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📜Loi demandant l'extension de la pratique de l'interruption volontaire de grossesse instrumentale aux sages-femmes
11 avr. 2019 ‱
Mathilde Panot

ExposĂ© des motifs ‱ ⏱Lecture 3min.

Mesdames, Messieurs,

L’égalitĂ© femmes‑hommes, grande cause du quinquennat d’Emmanuel Macron, ne saurait ĂȘtre assurĂ©e sans protection du droit des femmes Ă  disposer de leur corps. En France, le droit Ă  l’interruption volontaire de grossesse (IVG) a Ă©tĂ© sĂ©curisĂ© par un ensemble de dispositions au cours du quinquennat prĂ©cĂ©dent : gratuitĂ© totale de l’acte mĂ©dical, extension du dĂ©lit d’entrave Ă  l’IVG, et possibilitĂ© pour les sages‑femmes d’exercer des IVG mĂ©dicamenteuses (loi de modernisation de notre systĂšme de santĂ©, 2016). Pourtant, en ce qui concerne les IVG instrumentales pratiquĂ©es entre la huitiĂšme et la quatorziĂšme semaine d’amĂ©norrhĂ©e, elles peuvent uniquement ĂȘtre rĂ©alisĂ©es par un mĂ©decin.

Les conditions d’accĂšs des femmes Ă  l’IVG sont, dans ce contexte, inquiĂ©tantes. Aujourd’hui, 39 dĂ©partements ont une densitĂ© de gynĂ©cologues en dessous de la moyenne nationale (7,6 gynĂ©cologues pour 100 000 femmes) et six dĂ©partements ne comptent aucun gynĂ©cologue mĂ©dical. Selon Anne Gompel, professeure de gynĂ©cologie Ă  l’universitĂ© Paris‑Descartes, nombre de femmes ne sont plus suivies ou doivent changer de dĂ©partement pour l’ĂȘtre, du fait du dĂ©part Ă  la retraite de gĂ©nĂ©rations de mĂ©decins. Selon une projection de l’Ordre des mĂ©decins, en 2025, la France ne comptera plus que 4 108 gynĂ©cologues obstĂ©triciens et mĂ©dicaux contre 7 100 en 2010. Face Ă  ces difficultĂ©s de suivi et de consultation, il est Ă  craindre que les femmes ne disposent plus des conditions matĂ©rielles nĂ©cessaires Ă  un Ă©gal accĂšs Ă  la contraception, et in fine Ă  leur droit Ă  l’IVG.

Quant aux sages‑femmes, leur nombre est en augmentation constante. Pratiquant des IVG mĂ©dicamenteuses, mais aussi accompagnant les femmes dans leurs examens de santĂ© et assurant un soutien psychologique lorsque nĂ©cessaire, elles sont un acteur essentiel de l’accĂšs aux femmes Ă  leurs droits reproductifs et sexuels. L’extension de la pratique de l’IVG par les sages‑femmes aux IVG instrumentales est un pas matĂ©riellement nĂ©cessaire, mais aussi symboliquement fort. Il permettrait ainsi de sortir cette pratique d’une prise en charge exclusive par les mĂ©decins, et marquerait un moment historique de sortie du domaine de la pathologie, et donc d’avancĂ©e des droits des femmes. En France, une femme sur trois a recours Ă  l’IVG au cours de sa vie, et les sages‑femmes ‑ en tant que spĂ©cialistes de l’endo‑utĂ©rin gravide physiologique ‑ doivent avoir toute leur place dans cette pratique.

Depuis 2015, l’Organisation mondiale de la santĂ© (OMS) prĂ©conise l’intervention autonome des sages‑femmes dans l’IVG instrumentale au premier trimestre de la grossesse. Cette annĂ©e, l’Association nationale des sages‑femmes orthogĂ©nistes (ANSFO) a lancĂ© une pĂ©tition qui a recueilli prĂšs d’une centaine de signatures de mĂ©decins favorables Ă  la pratique de l’IVG instrumentale par les sages‑femmes. Cette pĂ©tition est par ailleurs soutenue par de nombreuses organisations fondamentales dans l’accĂšs aux droits de santĂ© des femmes : l’Association des centres de rĂ©gulation des naissances APHP (ACRNAP), l’Association nationale des centres d’IVG et de contraception (ANCIC), l’Association nationale des sages‑femmes territoriales (ANSFT), l’Organisation nationale et syndicale des sages‑femmes (ONSSF), l’Union nationale et syndicale des sages‑femmes (UNSSF), le planning familial, le syndicat de mĂ©decine gĂ©nĂ©rale (SMG) et Pour une MĂ©decine engagĂ©e unie et fĂ©ministe (Pour une MEUF) depuis le 4 mai 2018, le RĂ©seau de santĂ© sexuelle publique (RSSP) depuis le 1er juin 2018, le RĂ©seau entre ville et hĂŽpital pour l’orthogĂ©nie (REVHO) en Île‑de‑France et le RĂ©seau pour favoriser la prise en charge de l’IVG et de la Contraception en rĂ©gion Occitanie PyrĂ©nĂ©es MĂ©diterranĂ©e (REIVOC).

Le code de la santĂ© publique assure aux femmes la libertĂ© de choix de leur mĂ©thode d’IVG (Art  L. 2212‑2 alinĂ©a 2). Cette libertĂ© doit ĂȘtre assurĂ©e matĂ©riellement par l’extension de la pratique de l’IVG instrumentale aux sages‑femmes. Tel est l’objet de la prĂ©sente proposition de loi.

Article 1

Au premier alinĂ©a de l’article L. 2212‑2 du code de la santĂ© publique, les mots : « , pour les seuls cas oĂč elle est rĂ©alisĂ©e par voie mĂ©dicamenteuse, » sont supprimĂ©s.

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