Mesdames, Messieurs,
« Le prochain, je me le fais ». Câest en ces termes quâun cĂ©lĂšbre chanteur de variĂ©tĂ©s sâest exprimĂ© lors dâune interview diffusĂ©e dimanche soir sur France 2, Ă propos des usagers de trottinettes et des cyclistes qui ne respecteraient pas le code de la route. Hasard de lâactualitĂ©, un peu plus tĂŽt dans lâaprĂšsâmidi, en Gironde, un automobiliste percutait volontairement quatre cyclotouristes sur une route de Sadirac.
La violence de ces propos publics rĂ©sonne de maniĂšre inquiĂ©tante dans ce fait divers, qui nâest malheureusement pas un cas isolĂ©. La presse quotidienne se fait rĂ©guliĂšrement lâĂ©cho dâagressions contre des cyclistes, souvent gratuites, qui se multiplient depuis plusieurs annĂ©es et sâapparentent parfois Ă de vĂ©ritables chasses Ă lâhomme : en vallĂ©e de Chevreuse prĂšs de GifâsurâYvette, Ă lâentrĂ©e dâun rondâpoint prĂšs de BourgâenâBresse, sur la route de Semussac Ă Royan, pour nâen citer que les exemples les plus mĂ©diatisĂ©s.
Nombre dâentre eux concernent des cyclistes sportifs parfois professionnels et des vĂ©lotouristes, circulant sur les routes de campagne, mais le problĂšme ne sây limite pas. En ville, au quotidien, de nombreuses incivilitĂ©s visant souvent Ă intimider ou Ă faire peur les autres usagers, mettent en danger les cyclistes et gĂ©nĂšrent des atteintes aux personnes qui, si elles sont parfois moins graves, nâen sapent pas moins le vivreâensemble dans lâespace public.
Si nul nâest parfait, pas mĂȘme les cyclistes, il convient de rappeler leur particuliĂšre vulnĂ©rabilitĂ© sur nos routes, tant en ville quâĂ la campagne. 227 cyclistes ont Ă©tĂ© tuĂ©s sur la route en 2021, au plus haut depuis vingt ans, en forte augmentation par rapport Ă 2019 (+ 21 %). Parce que la rue et la route appartiennent Ă tous les usagers, ce constat appelle Ă une responsabilitĂ© particuliĂšre des automobilistes et autres vĂ©hicules motorisĂ©s Ă lâĂ©gard des usagers les plus vulnĂ©rables.
Summum de lâintolĂ©rance et du refus de partager lâespace public, les attaques contre les cyclistes sur la route relĂšvent des atteintes volontaires Ă lâintĂ©gritĂ© de la personne, telles que dĂ©finies dans la Section 1 du Chapitre II du Titre II du Livre II du Code pĂ©nal. Des violences ayant entraĂźnĂ© la mort sans intention de la donner sont ainsi punies de quinze ans de rĂ©clusion criminelle (art. 222â7 du code pĂ©nal), celles ayant entraĂźnĂ© une mutilation ou une infirmitĂ© permanente sont punies de dix ans dâemprisonnement et de 150 000 euros dâamende (art. 222â9).
Dans tous les cas de figure, lâusage dâun vĂ©hicule, qualifiĂ© dâarme par destination, constitue une circonstance aggravante. Le cadre rĂ©pressif en place ne se heurte donc quâĂ la difficultĂ© Ă rassembler les preuves.
La suspension ou lâannulation du permis de conduire figurent par ailleurs parmi les peines complĂ©mentaires pouvant ĂȘtre prononcĂ©es par le juge pĂ©nal. Paradoxalement, comme lâa identifiĂ© MaĂźtre Michel Benezra, prĂ©sident de la commission juridique de lâassociation « Mon VĂ©lo est une Vie », aujourdâhui, la durĂ©e de suspension du permis de conduire est la mĂȘme quâil sâagisse de faits volontaires ou involontaires, voire plus importante en cas dâatteinte involontaire avec circonstances aggravantes. Pourtant, quây aâtâil de plus grave que de heurter volontairement un usager vulnĂ©rable ?
Face Ă cette incohĂ©rence du code pĂ©nal, lâassociation « Mon VĂ©lo Est Une Vie » créée par Teodoro BARTUCCIO en 2017 se mobilise, Ă travers notamment une pĂ©tition et une sensibilisation des Ă©lus locaux et nationaux, pour obtenir une modification de la durĂ©e de suspension et dâannulation du permis de conduire.
Pour mettre fin Ă cette situation, lâarticle 1er de la prĂ©sente proposition de loi modifie les peines complĂ©mentaires prĂ©vues par lâarticle 222â44 du code pĂ©nal en introduisant dans les alinĂ©as relatifs Ă la suspension et Ă lâannulation du permis de conduire une modulation des peines selon que les atteintes possĂšdent un caractĂšre volontaire ou involontaire.
Parce quâil apparaĂźt urgent dâenrayer cette spirale dâintolĂ©rance sur nos routes et dans lâespace public, lâarticle 2 formule au Gouvernement une demande de rapport sur les attaques volontaires contre les cyclistes et autres usagers vulnĂ©rables. Ce rapport doit permettre de disposer de statistiques prĂ©cises sur ces attaques, notamment les territoires et publics les plus concernĂ©s. Ce rapport a Ă©galement vocation Ă dĂ©terminer les freins Ă la constitution de preuves et les moyens dây remĂ©dier.
Cette proposition de loi, malheureusement, ne rĂ©soudra pas en elleâmĂȘme la tension croissante entre usagers de la route. Nous espĂ©rons seulement quâelle participera dâune prise de conscience collective de la nĂ©cessitĂ© dâune plus grande tolĂ©rance Ă lâĂ©gard des autres usagers et dâun partage plus serein de la route entre usagers motorisĂ©s et nonâmotorisĂ©s.
Le I de lâarticle 222â44 du code pĂ©nal est ainsi modifié :
1° Au 3°, les mots : « pour une durĂ©e de cinq ans au plus, du permis de conduire » sont remplacĂ©s par les mots : « du permis de conduire, pour une durĂ©e de cinq ans au plus en cas dâatteinte involontaire, pour une durĂ©e de dix ans au plus en cas dâatteinte volontaire ».
2° Le 4° est complĂ©tĂ© par les mots : « en cas dâatteinte involontaire, pendant dix ans au plus en cas dâatteinte volontaire. »
Dans un dĂ©lai de six mois Ă compter de la promulgation de la prĂ©sente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport sur les attaques volontaires contre les cyclistes et autres usagers vulnĂ©rables, visant Ă disposer de statistiques prĂ©cises sur ces attaques et de dĂ©terminer les freins Ă la constitution de preuves et les moyens dây remĂ©dier.