Mesdames, Messieurs,
MalgrĂ© la mise en place de dispositifs pour atteindre la paritĂ©, les femmes restent sousâreprĂ©sentĂ©es dans la sphĂšre politique. La nouvelle AssemblĂ©e nationale marque un coup dâarrĂȘt dans la progression du nombre de femmes dĂ©putĂ©es, passant de 38,7 % Ă 37 % pour la lĂ©gislature actuelle.
Pour avancer vers lâobjectif de paritĂ©, et alors que les institutions ont Ă©tĂ© pensĂ©es pour les hommes, la question de lâaccueil des enfants, de la parentalitĂ©, et en particulier de la maternitĂ© des parlementaires, doit ĂȘtre mieux traitĂ©e. En effet, le sujet nâest aucunement abordĂ© dans les textes de loi.
Actuellement, ces parlementaires sont contraints de laisser leur siĂšge vide alors mĂȘme quâun ou une supplĂ©ant.e a Ă©tĂ© Ă©lu.e au mĂȘme titre quâil ou elles, et quâelle ou il pourrait les seconder. Le remplacement temporaire dâun ou dâune parlementaire par son ou sa supplĂ©ant.e nâest prĂ©vu que dans le cas oĂč il ou elle deviendrait ministre, alors que dâautres pays comme les PaysâBas mĂ©nagent la possibilitĂ© dâun remplacement temporaire pour cause de parentalitĂ©.
LâexemplaritĂ© en termes dâĂ©galitĂ© femmeâhomme dont le Parlement doit faire preuve passe par lâimplication des conjoints, hommes ou femmes, dans lâaccueil de lâenfant. LĂ encore, le remplacement temporaire par le ou la supplĂ©ant.e nâest pas prĂ©vu dans les textes.
Ces absences non remplacĂ©es peuvent dans certains cas modifier les Ă©quilibres politiques issus du vote dĂ©mocratique. Surtout, alors que les citoyens ont Ă©lu quelquâun pour dĂ©fendre leurs intĂ©rĂȘts et porter leurs revendications, cette situation les prive de reprĂ©sentation et crĂ©e un dĂ©ficit dĂ©mocratique.
Le nonâremplacement nuit Ă©galement Ă la continuitĂ© du traitement et du suivi des dossiers portĂ©s par la ou le parlementaire, qui lâengagent visâĂ âvis des citoyens, des associations et des diverses parties prenantes. Dans cette situation, le ou la supplĂ©ant.e remplacerait temporairement la personne titulaire dans lâexercice de lâensemble des fonctions de parlementaire, droit de vote inclus.
Ces lacunes rĂ©glementaires sont lâillustration dâinĂ©galitĂ©s fondamentales qui traversent notre sociĂ©tĂ©. Dâabord, le congĂ© maternitĂ© engendre toujours des difficultĂ©s professionnelles majeures en France. Le congĂ© maternitĂ© est en effet trop souvent un frein pour la carriĂšre future, qui sâincarne notamment dans le manque Ă gagner financier : la rĂ©munĂ©ration annuelle totale est amputĂ©e dâenviron 30 % par rapport Ă un parcours sans congĂ© maternitĂ©.
Ensuite, les femmes sont encore assignĂ©es Ă la garde et lâĂ©ducation des enfants. En France, la durĂ©e du congĂ© paternitĂ© est encore loin de celle du congĂ© maternitĂ©, et il reste sousâutilisĂ©. Deuxâtiers des pĂšres ont recours au congĂ© paternitĂ© et seulement 1 % ont recours Ă taux plein au congĂ© parental, contre 14 % pour les femmes.
En 2022, la question du patriarcat reste structurante en politique, terrain de luttes et de combats acharnĂ©s. Nos institutions ne sont pas adaptĂ©es aux parlementaires jeunes parents et la bonne volontĂ© seule du bureau de lâAssemblĂ©e nâentraĂźnera pas de profond changement sur la question. Les parlementaires qui attendent un enfant devraient bĂ©nĂ©ficier dâun mĂ©canisme leur permettant dâĂȘtre remplacĂ©s afin dâassurer la continuitĂ© de leur mandat.
Lâarticle unique de cette proposition de loi constitutionnelle intĂšgre Ă lâarticle 25 de la Constitution la possibilitĂ© pour les parlementaires de se faire remplacer par la personne Ă©lue en mĂȘme temps quâeux Ă cet effet pour cause dâaccueil dâun enfant.
Cette proposition de loi constitutionnelle nĂ©cessitera pour son application de modifier lâarticle LO 176 du code Ă©lectoral, au travers dâune proposition de loi organique, afin de prĂ©ciser les modalitĂ©s requises pour pouvoir bĂ©nĂ©ficier de ce droit Ă remplacement.
Concernant les dĂ©putĂ©s, une proposition de rĂ©solution viendra modifier lâarticle 7 du RĂšglement de lâAssemblĂ©e nationale afin de rendre ce droit effectif.
Lâarticle 25 de la Constitution est ainsi modifié :
I. â AprĂšs le mot : « appartenaient », la fin du deuxiĂšme alinĂ©a est supprimĂ©.
II. â AprĂšs le deuxiĂšme alinĂ©a, il est insĂ©rĂ© un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :
« Elle fixe Ă©galement les conditions dans lesquelles ces personnes peuvent effectuer le remplacement temporaire des parlementaires en cas dâaccueil dâun enfant ou dâacceptation par eux de fonctions gouvernementales. »