Mesdames, Messieurs,
Alors que le suffrage universel masculin est adoptĂ© sous la IIe RĂ©publique le 5 mars 1848 et ne sera plus remis en cause, lâordonnance du 21 avril 1944 consacre rĂ©ellement le suffrage universel en France. En effet depuis cette date tous les citoyens français majeurs, y compris les femmes, et jouissant de leurs droits civils et politiques peuvent ĂȘtre Ă©lecteurs lors de scrutins locaux ou nationaux.
Le vote nâest pas obligatoire au sens juridique du terme. Il nâest en fait obligatoire quâaux Ă©lections sĂ©natoriales pour les grands Ă©lecteurs qui se voient, en cas dâabstention, infliger une amende de 100 euros depuis une loi votĂ©e en 2004.
Depuis 1958, le droit de vote est de moins en moins utilisĂ© par les Français. Cette Ă©volution Ă la hausse de lâabstention en France est flagrante sâagissant des Ă©lections lĂ©gislatives, comme le montre le tableau ciâdessous rĂ©pertoriant lâabstention au second tour des Ă©lections lĂ©gislatives depuis 1958.
Date
Abstention
Date
Abstention
18 juin 2017
57,36Â %
21 juin 1981
24,9Â %
17 juin 2012
44,59Â %
19 mars 1978
15,1Â %
17 juin 2007
40,0Â %
11 mars 1973
18,2Â %
16 juin 2002
39,7Â %
30 juin 1968
22,2Â %
1er juin 1997
28,9Â %
12 mars 1967
20,3Â %
28 mars 1993
32,4Â %
25 novembre 1962
27,9Â %
12 juin 1988
30,1Â %
30 novembre 1958
25,2Â %
NĂ©anmoins aucun scrutin nâest Ă©pargnĂ© par la hausse de lâabstention puisque les Ă©lections municipales, dĂ©partementales, rĂ©gionales, europĂ©ennes, et mĂȘme prĂ©sidentielles dans une moindre mesure sont concernĂ©es. Cela ne fait plus guĂšre de doute : la France traverse un cycle de dĂ©saffection civique et Ă©lectorale.
Le suffrage direct et universel est le fondement de notre dĂ©mocratie et lâune des conquĂȘtes majeures de la RĂ©publique et des gĂ©nĂ©rations de femmes et dâhommes qui, au cours des siĂšcles, se sont battues pour lâobtenir, parfois au pĂ©ril de leur vie.
Nos reprĂ©sentants politiques doivent ĂȘtre Ă©lus par une majoritĂ© de citoyens. Dans lâidĂ©al rĂ©publicain le taux est de plus de 50 % de la population en Ăąge de voter. Câest une nĂ©cessitĂ© pour la dĂ©mocratie et pour une incontestable reprĂ©sentativitĂ© des Ă©lus.
Le vote confĂšre lĂ©gitimitĂ©, autoritĂ© et stabilitĂ© Ă nos institutions. La baisse continue de la participation Ă©lectorale reprĂ©sente un danger pour notre dĂ©mocratie car elle signifie lâexclusion pure et simple de certaines catĂ©gories de population â les plus fragiles â au sein des reprĂ©sentations locales, nationales et europĂ©ennes.
Pour autant notre dĂ©mocratie doit permettre aux citoyens dâexprimer dans les urnes leur insatisfaction face Ă lâoffre Ă©lectorale, sans que cela mette en danger ses fondements. La reconnaissance du vote blanc a Ă©tĂ© un premier pas vers la prise en compte de cette insatisfaction. NĂ©anmoins la loi n° 2014â172 du 21 fĂ©vrier 2014 visant Ă reconnaĂźtre le vote blanc aux Ă©lections nâa pas permis de prendre rĂ©ellement en compte les bulletins blancs pour la dĂ©termination des suffrages exprimĂ©s. Elle permet uniquement de distinguer les bulletins blancs des nuls.
Face Ă ces dĂ©fis et enjeux dĂ©mocratiques majeurs, la prĂ©sente proposition de loi a pour ambition dâassurer une participation Ă©lectorale la plus large possible Ă chaque scrutin, tout en permettant aux citoyens dâexprimer leur insatisfaction visâĂ âvis de lâoffre politique.
Ainsi lâarticle 1er instaure le vote universel et obligatoire en France. Lâarticle 2 prĂ©voit lâinscription dâoffice sur les listes Ă©lectorales, notamment pour les citoyens nĂ©s avant 1975. En effet la loi du 10 novembre 1997, permettant Ă chaque citoyen ĂągĂ© de dixâhuit ans de recevoir automatiquement sa carte dâĂ©lecteur afin de voter Ă toutes les Ă©lections sans ĂȘtre pris au dĂ©pourvu pour avoir oubliĂ© de sâinscrire sur lesdites listes Ă©lectorales, exclut de son bĂ©nĂ©fice tous les citoyens français qui ne sont toujours pas inscrits sur les listes Ă©lectorales, se privant ainsi de leur droit dâĂ©lecteur. Il sâagit notamment des citoyens français nĂ©s aprĂšs 1975.
En parallĂšle, lâarticle 3 prĂ©voit la reconnaissance du vote blanc parmi les suffrages exprimĂ©s, permettant Ă chaque français de manifester son insatisfaction face Ă lâoffre Ă©lectorale lors dâun scrutin. Lâarticle 4 donne encore plus de poids au vote blanc puisquâil prĂ©cise quâun vote blanc supĂ©rieur Ă 50 % des suffrages exprimĂ©s invalide le scrutin.
Afin de faciliter le vote par procuration, lâarticle 5 prĂ©voit que le mandataire Ă qui lâĂ©lecteur donne procuration pour un scrutin doit ĂȘtre inscrit sur les listes Ă©lectorales du mĂȘme dĂ©partement que le mandant, et pas seulement de la mĂȘme commune. Dans le mĂȘme objectif, lâarticle 6 prĂ©cise de façon extensive les lieux et personnes pouvant enregistrer une demande de procuration, en incluant notamment la mairie et les officiers de lâĂ©tat civil.
Ă lâarticle L. 1 du code Ă©lectoral, les mots : « et universel » sont remplacĂ©s par les mots : « universel et obligatoire ».
Tous les citoyens français disposant du droit de vote sont systématiquement inscrits sur les listes électorales de leur commune de résidence.
La cinquiĂšme phrase du troisiĂšme alinĂ©a de lâarticle L. 65 du code Ă©lectoral est remplacĂ©e par une phrase ainsi rĂ©digĂ©e :
« Ils entrent en compte pour la détermination des suffrages exprimés et il en est fait spécialement mention dans les résultats des scrutins. »
Lâarticle L. 56 du code Ă©lectoral est complĂ©tĂ© par deux phrases ainsi rĂ©digĂ©es :
« Sâil y a plus de 50 % de bulletins blancs, lâĂ©lection est invalidĂ©e. Un nouveau scrutin doit ĂȘtre organisĂ©. »
Ă lâarticle L. 72 du mĂȘme code, les mots : « la mĂȘme commune » sont remplacĂ©s par les mots : « le mĂȘme dĂ©partement ».
Avant le premier alinĂ©a de lâarticle L. 73 du mĂȘme code, sont ajoutĂ©s deux alinĂ©as ainsi rĂ©digĂ©s :
« Les procurations peuvent ĂȘtre Ă©tablies Ă la mairie du lieu de rĂ©sidence, dans un commissariat de police ou dans une brigade de gendarmerie par un acte dressĂ© devant un officier de police judiciaire ou un officier dâĂ©tat civil.
Le juge dâinstance du lieu de rĂ©sidence de lâĂ©lecteur dĂ©signe des officiers de police judiciaire ou dâĂ©tat civil, qui peuvent se rendre auprĂšs des personnes dans lâincapacitĂ© de se dĂ©placer pour Ă©tablir une procuration. »
Les charges qui pourraient rĂ©sulter pour les communes de lâapplication de la prĂ©sente loi sont compensĂ©es Ă due concurrence par le relĂšvement de la dotation globale de fonctionnement et corrĂ©lativement pour lâĂtat par la crĂ©ation dâune taxe additionnelle aux droits visĂ©s aux articles 575 et 575 A du code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts.
Les charges qui pourraient rĂ©sulter pour lâĂtat de lâapplication de la prĂ©sente loi sont compensĂ©es Ă due concurrence par la crĂ©ation dâune taxe additionnelle aux droits visĂ©s aux articles 575 et 575 A du code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts.
Les dispositions de la prĂ©sente loi sont applicables Ă la NouvelleâCalĂ©donie, Ă la PolynĂ©sie française et aux Ăźles Wallis et Futuna.