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📜Loi portant sauvetage des micro-entreprises
21 fĂ©vr. 2025 ‱
Hadrien Clouet

ExposĂ© des motifs ‱ ⏱Lecture 4min.

Mesdames, Messieurs,

« Je ne sais absolument pas comment me sortir de cette situation. Je ne peux pas prendre plus de contrats pour augmenter mon chiffre (les journées ne font que 24 heures). Cette mesure va donc probablement mettre fin à mon activité »

« Cela est gravissime. Des milliers d’entreprises, dont la mienne, vont droit dans le mur et vont ĂȘtre obligĂ©es de fermer boutique. »

« Si je rĂ©percute la TVA sur le prix de mes poteries, il y a fort Ă  parier que ma clientĂšle se rĂ©duira comme peau de chagrin. Elle me prĂ©fĂšrera une entreprise de dĂ©coration et ameublement qui ne paye mĂȘme pas d’impĂŽts en France »

Le projet de loi de finances 2025 imposĂ© par 49‑3 comporte un article menaçant la viabilitĂ© de centaines de milliers de micro‑entreprises. Artisans, petits commerçants, associations constituĂ©es en microentreprise n’étaient assujettis Ă  la taxe sur la valeur ajoutĂ©e (TVA) qu’à la stricte condition de dĂ©passer 37 500 euros de chiffre d’affaires pour les services et 85 000 euros pour la vente de marchandise. PrĂ©textant une recherche de recettes, le gouvernement a imposĂ© sans concertation un seuil unique d’assujettissement Ă  la collecte et restitution de TVA des micro‑entrepreneurs Ă  25 000 euros.

Pourtant, de M. Nicolas Sarkozy Ă  M. Emmanuel Macron, les gouvernements libĂ©raux n’ont cessĂ© d’encourager l’auto‑entrepreneuriat puis le micro‑entrepreneuriat. Bien sĂ»r, le statut s’adresse Ă  de vrais indĂ©pendants, des femmes et des hommes qui assurent un service ou produisent un bien rĂ©ellement commercial. C’est‑à‑dire qu’ils comptent plusieurs clients sans relation de subordination. Mais ces crĂ©ations de micro‑entreprises se substituent aussi largement au rĂ©gime d’entreprises individuelles classiques.

Leur nombre connaĂźt ainsi son record historique, avec 716 200 crĂ©ations en 2024, notamment dans le commerce, le transport de voyageurs, la poste et le courrier. Un quart d’entre elles sont localisĂ©es dans les zones rurales, les trois‑quarts dans les zones urbaines.

Pourquoi cette promotion par les politiques publiques ? La massification de l’auto‑entreprenariat permet de rĂ©duire artificiellement les chiffres du chĂŽmage, tout en alimentant des mĂ©canismes de baisse des salaires et des revenus du travail. Car ce statut a constituĂ© une aubaine pour nombre de grands groupes Ă©conomiques et financiers, qui ont externalisĂ© des activitĂ©s prĂ©alablement assurĂ©es par certains salariĂ©s, pour les remplacer par des travailleurs pauvres payĂ©s Ă  la tĂąche, sans code du travail ni convention collective pour les prĂ©server de la fin de mission – un licenciement dĂ©guisĂ©. Une telle pratique coĂ»te Ă  l’ensemble de la Nation, car elle nous prive de cotisations sociales prĂ©cieuses pour couvrir les droits Ă  la retraite, Ă  l’assurance‑maladie ou Ă  la prĂ©vention des accidents du travail.

Qui sont les victimes ? Des micro‑entrepreneurs contraints, que l’on retrouve parmi les ingĂ©nieurs de l’aĂ©ronautique, parmi les correcteurs dans l’édition, parmi les enseignants dans l’universitĂ©, artistes de l’édition, ou encore soignants auprĂšs de personnes en situation en situation de vulnĂ©rabilité : autant de mĂ©tiers essentiels qui mĂ©ritent de bĂ©nĂ©ficier de conditions de travail dignes.

Voici le visage des milliers de personnes dont le budget Bayrou sabordera l’activitĂ©, en les assujettissant Ă  la TVA par l’abaissement du seuil de franchise. DĂšs lors, le choix pour les 250 000 micro‑entreprises est clair. Soit rĂ©percuter la TVA Ă  20 % sur ses clients, trĂšs rarement des professionnels, au double risque de sabrer le pouvoir d’achat de la population ou de perdre sa clientĂšle. Les grandes sociĂ©tĂ©s qui y trouvent leurs prestataires n’encourent aucun risque, puisque le client final pourra dĂ©duire la TVA de ses factures. Soit Ă©viter de la rĂ©percuter et absorber sur leurs faibles marges cette hausse de TVA. Quoiqu’il en soit, les micro‑entrepreneurs au rĂ©gime thĂ©oriquement simplifiĂ© et aux horaires de travail dĂ©jĂ  extensifs gaspilleront un temps prĂ©cieux Ă  se soumettre Ă  l’exercice fastidieux de la dĂ©claration de TVA. En consĂ©quence, une majoritĂ© de micro‑entrepreneurs disparaitraient brutalement, vidant nombre de territoires des activitĂ©s qui y subsistent.

Cette politique est d’autant plus injuste que le gouvernement a dĂ©fendu cette mesure en soutenant qu’elle gĂ©nĂ©rera « des recettes fiscales significatives », tout en refusant tous les amendements crĂ©ant des recettes alternatives. Au lieu de faire contribuer les grandes fortunes, les multinationales, les entreprises qui dĂ©localisent, les capitalistes qui ne rĂšglent aucun impĂŽt sur notre sol, les trĂšs hauts salaires ou les revenus actionnariaux, la macronie s’en prend aux plus petites entreprises et Ă  leurs clients. Tant pis pour l’économie rĂ©elle : les actionnaires continueront de se gaver tandis que la majoritĂ© se serrera la ceinture. Tant pis pour nos textes fondamentaux comme la DĂ©claration des Droits de l’Homme et du Citoyen : l’égalitĂ© devant l’impĂŽt restera lettre morte.

La proposition de loi ci‑devant annule cette augmentation brutale et illĂ©gitime. Elle rĂ©tablit le rĂ©gime antĂ©rieur de la TVA pour les micro‑entrepreneurs. Elle leur accorde la protection de la Nation, plutĂŽt que de les sacrifier Ă  une politique Ă©conomique qui taxe les petits pour alimenter les grands.

L’article 1er propose le retour de la franchise Ă  37 500 euros pour les services, et Ă  85 000 euros pour les ventes de marchandise ainsi que le rĂ©gime de TVA applicable jusqu’à lors aux avocats, avocats au Conseil d’État et Ă  la Cour de cassation, aux auteurs d’Ɠuvres de l’esprit et aux artistes‑interprĂštes.

L’article 2 gage la prĂ©sente proposition de loi.

Notes

[(1)](1) Ce groupe est composĂ© de : Mme NadĂšge ABOMANGOLI, M. Laurent ALEXANDRE, M. Gabriel AMARD, Mme SĂ©golĂšne AMIOT, Mme Farida AMRANI, M. Rodrigo ARENAS, M. RaphaĂ«l ARNAULT, Mme AnaĂŻs BELOUASSA-CHERIFI, M. Ugo BERNALICIS, M. Christophe BEX, M. Carlos Martens BILONGO, M. Manuel BOMPARD, M. Idir BOUMERTIT, M. Louis BOYARD, M. Pierre-Yves CADALEN, M. Aymeric CARON, M. Sylvain CARRIÈRE, Mme Gabrielle CATHALA, M. BĂ©renger CERNON, Mme Sophia CHIKIROU, M. Hadrien CLOUET, M. Éric COQUEREL, M. Jean-François COULOMME, M. SĂ©bastien DELOGU, M. Aly DIOUARA, Mme Alma DUFOUR, Mme Karen ERODI, Mme Mathilde FELD, M. Emmanuel FERNANDES, Mme Sylvie FERRER, M. Perceval GAILLARD, Mme ClĂ©mence GUETTÉ, M. David GUIRAUD, Mme Zahia HAMDANE, Mme Mathilde HIGNET, M. Andy KERBRAT, M. Bastien LACHAUD, M. Abdelkader LAHMAR, M. Maxime LAISNEY, M. Arnaud LE GALL, M. AurĂ©lien LE COQ, M. Antoine LÉAUMENT, Mme Élise LEBOUCHER, M. JĂ©rĂŽme LEGAVRE, Mme Sarah LEGRAIN, Mme Claire LEJEUNE, Mme Murielle LEPVRAUD, Mme Élisa MARTIN, M. Damien MAUDET, Mme Marianne MAXIMI, Mme Marie MESMEUR, Mme Manon MEUNIER, M. Jean-Philippe NILOR, Mme Sandrine NOSBÉ, Mme DaniĂšle OBONO, Mme Nathalie OZIOL, Mme Mathilde PANOT, M. RenĂ© PILATO, M. François PIQUEMAL, M. Thomas PORTES, M. LoĂŻc PRUD’HOMME, M. Jean-Hugues RATENON, M. Arnaud SAINT-MARTIN, M. AurĂ©lien SAINTOUL, Mme Ersilia SOUDAIS, Mme Anne STAMBACH-TERRENOIR, M. AurĂ©lien TACHÉ, Mme AndrĂ©e TAURINYA, M. Matthias TAVEL, Mme AurĂ©lie TROUVÉ, M. Paul VANNIER.

Article 1

L’article 293 B du code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts est ainsi rĂ©digé :

« Art. 293 B. – I. – Pour leurs livraisons de biens et leurs prestations de services, les assujettis Ă©tablis en France bĂ©nĂ©ficient d’une franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutĂ©e lorsqu’ils n’ont pas rĂ©alisĂ© en France un chiffre d’affaires, Ă©valuĂ© dans les conditions prĂ©vues Ă  l’article 293 D, excĂ©dant les plafonds suivants :

 (En euros)

« 

AnnĂ©e d’évaluation

Chiffre d’affaires national total

Chiffre d’affaires national affĂ©rent aux prestations de services autres que les ventes Ă  consommer sur place et les prestations d’hĂ©bergement

Année civile précédente

85 000

37 500

Année en cours

93 500

41 250

 »

« II. – A. – Les avocats, les avocats au Conseil d’État et Ă  la Cour de cassation, les auteurs d’Ɠuvres de l’esprit et les artistes‑interprĂštes assujettis et Ă©tablis en France bĂ©nĂ©ficient d’une franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutĂ©e lorsqu’ils n’ont pas rĂ©alisĂ© en France un chiffre d’affaires, Ă©valuĂ© dans les conditions prĂ©vues Ă  l’article 293 D, excĂ©dant les plafonds suivants :

 (En euros)

« 

AnnĂ©e d’évaluation

Chiffre d’affaires national affĂ©rent aux opĂ©rations mentionnĂ©es au B du prĂ©sent II

Chiffre d’affaires national affĂ©rent aux opĂ©rations autres que celles mentionnĂ©es au B du prĂ©sent II

Année civile précédente

50 000

35 000

Année en cours

55 000

38 500

 »

« B. – Les opĂ©rations prises en compte pour les besoins des plafonds mentionnĂ©s Ă  la deuxiĂšme colonne du tableau du second alinĂ©a du A du prĂ©sent II sont les suivantes :

« 1° Les opĂ©rations rĂ©alisĂ©es par les avocats et les avocats au Conseil d’État et Ă  la Cour de cassation, dans le cadre de l’activitĂ© dĂ©finie par la rĂ©glementation applicable Ă  leur profession ;

« 2° Les livraisons par les auteurs d’Ɠuvres de l’esprit, Ă  l’exception des architectes, de leurs Ɠuvres mentionnĂ©es aux 1° à 12° de l’article L. 112‑2 du code de la propriĂ©tĂ© intellectuelle et la cession des droits patrimoniaux qui leur sont reconnus par la loi ;

« 3° Les opĂ©rations relatives Ă  l’exploitation des droits patrimoniaux qui sont reconnus par la loi aux artistes‑interprĂštes mentionnĂ©s Ă  l’article L. 212‑1 du mĂȘme code. 

« III. – Lorsque l’un des plafonds de chiffre d’affaires prĂ©vus aux I ou II du prĂ©sent article pour les opĂ©rations de l’annĂ©e en cours est dĂ©passĂ©, la franchise cesse de s’appliquer pour les opĂ©rations intervenant Ă  compter de la date de dĂ©passement. »

Article 2

La perte de recettes pour l’État est compensĂ©e Ă  due concurrence par la crĂ©ation d’une taxe additionnelle Ă  l’accise sur les tabacs prĂ©vue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.

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