Mesdames, Messieurs,
« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! »
Par ce vers, Baudelaire dĂ©crit lâirrĂ©pressible besoin humain de lâĂ©vasion, de la contemplation, du voyage.
Ce droit au bonheur est gravĂ© non seulement dans le marbre de notre histoire rĂ©publicaine depuis les premiers congĂ©s payĂ©s et le Front populaire de 1936, mais aussi dans celui de la loi, puisque lâarticle 140 de la loi du 29 juillet 1998 relative Ă la lutte contre les exclusions dispose que « lâĂ©gal accĂšs de tous, tout au long de la vie [âŠ] aux vacances et aux loisirs constitue un objectif national. »
Ce droit aux vacances est pourtant refusĂ© Ă des millions de familles. Cette annĂ©e Ă nouveau des millions dâenfants, de prĂ©caires, de salariĂ©s et de retraitĂ©s ne verront ni la mer, ni la montagne, ni notre patrimoine exceptionnel.
Le jour de la rentrĂ©e, plus de 3 millions dâĂ©lĂšves se sentiront exclus de ce moment merveilleux oĂč lâon raconte son Ă©tĂ© et ses dĂ©couvertes, source de la construction des imaginaires, des rĂȘves, donc de la libertĂ© de lâesprit.
Cette injustice accentue les phĂ©nomĂšnes de sĂ©dentaritĂ©, le malâĂȘtre psychologique, les inĂ©galitĂ©s sociales, culturelles et Ă©ducatives.
Câest pourquoi nous croyons nĂ©cessaire de faire advenir une sociĂ©tĂ© du temps libĂ©rĂ©, dont le droit aux vacances constitue un pilier essentiel.
Au printemps 1936, le Front populaire arrive au pouvoir. Avec lâavĂšnement des congĂ©s payĂ©s, la France ouvre enfin Ă toute sa population la perspective du temps libĂ©rĂ©.
Pour que le temps libĂšre, il doit sâaccompagner dâune grande ambition Ă©mancipatrice. VoilĂ pourquoi le sousâsecrĂ©taire dâĂtat aux loisirs et aux sports, LĂ©o Lagrange, dĂ©veloppe les loisirs collectifs, sportifs, touristiques et culturels. Il crĂ©e le billet populaire de congĂ©s annuels. Il encourage la crĂ©ation des auberges de jeunesse. GrĂące Ă son action et Ă celle des mouvements de lâĂ©ducation populaire qui en sont la clĂ© de voĂ»te, des millions de Françaises et de Français peuvent enfin goĂ»ter au bonheur du droit au repos, du droit au beau.
Cet hĂ©ritage est celui de la RĂ©publique, et demeure porteur dâune promesse quâil nous appartient sans cesse de renouveler. Le 9 juin 2023, nous avons fait le choix de renouer avec cette promesse pour le temps libĂ©rĂ© et Ă©mancipateur. Des personnes vivant lâexclusion et la grande pauvretĂ©, militantes et militants du Mouvement ATD Quart Monde ont convergĂ© de tout le pays vers lâAssemblĂ©e nationale pour une journĂ©e de croisement des savoirs, de partage et dâĂ©laboration collective de la prĂ©sente proposition de loi. LâAssemblĂ©e nationale sâest montrĂ©e pour ce quâelle est et doit ĂȘtre : la maison du peuple au service de celuiâci. Ce travail lĂ©gislatif est le leur, il est le fruit de leur expĂ©rience, de leurs besoins et de la richesse de leurs tĂ©moignages et propositions. Câest une loi citoyenne dans sa conception que nous vous proposons. Nous avons fait le choix de reprendre sans censure ni dĂ©tournement les propositions telles quâelles ont Ă©tĂ© formulĂ©es par les citoyennes et citoyens venus Ă©laborer cette proposition de loi. Son article 1 vise Ă faire de lâaccĂšs aux vacances un droit constituant un devoir de solidaritĂ© pour lâensemble de la nation, dans la continuitĂ© du premier alinĂ©a de lâarticle 1 de la loi dâorientation du 29 juillet 1998 relative Ă la lutte contre les exclusions, depuis abrogĂ©, posant que « La lutte contre les exclusions est un impĂ©ratif national fondĂ© sur le respect de lâĂ©gale dignitĂ© de tous les ĂȘtres humains et une prioritĂ© de lâensemble des politiques publiques de la nation ».
Ainsi, lâĂtat aura pour mission dâagir activement pour le dĂ©part en vacances de lâensemble de la population en prenant des mesures concrĂštes, notamment par la montĂ©e en puissance des aides financiĂšres, de lâaccompagnement Ă la prĂ©paration du dĂ©part, et la formation initiale et continue du personnel public (travailleurs sociaux, magistrats, agents publics) au droit aux vacances. Son article 2 gĂ©nĂ©ralise lâadhĂ©sion des caisses dâallocations familiales au service commun pour la gestion des centres familiaux de vacances des fĂ©dĂ©rations et des caisses dâallocations familiales, de façon Ă ce que toutes les CAF appuient via les aides encadrĂ©es par ce service commun, les dĂ©parts en vacances. Lâarticle effectue Ă©galement une standardisation et une harmonisation par le haut des rĂšgles dâattribution des aides aux vacances pour les enfants et les familles. Son article 3 centralise les informations concernant les colonies de vacances et les aides pour le dĂ©part en vacances en instaurant un guichet unique numĂ©rique et prĂ©sent physiquement dans les territoires. Son article 4 pose le principe que la rĂšgle concernant les enfants placĂ©s Ă lâaide sociale Ă lâenfance doit ĂȘtre le dĂ©part en vacances avec le ou les parents et le recours Ă des vacances mĂ©diatisĂ©es, tandis que le dĂ©part en vacances sans les parents doit demeurer lâexception. Ainsi, le choix de faire partir en vacances lâenfant sans ses parents doit ĂȘtre motivĂ©. Son article 5 pose le principe que le droit au dĂ©part en vacances doit ĂȘtre respectĂ© mĂȘme pour les personnes en situation dâhĂ©bergement dâurgence. Son article 6 demande au Gouvernement un rapport sur lâimpact que peut avoir une campagne de sensibilisation au droit aux vacances et aux loisirs des plus jeunes. Son article 7 demande au Gouvernement un rapport documentant la diversitĂ© des aides aux dĂ©parts en vacances, la proportion de personnes en Ă©tant exclues ainsi que la proportion de nonârecours Ă ces aides. Il formule des propositions pour permettre lâĂ©largissement des aides et un meilleur recours aux aides existantes. Son article 8 gage financiĂšrement la proposition de loi. Cette proposition de loi sâinscrit dans une dĂ©marche globale de consultations, dâauditions, de rencontres et de propositions pour le droit aux vacances initiĂ©e par plusieurs parlementaires, en lien Ă©troit avec le monde associatif, des Ă©lus locaux et la sociĂ©tĂ© engagĂ©e. Elle y trouve une place complĂ©mentaire et singuliĂšre en portant la parole directe des personnes concernĂ©es par le nonârespect du droit aux vacances dans un esprit rassembleur. Elle est aussi une base de travail apportant des solutions politiques et techniques prĂ©cises pouvant ĂȘtre reprises dans un cadre lĂ©gislatif ultĂ©rieur. Pour le droit aux vacances pour toutes et tous, il est possible dâagir : sur les moyens, pour assurer lâĂ©galitĂ© de tous dans lâaccĂšs aux vacances, sur lâaccompagnement culturel et pĂ©dagogique et sur le renforcement dâune offre de tourisme social et Ă©cologique .Il nây a pas de libertĂ© sans Ă©gale dignitĂ© des ĂȘtres humains. Ainsi, libĂ©rer le temps au moyen des congĂ©s payĂ©s ne suffit pas, il faut permettre Ă chacune et chacun de libĂ©rer son temps, de sâĂ©panouir, de conquĂ©rir ses propres parcelles de bonheur. En soutenant ce texte, câest le droit Ă la respiration individuelle et collective, au bonheur, au repos, et lâinvention dâun futur dĂ©sirable pour notre RĂ©publique sociale que peuvent rĂ©aliser les membres de la reprĂ©sentation nationale en ouvrant une Ăšre de nouvelles conquĂȘtes pour le temps libre, pour le temps libĂ©rĂ©. Avec LĂ©o Lagrange, nous croyons quâil « ne faut pas tracer un seul chemin, il faut ouvrir toutes les routes ». Celleâci mĂ©rite dâĂȘtre empruntĂ©e.
Le premier alinĂ©a de lâarticle 140 de la loi n° 98â657 du 29 juillet 1998 dâorientation relative Ă la lutte contre les exclusions est ainsi modifié :
1° à la fin de la premiÚre phrase, les mots : « objectif national » sont remplacés par le mot : « droit » ;
2° La seconde phrase est complĂ©tĂ©e par les mots : « et constitue un devoir de solidaritĂ© pour lâensemble de la Nation ».
Le service commun des caisses dâallocations familiales et des fĂ©dĂ©rations de caisses dâallocations familiales encadrĂ© par lâarrĂȘtĂ© du 13 novembre 2002 relatif au service commun pour la gestion des centres familiaux de vacances des fĂ©dĂ©rations et des caisses dâallocations familiales est compĂ©tent pour lâensemble des caisses dâallocations familiales et fĂ©dĂ©rations de caisses du territoire national.
Les critÚres applicables sont harmonisés. Les plus avantageux pour les bénéficiaires concernés sont retenus pour généralisation.
Il est créé un fonds national de soutien aux dĂ©parts en vacances attribuĂ© aux caisses dâallocations familiales.
Ce fonds a pour mission de satisfaire Ă lâensemble des demandes dâaides aux vacances pour les enfants et les aides aux vacances pour les demandeurs rĂ©pondant aux critĂšres fixĂ©s.
Le montant de ce fonds et sa répartition territoriale sont fixés annuellement par décret.
Un guichet unique centralisant les informations relatives aux aides existantes pour faciliter les deÌparts en vacances est créé. Il est accessible numĂ©riquement et dispose dâun point dâinformation physique dans chaque chefâlieu de dĂ©partement. Les modaliteÌs dâapplication du preÌsent article sont fixĂ©es par deÌcret en Conseil dâEÌtat.
AprĂšs le quatriĂšme alinĂ©a de lâarticle 375â7 du code civil, il est insĂ©rĂ© un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :
« Lâenfant effectue ses dĂ©parts en vacances avec ses parents, sauf si une dĂ©cision du juge motivĂ©e par lâintĂ©rĂȘt de lâenfant en dĂ©cide autrement. »
Lâarticle L. 345â2â2 du code de lâaction sociale et des familles est complĂ©tĂ© par un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :
« LâhĂ©bergement dâurgence prend en compte, de la maniĂšre la plus adaptĂ©e possible, le droit aux vacances de la personne accueillie. Celleâci peut exercer son droit au dĂ©part en vacances, sur une durĂ©e raisonnable, sans perdre lâaccĂšs Ă son hĂ©bergement. »
Dans un dĂ©lai de six mois Ă compter de la promulgation de la prĂ©sente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport analysant lâimpact quâaurait la mise en place dâune campagne de sensibilisation au droit aux vacances et aux loisirs, ciblant notamment les jeunes les plus prĂ©caires et vulnĂ©rables, pour inciter ceuxâci au dĂ©part en vacances et Ă lâutilisation des aides et dispositifs prĂ©vus Ă cette fin.
Dans un dĂ©lai de six mois Ă compter de la promulgation de la prĂ©sente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport documentant la diversitĂ© des aides aux dĂ©parts en vacances, la proportion de personnes en Ă©tant exclues ainsi que la proportion de nonârecours Ă ces aides. Il formule des propositions pour permettre lâĂ©largissement des aides et un meilleur recours aux aides existantes.
La charge pour lâĂtat est compensĂ©e Ă due concurrence par la crĂ©ation dâune taxe additionnelle Ă lâaccise sur les tabacs prĂ©vue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.