Mesdames, Messieurs,
La présente proposition de loi est issue d’une réflexion approfondie sur la société dans laquelle nous souhaitons vivre. Construite autour de la notion de développement durable telle que définie dans Notre avenir à tous (Our Common Future), publication de 1987 plus connue sous le nom de rapport Brundtland. « Le développement durable est un mode de développement qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de “besoins”, et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. » Cette notion de développement durable va bien plus loin qu’un seul engagement environnemental auquel elle est trop souvent réduite, car elle comporte des aspects certes environnementaux, mais également sociaux et économiques.
Alors que la pandémie de covid‑19 est toujours présente sans que l’on sache pour combien de temps encore, la question n’est pas de savoir quand de nouvelles catastrophes se produiront, mais comment réunir toutes les conditions pour éviter au maximum des situations similaires. Le choc de la pandémie nous a montré que nous pouvons faire les choses autrement. Pendant le confinement, les émissions de CO2 et les pollutions ont chuté. La faune a repris ses droits parfois jusque dans nos villes. La reprise économique sur les mêmes bases qu’avant n’est pas un remède durable au changement climatique ni à l’effondrement de la biodiversité. Une relance aveugle pour revenir à la « normalité » rattrapera rapidement les tonnes d’émissions polluantes évitées, creusera à nouveau les inégalités et nous replongera encore dans nos travers.
Le confinement a exacerbé les inégalités entre ceux qui doivent tenir les professions essentielles à la vie et ceux qui peuvent télétravailler, entre ceux qui sont surchargés par les tâches ménagères et le suivi des enfants confinés et ceux qui peuvent vaquer à leurs occupations, entre les habitants des centres villes ou des quartiers favorisés et ceux des quartiers populaires ou les habitants ruraux, entre les salariés encore couverts par la protection sociale et les précaires laissés à l’abandon, entre ceux disposant d’outils numériques et les maîtrisant et les laissés‑pour‑compte, entre la métropole et l’outre‑mer, entre les différentes parties du monde. En même temps, dans les campagnes et les quartiers, ancrées dans les réseaux associatifs et de sociabilité, ont émergé d’innombrables initiatives de solidarité et d’entraide qui préfigurent les mondes de demain.
Cet élan de solidarité initié par nos concitoyens, nous le retrouvons dans les objectifs de développement durable. Maintenant plus que jamais, ces objectifs ont besoin d’un portage politique de haut niveau afin de donner un signal fort à nos concitoyens et de jeter les bases de la construction d’une société résiliente. À l’heure où nous nous interrogeons sur l’avenir que nous souhaitons avoir en commun, il apparaît primordial de s’appuyer sur ce plan équilibré et juste que constitue l’Agenda 2030.
Cet Agenda a été adopté en septembre 2015 par 193 pays aux Nations unies, à la suite des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ces 17 objectifs de l’Agenda 2030, déclinés en 169 cibles, constituent une vision et une grammaire commune pour notre avenir, un avenir plus juste, équitable, pacifique, écologique et social. Un avenir où chaque être humain trouve sa place en harmonie avec la planète.
La résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies, encourage les États membres à se fixer leurs propres cibles pour répondre à l’Agenda 2030 en tenant compte des spécificités nationales ; à articuler leur action autour de stratégies nationales de développement durable et à procéder à des examens réguliers des progrès accomplis en tirant partie des contributions de la société civile, du secteur privé, du parlement et des autres institutions.
C’est ainsi que, dans notre pays, une feuille de route a été présentée le 20 septembre 2019, dessinant les grandes transformations à mener. Cette feuille de route propose de faire évoluer notre société vers un modèle plus prospère, plus inclusif et plus respectueux de l’environnement, afin que la France soit au rendez‑vous des objectifs de développement durable en 2030.
La notion de développement durable est mentionnée à plusieurs reprises dans plusieurs de nos textes législatifs. Il est malheureusement souvent utilisé à tort dans sa seule acception environnementale, par exemple dans le code du commerce. Cependant, il arrive que les objectifs du développement durable soient cités dans les trois dimensions sociale, économique et environnementale comme à l’article L. 2111‑1 du code de la commande publique.
Cette réalité relève d’une mauvaise compréhension du concept de développement durable, trop souvent réduit au pilier environnemental. Il est donc essentiel de travailler à faire connaître à la fois l’Agenda 2030 mais aussi tout simplement le concept de développement durable. Cette raison explique le dépôt de la proposition de loi sur l’éducation à l’environnement et au développement durable.
Les objectifs de développement durable ne se limitent pas aux questions environnementales et même sociales. Ils prônent en plus, un modèle de développement économique plus durable, à travers notamment l’objectif 8 sur le travail décent et la croissance économique, l’objectif 9 sur l’industrie, l’innovation et les infrastructures ou encore l’objectif 12 sur la consommation et production durables. Une meilleure prise en compte de ces objectifs dans les déclarations de performance extra financière et dans les politiques RSE des entreprises est nécessaire.
L’article 1er vise à ce que la déclaration de performance extra‑financière des entreprises mette en évidence la contribution des activités des entreprises à l’atteinte des objectifs de développement durable adoptés par l’assemblée générale des Nations unies le 25 septembre 2015. Il est à noter que certaines entreprises intègrent déjà ces paramètres dans leur déclaration, et cette bonne pratique permettra en se généralisant de mieux informer les citoyens et les partenaires de chaque entreprise des actions menées. Actuellement, ces rapports de performance ou les politiques RSE de certaines entreprises peuvent davantage s’apparenter à un affichage qu’à une politique réelle et concertée. Les objectifs de développement durable pourraient devenir une grille de référence commune pour l’ensemble des entreprises et ainsi contribuer à faire progresser les politiques RSE dans leur ensemble.
L’article 2 précise que lors de son évaluation des politiques publiques, la Cour des comptes vérifie leur compatibilité avec les objectifs de développement durable.
Les articles 3 et 4 touchent le code de l’environnement et vise à transformer la mention « l’objectif de développement durable », réducteur à une vision uniquement environnementale du développement durable, en « les objectifs de développement durable », afin de s’assurer que tous les aspects du développement durable soient bien pris en compte.
Afin d’assurer le suivi des politiques publiques, leur compatibilité avec les objectifs de développement durable et les engagements de la France dans sa feuille de route de septembre 2019, il est nécessaire de renforcer le fonctionnement des institutions et notamment le rôle du Parlement par la création d’une délégation de suivi des objectifs de développement durable. C’est l’objectif du chapitre II.
Enfin, le chapitre III tend à renforcer le rôle du Conseil national de la transition écologique en le transformant en Conseil national du développement durable.
Chapitre Ier
Mesures économiques et financières