Ce n’est pas sans émotion que j’interviens pour la dernière fois dans cet hémicycle, ayant été réélu maire de la ville de Molsheim. Je vous invite tous à venir visiter cette commune alsacienne. Si je prends la parole, monsieur le Premier ministre, c’est simplement pour dire que j’ai peur pour l’avenir de mon pays qui s’abime à coup de dettes. Soyons clairs, je ne critique en rien les plans de relance, indispensables aujourd’hui comme ils l’étaient après la crise de 2008. Mais je déplore ces années où, pendant que l’Europe du nord équilibrait ses comptes, la France jouait la cigale. Résultat : avant la crise, la dette publique était de 35 500 euros par Français et de 87 000 euros par Français occupant un emploi. Les Français savent-ils qu’avant la crise, si les comptes publics avaient dégagé un excédent de 30 milliards, il aurait fallu cent ans pour rembourser la dette ? Mais avant la crise, lorsque l’État percevait 100 euros il en dépensait 142. C’est dans ce contexte que notre économie a été mise à l’arrêt, ce qui a fait fondre les recettes et exploser les dépenses. Lorsque l’État est en déficit, toute dépense nouvelle est financée par l’emprunt. Ce qui m’inquiète, ce n’est pas tant les dépenses liées au plan de relance que toutes ces dépenses structurelles qui pèseront pour longtemps sur le budget. Hier c’était les mesures « gilets jaunes » ; aujourd’hui c’est la loi de programmation militaire, toujours plus coûteuse ; ce sera demain le Ségur de la santé, les hausses de salaires promises aux enseignants, la couverture du risque dépendance, le tout financé à grands coups d’emprunts. Face à cette situation extrêmement difficile, je voudrais dire sans vouloir passer pour un donneur de leçon que j’ai peur. J’ai peur que le nœud coulant de la dette étrangle notre pays à la première montée des taux d’intérêt ; j’ai peur qu’un jour notre pays se noie dans l’océan de ses dettes ; j’ai peur d’un Tchernobyl budgétaire. Monsieur le Premier ministre, dites-nous simplement s’il y a un montant de dettes publiques à partir duquel vous considérez que la France est en danger.
J’ai une deuxième question très courte, que je peux résumer, en vous remerciant, madame la présidente, pour votre compréhension : le droit européen ne devrait-il pas changer – les marchés actuels sont ouverts aux quatre vents – pour assurer une production nationale…
Il est toutefois important de relever que, lors de l’épidémie de grippe H1N1, la France détenait des quantités considérables de masques, alors qu’au mois de mars dernier, nous sommes entrés en guerre sanitaire très désarmés, presque sans stock et pourvus de trop peu d’équipements. Monsieur le ministre, madame la secrétaire d’État, après trois ans d’exercice du pouvoir, il appartient à votre majorité d’assumer cette situation, au lieu de se réfugier derrière des décisions très anciennes ; en trois ans, il était possible de tout rétablir. À ce sujet, je crois qu’il serait intéressant d’étudier les communications de l’ambassade de France à Pékin pour savoir depuis quand le Quai d’Orsay sait qu’il y a une suspicion de pandémie en Chine. Mais voici les vraies questions : pourquoi la France ne s’est-elle pas armée pour faire face à la guerre qui s’annonçait ? pourquoi la France fait-elle partie des pays qui n’ont pas su acheter efficacement, très tôt, des masques et d’autres équipements pour protéger leurs soignants, leurs médecins et leur population en général ? Je tiens à vous apporter ce témoignage. Il y a quelques semaines encore, dans ma circonscription, des infirmières libérales faisaient des tournées auprès de personnes âgées sans les équipements de protection absolument indispensables pour elles ou pour les patients. À l’avenir, comment faire en sorte d’avoir des stocks importants, permanents et renouvelés de blouses, de masques, de gants et d’autres matériels à usage unique ? Dans cinq ans, lorsque cette crise sera oubliée, serons-nous à nouveau un pays cigale, ou avez-vous les moyens de codifier les choses pour que les drames que nous avons connus ne se reproduisent pas ?
Le masque est devenu l’emblème absolu de la crise sanitaire majeure que nous traversons. Je ne veux pas polémiquer sur la gestion de la crise car on ne saura jamais si d’autres auraient mieux fait que le gouvernement actuel.