Mesdames, Messieurs,
LâĂ©galitĂ© femmesâhommes, grande cause du quinquennat dâEmmanuel Macron, ne saurait ĂȘtre assurĂ©e sans protection du droit des femmes Ă disposer de leur corps. En France, le droit Ă lâinterruption volontaire de grossesse (IVG) a Ă©tĂ© sĂ©curisĂ© par un ensemble de dispositions au cours du quinquennat prĂ©cĂ©dent : gratuitĂ© totale de lâacte mĂ©dical, extension du dĂ©lit dâentrave Ă lâIVG, et possibilitĂ© pour les sagesâfemmes dâexercer des IVG mĂ©dicamenteuses (loi de modernisation de notre systĂšme de santĂ©, 2016). Pourtant, en ce qui concerne les IVG instrumentales pratiquĂ©es entre la huitiĂšme et la quatorziĂšme semaine dâamĂ©norrhĂ©e, elles peuvent uniquement ĂȘtre rĂ©alisĂ©es par un mĂ©decin.
Les conditions dâaccĂšs des femmes Ă lâIVG sont, dans ce contexte, inquiĂ©tantes. Aujourdâhui, 39 dĂ©partements ont une densitĂ© de gynĂ©cologues en dessous de la moyenne nationale (7,6 gynĂ©cologues pour 100 000 femmes) et six dĂ©partements ne comptent aucun gynĂ©cologue mĂ©dical. Selon Anne Gompel, professeure de gynĂ©cologie Ă lâuniversitĂ© ParisâDescartes, nombre de femmes ne sont plus suivies ou doivent changer de dĂ©partement pour lâĂȘtre, du fait du dĂ©part Ă la retraite de gĂ©nĂ©rations de mĂ©decins. Selon une projection de lâOrdre des mĂ©decins, en 2025, la France ne comptera plus que 4 108 gynĂ©cologues obstĂ©triciens et mĂ©dicaux contre 7 100 en 2010. Face Ă ces difficultĂ©s de suivi et de consultation, il est Ă craindre que les femmes ne disposent plus des conditions matĂ©rielles nĂ©cessaires Ă un Ă©gal accĂšs Ă la contraception, et in fine Ă leur droit Ă lâIVG.
Quant aux sagesâfemmes, leur nombre est en augmentation constante. Pratiquant des IVG mĂ©dicamenteuses, mais aussi accompagnant les femmes dans leurs examens de santĂ© et assurant un soutien psychologique lorsque nĂ©cessaire, elles sont un acteur essentiel de lâaccĂšs aux femmes Ă leurs droits reproductifs et sexuels. Lâextension de la pratique de lâIVG par les sagesâfemmes aux IVG instrumentales est un pas matĂ©riellement nĂ©cessaire, mais aussi symboliquement fort. Il permettrait ainsi de sortir cette pratique dâune prise en charge exclusive par les mĂ©decins, et marquerait un moment historique de sortie du domaine de la pathologie, et donc dâavancĂ©e des droits des femmes. En France, une femme sur trois a recours Ă lâIVG au cours de sa vie, et les sagesâfemmes â en tant que spĂ©cialistes de lâendoâutĂ©rin gravide physiologique â doivent avoir toute leur place dans cette pratique.
Depuis 2015, lâOrganisation mondiale de la santĂ© (OMS) prĂ©conise lâintervention autonome des sagesâfemmes dans lâIVG instrumentale au premier trimestre de la grossesse. Cette annĂ©e, lâAssociation nationale des sagesâfemmes orthogĂ©nistes (ANSFO) a lancĂ© une pĂ©tition qui a recueilli prĂšs dâune centaine de signatures de mĂ©decins favorables Ă la pratique de lâIVG instrumentale par les sagesâfemmes. Cette pĂ©tition est par ailleurs soutenue par de nombreuses organisations fondamentales dans lâaccĂšs aux droits de santĂ© des femmes : lâAssociation des centres de rĂ©gulation des naissances APHP (ACRNAP), lâAssociation nationale des centres dâIVG et de contraception (ANCIC), lâAssociation nationale des sagesâfemmes territoriales (ANSFT), lâOrganisation nationale et syndicale des sagesâfemmes (ONSSF), lâUnion nationale et syndicale des sagesâfemmes (UNSSF), le planning familial, le syndicat de mĂ©decine gĂ©nĂ©rale (SMG) et Pour une MĂ©decine engagĂ©e unie et fĂ©ministe (Pour une MEUF) depuis le 4 mai 2018, le RĂ©seau de santĂ© sexuelle publique (RSSP) depuis le 1er juin 2018, le RĂ©seau entre ville et hĂŽpital pour lâorthogĂ©nie (REVHO) en ĂleâdeâFrance et le RĂ©seau pour favoriser la prise en charge de lâIVG et de la Contraception en rĂ©gion Occitanie PyrĂ©nĂ©es MĂ©diterranĂ©e (REIVOC).
Le code de la santĂ© publique assure aux femmes la libertĂ© de choix de leur mĂ©thode dâIVG (Art L. 2212â2 alinĂ©a 2). Cette libertĂ© doit ĂȘtre assurĂ©e matĂ©riellement par lâextension de la pratique de lâIVG instrumentale aux sagesâfemmes. Tel est lâobjet de la prĂ©sente proposition de loi.
Au premier alinĂ©a de lâarticle L. 2212â2 du code de la santĂ© publique, les mots : « , pour les seuls cas oĂč elle est rĂ©alisĂ©e par voie mĂ©dicamenteuse, » sont supprimĂ©s.