Mesdames, Messieurs,
Le 19 juillet 2024, le journal l’Humanité dévoilait les contours du « projet Périclès », orchestré par un milliardaire français et ses proches. Se présentant comme un plan stratégique détaillé, le projet Périclès (pour Patriotes Enracinés Résistants Identitaires Chrétiens Libéraux Européens Souverainistes) vise à infiltrer tous les échelons du pouvoir en France. Élaboré à la manière d’un business plan, il propose de déployer environ 150 millions d’euros sur dix ans pour financer des initiatives alignées avec les intérêts de la droite libérale‑conservatrice et de l’extrême droite. Les principaux objectifs du projet Périclès incluent la victoire idéologique, électorale et politique de l’extrême droite dans notre pays, en promouvant les idées conservatrices et en sapant tous les principes républicains, en formant les candidats des partis de droite et d’extrême droite pour les élections ainsi qu’en préparant une réserve « d’hommes de pouvoir prêts à servir à tous les postes clés (cabinets, structures parapubliques, haute administration) ».
Pour atteindre ces objectifs, le projet Périclès cherche à influencer divers secteurs, notamment les médias, les réseaux sociaux, les think tanks et les organismes internationaux. Le projet prévoit la création de baromètres sociétaux pour diffuser massivement dans les médias des résultats favorables à ses idées. Il affirme avoir d’ores et déjà établi des « partenariats » avec l’Ifop et rencontré plusieurs médias. En outre, le projet prévoit le lancement d’une « école »pour former les futurs maires et le développement d’un think tank destiné à devenir le premier centre d’influence de la droite en France.
Cette stratégie comprend par ailleurs un levier judiciaire visant à l’ouverture d’actions ciblées pour influencer les politiques publiques contre « l’islamisme, l’immigration, l’attaque à la liberté d’expression et la théorie du genre ». Selon l’Humanité, le projet Périclès prévoit ainsi la création d’un collectif d’avocats et d’une association capable d’agir, cherchant à engager au moins 20 procédures par an pour « changer le camp de la peur ». Aussi, les auteurs du projet Périclès se vantent déjà de travailler avec l’Institut Thomas‑More, le collectif Justitia et par là même d’influents avocats, candidats pour des partis comme Les Républicains et le Rassemblement national aux élections législatives.
Ce projet soulève de graves préoccupations démocratiques. L’ampleur de l’influence médiatique, politique, financière et organisationnelle du projet Périclès menace la transparence et l’équité des processus électoraux en France. L’action militante et collective pour faire triompher ses idées est indispensable à la vie démocratique mais il ne peut s’agir d’une action clandestine subventionnée par un mécène unique et occulte. La tentative de concentrer le pouvoir entre les mains de quelques individus alignés idéologiquement avec le projet Périclès, ainsi que l’utilisation de techniques agressives pour discréditer les idées adverses et les lois de la République, mettent en péril les principes fondamentaux de notre démocratie. En réponse à ces inquiétudes, nous déposons une proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête parlementaire pour examiner en profondeur la nature, les objectifs, et les implications de ce projet, afin de garantir la protection de nos institutions.
En application des articles 137 et suivants du Règlement de l’Assemblée nationale, est créée une commission d’enquête de trente membres chargée d’examiner la nature, les objectifs et les implications du projet Périclès.