Mesdames, Messieurs,
La loi n° 2015â990 du 6 aoĂ»t 2015 pour la croissance, lâactivitĂ© et lâĂ©galitĂ© des chances Ă©conomiques a fait glisser dans le code de commerce une partie significative de la rĂšglementation relative au notariat. Ce faisant, elle a prĂ©tendu faire subir au notariat un changement de caractĂšre, en dirigeant la profession vers une mise en concurrence, traduit par lâintroduction de certains mĂ©canismes de marchĂ©, dâoffre et de demande dâoffices, la libertĂ© dâinstallation ou encore lâintroduction dâun degrĂ© de flexibilitĂ© tarifaire.Â
Lâobjectif poursuivi par la loi Ă©tait dâinviter les offices Ă se rapprocher du droit commun des entreprises, en gommant un certain nombre de particularisme hĂ©ritĂ© de longue date. Sans porter prĂ©judice au statut du notariat et Ă la valeur de ses actes, la rĂ©forme a placĂ© lâenjeu Ă©conomique au cĆur des offices, provoquant la disparition des moins efficaces, bien souvent dans nos territoires les plus reclus.
ConcrĂštement, la rĂ©forme a conduit Ă un choc dâoffre avec une augmentation de 40 % du nombre dâoffices entre juin 2017 et juin 2019 et Ă un certain degreÌ dâeÌvolution tarifaire avec un modeÌle aÌ la fois plus flexible et plus contraint appliquant des tarifs majoritairement moins Ă©levĂ©s quâauparavant.Â
ParallĂšlement, la rĂ©forme a permis de rĂ©elles avancĂ©es : la profession sâest fortement fĂ©minisĂ©e mais aussi rajeunit de lâordre de deux ans en moins de trois ans. De nouveaux profils professionnels sont apparus, permettant Ă la profession de sâouvrir plus. Enfin, la loi a largement permis de stimuler la capacitĂ© dâinnovation et dâadaptation des offices avec une intensification de la dĂ©marche qualitĂ© (espace dâĂ©changes partageÌ, visioconfĂ©rence, sites internet), de la communication et de la dĂ©ontologie.Â
NĂ©anmoins, la crise du coronavirus, cinq ans aprĂšs lâentrĂ©e en vigueur de la loi, a profondĂ©ment marquĂ©e la profession, accĂ©lĂ©rant certains effets que lâon percevait dĂ©jĂ , notamment la disparition dâoffices dans certaines zones rurales.Â
Câest pourquoi, lâarticle 1er vise Ă suspendre la crĂ©ation de nouveaux offices jusquâau 1er janvier 2022 afin de laisser le temps Ă la profession et aux offices rĂ©cents dâabsorber les effets de la crise, trĂšs violents pour la profession.
Dâun point de vue Ă©conomique il est constatĂ© que les 10 % dâoffices qui rĂ©ussissent le mieux parviennent aÌ peine aÌ la mĂ©diane des produits des offices. Seuls un quart des offices créés affichent une performance Ă©conomique satisfaisante (et parmi ceuxâci, une moitiĂ© rĂ©ussit trĂšs bien). Il faut noter que si un tiers des offices créés semblent pour le moment tout aÌ fait viables, 40 % soit ne parviennent pas aÌ dĂ©coller, soit sont dans un Ă©tat dâinactivitĂ© patente.Â
Une proportion significative de nouveaux offices nâa pas passeÌ le cap des trois annĂ©es : 294 suppressions dâoffices ont Ă©tĂ© comptabilisĂ©es sur les 2 161 créés et un nombre important dâoffices sont aÌ lâĂ©tat virtuel ou invisibles. Cela fait au total un tiers des crĂ©ations. Dans certaines zones dâemploi, on atteint 40 % de « taux dâĂ©chec ».
La crise sanitaire qui est venue sâajouter Ă cette conjoncture difficile risque de lâaggraver fortement si la nouvelle vague dâextension se dĂ©roule bien en 2021. Le report de lâextension permettra Ă la profession de se relever de cette crise et Ă lâensemble des offices nouvellement crĂ©es de sâenraciner plus solidement dans leurs territoires respectifs. Ce faisant, les prochaines cartes pourront aussi mieux Ă©valuer les zones oĂč, auâdelĂ de la quantitĂ© dâoffice, le besoin Ă©conomique se fait le plus sentir notamment Ă travers lâĂ©tude des bassins de vie plutĂŽt que dâemploi, trop incertain actuellement
Dans un objectif de cohĂ©rence, il est proposĂ© au sein de lâarticle 2 que le prochain avis, et suivants, de lâAutoritĂ© de la concurrence puisse se faire avec lâimplication des acteurs intĂ©ressĂ©s.Â
LâAutoritĂ© de la concurrence rend tous les deux ans au ministre de la justice un avis sur la libertĂ© dâinstallation des notaires. Cet avis est assorti dâune carte qui dĂ©termine les zones oĂč lâimplantation dâoffice apparaĂźt utile sans pour autant pouvoir imposer la crĂ©ation dâoffice dans certains lieux. Il apparaitrait utile que les acteurs intĂ©ressĂ©s et impliquĂ©s puissent disposer aussi en amont de cet avis afin dây apporter des observations utiles, en toute transparence et conduire, dans le respect de lâautonomie et du pouvoir dâenquĂȘte de lâAutoritĂ©, a des installations plus Ă©quitables sur le territoire, notamment du fait de la crise sanitaire.Â
Enfin, il est proposĂ© Ă travers lâarticle 3 et lâarticle 4 dâĂ©taler les prochaines vagues de crĂ©ation de nouveaux offices tous les cinq ans au lieu de deux.
Sâil est vrai quâentre 1960 et 2015, trop peu dâoffices avaient Ă©tĂ© créés, la loi croissance a conduit Ă lâexcĂšs contraire avec un essor de crĂ©ations dâoffices sans prĂ©cĂ©dent, lors des deux vagues opĂ©rĂ©es en 2017 puis en 2019, trop rapprochĂ©es. ConcrĂštement, lâaugmentation fut de +36 % dâoffices en deux ans.Â
Tel est lâobjet de la prĂ©sente loi.
La crĂ©ation de nouveaux offices notariaux est suspendue jusquâau 1er janvier 2024 du fait de la crise sanitaire. Ce dĂ©lai peut se voir Ă©tendu en cas de rĂ©surgence de la crise. Les modalitĂ©s dâapplication sont dĂ©finies par dĂ©cret en Conseil dâĂtat.
Lâarticle L. 462â2â1 du code de commerce est complĂ©tĂ© par un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :
« LâAutoritĂ© de la concurrence communique aux personnes intĂ©ressĂ©es, notamment aux personnes mentionnĂ©es Ă lâavantâdernier alinĂ©a, le projet dâavis un mois avant son adoption et avant toute publication, afin de leur permettre de prĂ©senter leurs observations sur ce projet. Sans prĂ©judice de lâarticle L. 463â4, lâAutoritĂ© de la concurrence met Ă disposition des personnes intĂ©ressĂ©es lâensemble des documents sur lesquels elle sâest fondĂ©e ou quâelle a recueillis pour Ă©tablir son avis. »
Au dernier alinĂ©a de lâarticle 52 de la loi n° 2015â990 du 6 aoĂ»t 2015 pour la croissance, lâactivitĂ© et lâĂ©galitĂ© des chances Ă©conomiques, le mot : « deux » est remplacĂ© par le mot : « cinq ».
Ă la troisiĂšme phrase du deuxiĂšme alinĂ©a de lâarticle L. 462â4â1 du code de commerce, les mots : « au moins tous les deux » sont remplacĂ©s par les mots : « tous les cinq ».