Monsieur le ministre, je suis inquiète quand vous affirmez ne pas percevoir la matérialité de l’exercice que je propose. Pourtant, son objet est simple : entraîner les élèves à savoir quoi faire, précisément et concrètement, s’ils sont victimes de violence. C’est toute la différence entre une sensibilisation et un entraînement, utile au développement d’une culture de la prévention et de la réparation. La sensibilisation consiste à dire à l’enfant : « Ton corps t’appartient, personne n’a le droit de le toucher. » L’exercice que je propose consiste à lui apprendre : « Si jamais quelqu’un a touché à ton corps alors que tu ne le souhaitais pas, que dois-tu faire ? » Les écoles qui ont noué un partenariat avec l’association Les Papillons disposent de boîtes permettant aux enfants de signaler des violences. Des écoles maternelles ont affiché un numéro vert : encore faut-il que les enfants de cet âge sachent téléphoner. Dans tous les cas, on doit pouvoir indiquer à l’enfant quel est l’adulte de confiance, et à qui il doit témoigner de son agression sexuelle. Madame la rapporteure, vous avez souligné mon engagement pour la protection de l’enfance. Je veux à mon tour saluer le travail réalisé en la matière par mes collègues membres de la commission d’enquête sur les crimes d’inceste. Nous savons qu’un grand nombre d’enfants sont victimes de violences au sein de leur famille. C’est à l’école de les protéger. Je suis une enfant de l’école de la République, et je lui dois tout. Heureusement, je n’ai jamais été victime d’agressions sexuelles. L’école doit pouvoir être le réceptacle de la parole de l’enfant, et l’enfant doit savoir précisément ce qu’il doit faire. La sensibilisation est nécessaire, mais elle ne remplace pas les exercices. Il faut passer à l’échelon supérieur. D’autres pays, comme le Canada, ont engagé cette démarche avec succès. La culture de la prévention est désormais une obligation.
Avant de défendre cet amendement, j’aimerais avoir une pensée pour mon ami Thomas. Envoyé à Bétharram pour y être « redressé », il y a subi des violences. Je pense fort à lui comme à tous ceux qui nous regardent, dans cet hémicycle ou ailleurs, et revivent dans leur chair ces moments traumatiques. Monsieur le ministre, vous et moi travaillions au ministère de l’éducation nationale lorsque de terribles attentats ont endeuillé notre pays. Certains de nos collègues députés étaient d’ailleurs eux aussi fonctionnaires de cette grande maison. Il n’a fallu que quelques mois à l’éducation nationale pour déployer les exercices attentat-intrusion. Vous conviendrez avec moi que la probabilité qu’un établissement scolaire soit la cible d’une intrusion par un terroriste qui voudrait y commettre un attentat est très faible. Pourtant, nous avons eu raison de préparer les élèves à ce risque, en leur apprenant à reconnaître le signal d’alerte et à appliquer les protocoles adaptés. Or la probabilité qu’un élève soit la victime d’une violence commise par un autre enfant ou par un adulte est, malheureusement, infiniment plus grande. C’est pourquoi nous devons organiser des exercices annuels permettant aux élèves d’apprendre concrètement comment réagir face à une telle situation. Il ne s’agit pas de leur donner un cadre théorique mais bien des réponses très pratiques. À qui puis-je parler ? Qui m’écoutera ? À quelle oreille puis-je me confier ? Qui saura agir pour me protéger ? Ce n’est pas une vue de l’esprit. Madame la rapporteure, vous avez déclaré en commission que de tels exercices traumatiseraient les élèves. Je crois qu’on est là totalement à côté de la plaque. Ce qui traumatise un enfant, c’est de vivre réellement une expérience de violence, pas d’être entraîné à y faire face s’il y est confronté, lui ou l’un de ses camarades. C’est pourquoi je vous demande de reconsidérer votre position et de soutenir cet amendement empreint de bon sens pour nos élèves.