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📜Loi constitutionnelle relative au remplacement des parlementaires en cas d'accueil d'un enfant
16 sept. 2022 ‱
Mathilde Hignet

ExposĂ© des motifs ‱ ⏱Lecture 3min.

Mesdames, Messieurs,

MalgrĂ© la mise en place de dispositifs pour atteindre la paritĂ©, les femmes restent sous‑reprĂ©sentĂ©es dans la sphĂšre politique. La nouvelle AssemblĂ©e nationale marque un coup d’arrĂȘt dans la progression du nombre de femmes dĂ©putĂ©es, passant de 38,7 % Ă  37 % pour la lĂ©gislature actuelle.

Pour avancer vers l’objectif de paritĂ©, et alors que les institutions ont Ă©tĂ© pensĂ©es pour les hommes, la question de l’accueil des enfants, de la parentalitĂ©, et en particulier de la maternitĂ© des parlementaires, doit ĂȘtre mieux traitĂ©e. En effet, le sujet n’est aucunement abordĂ© dans les textes de loi.

Actuellement, ces parlementaires sont contraints de laisser leur siĂšge vide alors mĂȘme qu’un ou une supplĂ©ant.e a Ă©tĂ© Ă©lu.e au mĂȘme titre qu’il ou elles, et qu’elle ou il pourrait les seconder. Le remplacement temporaire d’un ou d’une parlementaire par son ou sa supplĂ©ant.e n’est prĂ©vu que dans le cas oĂč il ou elle deviendrait ministre, alors que d’autres pays comme les Pays‑Bas mĂ©nagent la possibilitĂ© d’un remplacement temporaire pour cause de parentalitĂ©.

L’exemplaritĂ© en termes d’égalitĂ© femme‑homme dont le Parlement doit faire preuve passe par l’implication des conjoints, hommes ou femmes, dans l’accueil de l’enfant. LĂ  encore, le remplacement temporaire par le ou la supplĂ©ant.e n’est pas prĂ©vu dans les textes.

Ces absences non remplacĂ©es peuvent dans certains cas modifier les Ă©quilibres politiques issus du vote dĂ©mocratique. Surtout, alors que les citoyens ont Ă©lu quelqu’un pour dĂ©fendre leurs intĂ©rĂȘts et porter leurs revendications, cette situation les prive de reprĂ©sentation et crĂ©e un dĂ©ficit dĂ©mocratique.

Le non‑remplacement nuit Ă©galement Ă  la continuitĂ© du traitement et du suivi des dossiers portĂ©s par la ou le parlementaire, qui l’engagent vis‑à‑vis des citoyens, des associations et des diverses parties prenantes. Dans cette situation, le ou la supplĂ©ant.e remplacerait temporairement la personne titulaire dans l’exercice de l’ensemble des fonctions de parlementaire, droit de vote inclus.

Ces lacunes rĂ©glementaires sont l’illustration d’inĂ©galitĂ©s fondamentales qui traversent notre sociĂ©tĂ©. D’abord, le congĂ© maternitĂ© engendre toujours des difficultĂ©s professionnelles majeures en France. Le congĂ© maternitĂ© est en effet trop souvent un frein pour la carriĂšre future, qui s’incarne notamment dans le manque Ă  gagner financier : la rĂ©munĂ©ration annuelle totale est amputĂ©e d’environ 30 % par rapport Ă  un parcours sans congĂ© maternitĂ©.

Ensuite, les femmes sont encore assignĂ©es Ă  la garde et l’éducation des enfants. En France, la durĂ©e du congĂ© paternitĂ© est encore loin de celle du congĂ© maternitĂ©, et il reste sous‑utilisĂ©. Deux‑tiers des pĂšres ont recours au congĂ© paternitĂ© et seulement 1 % ont recours Ă  taux plein au congĂ© parental, contre 14 % pour les femmes.

En 2022, la question du patriarcat reste structurante en politique, terrain de luttes et de combats acharnĂ©s. Nos institutions ne sont pas adaptĂ©es aux parlementaires jeunes parents et la bonne volontĂ© seule du bureau de l’AssemblĂ©e n’entraĂźnera pas de profond changement sur la question. Les parlementaires qui attendent un enfant devraient bĂ©nĂ©ficier d’un mĂ©canisme leur permettant d’ĂȘtre remplacĂ©s afin d’assurer la continuitĂ© de leur mandat.

L’article unique de cette proposition de loi constitutionnelle intĂšgre Ă  l’article 25 de la Constitution la possibilitĂ© pour les parlementaires de se faire remplacer par la personne Ă©lue en mĂȘme temps qu’eux Ă  cet effet pour cause d’accueil d’un enfant.

Cette proposition de loi constitutionnelle nĂ©cessitera pour son application de modifier l’article LO 176 du code Ă©lectoral, au travers d’une proposition de loi organique, afin de prĂ©ciser les modalitĂ©s requises pour pouvoir bĂ©nĂ©ficier de ce droit Ă  remplacement.

Concernant les dĂ©putĂ©s, une proposition de rĂ©solution viendra modifier l’article 7 du RĂšglement de l’AssemblĂ©e nationale afin de rendre ce droit effectif.

Article 1

L’article 25 de la Constitution est ainsi modifié :

I. – AprĂšs le mot : « appartenaient », la fin du deuxiĂšme alinĂ©a est supprimĂ©.

II. – AprĂšs le deuxiĂšme alinĂ©a, il est insĂ©rĂ© un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :

« Elle fixe Ă©galement les conditions dans lesquelles ces personnes peuvent effectuer le remplacement temporaire des parlementaires en cas d’accueil d’un enfant ou d’acceptation par eux de fonctions gouvernementales. »

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