đŸ‡«đŸ‡· Tous concernĂ©s, tous acteurs !
📛Choix du Pseudo 📧VĂ©rification du Mail
Code :
🔑Choix du Mot de passe
đŸ›ïžPourquoi nous rejoindre ?
  • ⚡ C'est rapide, et gratuit !
  • 🔔 Recevez des notifications sur les thĂšmes qui vous intĂ©ressent
  • 💬 Partagez vos idĂ©es et avis sur le travail lĂ©gislatif en cours
đŸ‡«đŸ‡· Tous concernĂ©s, tous acteurs !
📛Pseudo
🔑Mot de passe

đŸ˜±Pseudo oubliĂ©
â„čSaisir l'adresse mail liĂ©e au pseudo oubliĂ© :
đŸ˜±Mot de Passe oubliĂ©
â„čSaisir l'adresse mail liĂ©e au Mot de Passe oubliĂ© :
🔎Chercher
â„čConseil : Quelques mots-clĂ©s suffisent 😉
📜Loi pour un renouveau de l'agriculture de groupe
31 mai 2019 ‱
Dominique Potier

ExposĂ© des motifs ‱ ⏱Lecture 5min.

Mesdames, Messieurs,

Depuis la nuit des temps, l’entraide lors de la moisson et des vendanges ou le fait de confier en commun les troupeaux Ă  un berger ont façonnĂ© les formes de coopĂ©ration paysanne. Ainsi, au XIIIe siĂšcle, dans l’Est de la France, face Ă  la nĂ©cessitĂ© de travailler une grande quantitĂ© de lait, de vĂ©ritables sociĂ©tĂ©s voient le jour avec les « fructeries » (fruitiĂšres) Ă  ComtĂ©, permettant aux fermiers de faire « fructifier » leurs apports individuels. Mais c’est Ă  partir du XIXe siĂšcle que les collectifs agricoles se dĂ©veloppent dans leur forme contemporaine avec des rĂ©alisations concrĂštes inspirĂ©es des thĂ©ories sociales de penseurs comme Claude‑Henri de Rouvroy de Saint‑Simon, Robert Owen, Charles Fourier ou encore Pierre‑Joseph Proudhon. Le modĂšle rĂ©volutionnaire de la coopĂ©rative anglaise dite des « Équitables pionniers de Rochdale » inaugure les principes fondamentaux d’« un homme une voix », de la « porte ouverte », de la rĂ©partition des bĂ©nĂ©fices entre les membres et de la rĂ©munĂ©ration limitĂ©e du capital.

L’aprĂšs‑guerre a marquĂ© un tournant dans le dĂ©veloppement agricole français avec l’apparition de l’agriculture de groupe comme modĂšle de production et laboratoire d’innovation sociale et technique, permettant de repousser les limites du schĂ©ma traditionnel de l’exploitation familiale. Dans la continuitĂ© du mouvement syndical inspirĂ© d’un christianisme social incarnĂ© par la Jeunesse agricole catholique (JAC) et portĂ© par des responsables politiques tels que Tanguy Prigent et Edgar Pisani, les agriculteurs multiplient les formes d’association, via des groupes de vulgarisation et de dĂ©veloppement, tels que les centres d’études techniques agricoles. Soutenus par la puissance publique, ces collectifs visent un progrĂšs technique fondĂ© sur des valeurs d’entraide et de solidaritĂ©.

Le « groupe » devient alors un outil majeur de la relance Ă©conomique dans le monde agricole, oĂč les coopĂ©ratives d’utilisation de matĂ©riel agricole (CUMA) constituent un vecteur important de la mĂ©canisation. La crĂ©ation des groupements agricoles d’exploitation en commun (GAEC) en 1962 ouvre la porte Ă  une agriculture sociĂ©taire, qui n’est plus exclusivement fondĂ©e sur la famille. Dans les annĂ©es qui suivent le mouvement de mai 1968, des initiatives collectives renouvellent les formes d’association et accompagnent le « retour Ă  la terre » de nombreux jeunes urbains qui s’installent dans des zones rurales menacĂ©es de dĂ©sertification, notamment dans le sud de la France.

En ce dĂ©but de XXIe siĂšcle, l’émergence conjointe de nouveaux moyens de communication, de nouvelles logiques Ă©conomiques (circuits de proximitĂ©, Ă©nergies renouvelables et dĂ©centralisĂ©es
) comme de nouvelles formes d’entrepreneuriat ouvrent d’autres perspectives pour l’agriculture de groupe.

La transition vers l’agroĂ©cologie demande au milieu paysan des compĂ©tences multiples et complexes. Plus que jamais, les agriculteurs ne peuvent ĂȘtre rĂ©duits Ă  des extracteurs de matiĂšres premiĂšres ou de simples opĂ©rateurs d’une filiĂšre. RĂ©pondre aux attentes sociales en matiĂšre de qualitĂ© des produits, d’emploi, de relocalisation de l’alimentation, rĂ©pondre aux dĂ©fis du changement climatique et de la protection de l’environnement, conduit Ă  une profonde transformation des mĂ©tiers de l’agriculture.

L’agriculture de groupe concerne plus de la moitiĂ© des agriculteurs en France. Elle a Ă©tĂ© plĂ©biscitĂ©e en 2017 lors des États GĂ©nĂ©raux de l’Alimentation, notamment dans le cadre de l’atelier « PrĂ©parer l’avenir : quels investissements, quel accompagnement technique, quelle recherche pour une plus grande performance environnementale, sanitaire, sociale et Ă©conomique » (Atelier 14), dont la synthĂšse finale mentionnait : « Sur l’amont agricole, la mise en mouvement collective sera dĂ©terminante. Celle‑ci nĂ©cessite que les groupements d’agriculteurs puissent bĂ©nĂ©ficier d’animateurs formĂ©s, dĂ©diĂ©s et indĂ©pendants, et qu’il y ait une reconnaissance du transfert de savoirs entre agriculteurs ». L’atelier « RĂ©ussir la transition Ă©cologique et solidaire de l’agriculture en promouvant une alimentation durable » (Atelier 11) recommandait de miser sur l’agriculture de groupe : « Parce qu’on est plus forts, plus rĂ©silients ensemble, parce que le collectif permet des Ă©conomies d’échelle partagĂ©es, des expĂ©rimentations mutualisĂ©es, une diffusion et une confrontation des savoirs, autour d’un projet commun, le groupe doit ĂȘtre favorisĂ© par toutes les politiques publiques de soutien Ă  la transition agricole ».

Les États gĂ©nĂ©raux ont ainsi permis de redĂ©couvrir Ă  quel point les collectifs territoriaux ont Ă©tĂ© des moteurs de l’agriculture comme source d’intĂ©gration de nouveaux entrepreneurs, d’innovation dans l’agriculture et dans la recherche participative.

L’ambition nationale affichĂ©e de promouvoir des choix alimentaires respectueux de la santĂ© et de l’environnement doit s’appuyer sur des collectifs agricoles qui s’engagent largement dans la modification ou la consolidation de leurs pratiques en visant une performance Ă©conomique, environnementale et sociale. Reposant sur les principes de l’éducation populaire, l’échange entre pairs et la solidaritĂ©, l’agriculture de groupe peut jouer un rĂŽle dĂ©terminant et complĂ©mentaire de l’action des chambres d’agriculture et du mouvement coopĂ©ratif. Parce qu’elle contribue Ă  amĂ©liorer le revenu des agriculteurs et constitue autant de tiers‑lieux d’innovation, elle mĂ©rite d’ĂȘtre davantage accompagnĂ©e. Elle doit d’abord ĂȘtre mieux reconnue et dĂ©finie.

À l’issue des États gĂ©nĂ©raux de l’alimentation et dans le cadre d’un dialogue de qualitĂ© avec les fĂ©dĂ©rations nationales concernĂ©es (rĂ©seau CIVAM, FNCUMA, FNGEDA, GAEC & SOCIÉTÉS
), le groupe Socialistes et apparentĂ©s a en ce sens dĂ©posĂ© et fait adopter un amendement sur la promotion de l’agriculture de groupe dans le texte dĂ©finitif du projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible Ă  tous (article 21).

Le Conseil constitutionnel a cependant censurĂ© cet article, comme 22 autres, en application de sa jurisprudence constante et sans se prononcer sur le fond de la mesure, au motif qu’il avait Ă©tĂ© introduit par amendement en premiĂšre lecture sans prĂ©senter de lien, mĂȘme indirect, avec le projet de loi initial.

RĂ©tablir l’esprit du vote des assemblĂ©es est donc l’objet de cette proposition de loi, qui s’appuie sur l’article L. 1 du code rural et de la pĂȘche maritime, qui expose, au titre des finalitĂ©s de la politique en faveur de l’agriculture et de l’alimentation, « de contribuer Ă  l’organisation collective des acteurs ».

L’article unique propose, en l’inscrivant dans le code rural et de la pĂȘche maritime, de dĂ©finir l’agriculture de groupe, constituĂ©e de collectifs composĂ©s d’une majoritĂ© d’agriculteurs, lesquels ont pour vocation la mise en commun de façon continue et structurĂ©e de connaissances ainsi que de ressources humaines et matĂ©rielles. Cet article fait rĂ©fĂ©rence Ă  la personne morale des collectifs agricoles, ce qui permet de renforcer la pĂ©rennitĂ© et la structuration du projet portĂ© par les adhĂ©rents du collectif, de rĂ©guler les fonctionnements entre agriculteurs parties prenantes du groupe par des rĂšgles juridiquement Ă©tablies et d’identifier, rendre visible et prioriser les collectifs concernĂ©s au sein des politiques publiques.

Cette proposition de loi donne Ă  l’agriculture de groupe des principes clairs afin qu’elle ne soit pas banalisĂ©e sur les plans budgĂ©taire, rĂ©glementaire et fiscal. Sa philosophie est de donner Ă  la sociĂ©tĂ© des instruments pour se transformer elle‑mĂȘme : en s’associant au sein de collectifs, les agriculteurs transforment leur propre vie, mais Ă©galement celle de leur entreprise et de l’espace rural.

Article 1

AprĂšs l’article L. 1 du code rural et de la pĂȘche maritime, il est insĂ©rĂ© un article L. 1‑1 ainsi rĂ©digé :

« Art. L. 1‑1. – I. – L’agriculture de groupe est dĂ©finie par des collectifs, implantĂ©s sur un territoire Ă  taille humaine, composĂ©s d’une majoritĂ© d’agriculteurs, lesquels ont pour vocation la mise en commun de façon continue et structurĂ©e de connaissances ainsi que de ressources humaines et matĂ©rielles.

« II. – Ces collectifs sont des personnes morales qui poursuivent un but d’utilitĂ© sociale ou d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Ils s’appuient sur une gouvernance dĂ©mocratique, collĂ©giale et contractuelle, fondĂ©e sur un droit Ă©gal de vote pour chacun des cocontractants.

« III. – De façon complĂ©mentaire Ă  l’action des chambres consulaires, ils sont au service de la triple performance Ă©conomique, sociale et environnementale de l’agriculture, notamment par une maĂźtrise des charges de production et par l’optimisation de l’organisation du travail. Ils sont des acteurs de l’innovation et contribuent Ă  l’effort de recherche et de dĂ©veloppement.

« IV. – Partenaires des acteurs publics et privĂ©s des territoires ruraux et pĂ©riurbains, ces collectifs concourent par leur savoir‑faire Ă  la rĂ©ussite de la transition agroĂ©cologique, alimentaire et Ă©nergĂ©tique. L’agriculture de groupe est facteur d’intĂ©gration pour les nouveaux entrepreneurs du monde rural et favorise le renouvellement des gĂ©nĂ©rations d’actifs agricoles. »

🚀