La corrélation que vous établissez entre l’absence de soins palliatifs et le droit à l’aide à mourir n’a rien d’évident. Bien sûr, il faut développer les soins palliatifs, mais vous n’avez pas été capables de le faire ces dernières années. Dans le monde réel, il faut donc bien apporter une réponse aux gens qui subissent un martyre. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Cet argument se retourne comme un gant : vous nous expliquez que cette loi va empêcher le développement des soins palliatifs, mais elle n’est pas encore votée et tous les départements ne sont pas encore pourvus d’unités de soins palliatifs. Ça ne prouve donc rien. Par ailleurs, vous perdez de vue que nous parlons de l’ouverture d’un droit et, ce faisant, vous voulez forcer les gens à souffrir le martyre tant que les soins palliatifs ne seront pas développés à leur juste mesure. Mais ça n’a pas de sens ! C’est un peu comme si, dans un pays où le système de soins serait moins avancé, vous disiez aux gens qu’ils n’ont pas le droit de se faire soigner tant que la société ne s’est pas dotée de telle ou telle avancée médicale. C’est absurde !
Bravo, c’était difficile ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) En revanche, vous manquez sérieusement de clairvoyance en ne comprenant pas le rapport entre le métier d’éditeur ou de publicitaire et le statut d’influenceur médiatique. Vous êtes pourtant bien informés, au Rassemblement national, puisque le même M. Bolloré a acheté Fayard pour publier les mémoires, ou les réflexions, ou peut-être le cahier de coloriages de Jordan Bardella (Sourires sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs du groupe RN), et qu’il a réussi à en vendre des milliers d’exemplaires à la faveur d’un matraquage médiatique orchestré par les chaînes du même groupe Bolloré, dont vous êtes familiers. Le lien était assez facile à faire. Quant à l’amendement de M. Ballard, il montre encore de quel côté vous vous trouvez : du côté de la spéculation, Mme la ministre vient de le dire. Vous voulez permettre aux plus riches de faire encore plus d’argent en cédant des fréquences, des chaînes et autres. Nous avons fait face à ce problème avec la chaîne Numéro 23, mais vous ne tirez évidemment aucune leçon du passé, et cherchez une fois de plus à affaiblir le dispositif de régulation. Enfin, puisque vous vous inquiétez du rôle des plateformes, souvenez-vous que nous sommes des législateurs et que si vous voulez réguler Netflix, YouTube et consorts, il suffit de vous en donner la peine ; déposez un texte ! Nous ne sommes pas encore pieds et poings liés, nous sommes en France, libres de légiférer pour dire aux Gafam qu’ils ne peuvent pas faire n’importe quoi dans notre pays. Il faudrait simplement un peu de courage – celui qui vous manque quand il s’agit de confronter les amis de M. Trump. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs des groupes SOC et EcoS.)
Chacun de ses médias a vocation à reprendre les informations développées dans chacun des autres. Tout le monde comprend qu’en réalité, cela n’a rien à voir avec l’information, mais que cela a tout à voir avec la propagande. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Il tend à empêcher la concentration de différents médias entre les mains d’une personne morale ou d’une personne physique. Vous avez tous compris comment agissait, dans la vraie vie, non pas M. Pigasse, mais M. Bolloré,…
J’apporterai deux réponses. D’abord, le rapporteur affirme que le lourd tribut humain payé par le Danemark en Afghanistan prouve que l’Otan n’est pas un instrument aux mains des Américains. Mais c’est précisément l’inverse : c’est bien parce que les États-Unis ont sollicité la participation des membres de l’Otan que les Danois sont allés en Afghanistan ! Ensuite, monsieur le ministre, si les Américains exercent des pressions et menacent désormais d’envahir n’importe quel pays pour obtenir par la menace ce qu’ils ne parvenaient pas à obtenir par l’adhésion ou la conviction, alors je ne vois pas bien l’intérêt de leur tenir tête. Si, au bout du compte, nous finançons des installations américano-otaniennes parce que Donald Trump aura levé le sourcil, il aura alors trouvé un levier d’action très efficace. Nous ne serons pas plus avancés en ce qui concerne notre indépendance et notre autonomie stratégique, française comme européenne.
Il tend à lever une ambiguïté et une éventuelle contradiction dans les termes. L’Otan est en effet un instrument aux mains des États-Unis. Il nous paraîtrait tout à fait incongru de défendre ou de contrecarrer les velléités américaines dans le cadre d’exercices militaires otaniens. L’amendement vise donc à exclure une participation de militaires français à des opérations otaniennes, car cela reviendrait à déférer aux volontés de Donald Trump.
Les menées de Washington sont inacceptables, mais elles n’étaient pas imprévisibles. En 2016, déjà, Trump se faisait fort d’acheter le Groenland. Il y a un an, lors des questions au gouvernement, j’interrogeais sur la stratégie à l’égard des États-Unis et il me fut répondu : « Nous ne sommes pas naïfs mais il ne sert à rien d’anticiper d’emblée le pire. » Quelle prescience ! Les forfaitures se sont succédé : les livraisons d’armes à un État génocidaire ou l’enlèvement d’un président en exercice. À chaque fois, le gouvernement ferme les yeux, voire approuve. Il y a quelque chose de dérisoire à voir la pensée magique à l’œuvre dans ce texte, dont pas un mot n’est consacré aux dépendances réelles de la France et des États membres de l’Otan aux États-Unis. Pas un mot pour aborder le fait que le Danemark fut pendant des années le poste avancé de la NSA, l’Agence nationale de sécurité des États-Unis, pour espionner l’Europe et que nous aurions peut-être quelques comptes à demander à ce titre. L’exposé des motifs de cette résolution se faisait fort de contrer la menace états-unienne par un déploiement militaire, mais en réalité ce n’est pas sur ce terrain que le rapport de force a des chances d’aboutir. La France, puissance nucléaire, entend-elle réellement affronter les États-Unis, une autre puissance nucléaire, dans l’intérêt d’un tiers ? Poser des lignes rouges que nous ne ferions pas respecter est dangereux : cela discrédite la parole de la France. De fait, c’est plutôt la chute des cours de Bourse et la mobilisation d’instruments financiers bienvenus qui offrent pour l’instant un répit au peuple du Groenland face à la prédation des États-Unis. Disons-le clairement, prétendre défendre le droit international dans cette seule circonstance est un aveu d’hypocrisie perçu comme tel dans le monde. Prétendre que l’alternative à la domination américaine se trouve dans l’obéissance à ses oukases, c’est-à-dire l’augmentation des budgets de défense à hauteur de 5 % du PIB, le renforcement d’un prétendu pilier européen de l’Otan ou encore la mise en œuvre de l’agenda de Washington dans l’Arctique, c’est vraiment tenter de faire prendre aux Français des vessies pour des lanternes ! Quant au renforcement des coopérations entre États européens, il aurait du sens précisément s’il n’était pas confié à la Commission européenne, contre la souveraineté populaire et en contradiction avec les traités européens, et surtout s’il ne s’inscrivait pas dans le cadre otanien. Or, dans cette perspective, l’Allemagne augmente ses dépenses, mais en finançant massivement l’industrie états-unienne – peut-être n’avez-vous pas été informés d’un mégacontrat entre Rheinmetall et Anduril ? – et en taillant des croupières aux industries de défense françaises. Ne pas le voir nous met en danger. Mais il est vrai que dans le même temps, le gouvernement français autorise la vente de LMB Aerospace à une entreprise américaine… L’ordre du monde est indéniablement en train de basculer. Les États-Unis, puissance déclinante, s’agitent et menacent pour sauver leur suprématie. Ce n’est pas l’intérêt ni le rôle de la France de prolonger leur hégémonie. Nous ne voulons aucun maître et moins que jamais nous ne devons déroger à cette ligne de conduite. La situation que nous traversons sera d’autant plus périlleuse que nous serons indécis, que nous imaginerons pouvoir rétablir le statu quo et refuserons de prendre un parti clair et de nous y tenir. Les déclarations de principe ne sont plus de saison. Il faudra plus qu’une aimable résolution pour que la France garde une place dans le concert des nations et tâche d’y faire prévaloir la paix et l’intérêt général humain. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Nous voici revenus soixante-dix ans en arrière. En 1956, la France et le Royaume-Uni découvraient durant la crise de Suez que les États-Unis n’avaient absolument aucune intention de défendre leurs intérêts. En France, nos prédécesseurs surent en tirer les conséquences. Le programme nucléaire français était lancé pour dissuader « tous azimuts », les colonies étaient enfin abandonnées et en 1966, le général de Gaulle retirait la France du commandement intégré de l’Otan, notre pays n’accueillant plus désormais aucune base américaine. Il fallut Nicolas Sarkozy et ses soutiens pour revenir sur ces choix. Celui qui se vantait qu’on l’appelât « l’Américain » n’avait apparemment pas été assez instruit des pratiques états-uniennes par l’invasion illégale de l’Irak, ou peut-être était-il après tout indifférent au respect du droit international puisque peu après, en coalition avec l’Otan, il menait une guerre illégale en Libye en outrepassant le mandat confié par les Nations unies. Sa décision ne fut pas remise en cause par le président socialiste qui lui a succédé, ni par Emmanuel Macron. Nous voici donc redevenus depuis dix-huit ans une nation otanienne parmi d’autres, placée sous la coupe des États-Unis, et certains feignent de découvrir aujourd’hui que c’est un problème, à l’occasion des menaces scandaleuses que Trump fait peser sur le Groenland et le Danemark.
Sur le fondement de l’article 70 et pour compléter le propos de mon collègue Cadalen puisque, manifestement, vous n’avez pas forcément saisi la spécificité de son rappel au règlement. Il se trouve que M. Jacobelli est en état de récidive. (« Oh là là ! » sur plusieurs bancs du groupe RN.) Il a réitéré des propos qui nous ont conduits à juger nécessaire de demander la réunion du bureau. Si M. Jacobelli n’est pas capable de tenir sa langue jusqu’à la réunion du prochain bureau, on va avoir un problème parce qu’il ne sera pas possible de continuer à travailler dans ces conditions. Par conséquent, monsieur le président, soit vous trouvez le moyen de réunir immédiatement le bureau, soit vous obtenez des excuses de M. Jacobelli. Mais il est certain que, désormais, chaque fois qu’on lui ouvre un micro, il a l’intention de renouveler ses propos infamants et qui méritent une sanction. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Vous voyez bien que nous sommes dans une situation où le travail n’est plus possible. Je vous en prie, faites quelque chose. (Mêmes mouvements.)
Vous donnez raison à ceux qui veulent que les musulmans s’organisent en marge de la société au motif qu’il n’y aurait pas de place pour eux dans la République ! Ce n’est pas ce que nous croyons, et nous leur disons fermement, courageusement, ardemment, avec fraternité : dans la République, il y a de la place pour toutes les confessions, et pour ceux qui n’en ont aucune. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Je ne veux pas inscrire les Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes, bien que je n’aie rien en commun avec eux. Ce sont des calotins d’une nouvelle variété : ils sont musulmans alors qu’on utilisait ce terme pour qualifier la famille politique à laquelle vous appartenez, c’est-à-dire la réaction d’obédience plutôt catholique, ou qui se revendique catholique. Nous n’avons rien à voir avec ces gens-là, mais nous affirmons que toute lutte contre une idéologie doit être menée idéologiquement, et non policièrement. Vous prétendez avoir besoin d’outils pour lutter contre les Frères musulmans ; je vous réponds qu’on n’a pas besoin de marteau pour écraser une mouche ! Nous sommes en France : si vous avez un problème avec des gens qui propagent des doctrines inégalitaires ou anti-égalitaires, faites la promotion de l’égalité, respectez les droits fondamentaux, (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP), le droit de toute personne à avoir les convictions religieuses de son choix tant qu’elle ne met pas en cause l’ordre public – ce qui est le cas de la très grande majorité des musulmans de ce pays –, n’organisez pas des campagnes de diffamation et de suspicion à leur encontre !
…à se voir reprocher des positions prises en 1979, alors que je suis né en 1988, et à entendre comparer le Hamas aux Frères musulmans, qui sont sunnites. Vous mélangez les choux et les carottes et ne savez même pas de quoi vous parlez ! À M. le rapporteur qui nous accuse d’assumer le fait de ne pas vouloir inscrire les Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes, je réponds : oui ! C’est ce que nous demandons depuis ce matin, et je n’en rougis pas.
Pendant les années Sarkozy, LR n’en avait que pour le Qatar ! On se rappelle comment le président, désormais multicondamné, avait facilité le rachat du Paris Saint-Germain (PSG) et, probablement – la justice nous le dira bientôt – l’obtention de l’organisation de la Coupe du monde. Mais cette étoile a pâli et, désormais, les LR, incapables de rien analyser par eux-mêmes, sautent à pieds joints dans la manœuvre des Émirats, dont tout le monde sait qu’ils instrumentalisent cette question des Frères musulmans pour nuire à leur rival dans le Golfe. Je m’étonne que des parlementaires qui, naguère, se faisaient fort de lutter contre les ingérences étrangères, qui traquaient ce qu’ils appellent les « narratifs instillés depuis l’étranger » n’aient rien à dire quand il s’agit de légiférer sur le fondement d’obsessions sans rapport avec la réalité de la France et de son peuple. Se peut-il que ce soit parce que les Émirats sont les seuls à avoir sorti le carnet de chèques lors du forum voulu par Emmanuel Macron sur l’intelligence artificielle ? Je ne peux pas le croire… Serait-ce que la politique française, la démocratie et les droits humains sont à vendre ? Allons donc, chers collègues… (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
On dit d’une personne qui échappe à une catastrophe pour se jeter dans un péril plus grand qu’elle tombe de Charybde en Scylla. À l’avenir, pour évoquer une force politique qui sombre – comme Les Républicains (LR), qui passent du déclin électoral à la déchéance morale – on dira qu’elle va de Qatar en Émirats ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Marie-Christine Dalloz s’exclame.) Voilà la réalité : nous assistons non seulement au ralliement des Républicains à l’extrême droite et au triomphe du pétainisme sur le gaullisme – ce parti ayant embrassé la paranoïa à l’égard d’un ennemi intérieur et la volonté d’en faire un bouc émissaire des maux de notre société – mais aussi à une sorte de retournement d’alliance.