Nos propositions au contraire sont claires, constantes, financées : gratuité des premiers mètres cubes vitaux, tarification progressive en fonction des usages, fin des pollutions chimiques, renforcement de l’assainissement public, plan massif – avec un volet ultramarin – concernant les canalisations, plan d’urgence afin de garantir outre-mer l’accès à l’eau potable. Je le répète, dès le mois de mai 2027, ce plan d’urgence déjà prêt, financé, constituera la priorité de notre président, Jean-Luc Mélenchon, et de son gouvernement ! C’est cela, respecter les peuples ultramarins : dire ce que l’on fait, faire ce que l’on dit. Comme le déclarait tout à l’heure mon camarade et ami Jean-Hugues Ratenon, au bal des hypocrites, La France insoumise ne danse pas. Face à l’hypocrisie de cette proposition de résolution, elle votera contre !
…un mouvement profondément divisé entre deux lignes irréconciliables, et désormais un président démasqué en tant qu’adepte d’Alain Soral, ayant tenu des propos antisémites aussi nauséabonds qu’insupportables !
Voilà la réalité d’un parti qui se déclare ami des peuples ultramarins et constitue en fait notre principal adversaire. Je m’adresse solennellement à tous les ultramarins qui nous écoutent : voyez la vraie nature de ce parti, qui utilise nos réelles souffrances afin de masquer ses difficultés politiques nationales, une candidate affaiblie, condamnée pour détournements de fonds,…
L’accès à l’eau potable constitue selon l’ONU « un droit de l’homme, essentiel à la pleine jouissance de la vie ». Force est de constater que dans les territoires français dits d’outre-mer, ce droit de l’homme essentiel est bafoué par notre propre République. En Guadeloupe, où les deux tiers de la population n’ont pas d’accès permanent à l’eau potable, les élus ont demandé il y a quelques jours une opération d’intérêt national ainsi qu’un programme complet de restructuration et d’assainissement, avec engagement de l’État à hauteur de 70 % du financement, ce qui représenterait des centaines de millions d’euros sur une dizaine d’années au moins. À cette demande légitime, le gouvernement a répondu « circulez, il n’y a rien à voir ». Voilà maintenant que le Rassemblement national nous soumet une proposition de résolution vide, sans moyens associés, qui n’aurait aucun impact sur la situation. Les Guadeloupéennes et Guadeloupéens, les peuples ultramarins dans leur ensemble, méritent mieux que le mépris gouvernemental et l’hypocrisie d’un parti d’opposition qui présente un texte inutile. À Mayotte, environ 30 % de la population ne bénéficie même pas encore d’un raccordement au réseau d’eau potable, le reste subit deux jours sur trois des coupures d’eau au robinet. Cette réalité indigne de la septième puissance mondiale fait honte à notre nation ! Chez nous, dans l’île de La Réunion, où la situation n’est pas aussi terrible qu’à Mayotte ou en Guadeloupe, nombre de familles restent cependant privées d’accès à l’eau potable. À La Chaloupe Saint-Leu, dans ma circonscription, ma suppléante, Geneviève Payet, que je salue, et moi-même avons mené la bataille pour que les habitants du chemin Emmanuel-Payet reçoivent cet accès ; malgré les engagements pris dans cet hémicycle par M. Darmanin, rien n’a évolué. Pendant que l’État fait des effets d’annonce, que le Rassemblement national propose des résolutions inutiles, nous nous battons, concrètement, aux côtés des principaux intéressés. La France insoumise n’a pas attendu pour agir. En 2021, une commission d’enquête était lancée à notre initiative ; en 2022, Gabriel Amard, que je salue également, propose la gratuité des cinquante premiers litres par jour, correspondant au minimum vital. En 2026, nous promouvons, pour rénover les canalisations, un plan d’urgence de 500 millions d’euros par an, soit 2,5 milliards sur cinq ans, conformément aux estimations des collectifs citoyens, des collectivités. C’est ce plan que nous mettrons à exécution lorsque Jean-Luc Mélenchon sera président de la République. Pour sa part, le Rassemblement national, opposé à la tarification progressive, sceptique concernant la gratuité de l’eau, au point de déposer en 2022 un amendement de suppression de notre proposition de gratuité des mètres cubes vitaux,…
Quand l’État veut, il peut, et quand il s’agit d’aider des actionnaires et des multinationales, votre gouvernement le fait ! Alors aidez-nous à garder notre outil de production à La Réunion ! Aidez nos planteurs et nos industriels à empêcher que nos usines soient vendues !
En annonçant l’ouverture du capital de ses sucreries, la multinationale Tereos a déclenché un séisme à La Réunion. En, à l’abri des regards, le groupe Tereos, l’un des cinq plus gros profiteurs de la politique agricole commune, gavé de subventions publiques, se prépare à vendre au groupe La Martiniquaise les sucreries de La Réunion. L’État ne doit pas, l’État ne peut pas rester les bras croisés dans cette affaire. Les enjeux économiques, sociaux et politiques sont énormes. La filière canne signifie bien plus que les 15 000 emplois directs, indirects et induits chez nous. La canne à sucre, c’est l’histoire de La Réunion ; elle a façonné non seulement la géographie de notre île mais aussi son peuplement. Que nous le voulions ou non, nous sommes toutes et tous les héritiers de cette histoire. Ma question est donc simple : allez-vous rester les bras croisés à contempler le désastre annoncé ou allez-vous, enfin, vous décider à agir ? L’État est-il prêt à soutenir les planteurs de canne réunionnais, qui s’organisent pour prendre le contrôle de leur outil de travail sous la forme d’une coopérative ? Nous voulons, à La Réunion, rester maîtres de notre destin. Le savoir-faire, le marché, l’industrie : tout est là. Ne manque que la volonté politique du gouvernement. Le modèle réunionnais, agricole et industriel, est prêt ! Nous sommes prêts ! De votre côté, madame la ministre des outre-mer, êtes-vous prête à tordre le bras de Tereos et à aider nos planteurs et nos industriels ? Êtes-vous prête à nous aider à développer La Réunion plutôt que de rester spectatrice ? Êtes-vous prête à privilégier l’intérêt général et l’intérêt supérieur de La Réunion contre les intérêts des multinationales ?
Par cet amendement, nous proposons de préciser la façon dont seront choisis les membres de la commission nouvellement créée. L’article 1er prévoit qu’au moins quatre des quinze membres seront des victimes de la déportation. Nous suggérons d’indiquer que les membres seront également choisis en raison de leur connaissance de l’histoire de La Réunion et de la politique de transplantation d’enfants en France hexagonale.
Par cet amendement, nous demandons que, chaque année, la commission nouvellement créée remette au Parlement un rapport dressant un état des lieux de l’avancée de ses missions et un bilan de ses moyens.
L’État ne serait pas responsable de cette politique de déportation – mais qui, alors ? Qui a organisé, légitimé et planifié cette transplantation ? Aimer son pays, mesdames et messieurs de l’extrême droite, c’est d’abord regarder l’histoire en face, aussi sombre et cruelle soit-elle. Aimer son pays, ce n’est pas falsifier, minorer ou réécrire la réalité ; c’est, au contraire, l’affronter en face, la regarder droit dans les yeux et dire aux générations suivantes : plus jamais ça ! « Dans la vie, on a toujours le choix », disait Nelson Mandela. « Aimer ou détester, assumer ou fuir, avouer ou mentir, être soi-même ou faire semblant. » Avec cette proposition de loi, nous proposons à la République française d’aimer et de ne plus détester. Nous lui proposons d’assumer sans fuir, d’avouer et de ne plus mentir, d’être elle-même et de ne plus faire semblant. Il arrive parfois que dans cet hémicycle, nous nous retrouvions face à l’histoire, face à nous-mêmes sans qu’il ne soit plus possible ni de fuir ni de regarder ailleurs. C’est le cas avec le vote que nous nous apprêtons à faire. Je nous invite donc, par-delà les clivages partisans, à nous hisser à la hauteur du moment. Pas une voix ne doit manquer ! Pour les victimes, dont certaines sont ici présentes et que je salue ; pour La Réunion, qui nous regarde ; pour la nation, qui doit connaître et reconnaître ce crime. Les députés de La France insoumise voteront sans hésiter cette proposition de loi que La Réunion appelle de ses vœux depuis si longtemps.
Toujours, cette logique de contrôle démographique ; toujours, cette logique de contrôle du corps des femmes ; toujours, cette logique de domination coloniale vis-à-vis de classes populaires réunionnaises, considérées comme dangereuses. C’est cette réalité qu’il faut dire – qu’il faudra même crier, si personne ne veut l’entendre ici ; c’est cette réalité historique, cruelle mais bien réelle, que la France doit regarder en face, doit réparer, doit enseigner, doit commémorer, pour qu’elle ne puisse jamais, nulle part, se reproduire. Durant l’examen du texte par la commission des affaires sociales, nous avons entendu le représentant du Rassemblement national nier cette vérité dans un véritable exercice de révisionnisme historique.
Permettez-moi tout d’abord d’avoir une pensée émue pour des proches concernés par ce sujet, qui, de Saint-Paul, à La Réunion, à Royère-de-Vassivière, se reconnaîtront. Enfin ! Tard, trop tard pour certains qui ne le verront pas, nous parlons de ce sujet, ici, à Paris, dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Permettez-moi de saluer le travail formidable, opiniâtre, de ma collègue et camarade Karine Lebon, qui, prenant la suite d’Ericka Bareigts, porte à bout de bras ce combat, ici, à l’Assemblée. Bravo à toi, chère Karine, de n’avoir rien lâché, malgré les embûches et les difficultés rencontrées. Oui, il faut rappeler, devant la nation, qu’entre 1962 et 1984, plusieurs milliers de mineurs relevant de l’aide sociale à l’enfance de La Réunion ont été déplacés, transportés ou, osons le terme, déportés vers la France hexagonale, au motif mensonger et fallacieux d’une démographie réunionnaise galopante, dans le but assumé et cynique de repeupler des départements hexagonaux ruraux en manque de main-d’œuvre. Cette politique planifiée a eu des conséquences dramatiques pour les mineurs concernés, déracinés, coupés de leur famille, de leur culture, de leurs racines, confrontés à des différences culturelles, linguistiques et climatiques immenses. Dans bien des cas documentés, se sont ajoutées à cela l’humiliation et la maltraitance. Certains mineurs ont même connu le changement d’un état civil que beaucoup ignorent encore. Tout cela a eu des répercussions psychologiques très importantes, que la recherche actuelle qualifie d’abus de filiation, via des traumatismes cumulatifs. Cette politique de l’État français n’est pas tombée du ciel. Elle ne relève pas du hasard ou d’une décision personnelle. Elle a, au contraire, été appliquée sciemment et consciemment dans le cadre d’une politique coloniale à l’état pur. Au même moment – il faut le rappeler tant cela est méconnu –, l’État français organisait, dans l’est de La Réunion, à Saint-Benoît en particulier, la stérilisation forcée de milliers de femmes, selon l’historienne Françoise Vergès.
Le gouvernement de la Polynésie française travaille actuellement, dans un esprit de responsabilité, à un projet de loi du pays visant à encadrer les compétences partagées avec les communes, en modifiant le II de l’article 43 de la loi de 2004 portant statut d’autonomie. Le président Brotherson insiste sur l’importance d’un cadre légal et protecteur et le conseil économique, social, environnemental et culturel a déjà donné un avis favorable à ce projet. Le texte dont nous débattons, quant à lui, ignore les disparités qui existent entre les quarante-huit communes de Polynésie française ; il débride l’intervention des communes sur les compétences du pays et risque de fragiliser les plus petites collectivités, souvent dépourvues de moyens techniques et d’ingénierie suffisants. L’Assemblée nationale française doit respecter le choix des Polynésiennes et des Polynésiens ; il y va du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. En toute cohérence, le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire votera donc contre cette proposition de loi organique.
Ce texte a fait l’objet d’un double refus, de la part tant du gouvernement que de l’Assemblée de la Polynésie française ; le message des Polynésiennes et des Polynésiens est donc clair. Je rappelle que l’Assemblée de la Polynésie française est l’institution représentative des habitants du pays, à l’instar de l’Assemblée nationale en France. Ce qui a lieu en ce moment au sein de notre hémicycle constitue donc un déni du principe démocratique de représentation : c’est inacceptable !
Cette proposition de loi organique vise, d’une part, à affranchir l’action des communes et des EPCI de la contrainte préalable d’une loi du pays et, d’autre part, à supprimer toute référence au respect de la réglementation édictée par la Polynésie française. « Il ne faut pas aller plus vite que la musique. Ce qui nous paraît peu souhaitable et dangereux, c’est d’autoriser de manière ouverte, sans préalable et sans encadrement, toute prise d’initiative d’une commune », a déclaré Moetai Brotherson, président de la Polynésie française, que je salue fraternellement, ainsi que l’ensemble du peuple polynésien.
Ce fantôme est celui de l’histoire coloniale de la France. Ce fantôme, c’est l’impensé colonial contemporain qui fait – vous l’avez fait à l’instant, madame la ministre – comme si de rien n’était, comme si cette histoire n’existait pas, comme si la France n’avait pas été une puissance coloniale majeure, comme si la France en avait fini avec les processus de décolonisation. Ainsi, nous nous retrouvons à parler d’un texte rejeté par les principaux concernés, un texte qui, bien que refusé par les Polynésiennes et les Polynésiens, arrive tout de même dans l’hémicycle, comme si Paris connaissait mieux les besoins et les attentes du peuple polynésien que le peuple polynésien lui-même.
Il y a un fantôme qui rôde à Paris, un fantôme qui rôde ici, dans cet hémicycle. Ne vous en déplaise, madame la ministre, ce fantôme que tout le monde sent mais que personne ne veut voir est celui du colonialisme.