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📜Loi visant au renforcement de la protection des mineurs dans le cadre scolaire
18 nov. 2025 ‱
Christelle D'Intorni

ExposĂ© des motifs ‱ ⏱Lecture 4min.

Mesdames, Messieurs,

L’école rĂ©publicaine, instituĂ©e par Jules Ferry sous la IIIᔉ RĂ©publique, est l’une des institutions fondamentales de notre pays. Elle repose sur les principes de gratuitĂ©, de laĂŻcitĂ© et d’égalitĂ©, elle incarne surtout la promesse de former des citoyens Ă©clairĂ©s, libres et responsables. Plus qu’un lieu d’instruction, l’école est un espace de transmission et de confiance. La protection des enfants y constitue une exigence essentielle de notre RĂ©publique et un principe cardinal de l’institution scolaire. Pour chaque famille, l’école doit reprĂ©senter un cadre sĂ»r, pilier de l’éducation et de la socialisation de leurs enfants ; elle a donc la responsabilitĂ© de garantir Ă  chaque Ă©lĂšve un environnement d’apprentissage pleinement sĂ©curisĂ©, tant sur le plan physique que sur les plans moral et affectif.

Or, plusieurs affaires rĂ©centes ont mis en lumiĂšre de graves failles dans le dispositif actuel. Des personnes dĂ©jĂ  condamnĂ©es pour des faits de pĂ©dopornographie ou de violences sexuelles ont pu intervenir auprĂšs d’élĂšves, notamment dans le cadre de la nouvelle rĂ©forme : Ă©ducation Ă  la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS). En effet, le 13 septembre 2025, MĂ©diapart a rĂ©vĂ©lĂ© qu’un rĂ©fĂ©rent EVARS, nommĂ© par le rectorat de Montpellier, avait Ă©tĂ© condamnĂ© en 2011 pour dĂ©tention d’images pĂ©dopornographiques. Ce scandale illustre l’absence d’un contrĂŽle systĂ©matique et homogĂšne des personnes appelĂ©es Ă  intervenir auprĂšs des enfants.

De surcroĂźt, depuis la rentrĂ©e scolaire 2025, les programmes d’éducation Ă  la vie affective et relationnelle (EVAR) pour l’école maternelle et Ă©lĂ©mentaire, et d’éducation Ă  la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) pour le collĂšge et le lycĂ©e, sont devenus une discipline Ă  part entiĂšre. Ce dĂ©ploiement entraĂźne mĂ©caniquement une multiplication des rĂ©fĂ©rents et des intervenants venant complĂ©ter l’action des enseignants, ce qui rend d’autant plus nĂ©cessaire un encadrement rigoureux de leur recrutement et de leurs conditions d’intervention.

MĂȘme si des dispositions existent dĂ©jĂ  pour certains personnels de l’éducation nationale, elles demeurent insuffisantes compte tenu des nombreux intervenants extĂ©rieurs. De plus, l’agrĂ©ment des associations appelĂ©es Ă  intervenir auprĂšs des Ă©lĂšves repose aujourd’hui sur un cadre essentiellement rĂ©glementaire du code de l’éducation, qui ne prĂ©voit pas explicitement la vĂ©rification de l’intĂ©gritĂ© de leurs membres. Cette fragilitĂ© normative expose Ă  un risque pour la sĂ©curitĂ© de nos enfants.

Dans ces circonstances, la prĂ©sente proposition de loi vise Ă  combler ces lacunes dans les Ă©coles, collĂšges et lycĂ©es en instaurant un dispositif gĂ©nĂ©ral et homogĂšne de vĂ©rification de l’absence de condamnations pĂ©nales, d’inscriptions dans des fichiers judiciaires ou de mesures d’interdiction incompatibles avec l’exercice d’activitĂ©s auprĂšs de mineurs pour toute personne appelĂ©e Ă  intervenir, Ă  quelque titre que ce soit, auprĂšs des Ă©lĂšves dans les Ă©tablissements scolaires publics, privĂ©s sous contrat ou privĂ©s hors contrat. Elle renforce au niveau lĂ©gislatif l’exigence de contrĂŽle des associations complĂ©mentaires de l’enseignement public et des intervenants extĂ©rieurs. Elle consacre Ă©galement un droit Ă  l’information des familles, afin que les parents d’élĂšves soient assurĂ©s que toute personne intervenant auprĂšs de leurs enfants a fait l’objet des vĂ©rifications nĂ©cessaires, sans que cela porte atteinte Ă  la vie privĂ©e des intĂ©ressĂ©s.

Cette rĂ©forme s’appuie Ă©galement sur les dispositions existantes du code de l'action sociale et des familles et du code de l’éducation qui interdisent dĂ©jĂ  d’exercer certaines fonctions en cas de condamnations pĂ©nales ainsi que sur le code de procĂ©dure pĂ©nale qui encadre la dĂ©livrance du bulletin n° 2 du casier judiciaire Ă  certaines autoritĂ©s aux articles 776 et 776-1. Ces derniers sont complĂ©tĂ©s en donnant le droit de vĂ©rification de ce casier aux autoritĂ©s acadĂ©miques compĂ©tentes.

Cette loi ne vise pas Ă  restreindre l’action Ă©ducative ou associative, mais Ă  instaurer un principe clair et partagĂ© : aucune personne ne doit intervenir auprĂšs d’élĂšves sans qu’il ait Ă©tĂ© vĂ©rifiĂ© qu’elle ne prĂ©sente pas de danger pour eux. Elle rĂ©pond Ă  une exigence de prĂ©vention, de confiance et de responsabilitĂ© collective. En dĂ©finitive, cette proposition de loi souhaite consacrer le principe du risque zĂ©ro pour la protection des enfants Ă  l’école. Elle renforce la vigilance de l’institution scolaire, renforce la confiance des familles et assure que l’éducation des enfants se dĂ©roule dans un cadre absolument sĂ»r.

L’article 1er instaure une obligation gĂ©nĂ©rale de vĂ©rification prĂ©alable obligatoire, systĂ©matique et renouvelĂ©e pĂ©riodiquement pour toute personne appelĂ©e Ă  intervenir auprĂšs des Ă©lĂšves dans les Ă©tablissements scolaires.

L’article 2 Ă©tend cette exigence aux associations complĂ©mentaires de l’enseignement public et Ă  tous les intervenants extĂ©rieurs.

L’article 3 consacre un droit Ă  l’information des parents d’élĂšves sur la rĂ©alisation effective de ces contrĂŽles.

L’article 4 complĂšte le code de procĂ©dure pĂ©nale afin de permettre aux autoritĂ©s administratives compĂ©tentes d’accĂ©der aux donnĂ©es nĂ©cessaires pour mener ces vĂ©rifications.

Article 1

Le chapitre Ier du titre Ier du livre IX de la quatriĂšme partie du code de l’éducation est complĂ©tĂ© par un article L. 911‑10 ainsi rĂ©digé :

« Art. L 911‑10. – Toute personne, qu’elle soit agent public, contractuel, bĂ©nĂ©vole, stagiaire ou membre d’une association, appelĂ©e Ă  exercer une activitĂ© ou Ă  intervenir auprĂšs des Ă©lĂšves dans un Ă©tablissement scolaire public, privĂ© sous contrat ou privĂ© hors contrat, doit faire l’objet de vĂ©rifications prĂ©alables par l’autoritĂ© administrative compĂ©tente.

« Cette vĂ©rification est obligatoire, systĂ©matique et renouvelĂ©e pĂ©riodiquement. Elle porte notamment sur l’absence de condamnations pĂ©nales, d’inscriptions dans un fichier judiciaire ou de mesures d’interdiction incompatibles avec l’exercice d’activitĂ©s auprĂšs de mineurs.

« Les modalitĂ©s de mise en Ɠuvre, de renouvellement pĂ©riodique et de suivi de ces vĂ©rifications sont fixĂ©es par dĂ©cret en Conseil d’État. »

Article 2

Le livre V de la deuxiĂšme partie du code de l’éducation est complĂ©tĂ© par un titre VII ainsi rĂ©digé :

« Titre VII

« Associations complĂ©mentaires de l’enseignement public et intervenants extĂ©rieurs

« Art. L.571‑1. – L’agrĂ©ment dĂ©livrĂ© aux associations complĂ©mentaires de l’enseignement public est subordonnĂ© Ă  une vĂ©rification similaire Ă  celle prĂ©vue Ă  l’article L. 911‑10 pour leurs membres appelĂ©s Ă  intervenir auprĂšs des Ă©lĂšves.

« Ces vĂ©rifications sont rĂ©alisĂ©es sous le contrĂŽle de l’autoritĂ© administrative compĂ©tente, qui veille Ă  leur rĂ©gularitĂ© et peut, Ă  tout moment, retirer ou suspendre l’autorisation d’intervention en cas de manquement constatĂ©.

« Art. L. 571‑2. – Toute personne, membre ou non d’une association, appelĂ©e Ă  intervenir ponctuellement ou rĂ©guliĂšrement auprĂšs des Ă©lĂšves, est soumises Ă  une vĂ©rification identique Ă  celle prĂ©vue Ă  l’article L. 911‑10. L’autoritĂ© administrative compĂ©tente ne peut autoriser une intervention qu’aprĂšs s’ĂȘtre assurĂ©e du respect de ces obligations.

« Art. L.571‑3. – Les modalitĂ©s de mise en Ɠuvre, de renouvellement pĂ©riodique et de suivi de ces vĂ©rifications sont prĂ©cisĂ©es par dĂ©cret en Conseil d’État. Ce dĂ©cret fixe Ă©galement les conditions dans lesquelles les informations relatives Ă  ces contrĂŽles sont portĂ©es Ă  la connaissance des chefs d’établissement et des familles, dans le respect de la protection des donnĂ©es personnelles et du droit Ă  la vie privĂ©e. »

Article 3

AprĂšs l’article L. 111‑4 du code de l’éducation, il est insĂ©rĂ© un article L. 111‑4‑1 ainsi rĂ©digé :

« Art. L. 111‑4‑1. – Les parents d’élĂšves sont informĂ©s, de maniĂšre rĂ©guliĂšre, que toutes les personnes appelĂ©es Ă  intervenir auprĂšs de leurs enfants dans l’établissement scolaire ont fait l’objet des vĂ©rifications prĂ©vues par le prĂ©sent code.

« Sur demande, ils peuvent obtenir confirmation que ces vĂ©rifications ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es pour tout intervenant identifiĂ©, sans qu’il leur soit communiquĂ© d’informations couvertes par le respect de la vie privĂ©e et du secret professionnel. »

Article 4

Le code de procédure pénale est ainsi modifié :

1° L’article 776 est complĂ©tĂ© par un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :

« Aux autoritĂ©s acadĂ©miques compĂ©tentes afin qu’elle puisse consulter les informations nĂ©cessaires Ă  la vĂ©rification pour toute personne appelĂ©e Ă  intervenir, Ă  quelque titre que ce soit, auprĂšs des Ă©lĂšves dans les Ă©tablissements scolaires publics et privĂ©s sous contrat, ainsi que dans les Ă©tablissements privĂ©s hors contrat, dans les conditions prĂ©vues par les articles L. 442‑1 1 et suivants du code de l’éducation. Ces informations peuvent inclure les donnĂ©es issues du casier judiciaire ainsi que, le cas Ă©chĂ©ant, les fichiers judiciaires prĂ©vus Ă  cet effet. »

2° L’article 776‑1 est complĂ©tĂ© par un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :

« Aux autoritĂ©s acadĂ©miques compĂ©tentes afin qu’elle puisse consulter les informations nĂ©cessaires Ă  la vĂ©rification pour toute personne appelĂ©e Ă  intervenir, Ă  quelque titre que ce soit, auprĂšs des Ă©lĂšves dans les Ă©tablissements scolaires publics et privĂ©s sous contrat, ainsi que dans les Ă©tablissements privĂ©s hors contrat, dans les conditions prĂ©vues par les articles L. 442‑1 et suivants du code de l’éducation. Ces informations peuvent inclure les donnĂ©es issues du casier judiciaire ainsi que, le cas Ă©chĂ©ant, les fichiers judiciaires prĂ©vus Ă  cet effet. »

Article 5

La charge pour l’État est compensĂ©e Ă  due concurrence par la crĂ©ation d’une taxe additionnelle Ă  l’accise sur les tabacs prĂ©vue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.

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