En ressenti, c’est trente ! Un enfant de 10 ans n’a jamais connu d’autre président qu’Emmanuel Macron – pauvre gosse ! Je résume vos entourloupes en la matière. Le 28 février 2023, la ministre Darrieussecq nous dit que la procédure « sera simplifiée et […] permettra ainsi aux Padhue de pleinement exercer au sein du système de santé français ». Le 22 février 2024, presque un an plus tard, la ministre Vautrin – ça change très vite ! – nous annonce des mesures visant à « sécuriser [leur] situation ». Le 29 avril 2026, Mme la ministre Rist, ici présente, indique qu’elle veut « faciliter » leur intégration dans le système français. Pardon, mais ça fait des années que vous nous faites tourner en bourrique, que vous réduisez à la précarité la plus absolue ces praticiennes et ces praticiens dans les hôpitaux français ! Je veux vous dire ce qui pourrait se passer l’année prochaine si les Françaises et les Français décident de tout changer en matière de santé publique, par exemple en votant pour Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. François Cormier-Bouligeon s’exclame.) Vous n’avez rien à perdre : au mieux, il y aura un bon programme, au pire, des idées ! Nous arrêterons immédiatement de harceler les Padhue en leur retirant leur titre de séjour après deux mois d’interruption de contrat – par votre faute. Les agences régionales de santé (ARS) leur reconnaîtront le droit d’exercer tout de suite dans des structures de santé sous un statut protecteur, comme cela se fait déjà dans les outre-mer. Ensuite, les épreuves qui leur sont infligées cesseront de prendre la forme de concours, avec un nombre limité d’admis, pour devenir des examens professionnels. Quant au nombre de tentatives de passer ces épreuves, il sera aussi déplafonné. En somme, nous arrêterons d’organiser la pénurie et de les faire vivre au lance-pierre. (M. Gabriel Amard applaudit.) Un gouvernement populaire peut régler ce problème en quelques mois et assurer aux praticiennes et aux praticiens les conditions dignes auxquelles ils ont droit, non seulement parce qu’ils soignent, mais avant tout parce que ce sont des êtres humains. Il peut assurer l’accès aux soins de toute la population, non seulement parce que les gens ont cotisé, mais avant tout parce que ce sont, eux aussi, des êtres humains. C’est le sujet de ce texte. Oui, nous voterons pour régler 1 % du problème. Pour résoudre les 99 % restants, il y a les Insoumis ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Bien sûr que si : le sujet, ce sont les Padhue ! Vous ignorez le problème des praticiennes et des praticiens formés en Algérie, en Tunisie, en Syrie, au Maroc, en Russie, à Madagascar, au Bénin, bref : dans tous les pays du monde d’où ils peuvent venir pour aider, accompagner et soigner en France. Celles-ci, ceux-ci demeureront dans une précarité absolue au lendemain de l’adoption votre texte. Vous dites avoir besoin de temps pour réfléchir. Mais ça fait dix ans que vous êtes au pouvoir !
…s’il y a un truc auquel vous ne pouvez rien, c’est bien celui-ci ! –, le numerus clausus a entraîné une diminution du nombre de médecins disponibles. D’ailleurs, tout le monde est d’accord pour le critiquer. Dans le même temps, le vieillissement de la population a rendu nécessaire la présence de davantage de médecins sur le territoire. La conséquence de l’effet de ciseaux produit par la rencontre de ces deux facteurs, ce sont les déserts médicaux. Je dis merci aux milliers de Padhue qui, tous les ans, sauvent des milliers de vies en France. (Mme Andrée Taurinya applaudit.) Nous parlons aujourd’hui d’une illumination de la Macronie. Vous avez souhaité régulariser l’activité des Padhue… du moins celle de 1 % d’entre eux : celles et ceux qui ont obtenu un diplôme au Royaume-Uni après le Brexit. Évidemment, nous voterons ce texte. Mais quand même ! Vous passez des semaines à réfléchir pour ignorer 99 % d’un problème !
Cinq euros de l’heure (L’orateur brandit un billet de 5 euros) : c’est ce que la France de Macron offre à des milliers de médecins qui ont obtenu un diplôme en dehors de l’Union européenne, les Padhue. En mars, France 3 Régions suivait le cas de Karim, docteur dont je vous rappelle le CV : trente-trois ans d’expérience en infectiologie, 6 600 patients traités durant la crise sanitaire. Arrivé tous les matins à 7 heures, parti tous les soirs à 22 heures, il est payé 5 euros de l’heure car il est praticien à diplôme hors Union européenne. Ces 5 euros ne sont pas le fait d’un hasard : la rémunération des Padhue a baissé de 40 % en trois ans, au rythme des statuts précaires que vous leur avez imposés. Karim a tenu le choc au prix de sa santé, mais nombre de ses collègues abandonnent. Au lieu de bosser pour une misère – ils n’y arrivent plus, ne peuvent plus subvenir aux besoins de leur famille –, ils changent de métier et suivent une autre formation professionnelle. La précarité que vous leur infligez supprime donc directement du temps médical disponible en France. Mais pourquoi des médecins étrangers ou des médecins français formés à l’étranger exercent-ils à l’hôpital ? Parce que, depuis des décennies – vous n’en êtes pas responsables :…
Une situation scandaleuse affecte l’Afpa, l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes, un organisme créé à la Libération avec la conscience qu’on ne peut pas abandonner au grand capital tous les défis d’un pays. S’il faut attendre que le Medef travaille sur les questions environnementales, on peut se préparer à mourir sur une planète où la température s’élèvera à 90 degrés d’ici à quelques années ! C’est l’Afpa qui a, par exemple, lancé les premières formations à la rénovation énergétique et au rétrofit, qui assure des formations jusqu’à la licence professionnelle, et qui lutte contre les préjugés sexistes dans toutes sortes de secteurs – 3 000 femmes ont été formées l’année dernière aux métiers de l’industrie ou du BTP. Or les 126 centres de l’Afpa sont méthodiquement démantelés par le gouvernement. En dix ans, on est passé de 9 000 à 5 000 salariés. Le bilan, ce sont des formations assurées par un formateur pour trente-deux stagiaires ! Alors, pour que ça tourne, les salariés se tuent à la tâche et, à l’heure où nous parlons, 850 personnes sont en arrêt, tant la situation est intenable. Et, comme si ça ne suffisait pas, le gouvernement a supprimé hôtellerie et restauration pour les stagiaires. Il y a donc aussi des gens en formation qui dorment dans leur voiture et sautent des repas ! La situation est hallucinante ! Or une personne qui a bénéficié des services de l’Afpa, dans la mesure où elle jouit d’une qualification supérieure, est mieux payée et cotise plus. Elle rapporte donc en moyenne 1 650 euros aux caisses de sécurité sociale. Le coût de la formation n’est donc pas un prix à payer, mais un investissement populaire sur le travail. Je veux dire aux salariés de l’Afpa qui nous écoutent que nous sommes à leurs côtés. Il faut attribuer des dotations sérieuses et des emplois à l’agence, car le pays entier a besoin qu’elle tourne ! Il faut que vous arrêtiez de lui refiler des bâtiments dont les charges énergétiques s’élèvent à 800 millions d’euros par an, parce que l’État se défausse de son parc le plus usé auprès d’agences qui n’ont pas les moyens de s’en sortir. Vous devez sauver l’Afpa ! Lorsque nous serons aux commandes, nous en ferons le vaisseau amiral de la formation en France, le lieu qui défend l’acquis ouvrier historique que constitue la qualification à la personne et qui refuse d’abandonner aux patrons le jugement de la valeur professionnelle des individus.