Mesdames, Messieurs,
Cette proposition de loi vise Ă encadrer lâaccĂšs Ă lâaide juridictionnelle de façon Ă assurer un accĂšs Ă©quitable Ă la justice et au droit, tout en limitant les abus portant obstacle Ă la bonne marche de la justice.
LâaccĂšs Ă la justice est dâune importance fondamentale dans une sociĂ©tĂ© libre et dĂ©mocratique. Le principe de lâĂ©galitĂ© devant la loi veut que toute personne soit traitĂ©e de la mĂȘme façon. Câest lâarticle 6 de la DĂ©claration des droits de lâhomme et du citoyen de 1789 qui dispose que « la loi doit ĂȘtre la mĂȘme pour tous ».
LâĂ©galitĂ© devant la loi ne se limite pas Ă lâassujettissement Ă©gal Ă la loi. LâaccĂšs Ă la justice doit ĂȘtre Ă©quitable pour assurer Ă chacun la capacitĂ© Ă faire valoir ses droits. Lâaide juridictionnelle est donc primordiale, car elle offre aux justiciables Ă faibles revenus, le soutien financier nĂ©cessaire pour sâacquitter des frais de justice.
Afin de protĂ©ger lâintĂ©gritĂ© du programme dâaide juridictionnelle, il est important de sâassurer que cette aide sâapplique uniquement Ă ceux qui ont un rĂ©el besoin de sâen prĂ©valoir. Actuellement, lâĂ©tat de la loi n° 91â647 du 10 juillet 1991 relative Ă lâaide juridique, donne ouverture Ă des abus procĂ©duraux, tout cela aux frais de lâĂtat.
Des procĂ©dures abusives peuvent ĂȘtre intentĂ©es de mauvaise foi, ou encore par des « quĂ©rulents processifs ». La « quĂ©rulence », ou « dĂ©lire de revendication ». Un « quĂ©rulent processif » est une personne ayant une tendance pathologique Ă rĂ©clamer en justice la rĂ©paration de dommages dont il croit avoir subi. Dâailleurs, certains Ătats prĂ©voient des mesures lĂ©gislatives pour empĂȘcher les « quĂ©rulents » dâintroduire des demandes en justice sans fondement.
Câest entre autres le cas au QuĂ©bec, oĂč il est prĂ©vu, aux articles 51 et suivant du code de procĂ©dure civile du QuĂ©bec, des mesures pour contrer les abus procĂ©duraux, avec une attention particuliĂšre portĂ©e Ă la quĂ©rulence.
Lorsque des procĂ©dures abusives sont intentĂ©es par des bĂ©nĂ©ficiaires de lâaide juridictionnelle, câest lâĂtat qui sâacquitte des frais de justice. Lâaide juridictionnelle ne devrait donc pas servir comme moyen dâentraver Ă la bonne marche de la justice.
Cette proposition vise ainsi Ă promouvoir lâĂ©galitĂ© devant la loi, la bonne administration judiciaire et la saine gestion des finances publiques.
Lâarticle 1 modifie lâarticle 7 de la loi n° 91â647 du 10 juillet 1991 relative Ă lâaide juridique en limitant lâaccĂšs Ă lâaide juridictionnelle aux demandes estimĂ©es raisonnables. Une demande en aide juridictionnelle pourrait ĂȘtre refusĂ©e, notamment lorsque la personne ne peut Ă©tablir la vraisemblance dâun droit, ou lorsque les chances de succĂšs sont faibles.
Lâarticle ajoute aussi un critĂšre de proportionnalitĂ©, soit la nĂ©cessitĂ© que les coĂ»ts engagĂ©s soient justifiĂ©s par rapport aux gains ou aux pertes potentiels. Enfin, lâarticle encourage le rĂšglement des litiges Ă lâamiable.
Lâarticle 2 modifie lâarticle 8 de la loi n° 91â647 du 10 juillet 1991 relative Ă lâaide juridique afin que le droit de conservation du bĂ©nĂ©fice de lâaide juridique en cas de recours soit sur permission et non de plein droit. Cette modification permettra au bureau dâaide juridictionnelle dâĂ©valuer lâĂ©tat du dossier, afin dâassurer quâil remplit toujours les conditions dâadmissibilitĂ© Ă lâaide juridictionnelle.
Lâarticle 3 ajoute Ă la loi n° 91â647 du 10 juillet 1991 relative Ă lâaide juridique un article 10â1. Cet article limite le nombre de fois quâun mĂȘme diffĂ©rend est admissible au bĂ©nĂ©fice de lâaide juridictionnelle, lorsquâil est introduit en premiĂšre instance devant diffĂ©rentes juridictions.
Enfin, lâarticle 4 ajoute un article 11â1 Ă la loi n° 91â647 du 10 juillet 1991. Cet article vise Ă empĂȘcher les requĂ©rants ayant intentĂ© des procĂ©dures abusives durant un litige, de continuer Ă bĂ©nĂ©ficier de lâaide juridictionnelle. De plus, un demandeur ayant dĂ©jĂ intentĂ© des procĂ©dures abusives dans le passĂ©, devra faire Ă©valuer la nĂ©cessitĂ© de son dossier par le bureau dâaide juridictionnelle, avant de pouvoir en bĂ©nĂ©ficier Ă nouveau.
Lâarticle 7 de la loi n° 91â647 du 10 juillet 1991 relative Ă lâaide juridique est ainsi modifié :
1° le premier alinéa est complété par la phrase suivante :
« Toutefois, lâaide juridictionnelle peut ĂȘtre refusĂ©e si une personne qui demande lâaide ne peut Ă©tablir vraisemblance dâun droit, ou lorsque lâaffaire a manifestement peu de chance de succĂšs. »
2° Sont ajoutés deux alinéas ainsi rédigés :
« Lâaide juridictionnelle peut ĂȘtre refusĂ©e lorsque les coĂ»ts engagĂ©s sont disproportionnĂ©s par rapport aux gains ou aux pertes potentiels. Cette condition nâest pas applicable lorsque les gains et pertes potentiels mettent en cause les moyens de subsistance du bĂ©nĂ©ficiaire.
« Lâaide juridictionnelle peut Ă©galement ĂȘtre refusĂ©e lorsque le bĂ©nĂ©ficiaire refuse, sans motif valable, une proposition raisonnable de rĂšglement du litige. »
Ă lâarticle 8 de la loi n° 91â647 du 10 juillet 1991 relative Ă lâaide juridique, les mots : « de plein droit » sont remplacĂ©s par les mots : « , sur permission auprĂšs du bureau dâaide juridictionnelle, ».
AprĂšs lâarticle 10 de la loi n° 91â647 du 10 juillet 1991 relative Ă lâaide juridique, il est insĂ©rĂ© un article 10â1 ainsi rĂ©digé :
« Art. 10â1. â Lâaide juridictionnelle est accordĂ©e aux personnes admissibles pour toute affaire dont un tribunal est saisi. Toutefois, le nombre de fois quâun demandeur peut bĂ©nĂ©ficier de lâaide juridictionnelle en portant un mĂȘme diffĂ©rend devant diffĂ©rentes juridictions est limitĂ© Ă deux. »
AprĂšs lâarticle 11 de la loi n° 91â647 du 10 juillet 1991 relative Ă lâaide juridique, il est insĂ©rĂ© un article 11â1 ainsi rĂ©digé :
« Art 11â1. â Si une requĂȘte a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e de maniĂšre abusive et quâun demandeur bĂ©nĂ©ficiaire de lâaide juridictionnelle est condamnĂ© Ă lâamende civile prĂ©vue par lâarticle 32â1 du code de procĂ©dure civile, il cesse de bĂ©nĂ©ficier de lâaide juridictionnelle pour les actes, procĂ©dures ou mesures dâexĂ©cution des dĂ©cisions de justice relatifs Ă cette demande.
« Un demandeur ayant dĂ©jĂ Ă©tĂ© condamnĂ© Ă lâamende civile prĂ©vue par lâarticle 32â1 du code de procĂ©dure civile ne peut bĂ©nĂ©ficier de lâaide juridictionnelle que sur permission Ă la suite dâune Ă©valuation de la nĂ©cessitĂ© de la demande par le bureau dâaide juridictionnelle. »