l’Ukraine et la violation de son territoire par l’armée russe, le 24 février, la paix au sein de l’Union européenne est aujourd’hui plus menacée qu’elle ne l’a jamais été depuis la fin de la guerre froide. Plus de trente ans après la fin du rideau de fer, un dirigeant étranger a demandé à son armée d’envahir un pays souverain pour renverser son gouvernement démocratique et l’asservir. Plus de trente ans après la chute du Mur de Berlin, un régime autocratique tente de forcer des peuples à adhérer à un récit historique fantasmé, au mépris de leurs choix et de leurs droits les plus élémentaires. Plus de soixante-dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, un pays choisit ouvertement une politique d’agression et d’annexion, au mépris du droit international et de la souveraineté des États. Cette violation flagrante et consciente des principes qui fondent l’ordre européen et international doit être dénoncée pour ce qu’elle est : une guerre injustifiée et injustifiable. Ces dernières semaines, le Président de la République, en lien avec nos partenaires européens et nos alliés, a cherché, par tous les moyens, à préserver la paix et à maintenir le nécessaire dialogue diplomatique. C’est l’honneur de la France, c’est l’honneur de nos démocraties, d’avoir jusqu’au bout tenté de préserver les peuples de la guerre, mais, pour que ces discussions aboutissent, encore aurait-il fallu que les autorités russes aient eu l’intention de respecter la paix, le droit et la parole donnée. Au cœur de l’Union européenne, la France prend toute sa part dans les décisions annoncées ces derniers jours et ces dernières heures. L’Union européenne a décidé d’une aide économique historique de 1,2 milliard d’euros, dont 300 millions d’euros proviennent de la France. Des armes de défense sont envoyées aux Ukrainiens, ainsi que du matériel de survie. Une aide humanitaire importante est acheminée vers les pays frontaliers, notamment la Moldavie. La France prend toute sa part dans cet effort, comme elle le fait déjà en tant qu’acteur majeur au sein de l’OTAN. Notre groupe se place en soutien indéfectible des soldats français et européens présents dans les États baltes et en Roumanie. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et quelques bancs du groupe LR.) En outre, l’accueil des milliers de réfugiés qui ont dû brutalement quitter le territoire ukrainien pour fuir les combats doit être une priorité européenne. La France doit aussi se montrer à la hauteur. Les exactions russes ne resteront pas sans conséquences. Les sanctions adoptées par l’Union européenne et ses alliés, le 25 février dernier, et renforcées ce week-end montrent aux promoteurs de cette guerre que le prix de leurs actions sera lourd, très lourd. L’exclusion des banques russes du système financier SWIFT illustre l’isolement auquel le régime russe s’est seul condamné et auquel il condamne son économie et ses citoyens. L’intégralité des avoirs de la banque centrale russe a été gelée dans la nuit de dimanche à lundi, ce qui représente des sommes très importantes. Nous avons aussi décidé de bloquer les avoirs placés à l’étranger par MM. Poutine et Lavrov et l’espace aérien européen a été fermé aux compagnies d’aviation russe. Enfin, les chaînes de désinformation russes, Sputnik et Russia Today, ont été bannies et plusieurs réseaux sociaux ont confirmé la fermeture des comptes qui leur sont attachés. Ces sanctions, décidées par vagues, n’ont qu’un seul but : stopper cette invasion, dire à l’Ukraine que nous sommes à ses côtés. Nous ne baisserons pas la garde. Nos pensées vont au peuple ukrainien, à ces civils qui doivent prendre les armes pour lutter contre leurs envahisseurs, à ces familles déchirées, à tous ceux qui sont inquiets pour leurs proches. Nos pensées sont également tournées vers nos concitoyens français en Ukraine et vers le personnel diplomatique de l’ambassade de France, resté pour assurer un soutien précieux à nos ressortissants. Je salue aussi nos forces de sécurité et l’équipe du GIGN – groupe d’intervention de la gendarmerie nationale – partie assurer la sécurité de l’ambassade ainsi que nos forces armées mobilisées dans le cadre de l’Alliance à l’est de l’Europe. Notre amitié va enfin à ces Russes, en France et en Russie même, qui manifestent contre cette guerre qui n’est pas la leur, malgré les risques. (Mme Caroline Abadie applaudit.) Que les nouvelles de ces derniers jours servent de leçon à ceux qui ont pu être, voire demeurent, complaisants envers cet autoritarisme et semblent éprouver une fascination malsaine pour l’usage immodéré de la force. Le Président de la République le rappelle tous les jours : nous ne transigerons jamais avec nos principes et nos valeurs démocratiques ; elles sont la condition première de nos libertés ; elles sont au cœur de ce que nous sommes. À ceux qui prétendent que la recherche inlassable d’un dialogue exigeant avec la Russie serait la preuve d’une certaine naïveté, je dis combien la diplomatie est aussi la voie du pragmatisme. Ce sont d’ailleurs bien souvent les mêmes qui refusaient de voir les manœuvres de déstabilisation de nos démocraties et les manipulations de l’information orchestrées depuis l’étranger. Ce sont les mêmes dont je doute du vote devant le Conseil de sécurité : qu’auraient-ils fait, ces alignés d’hier ? (Applaudissements sur les bancs de groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe Dem.) Je souhaite rappeler la méthode qui est celle de notre pays et de notre gouvernement. Dès mai 2017, le Président de la République avait reçu le président Poutine, à Versailles. Il avait tenu à être extrêmement clair, à rappeler les valeurs de la France, sans compromission, sans faiblesse. C’est une démarche qui consistait déjà à se dire les choses, à rappeler notre attachement à la souveraineté de l’Ukraine notamment. Depuis, à l’occasion de la guerre en Syrie ou encore du G7 à Biarritz, les relations ont été constantes ; la fermeté, aussi. Le 7 février dernier, le Président de la République se rendait à Moscou pour des discussions de la dernière chance. Depuis, le président ukrainien a fait appel à la France comme partenaire et comme intermédiaire, et les échanges n’ont pas cessé. La France a choisi une position qui l’honore, tant en se tenant aux côtés des Ukrainiens qu’en facilitant le dialogue, quand cela est nécessaire et possible, avec les Russes. Nous devons faire preuve d’une résolution ferme afin de répondre à cette attaque contre la paix et la stabilité en Europe menée par la Russie avec la complicité coupable de la Biélorussie. On le sait : cette guerre durera et laissera des traces. Nous savons que les sanctions que nous adoptons auront de lourdes conséquences pour nos propres économies, pour la vie de nos concitoyens, pour nos habitudes les plus élémentaires. Les prix de certaines matières premières vont s’en ressentir, de même que les prix de l’énergie, bien que la hausse soit bien plus contenue que dans d’autres pays. Notre économie est forte, elle s’y prépare, mais elle aura besoin de mesures de soutien. Monsieur le Premier ministre, nous vous donnons acte des engagements que vous avez pris devant nous pour bâtir un plan de résilience pour nos agriculteurs, pour sécuriser nos filières et pour avancer dans la construction de boucliers de prix aux niveaux national et européen. Cette crise, qui se déroule à nos portes, démontre plus que jamais qu’il y a urgence à accéder à une véritable souveraineté économique et stratégique. Alors que certains riaient sous cape lors du discours prononcé par le Président de la République à la Sorbonne en 2017, la situation dramatique que nous vivons ne fait que renforcer notre conviction : notre souveraineté européenne doit être totale et sans faille. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.) Sur les plans énergétique, agricole, industriel, technologique, militaire, nous devons construire un avenir souverain. Nous l’avons déjà clairement engagé, et sur le plan militaire, la loi de programmation dessine cette armée de demain, mais nous devons poursuivre les efforts. (Mme Marie-Christine Verdier-Jouclas applaudit.) La réalisation de ce projet de souveraineté est le gage de notre liberté (Mme Patricia Mirallès applaudit) et de notre indépendance future dans un monde qui semble de plus en plus privilégier des logiques de confrontation plutôt que de coopération. Monsieur le Premier ministre, chers collègues, nous en avons tous conscience, ce sont des temps tragiques que nous sommes en train de vivre. Faisons preuve de détermination et de confiance en nos valeurs, celles qui fondent notre République et se confondent avec la liberté des peuples. Avançons sur le chemin de la nécessaire indépendance de l’Union européenne, renforçons notre souveraineté militaire, stratégique, économique, énergétique ! Les rendez-vous européens de la présidence française de l’Union européenne sont une occasion unique. À nous de nous en emparer collectivement. Notre cœur est avec les Ukrainiens qui se battent. Nous sommes à un tournant de l’histoire, à nous d’être à la hauteur des enjeux : ia oukraïnets ! (Les députés des groupes LaREM, Dem et Agir ens se lèvent et applaudissent. – M. Olivier Faure applaudit également.)
Je vous remercie, monsieur le président, de cette initiative qui nous donne l’occasion d’affirmer notre totale solidarité avec le peuple ukrainien. Le président Vladimir Poutine a pris une voire plusieurs décisions graves pour l’Ukraine, pour l’Europe et pour l’équilibre institutionnel du monde. Il viole le droit international, et il importe que nous le dénoncions de la manière la plus ferme ici, dans le cœur de la démocratie qu’est l’Assemblée nationale. Le Président de la République a parlé ce matin au président Volodymyr Zelensky, qui a décrit la situation et a demandé des interventions multiples pour soutenir l’Ukraine. Le Président de la République a aussi échangé ce matin avec le président Charles Michel. Le message de la France est clair : nous condamnons fermement la Russie et nous exprimons notre pleine solidarité avec l’Ukraine ainsi que notre préoccupation pour les populations. Le Président de la République l’a dit, la France exige la fin des opérations. Nous engageons immédiatement la concertation au meilleur niveau avec nos partenaires européens et nos alliés. Des réunions du G7, du Conseil européen et de l’OTAN sont prévues dans la journée. Cette intervention ne menace pas seulement le peuple ukrainien, elle révèle une tentative d’hégémonisme et un mépris pour le droit international de la part de certains, qui, au nom d’une puissance militaire, pourraient décider de régenter le monde. C’est au nom du respect que nous devons au peuple ukrainien et à chacun que nous défendrons le droit international, qui distingue l’État de droit de la barbarie. C’est de cela que nous parlons, d’où notre condamnation extrêmement ferme. Monsieur le président, au nom du groupe La République en marche, je vous remercie une nouvelle fois de votre initiative. (Applaudissements sur tous les bancs.)
Ce matin, à la maison des femmes de Saint-Denis, Ghadah Hatem – que chacun ici connaît – nous parlait de cette jeune femme, cette « petite gamine » a-t-elle dit, qui a découvert sa grossesse à seize semaines d’aménorrhée. Venant du sud de la France, elle s’est retrouvée à Saint-Denis parce que son médecin lui avait dit : « On ne peut rien pour vous ». Il n’a rien dit d’autre que cette phrase froide, cruelle et violente. C’est à cette « petite gamine » que je veux m’adresser, ainsi qu’aux femmes colombiennes, pour leur exprimer ma fierté de voir aboutir ce texte que nous soutenons depuis de longs mois, né du travail de Cécile Muschotti et de Marie-Noëlle Battistel au sein de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, puis repris par notre collègue Albane Gaillot. Chacun le sait, sans le groupe La République en marche, ce texte n’aurait pas parcouru un tel chemin : grâce à notre majorité, nous faisons un pas de plus vers l’égalité réelle. Si la liberté de conscience prime dans notre groupe, comme dans les autres, je salue ceux qui ont veillé à tenir des propos respectueux envers chacun. Nous avons surmonté la stratégie d’obstruction que certains ont adoptée, en particulier pour faire reculer le groupe Socialistes et apparentés lorsqu’il a inscrit le texte à son ordre du jour. Nous avons refusé d’entrer dans un jeu politicien sur un tel sujet – d’autres s’y sont en revanche livrés, à l’Assemblée comme au Sénat. Nous voulions simplement aller de l’avant, et rapidement. C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité poursuivre l’examen du texte défendu par Albane Gaillot, alors que nous aurions pu en déposer un nouveau. Notre engagement en faveur de cette proposition de loi visait un objectif : répondre à des situations dramatiques. Rappelons-le, trop de femmes sont contraintes d’aller à l’étranger pour procéder à une interruption volontaire de grossesse qu’elles ne peuvent pas réaliser en France, soit parce qu’elles se sont aperçues trop tard de leur situation, soit parce qu’elles ont pris leur décision tardivement, soit parce qu’elles n’ont pas eu accès assez rapidement à un professionnel de santé. Notre démarche fait écho au combat que nous menons depuis cinq ans avec la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes : le combat du droit des femmes, de l’accès réel aux droits et du progressisme. Au-delà de l’allongement du délai de douze à quatorze semaines, nous sommes résolument attachés à assurer l’accès réel au droit fondamental qu’est l’avortement. Aux côtés du Gouvernement, le groupe La République en marche a défendu d’autres avancées essentielles, notamment dans le cadre de la présente proposition de loi. Nous avons ainsi souhaité augmenter le nombre de professionnels susceptibles de pratiquer l’IVG, et garantir aux femmes le libre choix de leur méthode d’avortement ; c’est pourquoi nous ouvrons la pratique de l’IVG chirurgicale aux sages-femmes. En parallèle, nous avons créé un répertoire des professionnels de santé et des structures qui pratiquent l’interruption volontaire de grossesse. Nous avons le devoir de renforcer la diffusion de ces données, sachant que toutes les femmes n’ont pas un égal accès aux informations et à l’offre de soins. Notre devoir est aussi de lutter contre l’obscurantisme, contre les faux sites internet, contre les faux numéros verts et contre ceux qui attaquent le droit fondamental des femmes à disposer de leur corps. J’entends les critiques de ceux qui considèrent qu’il faut commencer par renforcer l’information sur les moyens de contraception – en réalité, ils préfèrent ne rien faire. J’entends aussi ceux qui trouvent la copie insuffisante, notamment en ce qui concerne la double clause de conscience. Dans les deux cas, cette posture et ce choix politique n’auraient accordé au texte que le plaisir d’un vote, sans volonté d’aboutir. À la posture, nous préférerons toujours l’action. Nous devons évidemment renforcer l’information, pour que la contraception soit à la portée de toutes et que chacune en connaisse les enjeux. Parallèlement, il faut simplifier et renforcer l’accès à l’avortement. Le groupe La République en marche a d’ailleurs conforté l’accès à la contraception d’urgence dans le présent texte, et l’exécutif a pris des engagements permanents en faveur de la contraception – M. le ministre l’a rappelé. Toutefois, je le répète : il serait trop simple de croire que parce que la contraception existe, le recours à l’avortement deviendrait inutile. Alors que certains pays durcissent leur législation, je rappellerai ces paroles de Simone de Beauvoir, que nous devons répéter sans relâche pour que nos enfants les gardent en mémoire : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Ces mots, je les répéterai ma vie durant, car, si l’actualité est positive dans certains pays, elle illustre, dans de trop nombreux autres, les risques qui pèsent sur les droits fondamentaux des femmes. Alors que la législature se termine, je suis heureux que mon groupe ait mis son énergie au service de cette proposition de loi, afin que le droit des femmes soit conforté, affirmé et renforcé. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs des groupes Dem et SOC.)
Au nom de ces mêmes valeurs, monsieur le Premier ministre, le groupe La République en marche ne peut que saluer le renouvellement de notre engagement plein et entier aux côtés de nos partenaires africains et européens dans la lutte essentielle contre le terrorisme islamiste. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.)
Les évolutions de notre engagement obéissent à une double nécessité : se renouveler face à un ennemi multiforme et mouvant ; chercher à coopérer toujours plus étroitement avec nos alliés. À ceux qui, ici même, par opportunité politique et partisane, qualifieraient d’emblée ce changement d’approche d’échec, je dirais qu’ils font preuve de bien peu de mémoire : empêcher la partition d’un État tout entier, voire son effondrement total – tel était le risque en 2013 –, ne peut pas être qualifié d’échec ; éviter qu’une population amie soit asservie par l’extrémisme et l’obscurantisme ne peut pas et ne pourra jamais être vu comme un échec. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) L’échec aurait été de renoncer face à la difficulté, de ne pas rester fidèles à la parole donnée à nos alliés, de faire le choix de ne pas les soutenir face à cette menace que nous ne connaissons nous-mêmes que trop bien. Au renoncement, il nous faut encore et toujours opposer la fidélité à nos idées, à nos promesses, à nos alliés : cette fidélité qui nous a fait répondre présents lorsque les autorités maliennes et les pays de la région ont demandé notre assistance pour repousser la menace qui risquait de les asservir. Cette même fidélité qui nous a fait demeurer là-bas depuis tant d’années et qui, nous en sommes conscients, nous a coûté : nous ne pouvons que rendre hommage aux cinquante-neuf militaires tombés pour la France au Sahel, ainsi qu’aux nombreux blessés et à leurs familles qui ont tous eu à payer le prix du sang et des larmes dans ce combat contre l’islamisme radical. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs des groupes LR et Dem. – M. Jean-Paul Lecoq applaudit également.) Ils l’ont fait au nom des valeurs de liberté et de fraternité qui fondent notre République. Leur courage et leur sacrifice nous honorent et nous obligent.
À l’issue de près d’une décennie d’engagement des troupes françaises au Sahel aux côtés des forces de nos partenaires africains et européens, nous sommes désormais à un tournant. Le combat contre l’extrémisme islamiste que nous menons depuis 2013 et dans lequel la France, par la voix du Président de la République, a réaffirmé son plein et entier engagement demeure toujours aussi prégnant. Al-Qaïda et Daech ont manipulé des aspirations locales pour s’implanter et ensanglanter encore plus de pays de la zone, comme ce fut de nouveau le cas ces derniers mois au Mali, au Burkina Faso, au Niger ou au Bénin. Alors que la menace islamiste reste prégnante, de nouveaux régimes, à peine installés, ont fait le choix de servir leurs propres intérêts, préférant appuyer sur les rancunes du passé plutôt que ménager un avenir à leur peuple en faisant de la lutte contre le terrorisme leur priorité. Or il convient de le redire : aucune victoire durable ne peut être atteinte sans une coopération étroite avec les États de la région. Le nouveau régime présent au Mali a, de toute évidence, choisi de se détourner de cette voie. Même si nous ne pouvons que le regretter, nous devons en prendre acte. Il ne s’agit pas que d’une question bilatérale touchant la France, mais bien d’enjeux impliquant l’ensemble des parties prenantes aux échelles européenne et africaine. Face à ceux qui préfèrent agiter les passions tristes, il nous appartient d’opposer la constance de notre engagement dans cette lutte que nous savons non seulement nécessaire mais juste. Dans cette perspective, les orientations présentées par le Président de la République la semaine dernière et qu’il vous appartenait de détailler devant nous, monsieur le Premier ministre, permettent d’envisager un nouveau cadre pour notre présence, ainsi que celle de nos alliés, en Afrique de l’Ouest, un cadre qui témoigne d’un partenariat renouvelé – nous le saluons – avec les peuples et les États de la région. Ces orientations restent fondées sur l’objectif que la France s’est fixé depuis le premier jour de son intervention : soutenir ses partenaires africains dans leur lutte contre l’islamisme radical. C’est pourquoi nous saluons la coopération renouvelée en matière sécuritaire avec le Niger ou la Mauritanie, mais aussi avec les pays du golfe de Guinée tels que le Bénin ou le Togo, également sous la menace de la violence terroriste. C’est ce lien étroit avec les pays de la bande sahélienne et de ses contours qu’il convient d’approfondir et de diversifier encore et toujours. Enfin, le besoin de réorganisation de la force française Barkhane et de la force européenne Takuba, alors que les autorités maliennes ont choisi de ne plus coopérer avec les forces alliées dans la région, ne doit pas nous faire perdre l’esprit de cohésion et de coopération étroite que nous avions réussi à nouer entre les forces occidentales présentes sur place : ce que l’on a pu appeler l’esprit Takuba. Il est regrettable que la junte malienne ait choisi de se détourner de cet esprit de cohésion, en confiant sa protection à des mercenaires de la société russe Wagner dont les malversations sont déjà tristement célèbres en Afrique : pillages, exactions contre les civils, règles d’engagement bafouées… La liste est longue, trop longue. Choisir Wagner, c’est faire le choix pour les dignitaires des juntes de favoriser leur propre sécurité au détriment de celle de leurs citoyens.
En ce moment même, un million de personnes sont enfermées dans un grand pays qui doit aussi regarder la situation avec responsabilité. Il y va de notre honneur de ne pas rechercher des cohérences successives, qui varieraient en fonction du moment. Il y va de notre honneur de pas chercher à déplacer notre responsabilité : c’est ici, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, que nous devons prendre toute notre responsabilité. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Il ne s’agit pas de dénoncer globalement un État ni de le montrer du doigt. Notre honneur est d’adresser le message suivant : nous considérons qu’il est insupportable et inacceptable que des centaines de milliers, que des millions de femmes, d’hommes et d’enfants soient réduits en esclavage (Mme Clémentine Autain s’exclame) parce qu’ils sont différents, qu’ils ont une religion différente. Ce qui se passe au cœur d’une partie du monde est tout simplement insupportable. L’honneur de mon groupe sera de voter la résolution (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem, Agir ens et SOC) non parce qu’elle serait parfaite sur le plan juridique, mais parce qu’elle délivre un message politique. Ici, au cœur de la République, nous assumons de délivrer des messages politiques. Merci à Raphaël Glucksmann et au groupe socialiste d’avoir suscité ce débat. (Mêmes mouvements.)
Oscar Wilde disait que « pour l’artiste, la pensée et le langage sont les instruments d’un art ». Vous en usez en effet habilement, monsieur le député, mais ce n’est pas cela, être député. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe Dem.)
Et puisque vous aimez Le portrait deDorian Gray, je vous accorde volontiers que vous usez habilement depuis quatre ans et demi, ici, du statut particulier d’artiste, plus précisément de comédien. (Mêmes mouvements.)
Je salue le président, que je suis ravi de retrouver dans cet hémicycle (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem. – M. Jean-Luc Reitzer applaudit également) après qu’il a fait partie de ces femmes et de ces hommes pour lesquels nous devons nous battre. Et la meilleure façon de nous battre contre le covid, c’est la vaccination. Au moment où je nous invite à rejeter cette motion, j’ai en tête que vendredi, 700 000 personnes se sont fait vacciner, dont 85 000 pour la première fois. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Je vous le dis, monsieur Ruffin : le combat que vous menez est déjà perdu parce que les Français savent ce qu’il en est et se mobilisent pour défendre notre société dans ce qu’elle a de commun et de collectif en choisissant la vaccination. Et ce texte va à la fois les accompagner et les protéger. C’est tout le sens de l’engagement de notre groupe La République en marche. Nos débats ont été nombreux, fournis – le président en a rappelé la durée totale –, émaillés d’incidents, mais ils nous ont permis d’exprimer nos désaccords. Il est temps désormais que ce texte soit promulgué pour pouvoir protéger les Français. Monsieur Ruffin, vous avez évoqué l’âme des députés de la majorité… Recherchez profondément dans la vôtre avant de nous y inviter. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Les députés de mon groupe sont particulièrement mobilisés pour que nous aboutissions et nous sommes assez sereins, j’y insiste, pour que le débat soit le plus constructif possible. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
…un lieu où des opinions certes différentes peuvent et doivent s’exprimer mais dans le respect mutuel. (Exclamations sur les bancs des groupes LR et GDR.)
Pour cela, chacun peut choisir un chemin, une méthode. La nôtre est constante : refuser le populisme et assumer nos choix. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs des groupes LR et GDR.) Monsieur le Premier ministre, vous étiez il y a quelques instants au Sénat et vous êtes à présent devant nous. Je tiens à vous remercier d’avoir accepté de vous adresser aux députés de la nation. Nous sortirons, j’en suis convaincu, tous grandis si nous continuons à faire de cet hémicycle un lieu de débat,…