Monsieur le Premier ministre, la lutte contre les discriminations, l’accès aux soins pour les plus vulnérables, les inégalités territoriales, l’isolement social, l’inégalité d’accès aux services publics sont autant de thèmes abordés par le Défenseur des droits, dans le rapport annuel d’activité 2019 qu’il a rendu public hier. Ces thèmes recoupent les réalités quotidiennes vécues par beaucoup de mes concitoyens de l’agglomération de Roubaix, où se concentrent les difficultés sociales les plus criantes, comme les énergies et les initiatives locales les plus innovantes, qui donnent foi en l’avenir. Le sentiment d’abandon que souligne pourtant le Défenseur des droits et que ressentent nombre de nos concitoyens, joue sans doute aussi un rôle dans l’élan d’indignation et de colère qui s’élève, un peu partout dans le monde et dans notre pays, face au drame que viennent de connaître les États-Unis. Qu’il s’agisse d’égalité des droits et des chances, de rénovation urbaine de nos quartiers populaires, d’accès à l’emploi, de droit à la santé, c’est de la cohésion sociale qu’il s’agit – cohésion menacée et pourtant, heureusement, toujours présente. Quelles initiatives l’État entend-il donc lancer, pour préserver et renforcer la cohésion sociale ? (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I et sur plusieurs bancs des groupes LT, MODEM et Agir ens.)
Permettez-moi, monsieur le président, de préciser qu’il s’agit, pour moi aussi, de ma dernière intervention dans cet hémicycle. Venant d’être élu maire de Hem, dans le Nord, je m’apprête à quitter les bancs de cette assemblée, dont j’ai l’honneur de faire partie depuis 2002. (Applaudissements sur de nombreux bancs.) Je voudrais, au préalable, remercier l’ensemble de nos collègues, pour la richesse des débats et la diversité de nos échanges. Représenter nos concitoyens, échanger et débattre, c’est l’essence même de la démocratie, c’est l’honneur du Parlement. Je citerai André Diligent, qui fut député avant de devenir maire de Roubaix puis sénateur : « On n’est jamais sûr d’avoir raison, mais on sait si on a été sincère et si on a su rester fidèle à sa part de vérité. » (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I et sur plusieurs bancs des groupes MODEM, LT et Agir ens.) Je voudrais aussi remercier, et je crois que chacun ici partagera cet avis, l’ensemble des personnels de cette assemblée, dont le professionnalisme et le dévouement sont pour beaucoup dans la qualité du travail de l’Assemblée nationale. (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
Le groupe UDI, Agir et indépendants est favorable à un système de retraite qui garantit l’égalité pour tous les Français, un système qui assure la solidarité de tous les actifs, du public comme du privé, selon des règles communes. Nous encourageons cette démarche d’unification. Cependant, celle-ci appelle notre vigilance sur un point : celui du devenir de la contribution de l’État en tant qu’employeur. Les cotisations versées par les employeurs du public et du privé varient actuellement de manière significative. Le taux de cotisation des employeurs du privé est de 16,3 %, quand l’État cotise à hauteur de 74,28 % pour la retraite des fonctionnaires civils et de 126,07 % pour les militaires. Chaque année, des crédits budgétaires sont alloués pour financer ces retraites. En 2018, cette dépense a représenté environ 41 milliards d’euros pour les pensions civiles et militaires. Par ailleurs, les cotisations ne couvrant pas la totalité des pensions versées aux régimes spéciaux, la contribution employeur de l’État, qui joue un rôle de subvention, a été créée en 2003. En 2019, l’État a ainsi versé 7,5 milliards d’euros de subventions d’équilibre aux régimes spéciaux de la SNCF, de la RATP, des ouvriers d’État, des mines ou encore de la marine. Demain, nous nous apprêtons à supprimer les régimes spéciaux et à intégrer la fonction publique dans le futur régime universel, ce qui aura pour conséquence d’aligner le taux de cotisation de l’État sur le taux de cotisation employeur du privé. Nous nous interrogeons donc : qu’adviendra-t-il de la contribution de l’État en tant qu’employeur ? Celle-ci sera-t-elle versée en intégralité à la caisse commune du régime universel de retraite ? Dans l’intérêt de l’équilibre financier du régime universel, il est indispensable que l’État prenne sa part de responsabilité. Pouvez-vous nous assurer que l’intégralité des financements aujourd’hui consacrés par l’État à garantir ces pensions de retraite sera versée dans le fonds commun qui sera créé dans le cadre du régime universel ?
Enfin, nous espérons que les retraites des proches aidants, qui s’occupent d’un enfant handicapé ou d’un parent, seront valorisées ; vous savez que notre groupe est sensible à cette thématique. Sur tous ces sujets, le groupe UDI, Agir et indépendants sera à vos côtés, madame la ministre, pour construire un régime pérenne et d’équité, et il espère que le Gouvernement saura, en temps utile, l’écouter.
Ils le pourraient d’autant moins que le Conseil d’État a souligné combien l’étude d’impact – pourtant fournie – apparaissait, pour certaines des dispositions, insuffisante. La conviction de notre groupe est que, sur un texte aussi essentiel, se laisser tenter à restreindre l’examen parlementaire de ses dispositions, c’est favoriser l’enlisement du débat et bien sûr l’obstruction, et ce alors même que cette réforme des retraites doit permettre d’aborder des problèmes fondamentaux, qui concernent la vie de nos concitoyens, et d’y apporter des solutions. Ainsi, cette réforme doit être l’occasion de protéger davantage le pouvoir d’achat des retraités en luttant contre la précarité et en revalorisant les petites retraites. Aussi saluons-nous la garantie d’une pension de retraite minimale à 85 % du SMIC. Cette réforme ambitieuse de notre système de retraite est tout aussi nécessaire pour répondre au vieillissement de la population et aux évolutions de notre société, alors que nous connaissons de nouvelles formes d’entrepreneuriat et de salariat, et même de nouveaux modèles familiaux. De plus, nous devons sécuriser davantage la situation des personnes ayant des carrières courtes ou fractionnées, notamment les femmes qui, bien souvent, sacrifient leur vie professionnelle afin de pourvoir à l’éducation des enfants. D’autres points méritent d’être approfondis, tels que l’appréciation de la pénibilité, notamment pour les professions indépendantes, qui n’ont pas de compte professionnel de prévention. Par ailleurs, s’agissant de l’âge de départ à la retraite, notre groupe propose de travailler plus pour partir plus tôt, en allongeant le temps de travail hebdomadaire à trente-sept heures, soit vingt minutes de plus par jour, ce qui garantirait de ne pas repousser l’âge de départ à la retraite.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’est pas impossible que les parlementaires, y compris en dehors du groupe majoritaire, contribuent utilement, par leurs initiatives, à l’élaboration d’un texte en l’amendant, en y apportant leurs contributions. Sur une réforme aussi fondamentale, le Gouvernement ne perdrait rien à laisser aux assemblées le temps d’un examen rigoureux et constructif du texte, permettant de le compléter dans le sens de cette plus grande justice que vous recherchez. Il ne perdrait rien non plus à prévoir le temps nécessaire pour associer le Parlement, et cette fois de manière réelle, à l’élaboration des dispositions les plus techniques renvoyées ici aux ordonnances : votre projet de loi renvoie à vingt-neuf ordonnances, réparties au sein de vingt-trois articles sur les soixante-quatre que comporte le texte. Comment les parlementaires pourraient-ils, devant autant d’ordonnances, échapper au sentiment d’un débat éludé ?
Pourtant, nous pensons encore possible de sauver cette réforme, si tant est que vous acceptiez que le temps de la négociation avec les partenaires sociaux, dans le cadre de la conférence de financement, soit une séquence réelle de concertation, une séquence qui ouvre le temps nécessaire à l’élaboration des conditions d’un équilibre financier sincère et pérenne de notre système de retraite, sans contraindre le Parlement à adopter ce texte sans connaître les détails du financement de la réforme, et si tant est que vous acceptiez également que le temps du débat au Parlement soit une vraie séquence d’amélioration, de modifications et d’enrichissement du projet de loi. S’il est un enseignement qu’on peut tirer de l’épisode désolant du rejet de la proposition de loi de mon collègue Guy Bricout la semaine dernière, c’est que dans une démocratie parlementaire comme la nôtre, il n’est pas totalement incongru que le Gouvernement fasse confiance, non seulement à ses experts, mais aussi aux élus qui siègent au Parlement.
Nos compatriotes sont attachés au modèle social français et à son système de retraite qui en est la clef de voûte. Mais ils sont conscients des défauts de ce système : sa complexité, avec ses quarante-deux régimes, l’existence de régimes spéciaux dont la justification n’est plus évidente, les inégalités de niveaux de pension, la diversité des régimes de réversion, l’insuffisante prise en considération de la pénibilité et des carrières fractionnées. C’est la raison pour laquelle le groupe UDI, Agir et indépendants pense nécessaire une réforme systémique qui permette de faire évoluer nos régimes de retraite vers un régime universel par points, proposition que j’ai défendue lors de l’examen des projets de loi de financement de la sécurité sociale depuis plusieurs années. Pour autant, force est de constater qu’en dépit de deux années de concertation, rarement une réforme aura suscité autant d’inquiétudes. La concertation et les débats qui l’ont accompagnée n’auront pas permis au Gouvernement de tisser avec les Français des liens de confiance autour de ce projet de loi que vous présentez, madame la ministre des solidarités et de la santé.
Le règlement général du programme national de rénovation urbaine mis en œuvre par l’agence nationale pour la rénovation urbaine – ANRU – encadre les modalités de reconstitution de l’offre locative sociale à l’issue des démolitions engagées dans le cadre des opérations de rénovation urbaine. Ce faisant, il applique les conclusions du comité interministériel du 6 mars 2015, précisant notamment que cette reconstitution doit être effectuée, par principe, hors du quartier d’intervention et, plus généralement, hors des QPV. Certes, des exceptions à ce principe sont prévues. Toutefois, les dérogations, dont le nombre est limité, réduisent les possibilités de reconstitution de l’offre de logements sociaux en QPV que les maires peuvent proposer dans le cadre de leurs projets. Ainsi, le maire est souvent soumis à deux injonctions contradictoires : il doit procéder à une transformation profonde des quartiers concernés, notamment en y favorisant la mixité et l’équilibre sociaux, tout en tenant compte du souhait légitime de certains habitants de continuer à y vivre, car ils y ont leur vie, leur réseau social et, pour les plus âgés, bon nombre de leurs souvenirs. Ces contraintes sont alourdies par celles qu’imposent les règles d’urbanisme en vigueur, dans le contexte de la lutte contre le réchauffement climatique, limitant à juste titre l’artificialisation des sols et l’étalement urbain. Ainsi, dans le cadre d’un projet de rénovation urbaine, certains projets du maire visant à la reconstitution de l’offre locative sociale sur des espaces fonciers constructibles mais non encore urbanisés peuvent faire l’objet d’une fin de non-recevoir. Il arrive donc que la reconstitution de l’offre locative sociale soit freinée, pour des raisons d’équilibre social dans les QPV, et pour des raisons urbanistiques hors QPV. Monsieur le ministre, plutôt qu’enfermer les maires dans un cadre restrictif, ne serait-il pas plus judicieux de faire confiance aux territoires pour élaborer, en tenant compte des spécificités locales, les projets visant à reconstituer l’offre locative sociale ?
Le logement des publics défavorisés dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville – QPV – est une question particulièrement sensible. Pour les acteurs locaux, notamment les maires, les bailleurs sociaux et les intercommunalités, le défi consiste à articuler le relogement des publics prioritaires, tels qu’ils sont définis à l’article L. 441-1 du code de la construction et de l’habitation, avec leur volonté de rééquilibrer la sociologie des populations vivant dans les QPV. Les priorités sont nombreuses, et toutes également légitimes. Outre les publics mentionnés à l’article précité du code de la construction et de l’habitation, il faut tenir compte des publics éligibles au logement social sur le contingent de l’État, dans le cadre du droit au logement opposable – DALO –, et des publics prioritaires relevant des plans départementaux d’action pour le logement et l’hébergement des personnes défavorisées. À ces priorités, il faut ajouter les relogements organisés dans le cadre des opérations de rénovation urbaine, dont les bénéficiaires peuvent se trouver dans des situations sociales similaires à celles évoquées précédemment. Ainsi, il est complexe d’articuler et de hiérarchiser ces nombreuses priorités, d’autant plus qu’à leur pluralité s’ajoute la diversité des décideurs : le maire – ou l’intercommunalité –, les bailleurs sociaux et l’État, notamment dans le cadre du DALO. Enfin, la rotation des occupations de logements, au sein des QPV, est plus rapide qu’ailleurs. La tentation est donc forte d’y loger les publics prioritaires, qui sont aussi ceux nécessitant un accompagnement social soutenu. Nous sommes loin des intentions formulées par Manuel Valls en 2015, lorsqu’il était Premier ministre, selon lesquelles on ne devait plus proposer un logement dans les 1 500 quartiers les plus pauvres de France aux ménages les plus pauvres parmi ceux qui relèvent du droit au logement. Monsieur le ministre chargé de la ville et du logement, ma question est la suivante : au sein des acteurs concernés, quel rôle le maire peut-il encore jouer dans la décision d’attribution des logements sociaux, en vue de concilier le relogement des publics prioritaires et l’indispensable rééquilibrage du peuplement dans les QPV ?
De même, nous devons entendre les employeurs lorsqu’ils expliquent combien le coût d’un contrat de professionnalisation est élevé pour leur entreprise, au regard du temps que passe le salarié dans leurs murs. Les réponses passent ensuite par les contrats aidés. Les entrées en parcours emploi compétences – PEC – ont enregistré une nette baisse en 2019 : 78 153 contrats avaient été signés fin septembre, contre un peu plus de 92 000 en 2018. Les chiffres semblent confirmer la difficile montée en charge de ce dispositif censé remplacer les contrats aidés. Dans ce contexte, on s’explique mal que, ces dernières semaines, des structures se soient vu refuser leurs projets d’embauche ou de renouvellement de contrats en PEC en raison de l’épuisement ou du gel des crédits destinés à les financer. Enfin, la réussite des politiques de l’emploi repose pour une large part sur l’innovation et la confiance dans les territoires, ainsi que sur une mobilisation conjointe des collectivités territoriales, des acteurs locaux du service public de l’emploi, des partenaires sociaux au sein des bassins d’emploi et des filières professionnelles. Le rapport du comité d’évaluation sur l’expérimentation des emplois francs identifie, parmi les facteurs de réussite, la mobilisation soutenue de l’ensemble des parties prenante. C’est sans doute l’un des points sur lesquels les politiques de l’emploi peuvent encore évoluer : elles doivent mettre des outils à la disposition des collectivités et des territoires, et faire confiance à leur capacité de les utiliser au mieux en fonction des spécificités du marché local de l’emploi. Enfin, que ce soit avec les emplois francs ou l’expérimentation des territoires zéro chômeur de longue durée, il est temps de soutenir les innovations territoriales, qui constituent l’un des ressorts de la dynamique d’emploi dans notre pays.
Avec plus de 260 000 emplois créés en un an – mesure réalisée au troisième trimestre dernier – et un taux de chômage de 8,5 %, notre pays semble avoir renoué avec une trajectoire positive en matière d’emplois en 2019. Étant essentiellement portée par le dynamisme de la croissance, cette trajectoire reste incertaine ; le Gouvernement table d’ailleurs sur un ralentissement de la croissance en 2020. Par ailleurs, cette situation globale cache bon nombre de disparités. Ces disparités sont tout d’abord humaines : les ressorts du chômage diffèrent selon qu’on est jeune ou senior, diplômé ou peu qualifié, cadre ou employé, sans emploi depuis quelques mois ou depuis plus d’un an, voire deux ou trois ans. De plus, les recrutements s’opèrent toujours massivement en contrats à durée déterminée, avec ce que cela suppose d’incertitude quant à la pérennité de l’emploi. Les disparités sont également professionnelles, car les secteurs d’activité participent diversement à la dynamique. Si le tertiaire et les services tirent fortement l’emploi, d’autres secteurs sont en tension et peinent à recruter, révélant une inadéquation persistante entre l’offre et la demande. Comment ignorer que certaines activités connaissent des difficultés majeures, comme la grande distribution, à l’heure où le groupe Auchan, né dans l’agglomération roubaisienne, s’apprête à annoncer un plan de départs volontaires massif ? Les disparités existent enfin sur le plan territorial, car les possibilités de trouver un emploi varient selon qu’on habite une agglomération ou un secteur rural, un bassin d’emploi dynamique ou frappé par la désindustrialisation. Souvent, la situation est encore plus complexe : au sein de la métropole européenne de Lille par exemple, le bassin d’emploi lillois affiche un taux de chômage de 8,9 % au deuxième trimestre 2019, tandis que le bassin roubaisien maintient un taux de 12,5 % et que les quartiers relevant de la politique de la ville atteignent des records. Si le chômage conjoncturel recule, le chômage structurel reste donc profondément ancré dans le corps social de notre pays. Ainsi, 48 % des personnes inscrites à Pôle emploi le sont depuis plus d’un an. Nous attendons de l’État et du Gouvernement des mesures fortes capables de faire reculer ce chômage structurel, qui touche les demandeurs d’emploi nécessitant l’accompagnement le plus marqué. Le groupe UDI, Agir et indépendants est convaincu que ce chômage structurel et ces disparités doivent être combattus par des réponses diversifiées. C’est ainsi que nous gagnerons durablement la bataille de l’emploi. Ces réponses passent tout d’abord par la formation professionnelle. Il est encore prématuré de dresser un bilan de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, et des incertitudes demeurent quant à l’attitude des salariés vis-à-vis du compte personnel de formation. Nous pouvons espérer que la monétisation de ce dernier n’incitera pas les salariés à trop attendre pour s’engager dans une formation, et que l’accompagnement, dispensé notamment par le conseil en évolution professionnelle, contribuera à une utilisation pertinente du CPF. Ces deux aspects méritent une vigilance des acteurs de la formation professionnelle et des services de l’État. La vigilance est également de mise pour assurer l’indispensable fluidité des parcours d’entrée en formation, lesquels restent trop souvent bloqués sur le terrain, faute de financement.
Madame la rapporteure spéciale, la moitié des emplois francs ont été signés dans mon territoire, où j’ai piloté cette mission, ce qui prouve bien son efficacité car les résultats n’ont pas été aussi probants dans les autres territoires, où les acteurs concernés ne se sont pas assis autour d’une table pour travailler ensemble. Les emplois francs ne sont en effet qu’un dispositif. Pour assurer sa réussite, il faut trouver l’entreprise, prendre le temps d’expliquer et d’accompagner, se donner les moyens de motiver tout le monde, des élus locaux au personnel de Pôle emploi, autour du demandeur d’emploi. C’est à cette condition que l’on obtient des résultats. De surcroît, l’expérimentation que j’ai menée dans la métropole lilloise a conduit à proposer soixante-dix-neuf mesures pour développer l’emploi dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.
Cet amendement tend à financer une expérimentation. En effet, j’ai conduit une mission particulière à la métropole lilloise afin d’analyser la situation de l’emploi dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. L’ensemble des acteurs de l’insertion, de l’emploi, de l’accompagnement, de l’économie ont été associés à ce travail. Le Medef était présent, lui aussi. Nous avons ainsi réalisé que la plupart des acteurs menaient leurs actions de leur côté, sans effet de levier possible puisque les autres en ignoraient tout. J’ai piloté cette étude avec les services de la métropole lilloise, mais celle-ci n’étant pas compétente en matière d’emploi, la question du financement de cette réflexion a vite posé problème. Le présent amendement tend, par conséquent, à financer l’élargissement de l’expérimentation menée, pour l’heure, dans quelques intercommunalités, afin que nous puissions poursuivre notre travail à Lille et qu’il soit également conduit dans d’autres territoires pour développer l’emploi dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Rappelons que, grâce à ce dispositif, sur l’ensemble des emplois francs expérimentés dans les territoires retenus au titre des QPV, la moitié l’ont été dans le territoire de la métropole lilloise. Le système a fait ses preuves, les chiffres en témoignent.
D’où l’amendement de la commission des finances, qui ne diffère du mien que par la provenance des fonds : je propose de les prélever sur les crédits de fonctionnement du ministère, estimant que le train de vie de l’État pourrait être un peu réduit au profit de l’emploi local.
À l’époque, le budget des maisons de l’emploi s’élevait à 100 millions d’euros. Au motif que certaines ne fonctionnaient pas, ce budget a été réduit. Il aurait même été supprimé l’an dernier, si un amendement de la commission des finances visant à rétablir une ligne de crédits à hauteur de 5 millions d’euros n’avait pas été adopté. Comme on cherche à supprimer de nouveau cette ligne cette année, la commission propose de la rétablir, au même niveau. Si je rappelle les faits, c’est qu’on a l’impression que les maisons de l’emploi ont toujours été financées, alors que ce n’était le cas ni l’année dernière ni cette année.
Mon amendement no 1553 figure dans cette série d’amendements, ce qui me pousse à intervenir. J’étais présent, ainsi que Gérard Cherpion, lors de l’adoption de la loi de programmation pour la cohésion sociale ; la création des maisons de l’emploi ne visait pas seulement à réunir l’Agence nationale pour l’emploi et les ASSEDIC, il s’agissait aussi de réunir autour d’une même table les acteurs économiques, les acteurs de l’emploi et les collectivités territoriales de manière à produire un effet de levier.
D’un point de vue économique, la rentabilité est assurée par celui qui apporte de la valeur ajoutée. Les métiers des services ou de la fonction publique ne répondent pas à cette définition ; ce sont des emplois qui coûtent. Ce critère n’est donc pas pertinent. D’un point de vue humain en revanche, ces métiers s’efforcent de rétablir de la cohésion sociale, de faire revenir l’emploi dans des quartiers où le chômage est extrêmement élevé, et de redonner de la dignité à des personnes qui sont parfois au chômage de très longue date. Cela fait maintenant plusieurs années, madame la ministre, que je plaide pour l’extension de l’expérimentation « territoires zéro chômeurs de longue durée ». L’élargissement que je préconise est circonscrit, puisqu’il consiste à doubler le nombre de quartiers concernés, pour un montant de 20 millions d’euros. Il s’agirait donc non pas de généraliser le dispositif, mais d’envoyer un signal – et c’est important.
Cet amendement vise à élargir l’expérimentation « territoires zéro chômeurs de longue durée », pour plusieurs raisons. Il s’agirait d’abord de démontrer que le Gouvernement entend s’attaquer au chômage de longue durée dans les quartiers et les secteurs où il continue à progresser. Cela permettrait ensuite de respecter les propos du Président de la République, qui a annoncé cet élargissement il y a déjà plus d’un an, à l’occasion de la présentation de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté. Enfin, cela démontrerait que, dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville et dans les autres territoires où les chômeurs de longue durée sont nombreux, ce dispositif a une utilité. Il est souvent reproché aux emplois relevant de cette expérimentation d’être coûteux – mais je pourrais en citer beaucoup, des emplois qui ne sont pas rentables !
Notre groupe soutient cet amendement. Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, certaines associations ont en effet subi le choc de la suppression des emplois aidés. Certaines s’en sont remises, certes, parce qu’elles ont trouvé les moyens financiers pour cela ; mais je pense surtout aux centres sociaux. Les députés du Nord, s’il en reste quelques-uns sur nos bancs, savent que 50 % des centres sociaux français sont situés dans les Hauts-de-France, et, parmi eux, 50 % se trouvent dans la métropole lilloise. Dans les quartiers de Roubaix, ville la plus pauvre de France, un centre social qui disparaît, c’est une explosion sociale en puissance. Il est donc essentiel de maintenir le tissu associatif dans ces quartiers. Loin de moi l’idée qu’il faille créer des emplois aidés à tout-va et partout : peut-être y a-t-il eu quelques exagérations à cet égard, mais un certain nombre d’emplois aidés étaient essentiels dans les quartiers dont je parle. Dans ces conditions, l’adoption d’un tel amendement aurait au moins le mérite de montrer que l’ensemble de la représentation nationale soutient le milieu associatif.
Je termine, madame la présidente. Enfin, l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée », engagée en 2016, doit être étendue dès cette année 2020. Notre groupe déterminera son vote sur la mission « Travail et emploi » selon les réponses apportées aux questions que je viens d’évoquer. (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir.)
Nous proposerons aussi d’accentuer la mobilisation des acteurs de l’emploi dans les QPV, avec une nouvelle expérimentation territoriale qui facilitera la mise en œuvre d’un plan d’action commun en réunissant les initiatives des employeurs, du service public de l’emploi, et celles des collectivités locales.