Nous vous proposons une mesure inédite et très originale : rétablir l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). À force de renouveler sans cesse notre demande, peut-être finirez-vous par craquer et nous offrir ce cadeau, qui n’est d’ailleurs pas si considérable. En effet, si l’ISF, dans sa version de 2017, avait été maintenu jusqu’à aujourd’hui, il n’aurait rapporté que 15 à 20 milliards d’euros supplémentaires, alors que, dans le même temps, les 500 plus grandes fortunes professionnelles ont engrangé plus de 1000 milliards. Ce n’est donc pas beaucoup demander, et ce ne serait qu’une petite respiration offerte à nos finances publiques. Je tiens à souligner à quel point la suppression de l’ISF a constitué une arnaque totale. Vous aviez présenté cette mesure comme un moyen de créer 50 000 emplois. Or nous ne les avons jamais vus, comme un rapport de France Stratégie l’a d’ailleurs souligné. Pire encore, nous voyons les plans sociaux se multiplier : 1 000 emplois chez Sodexo, 300 chez Pfizer ou encore 140 chez William Saurin, dans ma circonscription. Le rétablissement de l’ISF tel qu’il existait en 2017 permettrait de dégager environ 3,5 milliards d’euros par an. Une telle somme permettrait, par exemple, de rétablir les 10 000 postes d’enseignants que vous avez supprimés, et même de recruter 10 000 personnels soignants dans nos hôpitaux. Notre demande est finalement assez modeste. Mais si nous complétions l’ISF par un volet climatique, nous pourrions dégager 10 milliards par an, de quoi financer une garantie d’autonomie de 1 337 euros par mois pour les jeunes, plutôt que de leur distribuer des miettes.
Tous les héritages inférieurs à 550 000 euros – c’est beaucoup – en sortiraient gagnants. Nous sommes donc loin de proposer une réforme révolutionnaire.
Parallèlement à nos débats en séance, nous avons entamé en commission l’examen de la partie relative aux dépenses. Dans ce cadre, on ne cesse de nous répéter que nous sommes trop dépensiers, et qu’il n’y a plus un seul centime supplémentaire pour financer les services publics. Or les Français doivent comprendre que nous formulons de nombreuses propositions de recettes supplémentaires, mais que vous les balayez systématiquement d’un revers de main. En l’occurrence, notre amendement vise à instaurer une imposition sur les successions véritablement efficace et progressive, qui permettrait à la fois de remplir les caisses et de répondre enfin à la promesse de l’égalité républicaine. Celle-ci se heurte en effet aux inégalités de patrimoine, qui ne cessent de s’accroître : la fortune héritée représente désormais 60 % du patrimoine total, contre 35 % dans les années 1970. Vous ne cessez de répéter que la France est championne du monde en matière de taxation. Pourtant, c’est dans l’augmentation des inégalités entre les patrimoines que notre pays est véritablement champion. J’aimerais aussi que la Macronie cesse d’être incohérente. Mme Thevenot affirmait tout à l’heure que nous méprisions les travailleurs et que nous agissions contre leurs intérêts. Comment voulez-vous réellement défendre la valeur travail si, en même temps, vous défendez l’héritage de manière inconditionnelle ? On ne peut pas prétendre promouvoir une société qui valorise les travailleurs et, en même temps, défendre une société d’héritiers. La réforme que nous vous proposons n’est vraiment pas une réforme de bolcheviques.
Les déclarations de certains de vos élus sont tout aussi édifiantes : un sénateur de mon département a ainsi déclaré que c’était une honte d’avoir un RER dans notre circonscription. Vous comprenez, ajoutait-il, ça permet d’amener des Noirs et des Arabes ! Vous n’êtes pas du tout des défenseurs des solutions alternatives ni des transports publics ; cela vous énerve, mais c’est la réalité. Vous nous accusez de faire de l’obstruction : ce n’est pas de l’obstruction de vous dire les choses, à savoir qu’il faut des alternatives… –
Il suffit de regarder ce que vous avez suggéré lors de l’examen des derniers projets de loi de finances : pour 2025, vous souhaitiez supprimer 100 millions d’euros du programme ; pour 2026, c’était 460 millions de moins pour le fonds Vert, qui permet de soutenir des projets locaux de transition écologique. Concrètement, vous êtes, là encore, des hypocrites.
Moi, je l’ai très bien écouté. Il évoque, comme en commission, une seule solution : les parkings relais. En matière de transports publics, notamment, vous ne donc proposez strictement rien.
Ce que nous essayons de vous faire comprendre, c’est que la question des solutions alternatives à la voiture individuelle constitue le cœur du sujet. Lorsqu’elles existent, 69 % des personnes interrogées sont favorables aux ZFE ; en leur absence, cette proportion tombe à 6 %. En soi, le problème, je le répète, ne tient donc pas tellement aux ZFE, mais à l’absence de solutions de rechange, si bien que tous nos amendements tournent finalement autour de ce point. Toutefois, lorsque nous essayons d’en discuter, nous ne recevons pas de réponse. Ce n’est pas que M. le rapporteur ne s’exprime pas assez : il a largement pris la parole.
Vous aussi, vous êtes complètement hypocrites. Votre propre ministre de la transition écologique, Mme Barbut, a elle-même déclaré que le seul à proposer un programme écologique digne de ce nom était Jean-Luc Mélenchon. Et elle a raison. Stop à l’hypocrisie du Rassemblement national et de la Macronie ! Si l’on veut un programme à la fois écologique et social, il faut se tourner vers le programme de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise.
N’est-ce pas elle qui est amoureuse des pesticides ? Qui criminalise les luttes écologiques ? Qui est responsable du désastre de l’A69 ? Qui pollue nos eaux, quand elle ne s’occupe pas d’aider quelques-uns à accaparer cette ressource ?
Je vous rassure, monsieur le ministre, nous ne ressentons aucun malaise. En revanche, je trouve ce débat particulièrement lunaire. En face de nous, les députés d’extrême droite jouent les grands défenseurs du peuple. Je me demande jusqu’à quel point vous croyez à vos propres mensonges. Hier encore, en commission des finances, vous étiez uniquement occupés à défendre les ultrariches, à vous opposer à la taxe Zucman et au rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), et à permettre aux grands héritiers de conserver des millions et des millions dans leurs poches. En réalité, votre texte n’est qu’un prétexte pour faire croire que vous vous souciez du peuple. C’est de la pure hypocrisie. Et puis, de l’autre côté, nous avons les macronistes qui jouent les grands écolos.
Par cet amendement, nous souhaitons supprimer les alinéas 2 et 3, non pas parce que nous opposons à la possibilité d’un placement auprès d’un membre de la famille ou d’un tiers digne de confiance, mais parce que ces dispositions sont déjà satisfaites par loi Taquet du 7 février 2022. La famille doit bien sûr être privilégiée ; il faut solliciter en priorité des personnes qui font partie de l’environnement de l’enfant, si possible celles appartenant au second cercle qui l’entoure : les grands-parents, les voisins, les cousins, etc. Il s’agit de garantir au maximum une stabilité pour l’enfant et de faire en sorte de favoriser un retour en famille lorsque cela sera envisageable. Toutefois, cette mesure n’est pas utile ; l’obligation supplémentaire de motivation prévue par l’alinéa 3 complexifierait même le travail du juge.
J’irai dans le même sens que notre collègue Fatiha Keloua Hachi. En vérité, l’article 2 contient un certain nombre de dispositions qui nous dérangent. Tout à l’heure, j’ai entendu affirmer quelque chose qui m’a choquée, comme beaucoup : le problème ne serait pas un manque de moyens, mais simplement un problème d’organisation. Non : il y a véritablement un manque de moyens, et les dispositions que vous proposez montrent bien que vous essayez de le masquer, d’une façon complètement délétère pour les enfants. Vos décisions auront un impact réel sur leur avenir. Nous refusons d’accélérer artificiellement le délaissement parental pour les enfants de moins de 3 ans. Il est hors de question que la rupture des liens familiaux soit considérée comme une réponse adaptée à l’ensemble des situations qui appellent des mesures de protection. Elle doit rester un ultime recours. Au reste, nous devons pouvoir imaginer et financer des mesures de soutien à la parentalité et d’assistance éducative. Par ailleurs, le dispositif de suppléance parentale pose lui aussi de véritables difficultés. La perspective adoptive que vous installez prépare des ruptures de parcours qui, au cas où l’adoption ne se concrétiserait pas, seraient terribles pour les enfants. De surcroît, vous n’offrez pas de garanties suffisantes sur les candidats à l’adoption. Vous donnez simplement plus de pouvoir au président du conseil départemental. Pourquoi lui ? On ne sait pas très bien ce qui lui permettrait d’être à ce point juge de la situation des enfants. Enfin, vous élargissez les possibilités d’adoption simple. Là encore, nous nous interrogeons, puisqu’il ne s’agit plus seulement des parents dont le désintérêt est manifeste, mais de ceux qui auraient des difficultés parentales durables. C’est la porte ouverte à l’arbitraire, comme l’a dit notre collègue ; de nombreux cas ne nécessitant pas de rupture seraient concernés. En la matière, à nouveau, il faut mettre des moyens.
Comme vous manquez d’inspiration pour trouver des mesures positives à destination des voyageurs, je vais vous donner quelques idées. Vous pourriez faire en sorte que les voyageurs bénéficient de la trêve hivernale afin qu’ils ne soient pas expulsés en hiver. Ce sont des citoyens comme les autres, donc pourquoi ne bénéficieraient-ils pas des mêmes droits ? Vous pourriez aussi faire en sorte qu’ils perçoivent les APL – aides personnelles au logement –, car s’installer sur une aire d’accueil, contrairement à ce qui est dit, représente un coût. Ainsi, les voyageurs paient bien plus que nous pour l’électricité ou pour l’eau – j’en ai rencontré beaucoup qui payaient trois fois le prix par rapport au reste de la population ! Vous trouvez que c’est normal ? On parle de personnes extrêmement précaires ! J’aimerais aussi que vous fassiez en sorte que les aires d’accueil ne se trouvent plus à proximité de zones très polluées telles que des sites Seveso. Vous vous rappelez Lubrizol ? Quand l’usine a brûlé, des voyageurs étaient installés sur l’aire d’accueil juste à côté et n’ont pas été évacués : ils ont dû se confiner dans leurs caravanes. Super ! Cela ne serait jamais arrivé à d’autres. Ma demande vaut aussi pour les zones dangereuses. Par exemple, dans le 93, une aire d’accueil est collée à une voie rapide. Concrètement, si des enfants jouent au ballon, celui-ci peut terminer sur la voie rapide. Que doivent faire les enfants ? Le récupérer et se faire renverser par une bagnole ? Ce n’est pas possible ! À un moment donné, trouvez des mesures positives afin que les voyageurs soient traités comme tout le monde.
L’article précédent, aberrant et illogique, disposait qu’il fallait évacuer les gens du voyage en vingt-quatre heures. Pourquoi pas en trois heures, tant qu’on y est ? À présent, on propose de les mettre en demeure, non seulement dans un endroit précis mais dans toute une agglomération. Pourquoi pas dans tout le pays, tant qu’on y est ? Envoyons-les sur Mars, sur la Lune ! Je sais que vous le faites parce que vous ne voulez pas les voir. D’ailleurs, la même logique guidait un précédent article, par lequel vous vouliez les mettre en prison jusqu’à cinq ans. C’est la raison pour laquelle les aires d’accueil, quand on en crée, sont toujours placées là où on ne peut pas rencontrer les voyageurs, qui se retrouvent coupés du reste de la population et des services publics – et après, on leur dit qu’ils ne veulent pas s’intégrer. Nous sommes pour la suppression de cet article et contre votre antitziganisme qui s’exprime d’une manière crasse, se déclinant à l’infini dans différents articles qui se succèdent. Si vous étiez aussi inspirés pour défendre les droits des voyageurs, j’en serais très heureuse, tout comme eux, qui se demandent pourquoi ils font l’objet de tant de haine alors qu’ils servent la France depuis longtemps. Si vous étiez allés à la manifestation de lundi, près de l’Assemblée nationale – c’est bizarre, nous ne vous y avons pas croisés –, vous auriez rencontré Nelly, qui vous aurait appris que trois membres de sa famille sont tombés à Verdun et qu’un autre a rejoint le maquis pendant la seconde guerre mondiale. Comment les remercie-t-on ? Avec ce genre de lois !
Je rappelle que les pouvoirs publics doivent remplir leurs obligations. Par ailleurs, monsieur Thiériot, vous ne connaissez rien à votre territoire et à la situation des voyageurs dans notre département. Par exemple, beaucoup de gens n’ont pas accès à l’eau, au point que je pourrais vous présenter quelqu’un qui doit nettoyer son fils handicapé avec de l’eau en bouteille. D’ailleurs, des voyageurs envisagent d’organiser une manifestation en Seine-et-Marne, je pourrais leur dire de venir vous rendre visite afin que vous puissiez échanger avec eux !
À Longperrier, dans ma circonscription, des personnes âgées n’avaient pas l’électricité. Eh bien, l’une d’entre elles a perdu l’usage de ses orteils à cause du froid ! Des scènes comme ça, où l’on prive les gens d’électricité, je peux vous en raconter d’autres. Donc, à un moment donné, il faut dire stop ! Faites juste en sorte que les gens puissent s’installer quelque part et avoir accès à l’eau et à l’électricité. C’est le minimum.
J’ai entendu que les gens du voyage se branchaient sur l’électricité et se raccordaient à l’eau. À votre avis, c’est par plaisir ? Par pur sadisme ? Permettez-moi de vous raconter deux petites histoires. Au Mesnil-Amelot, ville tenue par un maire d’extrême droite, même s’il ne se réclame pas du RN, des voyageurs s’étaient raccordés illégalement à l’électricité parce qu’ils n’avaient pas le choix. Ils avaient avec eux les corps de jeunes gens décédés à la suite d’un accident, qu’il aurait fallu conserver au frais, sauf que le maire a coupé l’électricité. D’après vous, qu’est-il arrivé aux corps ? Je vous laisse imaginer… Voici une autre histoire, tout aussi sympathique…
De façon aberrante, cet article porte les peines à cinq ans d’emprisonnement et à 75 000 euros d’amende. C’est n’importe quoi ! Une mesure antitziganes !
Monsieur le rapporteur Albertini, plusieurs associations de gens du voyage, membres de la Commission nationale consultative des gens du voyage, vous ont adressé un courrier pour obtenir un rendez-vous afin de discuter des articles de ce texte qui les concernent. Bizarrement, vous n’avez jamais répondu. Avez-vous reçu ce courrier ? Vous fichez-vous de travailler avec eux ? Quand vous parlez de débats apaisés concernant les voyageurs, est-ce un débat sans les voyageurs, parce que vous n’en avez rien à faire ?
J’aimerais que nous arrêtions de nous appuyer sur des faits erronés pour justifier des amendes démesurées. Il n’y a pas beaucoup de territoires qui respectent leurs obligations : concrètement, le schéma départemental d’accueil des gens du voyage est à jour dans seulement douze départements – c’est vraiment très peu. En outre, 80 % des aires d’accueil des gens du voyage se trouvent dans des zones extrêmement polluées, où l’on ne mettrait aucune autre population. Les pouvoirs publics doivent donc assumer leurs responsabilités, plutôt que de s’en prendre aux gens du voyage, de manière totalement raciste.