C’est vous qui avez baissé la part de l’industrie dans le PIB : elle est seulement de 10 % aujourd’hui, c’est-à-dire au niveau de la Grèce. Voilà où en est notre pays à cause de vous ! Nous ne prétendons pas que la nationalisation est la panacée, nous disons qu’elle est un outil. Augmenter la participation de l’État dans le capital d’ArcelorMittal permettra de s’assurer que les subventions seront transformées, non pas en dividendes, mais en investissements. Dans le même temps, nous devrons mener une bataille pour la protection, au lieu de conclure de nouveaux traités de libre-échange avec l’Inde ! Je veux aussi réagir à des paroles qui ont été prononcées tout à l’heure dans cette enceinte. Le mot « bipolaire » a été jeté comme une injure d’un banc à l’autre. Nous sommes pourtant supposés nous rassembler cette année autour de la grande cause nationale de la santé mentale ! La bipolarité n’est pas une insulte, mais une maladie dont souffrent 1 % des Français, une maladie qui pèse sur les familles, sur le travail, sur la relation aux autres et sur les finances.
Recevoir des cours d’économie industrielle de la part de députés macronistes, c’est vraiment l’hôpital qui se fout de la charité, c’est le pape qui donne des cours d’éducation sexuelle !
Nous voterons bien sûr pour la nationalisation. Monsieur le ministre, vous parlez de batailles menées au niveau européen, mais Arcelor délocalise en Inde ses fonctions support, c’est-à-dire les ressources humaines, le marketing, la gestion de l’approvisionnement, la comptabilité et l’informatique. Cette semaine, je me trouvais devant Randstad Digital, une société d’informaticiens rachetée par les Indiens, qui a divisé ses effectifs par deux alors qu’ils interviennent chez Thales, Airbus, Safran. En vérité, de nombreuses entreprises de services numériques sont concernées par les délocalisations et les rachats par des sociétés indiennes. Nous avons vu, pendant la crise du covid, combien nous étions dépendants à l’égard de la chimie indienne, puisque 80 % des principes actifs de nos médicaments proviennent d’Inde. Le président de la République avait alors déclaré que déléguer à d’autres notre santé et notre protection était une folie. Pourtant, en janvier, la Commission européenne a signé avec l’Inde un accord de libre-échange, qui prévoit de supprimer 90 % des droits de douane et même de les supprimer entièrement pour la chimie, les médicaments et le textile, et cela alors même que le gouvernement de M. Modi a annoncé qu’il ne respecterait pas les règles du Bureau international du travail (BIT). Cet accord de libre-échange a été conclu avec la première force de travail au monde : 1,5 milliard d’habitants ! Cela veut dire que le capital européen, allié à la Commission européenne, a décidé de prolonger dans l’hinterland indien la logique qui a prévalu pendant des décennies dans les relations avec la Chine : exportation d’aéronautique et de voitures, au prix de la recherche d’un moindre coût du travail et de plus faibles normes environnementales. Vous parlez de batailles à mener à l’échelon européen, mais qu’en est-il de cet accord, qui est majeur et qui déstabilise tout ? Dans la vallée de la chimie, dans le Rhône, où j’étais hier, ce sont des milliers d’employés qui sont plongés dans l’inquiétude et l’incertitude. La France s’est-elle opposée à cette destruction de notre politique commerciale ? Non, elle l’a laissé faire, en toute complicité.
💬 • François Ruffin, Ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants • 2026 Mar 24 16:39:45
Vous m’interrogez sur l’adéquation entre notre stratégie et nos moyens. D’abord, la loi de programmation militaire ainsi que les commandes votées annuellement en loi de finances donnent de la visibilité aux industriels. Pour ce qui concerne Eurenco, fleuron de la production de poudre et d’explosifs, son succès ne doit rien aux effets d’annonce : l’État s’est engagé en détenant le capital de l’entreprise à 100 % et en relançant la production de l’approvisionnement critique. Cet engagement s’est matérialisé, en mars 2025, par l’ouverture d’un site qui a été inauguré par le premier ministre, alors ministre des armées. La situation de l’entreprise est bonne : Eurenco exporte et embauche ; c’est donc un modèle de réussite. S’agissant du conflit que vous avez évoqué, le dialogue social annuel est obligatoire et l’État n’intervient pas dans ce cadre. Une proposition a été mise sur la table et l’État a fait le nécessaire en permettant que les résultats soient réinvestis dans l’appareil productif et l’intéressement des salariés. À ce stade, la situation sociale dans l’entreprise – la grève perlée dure depuis quelques semaines – n’a pas d’impact sur notre approvisionnement en matériel militaire et un impact léger et mesurable sur la production civile. Sur le long terme, nous devons donner de la visibilité aux entreprises – c’est l’objet de la LPM et des débats que vous menez dans cet hémicycle – et renforcer les chaînes de production. En effet, il faut que les donneurs d’ordre répercutent les commandes sur leurs sous-traitants. Il faut accompagner dans la durée la remontée en puissance de cette industrie trop longtemps délaissée, comme nous le faisons pour Eurenco.
En réalité, tout cela s’explique parce que nous touchons à un point clé : le contrôle de l’information, c’est-à-dire le contrôle des esprits, soit le contrôle de la démocratie. Nos aînés l’avaient bien compris – les nôtres, ceux du Conseil national de la Résistance, qui annonçaient « la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères ». Pourquoi l’avaient-ils fait ? Parce que l’histoire leur avait donné la leçon suivante : quand on laisse la presse entre les mains des millionnaires, comme ce fut le cas dans l’entre-deux-guerres, à quoi sommes-nous conduits ? À la corruption de la nation, à son abandon, à sa trahison. Quant à vos aînés à vous, on sait ce qu’ils ont fait !
Permettez-moi d’abord de saluer la placidité de Mme la rapporteure. Je veux bien l’adresse de son prof de yoga. J’aimerais avoir le même flegme. Je m’interroge sur les origines de cette obstruction,…
Tant au niveau européen que dans cette assemblée – notamment quand j’entends M. Kasbarian –, j’observe des libres-échangistes sans libre-échange, désireux de prolonger une logique désormais morte. Oui, le libre-échange est mort au niveau mondial !
Il faut évidemment stopper Mme von der Leyen, car non contente d’avoir signé cet accord sur la pelouse d’un golf écossais avec M. Trump, non contente de passer en force avec le Mercosur, elle continue à vouloir faire de l’Europe la championne du monde du libre-échange – elle vient d’ailleurs de signer un accord avec l’Inde qui, au fond, s’inscrit dans la même logique que celle que nous suivons depuis des décennies avec la Chine. Et elle ne s’en tiendra pas là ! Elle se tourne déjà vers l’Australie, après avoir conclu un accord avec l’Indonésie, bref c’est en non-stop ! Il faut donc dire stop. Nous voulons en effet des protections, des taxes aux frontières, des barrières douanières, des quotas d’importation. Nous les voulons parce que nous en voyons l’utilité. Quand l’usine Eurolysine d’Amiens, qui est le dernier fabricant de lysine en Europe, doit faire face à des importations chinoises deux fois moins chères, comment sauve-t-on l’usine ? En relevant les droits de douane de 80 %. En revanche, que se passe-t-il lorsqu’on consacre des dizaines de millions d’euros pour fabriquer des masques sans prévoir de barrière commerciale ? Pas moins de 99,9 % des masques sont importés de Chine, et l’on doit raser les usines tout juste construites. Les accords de libre-échange signés depuis quarante ans n’ont pas seulement détruit notre industrie, ils ont profondément miné notre démocratie. Nous n’en serions pas là, sur le plan politique, si nous ne nous étions pas précipités dans ce gouffre.
Caramba ! Encore raté. Pour fêter la nouvelle année, à peine kidnappé le président vénézuélien, Donald Trump a tourné son appétit vers l’Arctique : « Nous allons acquérir le Groenland ! » Pour nous, pour le Danemark, le protecteur se muait soudain en prédateur. Cette fois, c’en était trop, le vase débordait. Promis, juré, on ne se laisserait pas faire. Les dirigeants européens sonnaient le tocsin, on allait voir ce qu’on allait voir ! C’était l’heure, Emmanuel Macron, d’un « réveil stratégique pour toute l’Europe ». D’ailleurs, symboliquement, quarante de nos soldats étaient envoyés chez les Inuits. Comme riposte à cette expédition de vingt-quatre heures, Donald Trump menaçait notre pays d’augmenter les droits de douane de 20 %. Pour une Union européenne libre-échangiste, cette réaction est plus grave qu’une invasion. « Nous ne nous laisserons pas intimider », promettait le premier ministre suédois ; son homologue danoise assurait que l’Europe ne céderait pas au chantage ; et le chef de l’État français brandissait l’arme fatale de l’anticoercition. Mais finalement, non, aucune rébellion. Dès le lendemain, la Commission prônait le dialogue plutôt que l’escalade et l’affaire se solda de fait par un accord qui ravit l’ogre américain. « Nous obtenons tout », dit Donald Trump, « tout ce que nous voulons sans aucun coût ». L’Europe a cédé au chantage. Le réveil stratégique, ce n’est pas encore pour cette fois. C’est un remake – . Qu’on se souvienne, c’était l’an dernier. Instaurer des taxes aux frontières, Donald Trump l’avait promis à ses électeurs durant sa campagne, dans tous ses meetings, sur toutes les estrades ; mais qu’il décide de le mettre en œuvre, de relever les taxes de 25 %, nous étions sous le choc. Qui aurait pu le prédire ? Le premier réflexe d’Ursula von der Leyen fut un réflexe pavlovien : elle lui proposa un nouveau traité commercial. Le président américain déchire le libre-échange mais elle lui propose de le renforcer : c’était d’un pathétique qui confinait au comique. Dans un deuxième temps, la Commission européenne dressa une liste de milliers de produits, longue d’une centaine de pages, sur lesquels nous allions riposter. Pas les voitures Tesla, non, mais les bidets, les bûches de Noël, les hosties, les chewing-gums, les dentifrices, les combinaisons de ski, les serpillières, les pantoufles, les tondeuses à gazon et, notre préféré, la viande de renne. Finalement, comme on le pressentait, nous n’avons pas bougé le petit doigt – même pas une taxe sur les bidets ! À la surprise générale, nous nous sommes soumis. Durant l’été, Ursula von der Leyen a accouru sur le terrain de golf écossais de Donald Trump et elle a tout signé. L’accord est déséquilibré par son contenu – des produits taxés à 15 % d’un côté, sans aucune taxe de l’autre –, mais il l’est aussi et surtout par quatre engagements implicites, tacites : acheter aux États-Unis le gros de notre matériel militaire ; importer massivement notre énergie des États-Unis – gaz de schiste et pétrole des sables bitumineux ; inciter nos entreprises à investir 600 milliards de dollars aux États-Unis plutôt que dans notre économie et notre industrie ; et, surtout, ne pas toucher aux services numériques américains, alors que ce point devrait être la clé de notre riposte : les Gafam concentrent en effet tous les enjeux fiscaux, politiques, sanitaires et même militaires. Qu’importe ! Ursula von der Leyen se faisait piétiner, mais dans la joie. Elle remerciait « personnellement le président Trump pour son engagement personnel et son rôle de chef de file dans la réalisation de cette avancée ». Comment expliquer pareille soumission ? Comment expliquer que les roulements de tambour et les grandes déclarations sur l’Europe puissance et l’indépendance aient finalement abouti à un concours de qui se courbera le plus bas ? L’écho du jour, qui provient du Parlement européen, de suspendre la suspension de cet accord n’est qu’une pierre de plus sur le long chemin du choix de la servilité plutôt que de la souveraineté. Aussi nous soutenons-vous pleinement, monsieur le rapporteur. C’est définitivement que l’Europe doit enterrer cet accord. Votre proposition de résolution est un encouragement, une injonction à notre gouvernement de dire non : non à la vassalisation, non à l’humiliation. Les États-Unis vont, cette année, fêter le 250e anniversaire de leur déclaration d’indépendance. Le moment est venu que nous proclamions la nôtre – et le monde de Trump nous offre une grande chance. Oui, une grande chance, car être maltraité et brutalisé par notre ami américain, c’est une chance pour nous d’abandonner cette relation toxique et, plutôt qu’une Union européenne qui aime ses chaînes, de préférer retrouver notre liberté, une formidable et terrible liberté !
Vous avez parlé pendant deux minutes mais vous n’avez pas répondu directement à ma question. J’en déduis que la réponse est non, vous ne saisirez pas la Cour de justice de l’Union européenne. Le Parlement européen peut le faire, la France le peut aussi.
J’ai vu ma Picardie se vider de ses usines pour une Chine devenue l’usine du monde. Je ne veux pas voir mon pays se vider de ses fermes pour un Brésil devenant la ferme-usine du monde. Le traité avec le Mercosur pose, bien sûr, une question sur le modèle agricole : la mise en concurrence de nos fermes familiales avec des cent fois plus grandes. Il pose une question de santé publique, d’environnement, avec des centaines de molécules interdites ici et autorisées là-bas. Mais il pose, avant tout, une question démocratique. Tous les syndicats agricoles sont contre. Toutes les associations environnementales sont contre. Tous les partis, tous les députés, tous les sénateurs sont contre. Et Mme von der Leyen triche, truque, trafique, pour contourner les parlements nationaux et appliquer l’accord avant même le vote du Parlement européen. Bref, pour échapper à la démocratie. Et ce n’est qu’un début : elle continue de négocier des traités de libre-échange avec l’Inde, l’Australie, la Malaisie, avec le monde entier. Le grand déménagement du monde, voilà son projet. Sur le Mercosur, le président de la République n’a cessé de zigzaguer. En voyage au loin, il y est favorable, mais de retour en France, il est contre. Aussi, nous vous demandons maintenant de la clarté et de la sincérité dans ce combat. Je tiens dans mes mains le de mardi dernier, qui contient la résolution européenne « demandant à l’État français la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne ». Cette résolution, nous l’avons votée à l’unanimité. Maintenant nous exigeons. Nous exigeons que vous saisissiez la Cour de justice. Nous exigeons que vous respectiez le vote de cette Assemblée. Nous exigeons que vous combattiez, par tous les moyens, par tous les leviers, ce traité. Nous exigeons que vous vous opposiez à son application provisoire. Nous l’exigeons pour protéger notre agriculture. Sinon, demain, ce sera votre censure !
Nous voterons bien sûr pour que chaque enfant de l’aide sociale à l’enfance ait droit à un avocat, mais vous le savez – nous le savons –, cela ne suffira pas ; c’est un pansement sur une hémorragie. L’État parent est un parent défaillant. Comme l’écrit Édouard Philippe dans son livre, « C’est une honte nationale. » – c ’est volontairement que je cite un adversaire politique. On compte pas moins de 400 000 enfants à l’aide sociale à l’enfance : ce sont presque autant d’enfants broyés. Broyés par les allers-retours entre domicile parental, foyers suroccupés et familles d’accueil ; broyés par le turnover des référents, surchargés de dossiers ; broyés parce que l’État se décharge sur les départements, financièrement sous l’eau. À l’arrivée, cela entraîne un gâchis humain – moins de 12 % des enfants de l’ASE obtiennent le baccalauréat, un délinquant mineur sur deux et un SDF sur quatre sont des anciens de l’ASE – et un gâchis pour la société, puisque la santé physique et psychique dégradée des enfants de l’ASE coûterait chaque année 38 milliards d’euros à la France. Madame la ministre, je m’adresse au gouvernement et, à travers vous, au premier ministre : vous avez peut-être dix-huit mois devant vous. Faites une remise à plat de l’aide sociale à l’enfance. C’est une compétence régalienne : redonnez-la à l’État et consacrez des moyens à cette politique. Faites cela, et vous trouverez sans doute un consensus dans cette assemblée pour avancer de bonne foi. Faites cela et ce ne sera, ni pour vous, ni pour nous, un mandat pour rien. Faites cela, et nous serons tous fiers ici de faire enfin quelque chose de bien et de grand pour notre pays, et pour des centaines de milliers d’enfants.
Et c’est lorsque l’activité est redevenue rentable, en 1995, qu’on a décidé de privatiser, de faire entrer la société en Bourse, avant de la fusionner avec les groupes espagnol et luxembourgeois puis de revendre à l’Indien Mittal. C’est quand elle était nationale que la sidérurgie française a fonctionné et qu’on l’a redressée ; c’est par la privatisation qu’on l’a vendue à l’étranger et qu’on est aujourd’hui dans le fossé.
Depuis cet après-midi, j’entends les députés des bancs macronistes dire que les nationalisations n’ont pas fait la preuve de leur efficacité. C’est méconnaître l’histoire de l’acier. Dans les années 1970, la famille de Wendel croulait sous les dettes. Elle avait des créances douteuses. L’acier français était en train de s’effondrer. En 1982, l’entreprise a été nationalisée. Malheureusement, il y a eu 20 000 licenciements à la clé, ce qu’on ne peut que regretter, mais cette nationalisation a permis à l’acier et à la sidérurgie français de se redresser.