S’il est un territoire qui connaît le coût de la douleur, le prix des larmes et l’horreur du terrorisme, c’est ma ville d’Arras. Au lycée Gambetta d’Arras, Dominique Bernard a été sauvagement assassiné en défendant son établissement, en défendant ses élèves, en défendant le savoir et la liberté. Monsieur le ministre de l’intérieur, la France commémorera demain le triste anniversaire des attentats du 13 novembre. En quelques minutes, plus d’une centaine de nos compatriotes y ont perdu la vie, des centaines ont été blessés et tout un pays a été marqué à jamais par cette attaque monstrueuse de l’islamisme contre la France. Une fois de plus, je veux, avec vous toutes et tous, rendre hommage aux victimes, à leurs familles et à leurs proches. Je veux saluer l’action exceptionnelle de nos forces de l’ordre, de nos équipes de secours et de nos services de renseignement. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem, HOR et LIOT ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.) Après cet attentat, il y a eu Nice, Saint-Étienne-du-Rouvray, le parvis de la gare Saint-Charles, le marché de Noël de Strasbourg ; il y a eu l’assassinat de Samuel Paty, comme une attaque frontale contre notre liberté, contre toutes nos valeurs ; puis il y a eu Dominique Bernard, à Arras. Avec Gabriel Attal et les députés du groupe EPR, nous avons la conviction que nous ne devons jamais baisser la garde, ni contre le terrorisme ni contre l’islamisme – ni contre la radicalisation et l’entrisme, qui en sont les terreaux. Nous avons beaucoup agi depuis 2017. Nous avons fait des propositions et nous sommes prêts à en faire encore, prêts à vous soutenir et à vous appuyer. Comment comptez-vous continuer à agir contre la menace terroriste islamiste dans le pays ? (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur plusieurs bancs des groupes DR et HOR.)
Je souhaite tout d’abord saluer le travail de la commission des lois et, plus particulièrement, celui de notre collègue Florence Herouin-Léautey, qui présente cette proposition de loi visant à proroger l’expérimentation lancée en 2021 par le gouvernement Castex. Ce texte a trouvé un écho au-delà des clivages partisans et je suis heureuse qu’il ait franchi l’étape importante de son passage en commission. À n’en pas douter, il constitue une avancée majeure pour la fonction publique et, plus largement, en direction de l’égalité des chances au sein de notre société. Comme toujours, tout progrès est un combat et, malheureusement, La France insoumise et le Rassemblement national ont préféré s’unir une fois de plus pour s’opposer au texte. Ils ont choisi de se liguer contre un dispositif qui offre concrètement de nouvelles chances, sans même chercher à le perfectionner. Heureusement, en commission, un travail approfondi a permis de faire évoluer positivement la proposition de loi. Initialement conçu pour n’être plus applicable après le 31 décembre 2024, le programme « talents » a été prorogé jusqu’au 31 août 2028. C’est une excellente nouvelle : cette prorogation garantit non seulement la pérennité du dispositif, mais aussi sa capacité à répondre pendant plusieurs années aux besoins des élèves. Elle est essentielle pour lui assurer une stabilité et faire en sorte qu’il profite aux générations futures. Autre évolution majeure : l’extension des prépas « talents » aux écoles de spécialité des grands corps techniques. Cette décision offrira de nouvelles perspectives aux élèves de ces classes, notamment dans des secteurs clés comme celui de l’ingénierie, des métiers techniques et de la défense nationale. En effet, le concours « talents » s’étendra désormais aux grandes écoles de formation des ingénieurs des mines, des ponts et chaussées, des eaux et forêts, ainsi qu’aux administrateurs de l’Insee et aux ingénieurs de l’armement, sous statut militaire. Cette mesure, cruciale, permettra à des élèves issus de milieux modestes d’intégrer eux aussi ces filières prestigieuses et techniques, où la diversité est encore peu présente. Un autre amendement important a été adopté en commission, en vue de préciser que le dispositif des prépas « talents » sera appliqué aux concours ouverts à partir du 1er août 2024, de manière rétroactive. Cela signifie que tous les élèves qui intégreront le programme dès son ouverture pourront bénéficier des avantages du dispositif, dont l’impact sera ainsi renforcé. Ces ajustements montrent à quel point la concertation et l’écoute sont fondamentales. En rassemblant nos forces, nous avons élargi le champ d’application du texte et l’avons rendu encore plus inclusif. Le travail en commission a posé de solides fondations ; il nous appartient désormais de veiller à ce que ces dispositions se concrétisent en les soutenant et en les adoptant. La prépa « talents » n’est pas seulement un programme d’accompagnement, elle est un véritable levier de transformation sociale. Elle permet à des jeunes d’autres origines sociales de bénéficier des mêmes possibilités que celles offertes aux jeunes issus des milieux les plus favorisés. Ce programme n’est pas un privilège, il répond au droit pour chaque élève talentueux d’intégrer la fonction publique en vue de servir l’État et de contribuer à la richesse et à la diversité de nos institutions. C’est pourquoi je suis convaincue qu’il doit être maintenu et étendu. Nous avons là une chance de construire une société plus juste, où chaque talent, quelle que soit son origine sociale ou familiale, peut s’épanouir et participer à la société et à la nation. L’égalité des chances n’est pas un slogan ni une promesse en l’air ; c’est un combat au quotidien, qui ne se limite pas à une législation ponctuelle – même si ce texte en est une composante fondamentale. Il relève d’un engagement profond à changer la société, à offrir à chaque jeune la possibilité de réussir et à faire en sorte que la fonction publique reflète réellement la diversité du pays. Merci à toutes et à tous d’œuvrer en ce sens. (M. Florent Boudié, président de la commission des lois, applaudit.)