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📜Loi portant abrogation de Parcoursup
20 oct. 2026 ‱
Pouria Amirshahi

ExposĂ© des motifs ‱ ⏱Lecture 4min.

Mesdames, Messieurs,

Le 11 juillet 2026, Ă  la clĂŽture de la phase principale, 126 652 candidats restaient sans aucune proposition d’admission sur Parcoursup. Ils Ă©taient 85 000 en 2024 et 103 000 en 2025. Huit ans aprĂšs la loi du 8 mars 2018 relative Ă  l’orientation et Ă  la rĂ©ussite des Ă©tudiants, l’échec de la plateforme a Ă©tĂ© largement documentĂ©. Parcoursup ne dĂ©mocratise pas l’accĂšs Ă  l’enseignement supĂ©rieur mais organise la pĂ©nurie de places. À ces chiffres vient s’ajouter la rĂ©alitĂ© de dizaine de milliers de bacheliers affectĂ©s Ă  une filiĂšre universitaire qu’ils n’ont pas choisie. Cette violence institutionnelle et systĂ©mique contrevient aux principes de la libre orientation des bacheliers surtout elle tourne le dos Ă  l’ambition rĂ©publicaine et promĂ©thĂ©enne d’un avenir meilleur pour les gĂ©nĂ©rations futures.

La mission parlementaire Courbon‑Gumbz du 17 fĂ©vrier 2026 montre les failles de Parcours Sup, en tĂȘte desquelles l’accroissement des inĂ©galitĂ©s territoriales et l’échec politique faute de capacitĂ©s d’accueil suffisantes. Autrement dit, les pouvoirs ont eux‑mĂȘmes organisĂ© le tri social qu’ils prĂ©tendaient pourtant combattre.

Parcoursup n’a aucunement rééquilibrĂ© la composition sociale de l’enseignement supĂ©rieur et participe au contraire de la persistance des inĂ©galitĂ©s socioculturelles. La part des nĂ©o‑bacheliers de milieu dĂ©favorisĂ© inscrits en premiĂšre annĂ©e de licence est passĂ©e de 25,1 % en 2017 Ă  23,1 % en 2019. Les bacheliers professionnels sont six fois plus nombreux que les bacheliers gĂ©nĂ©raux Ă  n’obtenir aucune proposition et la Cour des comptes dĂ©crivait dans un rapport de 2025 une orientation encore trop souvent subie, qui reproduit les dĂ©terminismes sociaux et territoriaux. Les familles qui en ont les moyens se tournent vers des coachs d’orientation privĂ©s ou vers un enseignement supĂ©rieur privĂ© lucratif qui prospĂšre sur les déçus de la plateforme. Si les lycĂ©ens d’üle‑de‑France en dehors de Paris accĂšdent davantage aux Ă©tablissements parisiens du supĂ©rieur, ce n’est pas le fait de la logique de Parcoursup mais d’un changement de sectorisation fusionnant les quotas de candidats hors acadĂ©mie de Paris, CrĂ©teil et Versailles dans un seul secteur commun. Ce changement de sectorisation a conduit Ă  un brassage gĂ©ographique mais pas nĂ©cessairement un brassage social. Au contraire, puisque l’acadĂ©mie de Paris a recrutĂ© 40 % de bacheliers mention « trĂšs bien » en 2018, contre 29 % l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, montrant par lĂ  un renforcement de l’homogĂ©nĂ©itĂ© sociale des Ă©tablissements parisiens.

Ni les rĂ©orientations subies, ni l’échec en licence n’ont reculĂ©. Au contraire, l’accĂšs aux Ă©tudes supĂ©rieures pour les bacheliers technologiques et professionnels et pour les bacheliers gĂ©nĂ©raux de niveau moyen a largement diminuĂ©. Parcoursup s’est transformĂ© en une machine Ă  angoisse. Selon le bilan de la session 2025, 84 % des bacheliers jugent la plateforme stressante. DĂšs 2023, le SĂ©nat alertait sur une « angoisse croissante » des Ă©lĂšves et de leurs familles. Dans son rapport du 3 juin 2025 sur le droit Ă  l’orientation, la DĂ©fenseure des droits dĂ©crit un outil peu compris et gĂ©nĂ©rateur d’anxiĂ©tĂ©. Le calendrier a Ă©tĂ© construit davantage en rĂ©ponse aux contraintes des adultes qu’au regard des intĂ©rĂȘts des Ă©lĂšves et des familles, avec des rĂ©sultats qui tombent en plein baccalaurĂ©at. Pendant des semaines, des centaines de milliers de familles attendent sans pouvoir chercher un logement ni prĂ©parer la rentrĂ©e.

La Nation se refuse Ă  son devoir d’investir dans l’avenir de sa jeunesse. Devant le manque de places dans les formations supĂ©rieures, le dispositif APB (Admission Post‑Bac) mettait en place un tirage au sort d’autant plus injuste qu’il mettait dĂ©jĂ  en lumiĂšre le sous‑financement chronique du service public universitaire. Parcoursup a remplacĂ© le tirage au sort par un systĂšme tout aussi injuste de tri social opĂ©rĂ© dans l’opacitĂ© la plus totale. L’algorithme national est public, mais les classements des commissions d’examen des vƓux restent couverts par le secret des dĂ©libĂ©rations. Leurs clĂ©s de classement sont opaques alors mĂȘme qu’elles vont souvent au‑delĂ  des grilles de critĂšres affichĂ©es sur la plateforme. DĂšs 2020, la Cour des comptes dĂ©nonçait des classements « aux paramĂštres parfois contestables et de plus en plus automatisĂ©s ». En novembre 2024, la DĂ©fenseure des droits a pointĂ© « un fort dĂ©calage entre le droit et les pratiques » et mis en doute l’examen humain effectif de chaque dossier. Le DĂ©fenseur des droits a jugĂ© dĂšs 2019 que le critĂšre du lycĂ©e d’origine pouvait constituer une pratique discriminatoire. Sept ans plus tard, cette mention figure toujours dans les dossiers.

L’article 1er de cette proposition de loi abroge la procĂ©dure issue de la loi relative Ă  l’orientation et Ă  la rĂ©ussite des Ă©tudiants (ORE) de 2018 et rĂ©tablit le droit de chaque bachelier Ă  s’inscrire dans la formation de son choix. Elle s’accompagne d’un appel Ă  l’ouverture des places nĂ©cessaires : 640 millions d’euros supplĂ©mentaires suffiraient Ă  crĂ©er les 49 000 places en licence qui ont manquĂ© aux bacheliers restĂ©s sans affectation en 2025.

L’article 2 gage cette proposition de loi par une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs.

Article 1

L’article L. 612‑3 du code de l’éducation est ainsi rĂ©digé :

« Art. L. 612-3. – Le premier cycle est ouvert Ă  tous les titulaires du baccalaurĂ©at et Ă  ceux qui ont obtenu l’équivalence ou la dispense de ce grade en justifiant d’une qualification ou d’une expĂ©rience jugĂ©es suffisantes conformĂ©ment au livre IV de la sixiĂšme partie du code du travail. Afin de favoriser la rĂ©ussite de tous les Ă©tudiants, des dispositifs d’accompagnement pĂ©dagogique et des parcours de formation personnalisĂ©s tenant compte de la diversitĂ© et des spĂ©cificitĂ©s des publics Ă©tudiants accueillis sont mis en place au cours du premier cycle par les Ă©tablissements dispensant une formation d’enseignement supĂ©rieur. Les Ă©tablissements communiquent chaque annĂ©e au ministre chargĂ© de l’enseignement supĂ©rieur des statistiques, qui sont rendues publiques, sur le suivi et la validation de ces parcours et de ces dispositifs.

« Tout candidat est libre de s’inscrire dans l’établissement de son choix, sous rĂ©serve d’avoir, au prĂ©alable, sollicitĂ© une prĂ©inscription lui permettant de bĂ©nĂ©ficier du dispositif d’information et d’orientation dudit Ă©tablissement, qui doit ĂȘtre Ă©tabli en concertation avec les lycĂ©es. Il doit pouvoir, s’il le dĂ©sire, ĂȘtre inscrit en fonction des formations existantes lors de cette inscription dans un Ă©tablissement ayant son siĂšge dans le ressort de l’acadĂ©mie oĂč il a obtenu le baccalaurĂ©at ou son Ă©quivalent ou dans l’acadĂ©mie oĂč est situĂ©e sa rĂ©sidence. Lorsque l’effectif des candidatures excĂšde les capacitĂ©s d’accueil d’un Ă©tablissement, constatĂ©es par l’autoritĂ© administrative, les inscriptions sont prononcĂ©es, aprĂšs avis du prĂ©sident de cet Ă©tablissement, par le recteur chancelier, selon la rĂ©glementation Ă©tablie par le ministre chargĂ© de l’enseignement supĂ©rieur, en fonction du domicile, de la situation de famille du candidat et des prĂ©fĂ©rences exprimĂ©es par celui‑ci.

« Les dispositions relatives Ă  la rĂ©partition entre les Ă©tablissements et les formations excluent toute sĂ©lection. Toutefois, une sĂ©lection peut ĂȘtre opĂ©rĂ©e, selon des modalitĂ©s fixĂ©es par le ministre chargĂ© de l’enseignement supĂ©rieur, pour l’accĂšs aux sections de techniciens supĂ©rieurs, instituts, Ă©coles et prĂ©parations Ă  celles‑ci, grands Ă©tablissements au sens du titre Ier du livre VII, et tous Ă©tablissements oĂč l’admission est subordonnĂ©e Ă  un concours national ou Ă  un concours de recrutement de la fonction publique. En tenant compte de la spĂ©cialitĂ© du diplĂŽme prĂ©parĂ© et des demandes enregistrĂ©es dans le cadre de la procĂ©dure de prĂ©inscription mentionnĂ©e au deuxiĂšme alinĂ©a, le recteur d’acadĂ©mie, chancelier des universitĂ©s, prĂ©voit, pour l’accĂšs aux sections de techniciens supĂ©rieurs et aux instituts universitaires de technologie, respectivement un pourcentage minimal de bacheliers professionnels et un pourcentage minimal de bacheliers technologiques ainsi que des critĂšres appropriĂ©s de vĂ©rification de leurs aptitudes. Les pourcentages sont fixĂ©s en concertation avec les prĂ©sidents d’universitĂ©, les directeurs des instituts universitaires de technologie, les directeurs des centres de formation d’apprentis et les proviseurs des lycĂ©es ayant des sections de techniciens supĂ©rieurs.

« Les classes prĂ©paratoires des lycĂ©es et les Ă©tablissements publics d’enseignement supĂ©rieur assurent la prĂ©paration aux Ă©coles, aux formations de l’enseignement supĂ©rieur qui font l’objet d’une sĂ©lection et aux concours de la fonction publique. Les Ă©tudiants boursiers bĂ©nĂ©ficient de la gratuitĂ© d’accĂšs Ă  ces prĂ©parations.

« Chaque lycĂ©e public disposant d’au moins une formation d’enseignement supĂ©rieur conclut une convention avec un ou plusieurs Ă©tablissements publics Ă  caractĂšre scientifique, culturel et professionnel de son choix dans son acadĂ©mie afin de prĂ©voir des rapprochements dans les domaines pĂ©dagogique et de la recherche et de faciliter les parcours de formation des Ă©tudiants. Lorsqu’aucun Ă©tablissement public Ă  caractĂšre scientifique, culturel et professionnel de l’acadĂ©mie ne propose de formations d’enseignement supĂ©rieur en lien avec celles dispensĂ©es dans le lycĂ©e, ce dernier peut conclure une convention avec un Ă©tablissement public Ă  caractĂšre scientifique, culturel et professionnel situĂ© en dehors de son acadĂ©mie. La convention prĂ©voit les modalitĂ©s de mise en Ɠuvre d’enseignements communs aux formations dispensĂ©es par les Ă©tablissements publics Ă  caractĂšre scientifique, culturel et professionnel et Ă  celles dispensĂ©es par les lycĂ©es. L’établissement public Ă  caractĂšre scientifique, culturel et professionnel motive son refus de conclure une convention. La prĂ©inscription assure aux Ă©lĂšves la connaissance des conventions existantes entre les lycĂ©es disposant d’au moins une formation d’enseignement supĂ©rieur et les Ă©tablissements publics Ă  caractĂšre scientifique, culturel et professionnel auxquels ils sont associĂ©s.

« Les Ă©lĂšves inscrits dans une classe prĂ©paratoire aux grandes Ă©coles d’un lycĂ©e public sont Ă©galement inscrits dans une formation proposĂ©e par l’un des Ă©tablissements publics Ă  caractĂšre scientifique, culturel et professionnel ayant conclu une convention avec ce lycĂ©e, selon des modalitĂ©s prĂ©cisĂ©es par dĂ©cret. Cette inscription emporte paiement des droits d’inscription prĂ©vus Ă  l’article L. 719‑4.

« ConformĂ©ment Ă  l’objectif de rĂ©ussite de tous les Ă©tudiants, les Ă©tablissements d’enseignement supĂ©rieur peuvent mettre en place des dispositifs d’accompagnement pĂ©dagogique qui tiennent compte de la diversitĂ© et des spĂ©cificitĂ©s des publics Ă©tudiants accueillis, dans des conditions fixĂ©es par leur arrĂȘtĂ© d’accrĂ©ditation. »

Article 2

La charge pour l’État est compensĂ©e Ă  due concurrence par la crĂ©ation d’une taxe additionnelle Ă  l’accise sur les tabacs prĂ©vue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.

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