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📜Loi pour une chasse plus respectueuse de la nature et de ses usages
08 nov. 2022 ‱
Charles Fournier

EXPOSÉ DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

« Des Ă©coliers mis Ă  l’abri aprĂšs des tirs de chasseurs prĂšs d’un Ă©tablissement d’Amiens. », BFM TV, 19 octobre.

« La balle d’un chasseur finit dans la cabane d’un enfant en train de jouer. », 20 minutes, 19 octobre 2022.

« Chasse  : une sexagĂ©naire tuĂ©e par son conjoint lors d’une battue au sanglier. », LibĂ©ration 16 octobre 2022.

« À Rouvroy, des plombs de chasse atterrissent dans les jardins. Deux habitants ont retrouvĂ© des plombs de chasse sur le toit de la vĂ©randa, prĂšs du rond‑point de la Chenaie, lundi. », La Voix du Nord, 13 octobre 2022.

« Deux‑SĂšvres : un jeune homme de 17 ans, blessĂ© par balle, hĂ©liportĂ© au CHU de Poitiers. », France Bleu, 12 octobre 2022.

 « Accident de chasse dans la DrĂŽme : la garde Ă  vue du chasseur levĂ©e, la FDC appelle Ă  redoubler de prudence. », France Bleu DrĂŽme‑ArdĂšche, 12 octobre 2022. « Le cueilleur de champignons, ĂągĂ© de 62 ans, Ă©galement chasseur, a Ă©tĂ© blessĂ© au ventre. Il a Ă©tĂ© opĂ©rĂ© avec succĂšs et ses jours ne sont plus en danger. Le chasseur dit l’avoir confondu avec un sanglier. »

« Accident de chasse : un chasseur blesse une mÚre et ses deux enfants. », France Info, 11 octobre 2022.

« Accident de chasse : une mĂšre de l’Ain et sa fille touchĂ©es par des plombs. Dimanche 9 octobre, vers 11 heures, une petite fille de 9 ans, sa maman et sa grand‑mĂšre se promenaient dans la rue du Centre Ă  Saint‑Symphorien‑d’Ancelles, en SaĂŽne‑et‑Loire. », Le ProgrĂšs, 9 octobre 2022.

Continuer Ă  lire ces articles de presse sur des accidents de chasse en 2022 ne doit plus seulement nous alerter.

Il est de notre responsabilitĂ© de rĂ©pondre Ă  l’inquiĂ©tude et l’insĂ©curitĂ© ressenties par les familles, promeneurs, randonneurs, cueilleurs, cyclistes, qui craignent pour leur sĂ©curitĂ© en pĂ©riode de chasse.

Il est de notre devoir de mieux réguler un loisir qui tue.

Durant la saison 2020‑2021, 80 accidents de chasse dont 7 mortels ont Ă©tĂ© comptabilisĂ©s. Depuis 2000 selon l’OFB, 3325 accidents de chasse ont Ă©tĂ© recensĂ©s, provoquant la mort de 421 personnes. Alors que la FNC, l’OFB et le gouvernement se fĂ©licitaient, lors de la parution du bilan de la saison 2021‑2022 dĂ©but septembre, de la baisse des accidents de chasse en 2021‑2022, la saison 2022‑2023 s’est ouverte sous les plombs, comme l’atteste le prĂ©ambule ci‑dessus. De mĂȘme les accidents impliquant les non‑chasseurs sont en hausse (+14 % en 2020‑2021, +26 % en 2021‑2022, et une moyenne de +12 % sur les 20 derniĂšres annĂ©es), tout comme le nombre de fiches reçues par l’OFB concernant les incidents (94 en 2020‑2021, 104 en 2021‑2022) ([1]).

L’insĂ©curitĂ© perçue par les français est rĂ©elle : 36 % des Français ont Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă  une situation d’insĂ©curitĂ© Ă  cause de la chasse et 41 % en zone rurale ([2]). Il est par ailleurs Ă  noter que 73 % des victimes interrogĂ©es n’ont pas portĂ© plainte ([3]).

Ils s’appelaient Morgan, GaĂ«l, Annie, Mark, Samuel, Frank, Marcel, et tant d’autres comme le rappelle le collectif Un Jour un chasseur.

Mais que pĂšsent‑ils face au million ([4]) de chasseurs recensĂ©s, Ă  qui l’on permet chaque annĂ©e grĂące aux extensions de pĂ©riode de chasse, de chasser parfois cruellement 91 espĂšces de – sans encadrement strict des formations, du port d’armes, des normes de sĂ©curitĂ©, et sans sanctions pĂ©nales Ă  la hauteur des dĂ©lits commis ?

Par ailleurs, la France championne europĂ©enne du nombre d’animaux tuĂ©s chaque saison ([5]) permet encore de pratiquer des mĂ©thodes de chasse anarchiques (dĂ©terrage, appĂąts en cage ou piĂšges Ă  mĂąchoires, tir par armes Ă  feu ou tir Ă  l’arc, chasse au leurre) et des mĂ©thodes de chasse cruelles qui font souffrir des milliers d’animaux et nuisent Ă  la biodiversité : chasse Ă  courre, chasses traditionnelles, ainsi que la destruction d’animaux dits « nuisibles » par le piĂ©geage, la vĂ©nerie sous terre ou l’empoisonnement.

Les chasses dites « traditionnelles » comme la chasse Ă  courre ou la chasse en enclos sont rejetĂ©es par la majoritĂ© de nos concitoyens. Elles sont mĂȘme dĂ©criĂ©es par Willy Schraen, prĂ©sident de la fĂ©dĂ©ration nationale des chasseurs, qui reconnaissait en avril 2021 ĂȘtre opposĂ© Ă  la chasse en enclos pour des raisons Ă©thiques, Ă©cologiques et sanitaires ([6]).

Les Français ne souhaitent plus des privilĂšges d’une minorité ([7]) :

83 % d’entre eux se montrent favorables Ă  l’interdiction de chasser ou piĂ©ger 2 jours par semaine dont le dimanche et l’intĂ©gralitĂ© des vacances scolaires.

86 % rejettent la chasse Ă  courre, pratique cruelle d’un autre Ăąge. Ce rejet est de plus en plus vif d’annĂ©es en annĂ©es (84 % en 2017, 73 % en 2005).

83 % des Français se dĂ©clarent favorables Ă  l’interdiction de la chasse en enclos.

Nous devons mettre un terme à ces pratiques fortement décriées pour une chasse plus respectueuse de la nature et de ses usages.

L’article 1 vise Ă  interdire la chasse les week‑ends, les jours fĂ©riĂ©s et les vacances scolaires pour que, enfin, nous retrouvions un accĂšs libre Ă  la nature et Ă  nos forĂȘts. Cette mesure est issue du programme prĂ©sidentiel de 2022 des Ă©cologistes et s’inspire de la proposition de loi n° 1435 visant Ă  instaurer des jours sans chasse afin de sĂ©curiser les espaces naturels, dĂ©posĂ©e par M. Bastien Lachaud et le groupe La France insoumise en 2018.

L’article 2 vise Ă  interdire la chasse Ă  courre et les pratiques de chasse Ă©quivalentes, ainsi que les chasses dites traditionnelles. La chasse Ă  courre est une pratique cruelle car l’animal est traquĂ© des heures durant dans des conditions de stress importantes et jusqu’à Ă©puisement. Contrairement Ă  d’autres types de chasse, la chasse Ă  courre ne contribue pas Ă  la rĂ©gulation de certains animaux en surnombre. Elle est dĂ©jĂ  interdite dans plusieurs pays europĂ©ens (Allemagne, Belgique, Écosse, Angleterre, Pays de Galles). Cette interdiction rejoint la proposition de loi transpartisane n° 618 du 31 janvier 2018 relative Ă  l’interdiction de la chasse Ă  courre. Cet article interdit Ă©galement des modes de chasse Ă©quivalents tels que le « trail hunt » ou « drag hunt » (chasse au leurre dans laquelle l’animal sauvage est remplacĂ© par une trace odorifĂ©rante animale), la vĂ©nerie sous terre qui implique d’importantes souffrances pour l’animal (les blaireaux ou renards sont arrachĂ©s Ă  leur terrier Ă  l’aide de pinces et de chiens), ainsi que les chasses dites traditionnelles telles que la chasse Ă  la glu, Ă  la tendelle, Ă  la matole, aux pantes, la chasse tenderie aux vanneaux, la chasse tenderie au brancher. Sont Ă©galement interdits la dĂ©livrance et le renouvellement d’attestations de meute destinĂ©e Ă  l’exercice de la chasse Ă  courre, Ă  cor et Ă  cri, sous terre, ou Ă  des pratiques analogues susceptibles d’exposer la vie d’un animal. Cet article s’inspire de la proposition de loi n° 3293 relative Ă  des premiĂšres mesures d’interdiction de certaines pratiques gĂ©nĂ©ratrices de souffrances chez les animaux et d’amĂ©lioration des conditions de vie de ces derniers, prĂ©sentĂ©e par M. CĂ©dric Villani et le groupe Écologie, DĂ©mocratie, SolidaritĂ© en 2020.

L’article 3 vise Ă  interdire la chasse en enclos et ses diffĂ©rentes pratiques en passant notamment par l’interdiction dĂ©finitive de l’agrainage et l’affouragement, pratiques qui concourent Ă  l’artificialisation des milieux et des espĂšces sauvages. L’agrainage et l’affouragement participent Ă  la fixation des espĂšces sur un espace, ce qui facilite leur reproduction et par consĂ©quent amplifie les dĂ©gĂąts sur les cultures. Cet article cible les activitĂ©s de chasse Ă  caractĂšre commercial pratiquĂ©es sur une partie de ces espaces clos. Cette pratique rĂ©pond Ă  un objectif unique de divertissement. Elle ne prĂ©sente aucun intĂ©rĂȘt, du point de vue de l’équilibre agro‑sylvo‑cynĂ©gĂ©tique auquel la chasse est lĂ©galement censĂ©e contribuer, puisque les animaux qui y sont traquĂ©s sont issus d’élevages. L’article 3 est inspirĂ© des amendements dĂ©posĂ©s par Mme Lisa Belluco et le groupe Ă©cologiste sur la proposition de loi n° 134 visant Ă  limiter l’engrillagement des espaces naturels et Ă  protĂ©ger la propriĂ©tĂ© privĂ©e.

Article 1

I. – Au dĂ©but de l’article L. 424‑2 du code de l’environnement, il est ajoutĂ© un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :

« Nul ne peut chasser le samedi, le dimanche, les jours fériés, et pendant les vacances scolaires selon le calendrier scolaire national. »

II. – Le deuxiĂšme alinĂ©a de l’article L. 424‑2 du code de l’environnement, est ainsi complĂ©té : « L’allongement des pĂ©riodes de chasse ne peut ĂȘtre justifiĂ© que dans une des situations listĂ©es ci‑dessous. »

Article 2

I. – L’article L. 424‑4 du code de l’environnement est ainsi modifié :

1° À la premiĂšre phrase du premier alinĂ©a, les mots : « soit Ă  courre, Ă  cor et Ă  cri, » sont supprimĂ©s ;

2° Le troisiÚme alinéa est ainsi rédigé :

« La chasse des oiseaux par l’utilisation des modes et moyens de chasse consacrĂ©s par les usages traditionnels est interdite. »

3° Le cinquiÚme alinéa est supprimé ;

4° Il est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« Aucun Ă©quipage ne peut ĂȘtre constituĂ© afin de se livrer Ă  la chasse Ă  courre, Ă  cor, Ă  cri, en enclos ou sous terre, ni poursuivre par les mĂȘmes moyens un leurre simulant la voie d’un animal. »

II. – La section 1 du chapitre VIII du titre II du livre IV du mĂȘme code est complĂ©tĂ©e par une sous‑section 3 ainsi rĂ©digĂ©e :

« Sous‑section 3

« Exercice de la chasse

« Art. L. 428‑3‑1. – La pratique de la chasse Ă  courre, Ă  cor, cri et en enclos ou sous terre, celle visant Ă  poursuivre par les mĂȘmes moyens un leurre simulant la voie d’un animal, ainsi que l’utilisation des modes et moyens de chasse consacrĂ©s par les usages traditionnels, sont punies de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende et de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende en cas de mise Ă  mort de l’animal. »

III. – Le prĂ©sent article entre en vigueur dĂšs la promulgation de la prĂ©sente loi. À compter de la date mentionnĂ©e au premier alinĂ©a du prĂ©sent III, il n’est plus dĂ©livrĂ© ni renouvelĂ© aucune attestation de meute destinĂ©e Ă  l’exercice de la chasse Ă  courre, Ă  cor et Ă  cri ou sous terre, ou Ă  la poursuite par les mĂȘmes moyens d’un leurre simulant la voie d’un animal.

Article 3

I. – L’article L. 424‑3 du code de l’environnement est ainsi rĂ©digé :

« Art. L. 424‑3. – L’enclos est dĂ©fini comme une possession attenante ou non Ă  une habitation entourĂ©e, mĂȘme partiellement, de tout dispositif entravant la libre circulation de la faune et celui de l’homme et faisant obstacle Ă  toute communication avec les hĂ©ritages voisins sur tout ou partie du pĂ©rimĂštre ou Ă  l’intĂ©rieur de ladite possession. Toute action de chasse y est interdite.

« À l’exception du domicile, les propriĂ©taires, possesseurs ou leurs ayant droits sont tenus de laisser Ă  tout moment l’accĂšs Ă  leurs possessions aux fonctionnaires et agents chargĂ©s des contrĂŽles prĂ©vus Ă  l’article L. 170‑1 et aux officiers et agents mentionnĂ©s Ă  l’article L. 172‑1. »

II. – Le I entre en vigueur dĂšs la promulgation de la prĂ©sente loi.

III. – Les animaux non domestiques prĂ©sents dans les espaces dĂ©finis au I du prĂ©sent article sont considĂ©rĂ©s comme tenus en captivitĂ© au sens de l’article 521‑1 du code pĂ©nal.

IV. – Un dĂ©cret en Conseil d’État dĂ©termine les conditions d’application du prĂ©sent article.

V. – L’article L. 424‑8 du code de l’environnement est ainsi modifié :

« Art. L.424‑8. – Le transport, la vente, la mise en vente, la dĂ©tention pour la vente et l’achat des animaux vivants d’espĂšces dont la chasse est autorisĂ©e ou des animaux licitement tuĂ©s Ă  la chasse sont interdits. »

VI. – L’article L. 425‑5 du code de l’environnement est ainsi modifié :

« Art. L. 425‑5. – L’agrainage et l’affouragement sont interdits. »

VII. – L’alinĂ©a 1 de l’article L. 428‑1 du code de l’environnement est ainsi modifié : « Est puni de 3 mois d’emprisonnement et d’une amende de 3750 euros le fait de chasser en violation des dispositions de l’article L. 424‑3 ».

VIII. – Au 1° du I de l’article L. 428‑5 du code de l’environnement, les mots « sans son consentement » sont supprimĂ©s. 

Le 2° du 1er alinĂ©a de l’article L. 422‑10 du code de l’environnement est supprimĂ©. Le 3° devient le 2°, le 4° devient le 3° et le 5° devient le 4°.

Notes

([1])  OFB : Bilan des accidents-incidents de chasse 2020-2021

([2])  Sondage Yougov pour Animal Cross

([3])  Sondage Yougov pour Animal Cross

([4])  Chiffres de la Fédération des chasseurs : https://www.chasseurdefrance.com/decouvrir/les-chasseurs-aujourdhui/

([5])  Chiffres de la FBB : 30 millions d’animaux tuĂ©s par des chasseurs et 5 millions de blessĂ©s

([6])  Images One Voice, le 13 avril 2021

([7])  Sondage IFOP pour la Fondation Brigitte Bardot, février 2022

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