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📜Loi sur le plafonnement des frais d'incidents bancaires
11 avr. 2019 ‱
Alexis CorbiĂšre

ExposĂ© des motifs ‱ ⏱Lecture 7min.

Mesdames, Messieurs,

La rĂ©munĂ©ration des banques se fait essentiellement via l’intĂ©rĂȘt qu’elles appliquent lors des opĂ©rations de prĂȘts octroyĂ©s Ă  leurs clients, contrepartie du pouvoir immense et extraordinaire confiĂ© aux banques de crĂ©er de la monnaie par le biais du crĂ©dit. Elle s’opĂšre Ă©galement de plus en plus Ă  travers leurs opĂ©rations de marchĂ©. Cependant, au cours des derniĂšres annĂ©es, de maniĂšre parallĂšle Ă  la baisse des taux d’intĂ©rĂȘts, consĂ©quence de la politique monĂ©taire accommodante menĂ©e par la banque centrale europĂ©enne, les banques ont multipliĂ© les frais bancaires annexes et les frais d’incidents. Les seuls frais d’incidents bancaires (hors frais de tenue de comptes) rapportent aujourd’hui, selon une Ă©tude conjointe de l’UNAF et l’INC, prĂšs de 6,5 milliards d’euros par an aux Ă©tablissements bancaires français, au dĂ©triment de plus de 7 millions de clients des banques.

Ces frais sont supportĂ©s essentiellement par les classes moyennes et populaires : l’étude prĂ©cise en effet que le montant mensuel des frais d’incidents et agios supportĂ©s par les populations en situation de vulnĂ©rabilitĂ© financiĂšre s’élĂšve en moyenne, aprĂšs extourne, Ă  296 euros par an (jusqu’à 3 552 euros) contre 34 euros toute population confondue. De plus en plus, c’est ainsi le client se retrouve au service de la banque au lieu que la banque soit au service du client. Pour les Ă©tablissements bancaires, il s’agit d’une rente inespĂ©rĂ©e, qu’une complexitĂ© technique savamment entretenue a jusqu’à prĂ©sent prĂ©servĂ© de la loi.

Face Ă  la colĂšre sociale, qui vise Ă©galement les banques, l’action du Gouvernement s’est rĂ©vĂ©lĂ©e particuliĂšrement inefficace : comptant sur la bonne foi des Ă©tablissements bancaires, et sur des engagements non contraignants annoncĂ©s avec autant d’éclat que d’imprĂ©cision, le Gouvernement n’a conduit aucune action lĂ©gislative visant Ă  plafonner les frais bancaires. La « bonne foi » des Ă©tablissements bancaires semble suffire Ă  elle‑seule. Que n’en dit‑on autant pour les chĂŽmeurs sommĂ©s de prouver qu’ils recherchent bien un emploi sous peine de se voir couper les allocations auxquelles ils ont droit ?

Parmi les derniers « engagements » dont nous sommes censĂ©s croire la « bonne foi », les Ă©tablissements bancaires se sont engagĂ©s, le 11 dĂ©cembre 2018, Ă  faire bĂ©nĂ©ficier l’ensemble des clients les plus fragiles financiĂšrement d’un plafonnement des frais d’incidents. Ce sont potentiellement 3,6 millions de personnes qui sont concernĂ©es. Mais pour l’instant, les banques demeurent complĂštement libres de mettre en Ɠuvre cet engagement « au regard de leur politique commerciale » comme tient Ă  le prĂ©ciser le communiquĂ© de la FĂ©dĂ©ration bancaire française (FBF).

Au‑delĂ  de son inexistence juridique, cet accord continue par ailleurs de distinguer population fragile financiĂšrement (au risque de les stigmatiser) et population « normale », ainsi que clients professionnels et clients non professionnels. Ainsi, les artisans et commerçants ou les autoentrepreneurs ne bĂ©nĂ©ficient d’aucun plafonnement des frais d’incident bancaires, alors mĂȘme qu’ils sont davantage exposĂ©s Ă  ce type d’incidents indĂ©pendamment de leur volontĂ©. Et pour le reste de la population non‑professionnelle, il n’y aura pas de plafond global annuel de frais, au‑delĂ  de l’encadrement prĂ©vu par la loi de 2013 (soit 8 euros par opĂ©ration et 80 euros par mois pour les « commissions d’intervention » en cas de dĂ©passement de dĂ©couvert autorisĂ©) auxquels il faut ajouter les plafonds de 50 euros de frais de rejet de chĂšque par chĂšque rejetĂ© et de 20 euros pour un rejet de prĂ©lĂšvement et d’autres types de frais par opĂ©ration rejetĂ©e. Soit une facture finale qui peut s’avĂ©rer salĂ©e.

La France Insoumise propose donc une action plus ambitieuse et plus dĂ©terminĂ©e. Elle part du principe que l’accĂšs Ă  ces biens communs que sont la monnaie, le crĂ©dit et les moyens de paiement doit ĂȘtre facturĂ© au plus bas niveau possible afin de ne pas pĂ©naliser le pouvoir d’achat des mĂ©nages. Elle rejoint en cela la position exprimĂ©e par de nombreux acteurs : syndicats, association de dĂ©fense des consommateurs, reprĂ©sentants des clients des banques, etc. Cette action est d’autant plus Ă  portĂ©e de main que le traitement des incidents bancaires est le plus souvent automatisĂ© et ne requiert aucune action humaine qui justifierait des frais si Ă©levĂ©s. Il entraĂźne en revanche des tensions inutiles entre les clients et les employĂ©s des banques, sommĂ©s d’exĂ©cuter les instructions de leur hiĂ©rarchie. Selon la FĂ©dĂ©ration CGT des syndicats du personnel de la banque et de l’assurance, dont le groupe LFI a reçu les membres en audition Ă  l’AssemblĂ©e nationale autour de leur secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale Mme ValĂ©rie LefĂšbvre‑Haussman, l’existence de frais d’incidents bancaires Ă©levĂ©s conduit en outre Ă  une mise en danger des personnels envers lesquels s’exerce une violence psychologique, et parfois physique, croissante. Nul besoin, donc, de rajouter le paiement d’une rente supplĂ©mentaire sous la forme de frais spĂ©cifiques extravagants qui vient s’ajouter au droit dĂ©jĂ  extraordinaire de seigneuriage octroyĂ© aux Ă©tablissements bancaires privĂ©s. Nul besoin non plus de rajouter Ă  la violence sociale qui traverse dĂ©jĂ  le pays.

C’est pourquoi la France Insoumise propose d’instaurer, par la voie lĂ©gislative (alors que cette matiĂšre est jusqu’ici Ă©trangement demeurĂ©e un prĂ© carrĂ© du domaine rĂ©glementaire) un plafond couvrant l’ensemble des frais engendrĂ©s par une irrĂ©gularitĂ© ou un incident de fonctionnement du compte bancaire et fixĂ© Ă  2 euros par incident, dans la limite de 20 euros par mois et de 200 euros par an, pour l’ensemble de la population, professionnelle et non professionnelle. Ce plafond inclura les frais de rĂ©gularisation mais aussi les autres frais liĂ©s Ă  l’incident (lettre d’information pour compte dĂ©biteur, rejet de chĂšque pour dĂ©faut de provision, rejet de prĂ©lĂšvement ou de virement
).

Bien que n’étant pas directement des frais d’incident, le plafond proposĂ© inclura Ă©galement les intĂ©rĂȘts dĂ©bitĂ©s Ă  raison d’un solde dĂ©biteur du compte pendant un ou plusieurs jours, c’est‑à‑dire les agios, qui grĂšvent de façon abusive les finances de nombre de nos concitoyens.

Enfin, le second article de cette proposition prĂ©voit d’exonĂ©rer les clients du paiement des frais relatifs aux saisies administratives. Selon l’association de consommateurs CLCV, qui publie chaque annĂ©e une enquĂȘte sur les frais d’un panel d’environ 130 banques, l’avis Ă  tiers dĂ©tenteur est ainsi facturĂ© 103,57 euros en moyenne au 1er fĂ©vrier 2018, contre 99,78 euros un an plus tĂŽt. La mĂȘme association constate que ces frais ont augmentĂ© de plus de 10 % en 5 ans. À tel point que souvent les frais bancaires liĂ©s Ă  des saisies sont aussi Ă©levĂ©s que les saisies elles‑mĂȘmes. Un premier plafonnement Ă  10 % du montant de la somme prĂ©levĂ©e est entrĂ© en vigueur le 1er janvier 2019, il ne concerne que les frais liĂ©s Ă  des saisies administratives Ă  tiers dĂ©tenteur. Notre objectif est donc, compte tenu du montant de ces frais, d’exonĂ©rer les clients du paiement des frais bancaires relatifs Ă  ces saisies et d’étendre l’exonĂ©ration aux saisies de droit commun (saisie‑attribution).

Il nous semble important que l’AssemblĂ©e nationale, tous groupes confondus, se saisisse de ses prĂ©rogatives en la matiĂšre et agisse autrement qu’en faisant confiance Ă  la « bonne foi » des Ă©tablissements bancaires. Ceux‑ci cherchent d’ailleurs Ă  justifier leurs pratiques par des arguments fallacieux. Ainsi, les frais d’incident n’ont aucune portĂ©e Ă©ducative comme en tĂ©moignent, d’une part, l’accroissement de leur montant unitaire et la multiplication de leur nombre et, d’autre part, leur facturation en cascade qui empĂȘche le client d’en tirer les consĂ©quences sur sa situation budgĂ©taire et sur les opĂ©rations qui en sont Ă  l’origine.

De la mĂȘme maniĂšre, le chantage Ă  l’emploi ne tient pas la route : la rĂ©duction des effectifs des banques est la consĂ©quence directe de la concurrence importante qui existe au sein du marchĂ© de la banque de dĂ©tail et de la digitalisation qui incitent les Ă©tablissements Ă  pratiquer des Ă©conomies d’échelle.

Ajoutons enfin que le manque Ă  gagner pour les banques ne sera pas considĂ©rable : en 2017, le rĂ©sultat net des principales grandes banques françaises s’est avĂ©rĂ© supĂ©rieur Ă  21 milliards d’euros et, rien que pour l’annĂ©e 2016, les banques ont versĂ© prĂšs de 8,6 milliards d’euros de dividendes Ă  leurs actionnaires. En outre, le niveau de fonds propres des principales banques françaises est supĂ©rieur Ă  13 %. Dans ce contexte, baisser ces frais ne reprĂ©sente aucune menace sur la stabilitĂ© du systĂšme bancaire et financier. C’est en revanche urgent pour redonner du pouvoir d’achat Ă  la population, et en particulier aux classes moyennes qui sont le plus lourdement touchĂ©es par cette forme de taxation indirecte. À terme, cela constituera un premier pas pour rĂ©flĂ©chir Ă  la nĂ©cessitĂ© d’une gestion publique de ces biens communs que sont la monnaie et le crĂ©dit.

L’article 1er dĂ©finit Ă  l’article L. 312‑1‑3 du code monĂ©taire et financier un plafond de frais et commissions perçus Ă  raison d’incidents ou d’irrĂ©gularitĂ©s de fonctionnement d’un compte bancaire par les Ă©tablissements de crĂ©dit sur l’ensemble de la clientĂšle de personnes physiques. Ce plafond est fixĂ© Ă  2 euros par incident, dans la limite de 20 euros par mois et de 200 euros par an.

Il impose par ailleurs aux Ă©tablissements de crĂ©dit de fournir Ă  l’AutoritĂ© de contrĂŽle prudentiel et de rĂ©solution, chaque annĂ©e, des informations dĂ©taillĂ©es sur les frais et commissions prĂ©levĂ©s au titre des incidents et irrĂ©gularitĂ©s de fonctionnement d’un compte bancaire sur cette mĂȘme clientĂšle. À des fins d’information, l’autoritĂ© publie un rapport d’analyse et de synthĂšse anonymisĂ©.

L’article 2 prĂ©voit d’exonĂ©rer les clients du paiement des frais affĂ©rents Ă  une saisie administrative Ă  tiers dĂ©tenteur ou Ă  une saisie‑attribution prĂ©levĂ©s par un Ă©tablissement de crĂ©dit.

L’article 3 est un article de coordination destinĂ© Ă  mettre en cohĂ©rence les dispositions relatives Ă  l’information tarifaire, le relevĂ© de compte devant ĂȘtre communiquĂ© gratuitement Ă  l’ensemble de la clientĂšle et plus simplement Ă  la clientĂšle de dĂ©tail.

Article 1

Le code monétaire et financier est ainsi rédigé :

1° Le II de l’article L. 133‑26 est abrogé ;

2° Le dernier alinĂ©a de l’article L. 131‑73 est supprimé ;

3° L’article L. 312‑1‑3 est ainsi rĂ©digé :

« L’ensemble des frais et commissions perçus Ă  raison d’incidents ou d’irrĂ©gularitĂ©s de fonctionnement d’un compte bancaire, dĂ©fini par la loi, le rĂšglement ou créés par l’établissement de crĂ©dit, sont plafonnĂ©s. Ce plafond ne peut excĂ©der 2 euros par opĂ©ration, 20 euros par mois et 200 euros par an.

« Ce plafond inclut Ă©galement les intĂ©rĂȘts dĂ©bitĂ©s Ă  raison d’un solde dĂ©biteur du compte pendant un ou plusieurs jours.

« Les Ă©tablissements de crĂ©dit communiquent Ă  l’AutoritĂ© de contrĂŽle prudentiel et de rĂ©solution, chaque annĂ©e, par typologie de clientĂšle, le nombre de clients personnes physiques s’étant vu facturer un ou plusieurs frais mentionnĂ©s au premier alinĂ©a du prĂ©sent article ainsi que le montant total, aprĂšs extourne, des bĂ©nĂ©fices rĂ©sultant de la facturation de ces frais. L’AutoritĂ© de contrĂŽle prudentiel et de rĂ©solution publie un rapport synthĂ©tique annuel reprenant ces donnĂ©es de maniĂšre agrĂ©gĂ©e et anonymisĂ©e.

« Les Ă©tablissements de crĂ©dit publient, chaque annĂ©e, par typologie de clientĂšle, le nombre de clients personnes physiques s’étant vu facturer un ou plusieurs frais mentionnĂ©s au premier alinĂ©a du prĂ©sent article ainsi que le montant total, aprĂšs extourne, des bĂ©nĂ©fices rĂ©sultant de la facturation de ces frais.

« Les conditions d’application du prĂ©sent article sont fixĂ©es par dĂ©cret en Conseil d’État. ».

Article 2

I. – Le 5 de l’article L. 262 du livre des procĂ©dures fiscales est ainsi rĂ©digé :

« 5. Aucun frais ne peut ĂȘtre facturĂ© au client pour la rĂ©alisation par un Ă©tablissement de crĂ©dit des opĂ©rations destinĂ©es Ă  l’exĂ©cution d’une saisie administrative Ă  tiers dĂ©tenteur. »

II. – L’article L. 162‑1 du code des procĂ©dures civiles d’exĂ©cution est complĂ©tĂ© par un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :

« Aucun frais ne peut ĂȘtre facturĂ© au client pour la rĂ©alisation par un Ă©tablissement de crĂ©dit des opĂ©rations destinĂ©es Ă  l’exĂ©cution d’une saisie‑attribution. ».

Article 3

L’article L. 312‑1‑5 du code monĂ©taire et financier est ainsi modifié :

1° À la premiĂšre phrase du premier alinĂ©a, les mots : « personne physique n’agissant pas pour des besoins professionnels » sont supprimĂ©s.

2°°La seconde phrase du second alinéa est supprimée.

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