Mesdames, Messieurs,
Dans son discours de politique gĂ©nĂ©rale, le Premier Ministre a fait de la sĂ©curitĂ© le point dâorgue de son mandat, parlant dâune justice qui a trop longtemps Ă©tĂ© dĂ©laissĂ©e, dâune crise de lâautoritĂ© qui a conduit Ă lâensauvagement dâune certaine partie de la sociĂ©tĂ©. « Ne rien laisser passer », voici les mots attendus, que nous parlementaires avons entendus.
Cette demande Ă©mane aussi de nombreux Maires, demandant lâextension des pouvoirs de leur police municipale pour une rĂ©ponse ferme et sans complaisance. Les communes participent dĂ©jĂ aux efforts de sĂ©curitĂ© et de protection des concitoyens sur le territoire en se dotant de nouveaux matĂ©riels, en augmentant les effectifs quand cela leur est possible et en mettant Ă disposition de la police nationale et de la justice leurs images vidĂ©o.
Câest pourquoi cette proposition de loi propose de renforcer lâaction de « proximité » sur les questions de sĂ©curitĂ© pour une approche adaptĂ©e aux rĂ©alitĂ©s et aux besoins de chaque territoire, Ă lâĂ©coute des citoyens mais aussi en capacitĂ© de prendre des sanctions fortes quand cela est nĂ©cessaire.
Si le Premier Ministre a annoncĂ© gĂ©nĂ©raliser Ă la rentrĂ©e la forfaitisation des dĂ©lits de stupĂ©fiants dĂ©jĂ en expĂ©rimentation dans certaines villes de France, il nous faut aller plus loin en permettant aux forces municipales dâavoir accĂšs Ă un certain nombre de fichiers comme ceux des permis de conduire, des voitures volĂ©es, des personnes recherchĂ©es mais encore des fichiers S. Sans cet accĂšs, la police municipale de proximitĂ© ne peut avoir les outils nĂ©cessaires pour appliquer les mesures qui sâimposent.
Il convient aussi de leur donner la possibilitĂ© de rĂ©aliser des contrĂŽles dâidentitĂ©, tout en poursuivant la gĂ©nĂ©ralisation du « ticket de contrĂŽle » pour Ă©viter les abus et au contraire, encourager une action de justice.
La police municipale doit aussi pouvoir prononcer des fermetures dâĂ©tablissements lorsque ces derniers ne respectent pas les impĂ©ratifs de tranquillitĂ© publique.
La sĂ©curitĂ© est dâabord et avant tout une compĂ©tence de lâĂtat. Pour autant, les Maires sont prĂȘts aujourdâhui à « faire un pas de plus pour accompagner lâĂtat dans cette mission dans un contexte de menace terroriste et de deÌlinquance sans doute renforceÌ par les crises sanitaire, eÌconomique et sociale lieÌes au covidâ19 ».
Toutes ces mesures devront faire lâobjet dâune Convention signĂ©e entre le Maire, le PrĂ©fet reprĂ©sentant de lâĂtat et le procureur de la justice, dans les cas oĂč le Maire y serait favorable.
Lâarticle 2 permet lui de gĂ©nĂ©raliser lâusage de la camĂ©ra piĂ©ton Ă toutes les communes, suite au succĂšs de lâexpĂ©rimentation dans 300 communes oĂč lâensemble des objectifs portĂ©s par le dĂ©cret n° 2016â1861 du 23 dĂ©cembre 2016 ont Ă©tĂ© atteints : prĂ©vention, rĂ©pression, formation. Cette gĂ©nĂ©ralisation doit aussi permettre aux agents de surveillance de la voie publique et aux gardesâchampĂȘtres de bĂ©nĂ©ficier du dispositif de camĂ©ra individuelle.
Lâarticle 3 prĂ©voit de sanctionner plus facilement le dĂ©lit dâoutrage. Les personnes dĂ©positaires de lâautoritĂ© publique, notamment les forces de lâordre, sont confrontĂ©es de maniĂšre rĂ©currente Ă des insultes ou des menaces.
Par ailleurs, cette proposition de loi souhaite sâinscrire dans une dĂ©marche transpartisan, reprenant des prĂ©cĂ©dentes propositions de loi sur le sujet qui nâont pu encore ĂȘtre examinĂ©es et votĂ©es par les deux chambres comme la proposition de loi de Madame Emmanuelle MĂ©nard visant Ă donner Ă la police municipale les moyens dâexercer sa mission.
Aussi,
Lâarticle 4 a pour objectif de sanctionner de maniĂšre plus adaptĂ©e et cohĂ©rente les contrevenants qui ne seraient pas coopĂ©ratifs lors dâun relevĂ© dâidentitĂ©. Une peine de trois mois de prison et 7 500 euros dâamende permettrait dâaligner cette infraction Ă celle du refus de se soumettre aux vĂ©rifications pour un conducteur de vĂ©hicule (article L. 233â2 du code de la route).
Lâarticle 5 permet de revenir sur le dispositif actuel prĂ©vu pour procĂ©der Ă des fouilles pour les manifestations sportives, rĂ©crĂ©atives ou culturelles par les polices municipales comme pour les forces de sĂ©curitĂ© privĂ©e en dessous du seuil de 300 personnes. Supprimer ce seuil permettrait de gagner en efficacitĂ© dâautant plus que, depuis une vingtaine dâannĂ©e, notre pays est soumis Ă dâimportants risques terroristes.Â
Lâarticle 6 a pour objectif de permettre Ă la police municipale dâĂȘtre en mesure de prendre en charge les personnes en Ă©tat dâivresse sur la voie publique pour assurer non seulement leur sĂ©curitĂ© mais aussi celle des riverains et des passants.Â
Lâarticle 7 vise Ă Ă©tendre le champ dâaction de la police municipale en cas de mise en commun des agents rattachĂ©s Ă diffĂ©rentes communes. Actuellement, ce dispositif est limitĂ© Ă Â 80 000 habitants. Il convient de lâĂ©tendre Ă Â 120 000 afin dâassurer une meilleure mutualisation des moyens et permettre Ă la police municipale dâassurer plus largement la sĂ©curitĂ© des Français.
Lâarticle 8 donne Ă la police municipale la possibilitĂ© dâexercer sa mission en civil et armĂ©e lorsque cela est nĂ©cessaire.Â
Lâarticle 9 permet de revenir sur un problĂšme souvent rencontrĂ© par la police municipale. En cas de flagrant dĂ©lit dâun crime ou dâun dĂ©lit, lâagent de police municipale peut interpeller la personne en fuite grĂące Ă lâarticle 73 du code de procĂ©dure pĂ©nale. Cependant, dĂšs lors que la personne franchit le pĂ©rimĂštre de la commune, le policier municipal devient une personne comme les autres, dĂ©pouillĂ©e de ses prĂ©rogatives professionnelles. Dans un souci dâefficacitĂ© de notre droit et de notre justice, il convient donc de corriger cette carence qui empĂȘche nos policiers municipaux dâassurer pleinement leur mission.
Lâarticle 10 vise Ă permettre aux agents de police municipale de procĂ©der Ă des tests dâalcoolĂ©mie dans le cadre de certaines infractions au code de la route sur lâordre et le contrĂŽle du maire en sa qualitĂ© dâofficier de police judiciaire.
Lâarticle 11 est trĂšs largement demandĂ© au sein de la police municipale pour lui permettre dâĂȘtre facilement joignable par le biais dâun numĂ©ro facile Ă retenir et donc dâintervenir rapidement lĂ oĂč elle est appelĂ©e.
Tel est lâobjet de la prĂ©sente loi.
Lâarticle L. 511â1 du code de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure est complĂ©tĂ© par huit alinĂ©as ainsi rĂ©digĂ©s :
« à lâinitiative du maire, aprĂšs accord du conseil municipal, une convention de sĂ©curitĂ© communale peut ĂȘtre Ă©tablie entre le maire de la commune, le reprĂ©sentant de lâĂtat dans le dĂ©partement et le procureur de la RĂ©publique.
« Cette convention dĂ©finit les conditions dâaccĂšs et les moyens nouveaux accordĂ©s Ă la police municipale et aux gardes champĂȘtres afin que ces derniers puissent :
a) Accéder au fichier des permis de conduire ;
b) Accéder au fichier des voitures volées ;
c) Accéder au fichier des personnes recherchées ;
d) Accéder aux fichiers S ;
e° RĂ©aliser des contrĂŽles dâidentitĂ© dĂ©finis aux articles 78â1 Ă Â 78â7 du code de procĂ©dure pĂ©nale ;
f° Prononcer des fermetures dâĂ©tablissements relevant de lâarticle L. 123â4 du code de la construction et de lâhabitation. »
Au premier alinĂ©a de lâarticle L. 241â1 du code de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, aprĂšs la premiĂšre occurrence du mot : « nationale », sont insĂ©rĂ©s les mots : « , les agents de la police judiciaire adjoints membres de la police municipale, les agents de surveillance de voie publique et les gardesâchampĂȘtres ».
Au premier alinĂ©a de lâarticle 433â5 du code pĂ©nal, les mots : « non rendus publics » sont supprimĂ©s.
Ă lâavantâderniĂšre phrase du second alinĂ©a de lâarticle 78â6 du code de procĂ©dure pĂ©nale, le mot : « deux », est remplacĂ© par le mot : « trois ».
Ă la premiĂšre phrase du premier alinĂ©a de lâarticle L. 613â3 du code de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, les mots : « rassemblant plus de 300 spectateurs » sont supprimĂ©s.
Lâarticle L. 2212â2 du code gĂ©nĂ©ral des collectivitĂ©s territoriales est complĂ©tĂ© par un 8° ainsi rĂ©digé :
« 8° Le soin de conduire Ă ses frais, dans le local de police ou de gendarmerie le plus proche ou dans une chambre de sĂ»retĂ©, une personne trouvĂ©e en Ă©tat dâivresse dans les lieux publics, pour y ĂȘtre retenue jusquâĂ ce que son taux dâalcoolĂ©mie soit infĂ©rieur ou Ă©gal Ă Â 0,25 mg dâalcool dâair expirĂ©. »
Au premier alinĂ©a de lâarticle L. 512â1 du code de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, le nombre : « 80 000 » est remplacĂ© par le nombre : « 120 000 ».Â
AprĂšs la premiĂšre phrase du premier alinĂ©a de lâarticle L. 511â4 du code de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, sont insĂ©rĂ©es deux phrases ainsi rĂ©digĂ©es : « Les agents de police municipaux peuvent, en fonction des nĂ©cessitĂ©s de leur activitĂ© professionnelle et du but poursuivi, et avec lâaccord du maire, exercer leur mission armĂ©e et en tenue civile. Lors dâopĂ©rations de police, ils sont porteurs, de façon visible, de lâun des moyens matĂ©riels dâidentification dont ils sont dotĂ©s sauf instructions expresses de lâautoritĂ© commandant lâopĂ©ration. »
Lâarticle 21 du code de procĂ©dure pĂ©nale est complĂ©tĂ© par un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :
« DĂšs lors que lâagent de police municipale est amenĂ©, en cas de force majeure et pour les besoins dâune mission de police, Ă sortir des limites administratives de la commune Ă laquelle il est rattachĂ©, en vue dâinterpeller une personne susceptible dâavoir commis un crime ou un dĂ©lit puni dâune peine dâemprisonnement, il dispose des mĂȘmes prĂ©rogatives que lorsquâil exerce ses fonctions sur les limites administratives de la commune Ă laquelle il est rattachĂ©. »Â
Au premier alinĂ©a de lâarticle L. 234â3 du code de la route, le mot : « soumettent », est remplacĂ© par les mots : « mentionnĂ©s à lâarticle 21 du code de procĂ©dure pĂ©nale, sur lâordre et sous la responsabilitĂ© du maire, peuvent soumettre ».
Pour appeler la police municipale, et sur le modĂšle du numĂ©ro 115 pour le Samu social, il est créé un numĂ©ro dâurgence unique : le 120.
Un dĂ©cret en Conseil dâĂtat dĂ©finit les conditions dâapplication de la prĂ©sente loi.
I. â La charge pour lâĂtat est compensĂ©e, Ă due concurrence, par la crĂ©ation de taxes additionnelles aux droits mentionnĂ©s aux articles 575 et 575 A du code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts.
II. â La charge pour les collectivitĂ©s territoriales est compensĂ©e, Ă due concurrence, par la majoration de la dotation globale de fonctionnement et, corrĂ©lativement pour lâĂtat, par la crĂ©ation de taxes additionnelles aux droits mentionnĂ©s aux articles 575 et 575 A du code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts.