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📜Loi portant diverses mesures d'adaptation de l'installation des notaires
14 nov. 2022 ‱
Pierre Morel-À-L'Huissier

ExposĂ© des motifs ‱ ⏱Lecture 4min.

Mesdames, Messieurs,

La loi n° 2015‑990 du 6 aoĂ»t 2015 pour la croissance, l’activitĂ© et l’égalitĂ© des chances Ă©conomiques a fait glisser dans le code de commerce une partie significative de la rĂšglementation relative au notariat. Ce faisant, elle a prĂ©tendu faire subir au notariat un changement de caractĂšre, en dirigeant la profession vers une mise en concurrence, traduit par l’introduction de certains mĂ©canismes de marchĂ©, d’offre et de demande d’offices, la libertĂ© d’installation ou encore l’introduction d’un degrĂ© de flexibilitĂ© tarifaire. 

L’objectif poursuivi par la loi Ă©tait d’inviter les offices Ă  se rapprocher du droit commun des entreprises, en gommant un certain nombre de particularisme hĂ©ritĂ© de longue date. Sans porter prĂ©judice au statut du notariat et Ă  la valeur de ses actes, la rĂ©forme a placĂ© l’enjeu Ă©conomique au cƓur des offices, provoquant la disparition des moins efficaces, bien souvent dans nos territoires les plus reclus.

ConcrĂštement, la rĂ©forme a conduit Ă  un choc d’offre avec une augmentation de 40 % du nombre d’offices entre juin 2017 et juin 2019 et Ă  un certain degré d’évolution tarifaire avec un modèle à la fois plus flexible et plus contraint appliquant des tarifs majoritairement moins Ă©levĂ©s qu’auparavant. 

ParallĂšlement, la rĂ©forme a permis de rĂ©elles avancĂ©es : la profession s’est fortement fĂ©minisĂ©e mais aussi rajeunit de l’ordre de deux ans en moins de trois ans. De nouveaux profils professionnels sont apparus, permettant Ă  la profession de s’ouvrir plus. Enfin, la loi a largement permis de stimuler la capacitĂ© d’innovation et d’adaptation des offices avec une intensification de la dĂ©marche qualitĂ© (espace d’échanges partagé, visioconfĂ©rence, sites internet), de la communication et de la dĂ©ontologie. 

NĂ©anmoins, la crise du coronavirus, cinq ans aprĂšs l’entrĂ©e en vigueur de la loi, a profondĂ©ment marquĂ©e la profession, accĂ©lĂ©rant certains effets que l’on percevait dĂ©jĂ , notamment la disparition d’offices dans certaines zones rurales. 

C’est pourquoi, l’article 1er vise Ă  suspendre la crĂ©ation de nouveaux offices jusqu’au 1er janvier 2022 afin de laisser le temps Ă  la profession et aux offices rĂ©cents d’absorber les effets de la crise, trĂšs violents pour la profession.

D’un point de vue Ă©conomique il est constatĂ© que les 10 % d’offices qui rĂ©ussissent le mieux parviennent à peine à la mĂ©diane des produits des offices. Seuls un quart des offices créés affichent une performance Ă©conomique satisfaisante (et parmi ceux‑ci, une moitiĂ© rĂ©ussit trĂšs bien). Il faut noter que si un tiers des offices créés semblent pour le moment tout à fait viables, 40 % soit ne parviennent pas à dĂ©coller, soit sont dans un Ă©tat d’inactivitĂ© patente. 

Une proportion significative de nouveaux offices n’a pas passé le cap des trois annĂ©es : 294 suppressions d’offices ont Ă©tĂ© comptabilisĂ©es sur les 2 161 créés et un nombre important d’offices sont à l’état virtuel ou invisibles. Cela fait au total un tiers des crĂ©ations. Dans certaines zones d’emploi, on atteint 40 % de « taux d’échec ».

La crise sanitaire qui est venue s’ajouter Ă  cette conjoncture difficile risque de l’aggraver fortement si la nouvelle vague d’extension se dĂ©roule bien en 2021. Le report de l’extension permettra Ă  la profession de se relever de cette crise et Ă  l’ensemble des offices nouvellement crĂ©es de s’enraciner plus solidement dans leurs territoires respectifs. Ce faisant, les prochaines cartes pourront aussi mieux Ă©valuer les zones oĂč, au‑delĂ  de la quantitĂ© d’office, le besoin Ă©conomique se fait le plus sentir notamment Ă  travers l’étude des bassins de vie plutĂŽt que d’emploi, trop incertain actuellement

Dans un objectif de cohĂ©rence, il est proposĂ© au sein de l’article 2 que le prochain avis, et suivants, de l’AutoritĂ© de la concurrence puisse se faire avec l’implication des acteurs intĂ©ressĂ©s. 

L’AutoritĂ© de la concurrence rend tous les deux ans au ministre de la justice un avis sur la libertĂ© d’installation des notaires. Cet avis est assorti d’une carte qui dĂ©termine les zones oĂč l’implantation d’office apparaĂźt utile sans pour autant pouvoir imposer la crĂ©ation d’office dans certains lieux. Il apparaitrait utile que les acteurs intĂ©ressĂ©s et impliquĂ©s puissent disposer aussi en amont de cet avis afin d’y apporter des observations utiles, en toute transparence et conduire, dans le respect de l’autonomie et du pouvoir d’enquĂȘte de l’AutoritĂ©, a des installations plus Ă©quitables sur le territoire, notamment du fait de la crise sanitaire. 

Enfin, il est proposĂ© Ă  travers l’article 3 et l’article 4 d’étaler les prochaines vagues de crĂ©ation de nouveaux offices tous les cinq ans au lieu de deux.

S’il est vrai qu’entre 1960 et 2015, trop peu d’offices avaient Ă©tĂ© créés, la loi croissance a conduit Ă  l’excĂšs contraire avec un essor de crĂ©ations d’offices sans prĂ©cĂ©dent, lors des deux vagues opĂ©rĂ©es en 2017 puis en 2019, trop rapprochĂ©es. ConcrĂštement, l’augmentation fut de +36 % d’offices en deux ans. 

Tel est l’objet de la prĂ©sente loi.

Article 1

La crĂ©ation de nouveaux offices notariaux est suspendue jusqu’au 1er janvier 2024 du fait de la crise sanitaire. Ce dĂ©lai peut se voir Ă©tendu en cas de rĂ©surgence de la crise. Les modalitĂ©s d’application sont dĂ©finies par dĂ©cret en Conseil d’État.

Article 2

L’article L. 462‑2‑1 du code de commerce est complĂ©tĂ© par un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :

« L’AutoritĂ© de la concurrence communique aux personnes intĂ©ressĂ©es, notamment aux personnes mentionnĂ©es Ă  l’avant‑dernier alinĂ©a, le projet d’avis un mois avant son adoption et avant toute publication, afin de leur permettre de prĂ©senter leurs observations sur ce projet. Sans prĂ©judice de l’article L. 463‑4, l’AutoritĂ© de la concurrence met Ă  disposition des personnes intĂ©ressĂ©es l’ensemble des documents sur lesquels elle s’est fondĂ©e ou qu’elle a recueillis pour Ă©tablir son avis. »

Article 3

Au dernier alinĂ©a de l’article 52 de la loi n° 2015‑990 du 6 aoĂ»t 2015 pour la croissance, l’activitĂ© et l’égalitĂ© des chances Ă©conomiques, le mot : « deux » est remplacĂ© par le mot : « cinq ».

Article 4

À la troisiĂšme phrase du deuxiĂšme alinĂ©a de l’article L. 462‑4‑1 du code de commerce, les mots : « au moins tous les deux » sont remplacĂ©s par les mots : « tous les cinq ».

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