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📜Proposition de résolution visant à condamner la « théorie du grand remplacement »
Sophie Taillé-Polian
17 nov. 2023

EXPOSÉ DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

Depuis une dizaine d’années, la « théorie du grand remplacement », auparavant circonscrite aux groupuscules néonazis, s’est imposée dans le débat public. Cette théorie du complot décrit un prétendu processus de remplacement des populations blanches occidentales par une autre non blanche. Source de violences racistes et d’attentats terroristes, la « théorie complotiste du grand remplacement » représente un grave danger pour la sécurité nationale et doit être combattue avec la plus grande fermeté, à rebours de la banalisation outrancière dont elle fait l’objet. Je dépose cette proposition de résolution, sur le fondement de l’article 341 de la Constitution, afin que l’Assemblée nationale se prononce en ce sens.

La « théorie du grand remplacement » est un mensonge démographique. La population française ne se décompose pas en deux blocs monolithiques − l’un remplaçant, l’autre remplacé. Même à accepter cette prémisse, le « remplacement » de 67 millions d’habitants par l’arrivée de 109 000 personnes immigrées au cours d’une année (2021) est statistiquement impossible.

La « théorie complotiste du grand remplacement » n’est pas une opinion. Certes, les opinions, aussi contraires à la réalité puissentelles être, sont protégées sur le fondement des articles 10 et 11 de la Déclaration des droits et de l’homme et du citoyen, car la liberté d’expression est « une condition de la démocratie et l’une des garanties du respect des autres droits et libertés », comme le rappelle régulièrement le Conseil constitutionnel. Mais la conception française de la liberté d’expression n’est pas absolutiste au point de laisser notre société se déchirer : la provocation à la haine raciale est ainsi interdite par la loi. Or la « théorie complotiste du grand remplacement » défend l’existence de deux civilisations sur un même sol, dont seule une peut subsister. La « théorie complotiste du grand remplacement » porte inéluctablement en elle les germes d’une guerre raciale.

Ni fait ni opinion, elle est un appel direct à la violence terroriste. Renaud Camus, lorsqu’il forge l’expression en 2010, écrit par la même occasion : « Annoncez aux Africains qu’on tirera sur eux s’ils continuent leur invasion ». L’idée nauséabonde en devient mortifère : le 22 juillet 2011, en Norvège, M. Anders Breivik tue 76 personnes au nom du « grand remplacement ». Entre 2015 et 2020, les violences d’extrême droite suivent une évolution exponentielle (+ 320 %) au nom de l’« accélérationnisme », doctrine visant à accélérer le « chaos racial » et provoquer la guerre civile. Le 11 août 2017, la « théorie du grand remplacement » est scandée dans les cortèges néonazis de Charlottesville aux ÉtatsUnis. Le 15 mars 2019, à Christchurch (NouvelleZélande), M. Brenton Tarrant fait 51 morts et 49 blessés dans deux mosquées, attentat fondé sur son manifeste intitulé « Le Grand Remplacement ». La « théorie complotiste du grand remplacement » tue.

La France n’y échappe pas. La mouvance d’extrême droite française, qui compte environ 2 000 individus, est aujourd’hui l’une des principales menaces pour la sécurité nationale. En 2021, les services de renseignement ont alerté les autorités, craignant l’apparition d’un « modus operandi et d’une idéologie commune » qui puissent animer des acteurs isolés. Depuis 2017, dix attentats d’extrême droite ont été déjoués en France.

Face à ce danger, la classe politique est complaisante − et plus seulement l’extrême droite historique.

La droite dite « républicaine » s’est dévoyée, reniant jusqu’à son propre nom. La réappropriation et la diffusion des thèses et théories complotistes et et suprémacistes par la droite doit nous alerter quant au danger imminent du risque terroriste grandissant, de la haine raciale exacerbée, des violences commises sur une partie de nos compatriotes. Notre devise républicaine s’évapore.

Dans le même temps, le camp présidentiel, souffle sur les braises, en renvoyant constamment dos à dos « les extrêmes » que seraient non seulement le RN mais aussi les forces de gauche progressistes et écologiques que composent la NUPES. Cette comparaison est une outrance dans la mesure où me RN est un parti fondé par d’anciens WaffenSS et peuplé de nostalgiques de Vichy. L’un attise la haine contre des millions de Français et de Françaises en raison de leur origine ou de leur religion, l’autre combat la casse sociale et le dérèglement climatique.

Dénaturation et inversion des valeurs ont une fin : d’une part, la banalisation éclair de l’extrême droite, dont la progression de la « théorie du grand remplacement » n’est que l’un des symptômes, d’autre part, un champ politique qui s’extrêmedroitise.

Dans cette fuite en avant fasciste, la représentation nationale doit retrouver sa boussole et condamner sans équivoque la « théorie du grand remplacement » ainsi que l’ensemble des responsables politiques qui contribuent à sa diffusion et à sa banalisation. Il est temps de reconnaître et de positionner les vrais républicains.

Article 1

Les deuxième à quatorzième alinéas de l’article LO 141‑1 du code électoral sont remplacés par dix alinéas ainsi rédigés :

« 1° Les fonctions de président de conseil départemental ;

« 2° Les fonctions de président de conseil régional ;

« 3° Les fonctions de président du conseil exécutif de Corse et de président de l’Assemblée de Corse ;

« 4° Les fonctions de président de l’assemblée de Guyane ou de l’assemblée de Martinique ; de président du conseil exécutif de Martinique ;

 « 5° Les fonctions de président du gouvernement de la Nouvelle‑Calédonie ; de président du congrès de la Nouvelle‑Calédonie ; de président d’une assemblée de province de la Nouvelle‑Calédonie ;

« 6° Les fonctions de président de la Polynésie française ; de président de l’assemblée de la Polynésie française ;

« 7° Les fonctions de président de l’assemblée territoriale des îles Wallis et Futuna ;

« 8° Les fonctions de président du conseil territorial de Saint‑Barthélemy, de Saint‑Martin, de Saint‑Pierre‑et‑Miquelon ;

« 9° Les fonctions de président de l’organe délibérant de toute autre collectivité territoriale créée par la loi ;

« 10° Les fonctions de président de l’Assemblée des Français de l’étranger. » 

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