Monsieur le premier ministre, pas une de plus. Lundi encore, des collectifs féministes et enfantistes manifestaient partout en France pour rappeler une réalité massive : 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, le plus souvent dans le cadre de la famille. Ces violences sont le produit d’un système de domination et réclament une révolution de société. Mais tout cela, vous le savez. Dès 2023, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants publiait quatre-vingt-deux recommandations, mais 75 % de ces mesures n’ont pas été mises en œuvre. Vous les avez délibérément ignorées, préférant la politique spectacle des coups de menton. Que restera-t-il de ce drame ? Que restera-t-il, sinon le retour du débat sur la peine de mort, quand la stratégie de l’agresseur consiste précisément à faire porter sur l’enfant le poids des conséquences pour obtenir son silence ? Que restera-t-il, sinon la proposition d’allonger les peines de prison alors que seules 3 % des plaintes aboutissent à une condamnation ? Que restera-t-il, sinon un président de la République niant la réalité du manque de moyens, quand notre pays compte quatre fois moins de procureurs que la moyenne européenne ? Que restera-t-il, sinon un ministre de la justice prêt à jeter les magistrats par-dessus bord pour se maintenir en poste ? « Seuls les lâches se défaussent sur leurs subordonnés », disait Darmanin en 2022. Nous ne pouvons que lui donner raison. Vos gesticulations sécuritaires n’empêcheront pas les crimes, mais les moyens financiers, si. Chaque année, depuis 2017, notre groupe demande les 3 milliards d’euros que vous refusez de donner aux associations. Mettez cet argent sur la table maintenant pour financer l’éducation à la vie affective et sexuelle, la médecine scolaire, la police judiciaire et la justice et l’aide sociale à l’enfance. Voilà ce qu’il faut pour enrayer la fabrique des agresseurs ! Monsieur le premier ministre, sachez que vous n’échapperez pas à la colère qui monte dans le pays, car ce qui se joue n’est pas une petite séquence médiatique délicate à passer. Ce qui se joue, c’est un mouvement populaire puissant contre le mépris et l’impunité.