Mesdames, Messieurs,
« Je ne sais absolument pas comment me sortir de cette situation. Je ne peux pas prendre plus de contrats pour augmenter mon chiffre (les journées ne font que 24 heures). Cette mesure va donc probablement mettre fin à mon activité »
« Cela est gravissime. Des milliers dâentreprises, dont la mienne, vont droit dans le mur et vont ĂȘtre obligĂ©es de fermer boutique. »
« Si je rĂ©percute la TVA sur le prix de mes poteries, il y a fort Ă parier que ma clientĂšle se rĂ©duira comme peau de chagrin. Elle me prĂ©fĂšrera une entreprise de dĂ©coration et ameublement qui ne paye mĂȘme pas dâimpĂŽts en France »
Le projet de loi de finances 2025 imposĂ© par 49â3 comporte un article menaçant la viabilitĂ© de centaines de milliers de microâentreprises. Artisans, petits commerçants, associations constituĂ©es en microentreprise nâĂ©taient assujettis Ă la taxe sur la valeur ajoutĂ©e (TVA) quâĂ la stricte condition de dĂ©passer 37 500 euros de chiffre dâaffaires pour les services et 85 000 euros pour la vente de marchandise. PrĂ©textant une recherche de recettes, le gouvernement a imposĂ© sans concertation un seuil unique dâassujettissement Ă la collecte et restitution de TVA des microâentrepreneurs Ă 25 000 euros.
Pourtant, de M. Nicolas Sarkozy Ă M. Emmanuel Macron, les gouvernements libĂ©raux nâont cessĂ© dâencourager lâautoâentrepreneuriat puis le microâentrepreneuriat. Bien sĂ»r, le statut sâadresse Ă de vrais indĂ©pendants, des femmes et des hommes qui assurent un service ou produisent un bien rĂ©ellement commercial. CâestâĂ âdire quâils comptent plusieurs clients sans relation de subordination. Mais ces crĂ©ations de microâentreprises se substituent aussi largement au rĂ©gime dâentreprises individuelles classiques.
Leur nombre connaĂźt ainsi son record historique, avec 716 200 crĂ©ations en 2024, notamment dans le commerce, le transport de voyageurs, la poste et le courrier. Un quart dâentre elles sont localisĂ©es dans les zones rurales, les troisâquarts dans les zones urbaines.
Pourquoi cette promotion par les politiques publiques ? La massification de lâautoâentreprenariat permet de rĂ©duire artificiellement les chiffres du chĂŽmage, tout en alimentant des mĂ©canismes de baisse des salaires et des revenus du travail. Car ce statut a constituĂ© une aubaine pour nombre de grands groupes Ă©conomiques et financiers, qui ont externalisĂ© des activitĂ©s prĂ©alablement assurĂ©es par certains salariĂ©s, pour les remplacer par des travailleurs pauvres payĂ©s Ă la tĂąche, sans code du travail ni convention collective pour les prĂ©server de la fin de mission â un licenciement dĂ©guisĂ©. Une telle pratique coĂ»te Ă lâensemble de la Nation, car elle nous prive de cotisations sociales prĂ©cieuses pour couvrir les droits Ă la retraite, Ă lâassuranceâmaladie ou Ă la prĂ©vention des accidents du travail.
Qui sont les victimes ? Des microâentrepreneurs contraints, que lâon retrouve parmi les ingĂ©nieurs de lâaĂ©ronautique, parmi les correcteurs dans lâĂ©dition, parmi les enseignants dans lâuniversitĂ©, artistes de lâĂ©dition, ou encore soignants auprĂšs de personnes en situation en situation de vulnĂ©rabilité : autant de mĂ©tiers essentiels qui mĂ©ritent de bĂ©nĂ©ficier de conditions de travail dignes.
Voici le visage des milliers de personnes dont le budget Bayrou sabordera lâactivitĂ©, en les assujettissant Ă la TVA par lâabaissement du seuil de franchise. DĂšs lors, le choix pour les 250 000 microâentreprises est clair. Soit rĂ©percuter la TVA Ă 20 % sur ses clients, trĂšs rarement des professionnels, au double risque de sabrer le pouvoir dâachat de la population ou de perdre sa clientĂšle. Les grandes sociĂ©tĂ©s qui y trouvent leurs prestataires nâencourent aucun risque, puisque le client final pourra dĂ©duire la TVA de ses factures. Soit Ă©viter de la rĂ©percuter et absorber sur leurs faibles marges cette hausse de TVA. Quoiquâil en soit, les microâentrepreneurs au rĂ©gime thĂ©oriquement simplifiĂ© et aux horaires de travail dĂ©jĂ extensifs gaspilleront un temps prĂ©cieux Ă se soumettre Ă lâexercice fastidieux de la dĂ©claration de TVA. En consĂ©quence, une majoritĂ© de microâentrepreneurs disparaitraient brutalement, vidant nombre de territoires des activitĂ©s qui y subsistent.
Cette politique est dâautant plus injuste que le gouvernement a dĂ©fendu cette mesure en soutenant quâelle gĂ©nĂ©rera « des recettes fiscales significatives », tout en refusant tous les amendements crĂ©ant des recettes alternatives. Au lieu de faire contribuer les grandes fortunes, les multinationales, les entreprises qui dĂ©localisent, les capitalistes qui ne rĂšglent aucun impĂŽt sur notre sol, les trĂšs hauts salaires ou les revenus actionnariaux, la macronie sâen prend aux plus petites entreprises et Ă leurs clients. Tant pis pour lâĂ©conomie rĂ©elle : les actionnaires continueront de se gaver tandis que la majoritĂ© se serrera la ceinture. Tant pis pour nos textes fondamentaux comme la DĂ©claration des Droits de lâHomme et du Citoyen : lâĂ©galitĂ© devant lâimpĂŽt restera lettre morte.
La proposition de loi ciâdevant annule cette augmentation brutale et illĂ©gitime. Elle rĂ©tablit le rĂ©gime antĂ©rieur de la TVA pour les microâentrepreneurs. Elle leur accorde la protection de la Nation, plutĂŽt que de les sacrifier Ă une politique Ă©conomique qui taxe les petits pour alimenter les grands.
Lâarticle 1er propose le retour de la franchise Ă 37 500 euros pour les services, et Ă 85 000 euros pour les ventes de marchandise ainsi que le rĂ©gime de TVA applicable jusquâĂ lors aux avocats, avocats au Conseil dâĂtat et Ă la Cour de cassation, aux auteurs dâĆuvres de lâesprit et aux artistesâinterprĂštes.
Lâarticle 2 gage la prĂ©sente proposition de loi.
Notes[(1)](1) Ce groupe est composĂ© de : Mme NadĂšge ABOMANGOLI, M. Laurent ALEXANDRE, M. Gabriel AMARD, Mme SĂ©golĂšne AMIOT, Mme Farida AMRANI, M. Rodrigo ARENAS, M. RaphaĂ«l ARNAULT, Mme AnaĂŻs BELOUASSA-CHERIFI, M. Ugo BERNALICIS, M. Christophe BEX, M. Carlos Martens BILONGO, M. Manuel BOMPARD, M. Idir BOUMERTIT, M. Louis BOYARD, M. Pierre-Yves CADALEN, M. Aymeric CARON, M. Sylvain CARRIĂRE, Mme Gabrielle CATHALA, M. BĂ©renger CERNON, Mme Sophia CHIKIROU, M. Hadrien CLOUET, M. Ăric COQUEREL, M. Jean-François COULOMME, M. SĂ©bastien DELOGU, M. Aly DIOUARA, Mme Alma DUFOUR, Mme Karen ERODI, Mme Mathilde FELD, M. Emmanuel FERNANDES, Mme Sylvie FERRER, M. Perceval GAILLARD, Mme ClĂ©mence GUETTĂ, M. David GUIRAUD, Mme Zahia HAMDANE, Mme Mathilde HIGNET, M. Andy KERBRAT, M. Bastien LACHAUD, M. Abdelkader LAHMAR, M. Maxime LAISNEY, M. Arnaud LE GALL, M. AurĂ©lien LE COQ, M. Antoine LĂAUMENT, Mme Ălise LEBOUCHER, M. JĂ©rĂŽme LEGAVRE, Mme Sarah LEGRAIN, Mme Claire LEJEUNE, Mme Murielle LEPVRAUD, Mme Ălisa MARTIN, M. Damien MAUDET, Mme Marianne MAXIMI, Mme Marie MESMEUR, Mme Manon MEUNIER, M. Jean-Philippe NILOR, Mme Sandrine NOSBĂ, Mme DaniĂšle OBONO, Mme Nathalie OZIOL, Mme Mathilde PANOT, M. RenĂ© PILATO, M. François PIQUEMAL, M. Thomas PORTES, M. LoĂŻc PRUDâHOMME, M. Jean-Hugues RATENON, M. Arnaud SAINT-MARTIN, M. AurĂ©lien SAINTOUL, Mme Ersilia SOUDAIS, Mme Anne STAMBACH-TERRENOIR, M. AurĂ©lien TACHĂ, Mme AndrĂ©e TAURINYA, M. Matthias TAVEL, Mme AurĂ©lie TROUVĂ, M. Paul VANNIER.
Lâarticle 293 B du code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts est ainsi rĂ©digé :
« Art. 293 B. â I. â Pour leurs livraisons de biens et leurs prestations de services, les assujettis Ă©tablis en France bĂ©nĂ©ficient dâune franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutĂ©e lorsquâils nâont pas rĂ©alisĂ© en France un chiffre dâaffaires, Ă©valuĂ© dans les conditions prĂ©vues Ă lâarticle 293 D, excĂ©dant les plafonds suivants :
 (En euros)
«Â
AnnĂ©e dâĂ©valuation
Chiffre dâaffaires national total
Chiffre dâaffaires national affĂ©rent aux prestations de services autres que les ventes Ă consommer sur place et les prestations dâhĂ©bergement
Année civile précédente
85 000
37 500
Année en cours
93 500
41 250
 »
« II. â A. â Les avocats, les avocats au Conseil dâĂtat et Ă la Cour de cassation, les auteurs dâĆuvres de lâesprit et les artistesâinterprĂštes assujettis et Ă©tablis en France bĂ©nĂ©ficient dâune franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutĂ©e lorsquâils nâont pas rĂ©alisĂ© en France un chiffre dâaffaires, Ă©valuĂ© dans les conditions prĂ©vues Ă lâarticle 293 D, excĂ©dant les plafonds suivants :
 (En euros)
«Â
AnnĂ©e dâĂ©valuation
Chiffre dâaffaires national affĂ©rent aux opĂ©rations mentionnĂ©es au B du prĂ©sent II
Chiffre dâaffaires national affĂ©rent aux opĂ©rations autres que celles mentionnĂ©es au B du prĂ©sent II
Année civile précédente
50 000
35 000
Année en cours
55 000
38 500
 »
« B. â Les opĂ©rations prises en compte pour les besoins des plafonds mentionnĂ©s Ă la deuxiĂšme colonne du tableau du second alinĂ©a du A du prĂ©sent II sont les suivantes :
« 1° Les opĂ©rations rĂ©alisĂ©es par les avocats et les avocats au Conseil dâĂtat et Ă la Cour de cassation, dans le cadre de lâactivitĂ© dĂ©finie par la rĂ©glementation applicable Ă leur profession ;
« 2° Les livraisons par les auteurs dâĆuvres de lâesprit, Ă lâexception des architectes, de leurs Ćuvres mentionnĂ©es aux 1° Ă Â 12° de lâarticle L. 112â2 du code de la propriĂ©tĂ© intellectuelle et la cession des droits patrimoniaux qui leur sont reconnus par la loi ;
« 3° Les opĂ©rations relatives Ă lâexploitation des droits patrimoniaux qui sont reconnus par la loi aux artistesâinterprĂštes mentionnĂ©s Ă lâarticle L. 212â1 du mĂȘme code.Â
« III. â Lorsque lâun des plafonds de chiffre dâaffaires prĂ©vus aux I ou II du prĂ©sent article pour les opĂ©rations de lâannĂ©e en cours est dĂ©passĂ©, la franchise cesse de sâappliquer pour les opĂ©rations intervenant Ă compter de la date de dĂ©passement. »
La perte de recettes pour lâĂtat est compensĂ©e Ă due concurrence par la crĂ©ation dâune taxe additionnelle Ă lâaccise sur les tabacs prĂ©vue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.