💬 • Catherine Vautrin, Ministre des armées et des anciens combattants • 2026 Feb 03 16:01:20
Tout d’abord, permettez-moi de m’associer à l’hommage que vous avez bien voulu rendre à la mémoire d’Olivier Marleix, et de bien sûr saluer Émilie Bonnivard que vous avez associée à votre question. L’entreprise LMB, comme l’a rappelé très justement mon collègue Roland Lescure, a été créée en 1917 et a connu en un siècle quatre nationalités : fuyant la Belgique pour la France en 1940, elle est devenue américaine en 1982, et redevenue française en 2012. Et nous sommes en effet devant un nouveau projet de cession. Il est important de retenir que LBM fait partie des entreprises dite duales, c’est-à-dire que son activité relève pour partie de l’aéronautique civil et pour partie de l’aéronautique et de la marine dans le secteur de la défense. Elle produit des ventilateurs, installés par les plateformistes, c’est-à-dire par ceux qui font les avions ou les bateaux, et il n’y a pas eu de commande récente au titre de l’activité défense française, mais il faut que chacun ait bien à l’esprit que l’activité de cette entreprise est aujourd’hui à 80 % à l’exportation, dont 30 % aux États-Unis. Autre élément que je tiens à mettre en avant : aucun membre de l’entreprise n’est habilité secret défense. C’est dire si cette entreprise n’est pas au cœur de l’activité défense de notre pays, même si elle y participe. Le point clef de la question, et je vous rejoins, c’est en effet l’investissement dans les entreprises françaises. La défense est bien un secteur en plein développement et c’est pourquoi elle a besoin de trésorerie, et pour en obtenir, il faut attirer des investisseurs. Je conclurai par une précision : le dossier a été instruit par la DGA et par Bercy, avec un accord des deux partenaires.
En ce qui concerne les drones, le ministre des affaires étrangères a rappelé la venue, le 17 novembre dernier, d’entreprises ukrainiennes à Paris – il faut mesurer l’innovation dont fait preuve l’Ukraine et l’avantage compétitif qu’elle a acquis dans ce domaine : 70 % des destructions qu’elle opère le sont au moyen de drones. Nous voulons désormais aller plus loin en matière de joint-ventures. Concrètement, nous sommes en train de répondre aux interrogations soulevées lors de cette visite de novembre : comment faire en sorte que certaines entreprises se rendent sur le sol ukrainien pour travailler à la production de drones ? La ministre déléguée Alice Rufo se rendra en Ukraine cette semaine afin d’organiser, en lien avec son homologue ukrainien, l’arrivée d’entreprises françaises sur place, de développer leur coopération concrète avec les entreprises ukrainiennes et, ainsi, d’accélérer la production. Parallèlement, nous avons besoin de progresser sur le marché français. Il s’agit de constituer un trinôme entre la direction générale de l’armement (DGA), nos forces armées et les industriels. En effet, nous observons des innovations se produire au sein de nos forces – que ce soit la marine, l’armée de l’air ou l’armée de terre – et l’enjeu est de pouvoir les déployer à plus grande échelle. Je vous donnerai pour finir l’exemple de la start-up Harmattan AI, créée il y a tout juste deux ans et qui vient de fournir 1 000 drones pour l’exercice militaire Orion – Dassault Aviation est d’ailleurs entré au capital de cette start-up la semaine dernière. Cet exemple prouve que des réalisations sont possibles ; je souhaite qu’elles deviennent si nombreuses que je ne puisse plus toutes les citer !
Nous devons faire vivre l’idée de l’Europe de la défense. C’est un enjeu majeur. Même si je précise aussitôt que la défense reste une compétence de chacun des États européens, cela n’empêche pas de nouer des alliances et de travailler ensemble pour apporter des réponses. Et cette idée nous guide parfois, comme lorsque l’Europe approuve des budgets spécifiques destinés à équiper militairement – ce fut le cas en décembre – ou à reconstruire l’Ukraine. S’agissant des équipements, vous avez raison. C’est tout l’objet du programme Safe, soutenu par la France, qui permettra aux pays européens d’emprunter en commun pour faire l’acquisition de matériels militaires – à condition que les achats favorisent la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE). La BITD de la France comprend 4 500 entreprises et représente 220 000 emplois. Notre souveraineté en dépend. Disposer de notre propre matériel nous permet de l’utiliser sans avoir besoin de la moindre autorisation, venant notamment d’outre-Atlantique. Certains pays d’Europe avaient l’habitude d’acheter du matériel américain ; on peut imaginer que la situation actuelle, notamment au nord de l’Europe, les fera changer d’avis. Il nous reste cependant à nous montrer attractifs, avec une BITD agile, rapide, compétitive. C’est ainsi que nous assurerons la souveraineté française et la souveraineté européenne.
Je vous remercie de m’interpeller, madame la députée. La fin de votre propos montre que vous avez compris le sens de mon intervention. Comme pour les autres pays, je ne faisais que signifier mon respect du droit à l’autodétermination des peuples. Personne d’autre ne peut décider à leur place. Pour autant, je comprends parfaitement ce sur quoi vous insistez dans votre propos et les difficultés rencontrées par l’Iran depuis 1979. Pour ce qui concerne plus précisément Starlink, le gouvernement travaille très concrètement, notamment avec OneWeb, dont le nom s’impose avec évidence, et qui est une filiale d’Eutelsat. Cependant, nous avons besoin très rapidement d’un projet de plus grande ampleur, tel que Iris2, l’infrastructure de résilience et d’interconnexion sécurisée par satellite, qui suppose néanmoins que l’ensemble des Européens soient capables de se mobiliser pour la faire fonctionner – faute de quoi il revient à Eutelsat de jouer un rôle moteur et de poursuivre ses efforts. J’ai évoqué notre dépendance aux équipements. Nous devons être souverains dans l’espace, tant pour la communication que pour l’information. Les Iraniens ont incontestablement besoin que nous possédions un tel outil. C’est le sens de notre engagement.
La lutte contre le narcotrafic est une priorité absolue et je ne doute d’ailleurs pas que vous vous souvenez qu’elle figurait parmi les éléments clés de la revue nationale stratégique (RNS) présentée en juillet. Pour répondre à votre question, les armées contribuent aux actions de l’État en mer, notamment en haute mer, pour perturber les flux d’acheminement. Les armées interceptent régulièrement des cargaisons de drogue dans les Antilles, l’Atlantique, l’Océan indien et le Pacifique. Les chiffres en attestent : depuis 2022, les saisies sont en forte augmentation. En 2025, nous aurons dépassé les 80 tonnes, soit 1,6 milliard d’euros. C’est le double du record établi en 2024, lequel s’élevait à 48 tonnes. Bien sûr, on peut toujours se poser la question de ce que recouvre cette hausse : signifie-t-elle que davantage de drogue circule ou tout simplement que nous réussissons à en intercepter beaucoup plus ? Ce qui est important, et sur quoi j’insisterai, c’est que dans le cadre de la loi de programmation militaire, le renforcement et la modernisation de nos armées permettront de consolider l’action de l’État en mer, grâce à des mesures très concrètes : six patrouilleurs sont prévus outre-mer, dont trois sont déjà en place ; parallèlement, on remplacera des vedettes et on modernisera les flottes d’avions de surveillance maritime, auxquelles seront ajoutés des renforts ponctuels. Pour réaliser tout cela, vous mesurez l’importance, d’une part, d’adopter le budget pour 2026, d’autre part, d’actualiser la loi de programmation militaire. J’insiste, je sais, mais il faut des moyens et il faut les financer.
Au Groenland, la France a agi à la demande du gouvernement danois. Dès mercredi dernier, la France a envoyé une équipe de reconnaissance de quinze personnes, qui sont passées par le Danemark et arrivées jeudi matin au Groenland avec leurs partenaires danois. Ce qui nous inquiète, c’est qu’un pays souverain, le Danemark, et un territoire autonome, le Groenland, fassent l’objet d’une menace d’un autre membre de l’alliance. Notre pays a la volonté de trouver une réponse au sein de l’Otan, en concertation avec l’ensemble de ses membres, notamment ceux de son pilier européen. Il n’est à l’heure actuelle pas question de déployer des forces françaises au Groenland ; il est question d’échanges et d’accompagnement des Danois dans leur démarche.
C’est une réalité dans le cadre de la coalition des volontaires comme de la sécurité du continent européen. Demandez donc aux Estoniens ou aux Roumains si les piliers de l’Otan que représentent nos forces – la France est nation-cadre en Roumanie et le Royaume-Uni en Estonie – n’apportent pas une réponse et une réassurance très concrète aux habitants de ces territoires ! Monsieur Peu, vouloir être craints pour être respectés n’est pas en contradiction avec la Charte des Nations unies, dès lors qu’on en respecte les trois principes que le ministre de l’Europe et des affaires étrangères vient de rappeler. Il ne s’agit de rien d’autre que de son article 51. Madame Sebaihi, face à la loi du plus fort, la France privilégie l’idée d’un ordre mondial basé sur des règles de droit. Dans ce cadre, nous souhaitons développer des partenariats sur les cinq continents. Monsieur Anglade, la France n’est la vassale de personne, elle est souveraine, indépendante, elle choisit ses alliances et ses partenaires : c’est vrai dans l’Indo-Pacifique avec l’Inde, l’Indonésie et le Japon, comme au Moyen-Orient avec le Qatar et les Émirats arabes unis, qui nous apportent des réassurances, mais aussi en Afrique, où nous renouons de nouveaux partenariats, et bien sûr, sur le continent européen. Madame Petit, le rôle de la France est majeur dans la crise ukrainienne, où elle intervient dans le cadre de la coalition des volontaires, mais aussi au Groenland, où nous appuyons nos partenaires danois en participant à un exercice. La France se joint également à l’effort de réarmement européen et contribue à la paix et à la stabilité au Moyen-Orient. Je voudrais remercier Mme Diop et lui dire combien je partage son analyse. La BITD représente une déclinaison concrète de la souveraineté française, et il est important que chacun de nos alliés mesure bien, quand il fait des choix d’armement, les choix politiques que cela implique. La dissuasion autonome – un choix français historique depuis 1962, exécutif après exécutif – est aujourd’hui complétée par la préférence européenne qui vient d’être votée. Avec le programme européen pour l’industrie de la défense (Edip) et le projet Sécurité pour l’action en Europe (Safe), au moins 65 % de composants des produits de défense devront provenir de l’Union ou de pays associés – une avancée majeure en matière de souveraineté européenne. Le développement d’une BITD française et européenne constitue une réponse concrète aux défis actuels. Enfin, monsieur le président Fuchs, dans ce monde brutal et incertain que vous avez décrit, nos armées ont toujours été engagées en faveur de la paix : plus de 2 500 soldats sont affectés auprès de l’Otan, 800 auprès de l’ONU, 600 en Europe, sans compter les forces déployées sur le territoire national, dans le cadre de l’opération Sentinelle ou dans les outre-mer, où sont basés plus de 9 000 militaires. N’oublions pas non plus nos forces prépositionnées : à Djibouti, avec 1 750 soldats, aux Émirats, avec 1 150 soldats, et ailleurs. Ces femmes et ces hommes s’entraînent et se mobilisent au quotidien pour le maintien de la paix. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR et sur quelques bancs du groupe Dem.)
J’apporterai quelques compléments. Vous avez raison, monsieur Mazaury, la France ne peut pas rester spectatrice. C’est pourquoi notre réponse est claire : notre pays doit tenir sa place, grâce à sa diplomatie et à ses armées, qui sont toujours en état opérationnel. Avec nos partenaires et nos alliés, nous devons renforcer l’Europe de la défense, le pilier européen de l’Otan. Monsieur Weissberg, je partage votre appel à l’unité : celle des Européens, qui doivent opérer un réveil stratégique ; celle de la coalition des volontaires, qui répond à l’agression russe en Ukraine, avec la contribution des États-Unis ; celle des alliés de l’Otan. Nous sommes attachés au lien transatlantique, dans le respect de la souveraineté de chacun, et l’importance du pilier européen de l’Otan est capitale. Enfin, n’oublions pas l’unité des Français et le caractère essentiel, dans le contexte présent, du lien entre la nation et l’armée. Monsieur Le Gall, je ne partage pas l’idée selon laquelle l’Otan serait une absurdité. C’est au contraire une réalité concrète…
Le président de la République l’a dit : pour être respecté, il faut être craint ; pour être craint, il faut être crédible. La crédibilité repose sur la préparation opérationnelle, sur les stocks, sur les équipements, sur les femmes et les hommes, sur le sens de la mission. Elle repose aussi sur les familles, sur un statut militaire garantissant la disponibilité de nos soldats en tout temps et en tout lieu. Nous disposons d’une armée entraînée et d’un modèle dont nous devons être fiers ; un modèle spécifiquement français, qui allie une stratégie de dissuasion navale et aéroportée opérationnelle à toute la palette de la stratégie conventionnelle. Nous devons aller plus loin, en étant solides sur nos deux jambes : la haute technologie et la masse. Tel est le sens de la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, dont je poursuis la mise en œuvre et prépare l’actualisation, pour une adoption avant le 14 juillet 2026. L’objectif est clair : entre 2017 et 2027, le budget de la défense aura doublé. En 2026 – si le projet de loi de finances est adopté –, il devrait atteindre 57,1 milliards d’euros, soit une augmentation de 6,7 milliards, dont 3,5 milliards supplémentaires par rapport aux crédits prévus par la LPM. Pour accélérer notre réarmement, le gouvernement présentera dans les prochaines semaines un projet de loi d’actualisation, qui sera transmis cette semaine au Conseil d’État. Il comportera un volet programmatique, avec 36 milliards d’euros supplémentaires répartis sur 2026-2030, et un volet normatif facilitant ce réarmement. Soyons lucides : si le budget n’était pas voté, les conséquences seraient lourdes. Le ministère doit passer des milliards d’euros de commandes aux entreprises. Pour commander, il faut pouvoir payer. Sans visibilité budgétaire, on ne commande pas et on tue la confiance, alors que les LPM sont là pour donner de la visibilité aux armées, et aux entreprises. Sans loi de finances, le ministère renoncerait aux crédits supplémentaires, ce qui, je le répète, bloquerait les commandes ainsi que les recrutements. Avec les crises actuelles, il faut être prêt et cela implique une base industrielle et technologique de défense robuste, agile, capable de produire plus vite, mieux et massivement, tout en disposant d’une visibilité suffisante. Ce réarmement devra aussi être moral, ou il ne sera pas. Une politique de défense repose sur l’engagement, sur le sens du collectif, sur tous ceux qui ont fait le choix de servir. L’année 2025 a marqué une étape importante avec la création du service national annoncé par le président de la République. J’ai annoncé lundi dernier, à Balard, l’ouverture des candidatures ; les premiers retours sont très encourageants. Ce service national permettra à chaque classe d’âge de mieux comprendre les enjeux de défense, tout en répondant aux besoins opérationnels de nos armées et en constituant un vivier de recrutement pour l’armée active et pour la réserve. Il participe à l’évolution de nos armées vers un modèle plus hybride, renforçant le lien entre la nation et ses forces armées. Ma responsabilité est donc de mener un triple réarmement : celui des stocks, celui des forces et celui des esprits – le réarmement du lien armée-nation. Le présent débat porte sur le rôle de la France dans la prévention et la résolution des crises internationales. J’ai souhaité vous dire ce que cela impliquait pour le ministère des armées – le réarmement –, et ce que cela implique pour le Parlement : le vote d’un budget.
Nous réarmons parce que la dissuasion repose sur la crédibilité. Nous réarmons parce que, dans un monde qui se durcit, une vérité demeure : si vous n’avez pas les moyens de votre politique, vous subissez la politique des autres.
C’est vrai dans l’Atlantique, en Méditerranée, au Levant, dans l’Indo-Pacifique et dans les Amériques, où notre souveraineté est une réalité concrète. Notre vocation n’est pas de multiplier les fronts, elle est d’éviter qu’ils ne s’embrasent. Être présents, ce n’est pas provoquer, c’est prévenir et dissuader. Pour tenir son rang et prévenir les conflits, la France doit se réarmer. Elle doit se réarmer pour que la diplomatie soit entendue lorsqu’elle parle. C’est cela, l’autonomie stratégique : la capacité collective à nous entraîner, à protéger, à agir et à durer.
Dans le même temps, nous appelons à éviter toute escalade régionale. C’est au peuple iranien et à lui seul de décider de son destin. Nos troupes, présentes dans la région, se tiennent résolument aux côtés de nos partenaires, avec lesquels nous échangeons constamment. Voilà où nous en sommes : une menace russe durable, un lien transatlantique réinterrogé. À la confluence de ces deux évolutions, une évidence s’impose : le réveil stratégique européen. Nous plaidons pour ce sursaut depuis 2017 ; il commence à advenir, et nous devons poursuivre. Souveraineté européenne, préférence européenne, pilier européen de l’Otan : ces notions ne sont plus des mots. La France doit rester un aiguillon pour l’Europe de la défense, car elle est une puissance mondiale, avec des responsabilités mondiales envers ses ressortissants, ses intérêts et ses alliés.
S’agissant de l’Iran, notre ligne est tout aussi claire : la France appelle au respect de la population civile et condamne les attaques contre les citoyens.
Cet exercice, coordonné avec nos alliés, concrétise notre pleine solidarité avec le royaume du Danemark et notre plein soutien au peuple du Groenland. (M. Éric Coquerel s’exclame.)
Sur ce territoire autonome du royaume du Danemark, la France a décidé de participer à l’exercice Arctic Endurance organisé par le Danemark. (M. Arnaud Le Gall s’exclame.) Un premier détachement de militaires français est sur place. En tant que membre de l’Otan, et avec nos partenaires, nous sommes déterminés à renforcer la sécurité de l’Arctique.
Ils rappellent que dissuader un agresseur, c’est d’abord être crédible. C’est dans cet esprit que la France est déterminée à apporter tout le soutien nécessaire à l’Ukraine. Le ministre des affaires étrangères a évoqué la réunion de la coalition des volontaires à Paris le 6 janvier – trente-cinq États représentés, dont vingt-sept chefs d’État et de gouvernement, avec une participation de haut niveau des États-Unis. Cette réunion a consacré une convergence et une unité sans précédent entre les Européens, l’Ukraine et les États-Unis sur un sujet central : les garanties de sécurité. Concernant le Groenland, soyons clairs : nous traversons une période inédite de mise à l’épreuve du lien transatlantique, illustrée encore ce week-end par des tensions commerciales.
Face à une telle menace, nous, Français et Européens, devons refuser l’incantation. Concrètement, nous devons renforcer notre posture de défense et de dissuasion. Sur le flanc est de l’Europe, cela signifie renforcer le pilier de l’Otan et être présents là où se joue la crédibilité collective. C’est ce que fait la France, notamment en Estonie, où nos forces sont engagées dans l’opération Lynx, et en Roumanie, où nous assumons le rôle de nation-cadre du déploiement de l’Otan à travers la mission Aigle. Ces déploiements constituent des signaux stratégiques et de réassurance sans ambiguïté : ils visent à affirmer que l’Europe ne laissera pas tester sa frontière, et que l’Alliance atlantique est non une abstraction, mais la plus grande alliance militaire défensive au monde.
Notre présence dans la région s’inscrit dans le cadre de la sécurité et de la souveraineté de nos espaces ultramarins – je pense à la Guyane et aux Antilles –, ainsi que dans celui de la lutte contre le narcotrafic et l’orpaillage illégal. Je compléterai le tableau en évoquant ce qui relève plus directement de la chose militaire : en premier lieu, les conséquences d’une menace russe appelée à durer, mais aussi la remise en question du lien transatlantique. La menace russe est un fait ; la relativiser serait dangereux. C’est la Russie qui a décidé d’envahir l’Ukraine ; c’est elle qui choisit chaque jour de poursuivre la guerre ; c’est elle qui cible les populations civiles. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.) Le bombardement près de Lviv par un missile de longue portée Orechnik, la semaine dernière, constitue un message extrêmement clair. Le président de la République l’a rappelé à Istres : nous sommes à portée de tir de ces missiles. Aujourd’hui encore, c’est la Russie qui s’oppose à une paix juste et durable en Ukraine. La menace est également hybride ; en cela, elle vise non seulement l’Ukraine, mais l’ensemble des Européens. Les événements sur notre continent en témoignent : attaques cyber contre des infrastructures critiques et des câbles sous-marins, tentatives d’ingérence dans nos processus démocratiques, sabotages, intimidations, manipulations informationnelles, incursions d’aéronefs dans l’espace aérien d’États alliés. La Russie ne cherche pas seulement à gagner une guerre ; elle cherche à tester notre solidarité et à fissurer nos sociétés. Elle assume une posture agressive envers l’Europe, pensée dans le temps long, et consacre toutes ses forces à son économie de guerre. Nous revenons finalement à la définition donnée par le général Beaufre du rapport de force : la stratégie est « l’art de la dialectique des volontés ». Il faut « atteindre la décision en créant et en exploitant une situation entraînant une désintégration morale de l’adversaire suffisante pour lui faire accepter les conditions qu’on veut lui imposer. » (M. Arnaud Le Gall s’exclame.)
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💬 • Catherine Vautrin, Ministre des armées et des anciens combattants • 2026 Jan 16 09:28:59
Nous vivons un moment de bascule. L’année 2026 s’est ouverte sur une succession de chocs : l’action américaine au Venezuela, les prétentions de ce même partenaire sur le Groenland, la révolte en Iran et, en toile de fond, la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine, qui a connu ces dernières semaines des évolutions particulièrement inquiétantes. Les dix-neuf premiers jours de l’année 2026 concentrent ce qui, autrefois, se serait étalé sur des mois, voire des années. Cette accélération de l’histoire nous impose une exigence : la France doit tenir sa place, avec lucidité, sang-froid et détermination. Elle doit tenir sa place, comme l’a souligné le ministre des affaires étrangères en évoquant le Venezuela, en suivant une seule ligne : lucidité sur le mandat de Nicolás Maduro, fermeté dans notre attachement au droit international et responsabilité dans l’accompagnement d’une transition démocratique qui doit appartenir au peuple vénézuélien. Les armées françaises n’ont en aucune manière été impliquées dans cette opération.
…et c’est évidemment de l’argent. C’est pourquoi cette priorité, déjà inscrite dans la LPM, est renforcée dans le cadre des surmarches. Technologies quantiques, armes à effet dirigé, hypervélocité, robotisation : tels sont les armements de demain. (Mme Danielle Brulebois et M. Paul Midy applaudissent.) Il reste que, même avec les meilleurs équipements, rien ne serait possible sans les femmes et les hommes de nos armées. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem. – Mmes Delphine Batho et Dieynaba Diop applaudissent également.) Notre objectif pour 2030 est fixé à 275 000 personnels. Dès 2026, 800 postes supplémentaires seront affectés notamment au cyber et à l’intelligence artificielle. Au total, 40 000 recrutements sont prévus. La formation, dispensée dans soixante-dix écoles et centres, représente 6 millions de journées par an. Nous consacrerons 86 millions d’euros aux mesures catégorielles destinées à renforcer la fidélisation et la fierté d’appartenance. Après les avancées en faveur des militaires du rang et des sous-officiers, les officiers bénéficieront cette année de nouvelles mesures. Dans le domaine du service de santé des armées, l’hôpital de rôle 3 permettra une meilleure stabilisation des blessés. Beaucoup d’entre vous ont évoqué le service national, destiné à rapprocher l’armée et la nation, à renforcer le lien de nos jeunes avec leur pays. Il s’agit d’un service volontaire comportant un mois de formation, suivi de neuf mois de service actif rémunéré. En 2026, il concernera 3 000 jeunes sélectionnés, puis 10 000 en 2030 et 50 000 en 2035. À l’issue de leur service, une partie d’entre eux rejoindra la réserve, dont vous avez rappelé l’importance : 40 000 réservistes en 2024, 48 000 en 2025, 52 000 en 2026. Le service national constituera ainsi un vivier nouveau, composé de jeunes choisis pour leur motivation et leur talent. Ainsi, notre armée reposera sur trois piliers : l’active, la réserve et les volontaires. Enfin, vous avez évoqué le soutien à l’Ukraine. Dès le premier jour, la France s’est tenue à ses côtés. Je pense aux 3 milliards d’euros de matériels cédés – chars, avions, missiles, canons –, à la formation de plus de 19 000 militaires ukrainiens par nos forces et à la mise à disposition de capacités complètes de combat. L’enjeu est désormais de poursuivre ce soutien par des partenariats industriels, afin d’accompagner l’Ukraine vers une paix juste, conforme à sa volonté. Nous déclinons donc concrètement le projet des armées et la surmarche prévue pour l’exercice 2026 de façon cohérente avec la revue nationale stratégique et les retours d’expérience d’Ukraine et des autres théâtres. La programmation budgétaire nous permet de consolider nos capacités fondamentales – entraînement, gestion des effectifs et logistique –, et de renforcer la protection de nos forces et de notre territoire. Une attention particulière est portée à la défense sol-air, à la lutte antidrones, à la lutte anti-sous-marine et aux menaces nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques (NRBC). Nous développons des capacités offensives, augmentons l’approvisionnement en munitions, renforçons la frappe en profondeur et préparons les combats de haute intensité. Nous investissons dans le renseignement, domaine essentiel de notre action, dans le domaine spatial et dans les drones d’observation. Il y va de notre capacité à préserver notre souveraineté et du respect dû à celles et ceux qui s’engagent chaque jour : les femmes et les hommes de nos armées, qui font la fierté de notre pays. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem, sur plusieurs bancs des groupes DR et HOR ainsi que sur les bancs des commissions.)