Mesdames, Messieurs,
LâĂ©cole rĂ©publicaine, instituĂ©e par Jules Ferry sous la IIIá” RĂ©publique, est lâune des institutions fondamentales de notre pays. Elle repose sur les principes de gratuitĂ©, de laĂŻcitĂ© et dâĂ©galitĂ©, elle incarne surtout la promesse de former des citoyens Ă©clairĂ©s, libres et responsables. Plus quâun lieu dâinstruction, lâĂ©cole est un espace de transmission et de confiance. La protection des enfants y constitue une exigence essentielle de notre RĂ©publique et un principe cardinal de lâinstitution scolaire. Pour chaque famille, lâĂ©cole doit reprĂ©senter un cadre sĂ»r, pilier de lâĂ©ducation et de la socialisation de leurs enfants ; elle a donc la responsabilitĂ© de garantir Ă chaque Ă©lĂšve un environnement dâapprentissage pleinement sĂ©curisĂ©, tant sur le plan physique que sur les plans moral et affectif.
Or, plusieurs affaires rĂ©centes ont mis en lumiĂšre de graves failles dans le dispositif actuel. Des personnes dĂ©jĂ condamnĂ©es pour des faits de pĂ©dopornographie ou de violences sexuelles ont pu intervenir auprĂšs dâĂ©lĂšves, notamment dans le cadre de la nouvelle rĂ©forme : Ă©ducation Ă la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS). En effet, le 13 septembre 2025, MĂ©diapart a rĂ©vĂ©lĂ© quâun rĂ©fĂ©rent EVARS, nommĂ© par le rectorat de Montpellier, avait Ă©tĂ© condamnĂ© en 2011 pour dĂ©tention dâimages pĂ©dopornographiques. Ce scandale illustre lâabsence dâun contrĂŽle systĂ©matique et homogĂšne des personnes appelĂ©es Ă intervenir auprĂšs des enfants.
De surcroĂźt, depuis la rentrĂ©e scolaire 2025, les programmes dâĂ©ducation Ă la vie affective et relationnelle (EVAR) pour lâĂ©cole maternelle et Ă©lĂ©mentaire, et dâĂ©ducation Ă la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) pour le collĂšge et le lycĂ©e, sont devenus une discipline Ă part entiĂšre. Ce dĂ©ploiement entraĂźne mĂ©caniquement une multiplication des rĂ©fĂ©rents et des intervenants venant complĂ©ter lâaction des enseignants, ce qui rend dâautant plus nĂ©cessaire un encadrement rigoureux de leur recrutement et de leurs conditions dâintervention.
MĂȘme si des dispositions existent dĂ©jĂ pour certains personnels de lâĂ©ducation nationale, elles demeurent insuffisantes compte tenu des nombreux intervenants extĂ©rieurs. De plus, lâagrĂ©ment des associations appelĂ©es Ă intervenir auprĂšs des Ă©lĂšves repose aujourdâhui sur un cadre essentiellement rĂ©glementaire du code de lâĂ©ducation, qui ne prĂ©voit pas explicitement la vĂ©rification de lâintĂ©gritĂ© de leurs membres. Cette fragilitĂ© normative expose Ă un risque pour la sĂ©curitĂ© de nos enfants.
Dans ces circonstances, la prĂ©sente proposition de loi vise Ă combler ces lacunes dans les Ă©coles, collĂšges et lycĂ©es en instaurant un dispositif gĂ©nĂ©ral et homogĂšne de vĂ©rification de lâabsence de condamnations pĂ©nales, dâinscriptions dans des fichiers judiciaires ou de mesures dâinterdiction incompatibles avec lâexercice dâactivitĂ©s auprĂšs de mineurs pour toute personne appelĂ©e Ă intervenir, Ă quelque titre que ce soit, auprĂšs des Ă©lĂšves dans les Ă©tablissements scolaires publics, privĂ©s sous contrat ou privĂ©s hors contrat. Elle renforce au niveau lĂ©gislatif lâexigence de contrĂŽle des associations complĂ©mentaires de lâenseignement public et des intervenants extĂ©rieurs. Elle consacre Ă©galement un droit Ă lâinformation des familles, afin que les parents dâĂ©lĂšves soient assurĂ©s que toute personne intervenant auprĂšs de leurs enfants a fait lâobjet des vĂ©rifications nĂ©cessaires, sans que cela porte atteinte Ă la vie privĂ©e des intĂ©ressĂ©s.
Cette rĂ©forme sâappuie Ă©galement sur les dispositions existantes du code de l'action sociale et des familles et du code de lâĂ©ducation qui interdisent dĂ©jĂ dâexercer certaines fonctions en cas de condamnations pĂ©nales ainsi que sur le code de procĂ©dure pĂ©nale qui encadre la dĂ©livrance du bulletin n° 2 du casier judiciaire Ă certaines autoritĂ©s aux articles 776 et 776-1. Ces derniers sont complĂ©tĂ©s en donnant le droit de vĂ©rification de ce casier aux autoritĂ©s acadĂ©miques compĂ©tentes.
Cette loi ne vise pas Ă restreindre lâaction Ă©ducative ou associative, mais Ă instaurer un principe clair et partagĂ© : aucune personne ne doit intervenir auprĂšs dâĂ©lĂšves sans quâil ait Ă©tĂ© vĂ©rifiĂ© quâelle ne prĂ©sente pas de danger pour eux. Elle rĂ©pond Ă une exigence de prĂ©vention, de confiance et de responsabilitĂ© collective. En dĂ©finitive, cette proposition de loi souhaite consacrer le principe du risque zĂ©ro pour la protection des enfants Ă lâĂ©cole. Elle renforce la vigilance de lâinstitution scolaire, renforce la confiance des familles et assure que lâĂ©ducation des enfants se dĂ©roule dans un cadre absolument sĂ»r.
Lâarticle 1er instaure une obligation gĂ©nĂ©rale de vĂ©rification prĂ©alable obligatoire, systĂ©matique et renouvelĂ©e pĂ©riodiquement pour toute personne appelĂ©e Ă intervenir auprĂšs des Ă©lĂšves dans les Ă©tablissements scolaires.
Lâarticle 2 Ă©tend cette exigence aux associations complĂ©mentaires de lâenseignement public et Ă tous les intervenants extĂ©rieurs.
Lâarticle 3 consacre un droit Ă lâinformation des parents dâĂ©lĂšves sur la rĂ©alisation effective de ces contrĂŽles.
Lâarticle 4 complĂšte le code de procĂ©dure pĂ©nale afin de permettre aux autoritĂ©s administratives compĂ©tentes dâaccĂ©der aux donnĂ©es nĂ©cessaires pour mener ces vĂ©rifications.
Le chapitre Ier du titre Ier du livre IX de la quatriĂšme partie du code de lâĂ©ducation est complĂ©tĂ© par un article L. 911â10 ainsi rĂ©digé :
« Art. L 911â10. â Toute personne, quâelle soit agent public, contractuel, bĂ©nĂ©vole, stagiaire ou membre dâune association, appelĂ©e Ă exercer une activitĂ© ou Ă intervenir auprĂšs des Ă©lĂšves dans un Ă©tablissement scolaire public, privĂ© sous contrat ou privĂ© hors contrat, doit faire lâobjet de vĂ©rifications prĂ©alables par lâautoritĂ© administrative compĂ©tente.
« Cette vĂ©rification est obligatoire, systĂ©matique et renouvelĂ©e pĂ©riodiquement. Elle porte notamment sur lâabsence de condamnations pĂ©nales, dâinscriptions dans un fichier judiciaire ou de mesures dâinterdiction incompatibles avec lâexercice dâactivitĂ©s auprĂšs de mineurs.
« Les modalitĂ©s de mise en Ćuvre, de renouvellement pĂ©riodique et de suivi de ces vĂ©rifications sont fixĂ©es par dĂ©cret en Conseil dâĂtat. »
Le livre V de la deuxiĂšme partie du code de lâĂ©ducation est complĂ©tĂ© par un titre VII ainsi rĂ©digé :
« Titre VII
« Associations complĂ©mentaires de lâenseignement public et intervenants extĂ©rieurs
« Art. L.571â1. â LâagrĂ©ment dĂ©livrĂ© aux associations complĂ©mentaires de lâenseignement public est subordonnĂ© Ă une vĂ©rification similaire Ă celle prĂ©vue Ă lâarticle L. 911â10 pour leurs membres appelĂ©s Ă intervenir auprĂšs des Ă©lĂšves.
« Ces vĂ©rifications sont rĂ©alisĂ©es sous le contrĂŽle de lâautoritĂ© administrative compĂ©tente, qui veille Ă leur rĂ©gularitĂ© et peut, Ă tout moment, retirer ou suspendre lâautorisation dâintervention en cas de manquement constatĂ©.
« Art. L. 571â2. â Toute personne, membre ou non dâune association, appelĂ©e Ă intervenir ponctuellement ou rĂ©guliĂšrement auprĂšs des Ă©lĂšves, est soumises Ă une vĂ©rification identique Ă celle prĂ©vue Ă lâarticle L. 911â10. LâautoritĂ© administrative compĂ©tente ne peut autoriser une intervention quâaprĂšs sâĂȘtre assurĂ©e du respect de ces obligations.
« Art. L.571â3. â Les modalitĂ©s de mise en Ćuvre, de renouvellement pĂ©riodique et de suivi de ces vĂ©rifications sont prĂ©cisĂ©es par dĂ©cret en Conseil dâĂtat. Ce dĂ©cret fixe Ă©galement les conditions dans lesquelles les informations relatives Ă ces contrĂŽles sont portĂ©es Ă la connaissance des chefs dâĂ©tablissement et des familles, dans le respect de la protection des donnĂ©es personnelles et du droit Ă la vie privĂ©e. »
AprĂšs lâarticle L. 111â4 du code de lâĂ©ducation, il est insĂ©rĂ© un article L. 111â4â1 ainsi rĂ©digé :
« Art. L. 111â4â1. â Les parents dâĂ©lĂšves sont informĂ©s, de maniĂšre rĂ©guliĂšre, que toutes les personnes appelĂ©es Ă intervenir auprĂšs de leurs enfants dans lâĂ©tablissement scolaire ont fait lâobjet des vĂ©rifications prĂ©vues par le prĂ©sent code.
« Sur demande, ils peuvent obtenir confirmation que ces vĂ©rifications ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es pour tout intervenant identifiĂ©, sans quâil leur soit communiquĂ© dâinformations couvertes par le respect de la vie privĂ©e et du secret professionnel. »
Le code de procédure pénale est ainsi modifié :
1° Lâarticle 776 est complĂ©tĂ© par un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :
« Aux autoritĂ©s acadĂ©miques compĂ©tentes afin quâelle puisse consulter les informations nĂ©cessaires Ă la vĂ©rification pour toute personne appelĂ©e Ă intervenir, Ă quelque titre que ce soit, auprĂšs des Ă©lĂšves dans les Ă©tablissements scolaires publics et privĂ©s sous contrat, ainsi que dans les Ă©tablissements privĂ©s hors contrat, dans les conditions prĂ©vues par les articles L. 442â1 1 et suivants du code de lâĂ©ducation. Ces informations peuvent inclure les donnĂ©es issues du casier judiciaire ainsi que, le cas Ă©chĂ©ant, les fichiers judiciaires prĂ©vus Ă cet effet. »
2° Lâarticle 776â1 est complĂ©tĂ© par un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :
« Aux autoritĂ©s acadĂ©miques compĂ©tentes afin quâelle puisse consulter les informations nĂ©cessaires Ă la vĂ©rification pour toute personne appelĂ©e Ă intervenir, Ă quelque titre que ce soit, auprĂšs des Ă©lĂšves dans les Ă©tablissements scolaires publics et privĂ©s sous contrat, ainsi que dans les Ă©tablissements privĂ©s hors contrat, dans les conditions prĂ©vues par les articles L. 442â1 et suivants du code de lâĂ©ducation. Ces informations peuvent inclure les donnĂ©es issues du casier judiciaire ainsi que, le cas Ă©chĂ©ant, les fichiers judiciaires prĂ©vus Ă cet effet. »
La charge pour lâĂtat est compensĂ©e Ă due concurrence par la crĂ©ation dâune taxe additionnelle Ă lâaccise sur les tabacs prĂ©vue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.