Parfois, la nature se joue des hommes. Donald Trump voulait le Groenland ; les États-Unis en ont eu le climat pendant quelques jours ! Parfois, la nature a elle aussi des choses à dire… Cette proposition de résolution européenne ne vise pas seulement, comme son titre l’indique, à apporter notre soutien au Danemark et au Groenland mais relève, en réalité, de plusieurs sujets : la souveraineté territoriale, l’impérialisme états-unien et la défense européenne. L’impérialisme de Donald Trump n’est ni nouveau ni circonscrit : il concerne la bande de Gaza, le golfe du Mexique, le Venezuela, le Canada, le Groenland, Cuba et j’en passe. Les raisons en sont le pouvoir et le profit. Donald Trump a rappelé à Davos qu’il est un magnat de l’immobilier ; partout où il va, il pense constructions, titres de propriété et bénéfices. Un peuple habite-t-il sur le territoire qu’il convoite ? Peu lui importe. S’il la veut, cette terre devient l’intérêt des États-Unis, un intérêt de sécurité nationale. Voilà l’exemple de quelqu’un qui confond propriété avec responsabilité et pouvoir avec devoir. Le droit international n’existe pas pour Donald Trump. Preuve en est qu’il a enlevé le président vénézuélien et son épouse. La raison de cet enlèvement n’est pas la violation des règles électorales, mais le pétrole. Face à cette situation, qu’a fait Emmanuel Macron ? Il l’a presque félicité ! Le groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine avait tenu un débat sur le rôle de la France dans l’effondrement du droit international concernant la guerre à Gaza et le soutien inconditionnel de la France à Israël. Force est de constater que nous répétons nos erreurs, à moins qu’il ne faille y voir une stratégie. Bien qu’Emmanuel Macron soit président de la République, la France ne se réduit pas à sa personne, et heureusement ! Je ne cesserai de répéter que le droit international doit être notre boussole. La souveraineté des États n’est pas à vendre. Le droit des peuples à l’autodétermination n’est pas une option. À cet égard, j’aimerais ajouter qu’il n’est pas nécessaire de faire partie de la conférence des parlementaires de la région Arctique pour défendre le droit international. La France est membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela devrait suffire pour affirmer notre autorité, faire travailler notre diplomatie et voir avancer les sujets. L’Assemblée générale de l’ONU n’est-elle pas l’instance la plus qualifiée en matière de droit international ? Revenons à l’échelle régionale, celle de l’Europe et, plus particulièrement, de l’Union européenne. La proposition de résolution européenne qui nous est soumise aborde deux thèmes qui nous interpellent : la sécurité collective de l’Union et son autonomie stratégique. Ces deux points rejoignent une recommandation européenne, issue du groupe Renew Europe, adoptée le 26 novembre 2025 par le Parlement européen. Étonnamment, cette recommandation prône un rapprochement stratégique entre l’Union et l’Otan dans le domaine de la défense, allant jusqu’à des exercices conjoints défensifs dans la région du Grand Nord. Une autre partie de la recommandation relative aux ressources naturelles interpelle. Elle appelle à renforcer les partenariats consensuels en ce qui concerne l’extraction et le traitement durable des ressources naturelles, notamment concernant les hydrocarbures, les terres rares et la pêche. J’aime assez la référence au traitement durable des hydrocarbures, parfait oxymoron ! On peut lire dans la recommandation de 2025 qu’ « au regard de l’importance des ressources naturelles de l’Arctique, notamment dans le domaine des hydrocarbures, des terres rares et de la pêche » (…) le Parlement européen recommande « de veiller à ce que cette coopération, d’une part, contribue à la croissance démographique et à la revitalisation des communautés locales dans l’Arctique et, d’autre part, réduise la dépendance de l’Union à l’égard de la Chine et d’autres fournisseurs peu fiables ; de tenir compte des intérêts stratégiques de l’Union lorsqu’il s’agit d’assurer l’accès à des matières premières critiques auprès de partenaires fiables et partageant les mêmes valeurs, ainsi que la croissance économique de l’Union ». Ainsi, lorsque les Américains veulent s’approprier des richesses, c’est mal, mais l’Union, elle, peut déclarer : « c’est pour nous » (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP), tout en affirmant que les Groenlandais doivent décider souverainement pour eux-mêmes. Tout est dit ! J’en viens à la sécurité européenne, souvent menacée à l’Est ces dernières années, et désormais également à l’Ouest. Emmanuel Macron a pris les devants en organisant à deux reprises un exercice militaire conjoint au Groenland. Il apparaît assez clairement que le but est, in fine, de construire une armée européenne. Le groupe GDR et les députés communistes y sont opposés.
Madame la ministre, la France, qui ne participe pas à toutes les actions de solidarité au même niveau, se targuait à l’ONU d’être le deuxième financeur du Fonds mondial et s’enorgueillissait de cette contribution au multilatéralisme et aux politiques internationales. Or, fait rarissime, le président de la République n’a pas participé au dernier sommet de reconstitution des ressources du Fonds, à Johannesbourg ; il était représenté par le ministre des affaires étrangères. Toute la communauté internationale en a déduit qu’il allait se passer quelque chose d’important par rapport au Fonds mondial de lutte contre le sida. Nous savons que quelque chose va se passer, que le budget est voté, que la contribution française risque de diminuer. Pourquoi alors ne voulez-vous pas nous indiquer le montant prévu ? Il n’est pas possible qu’une ministre de la santé ne le connaisse pas. C’est donc que vous ne voulez pas le dire, ou bien qu’une seule personne décide dans le pays, que le gouvernement ne sert à rien et que la démocratie n’existe pas. Faut-il attendre qu’Emmanuel Macron décide seul de la contribution de la France au Fonds mondial et l’annonce ? Madame la ministre, dites la vérité ! (Mme Marie Mesmeur applaudit.)
Une telle politique nécessite des moyens et toutes les interventions de sensibilisation des jeunes, à Gonfreville-l’Orcher ou au Havre, avaient lieu avec des associations. On ne mène pas des politiques publiques qu’avec des fonctionnaires ; on le fait aussi avec le soutien d’associations qui doivent avoir des moyens. C’est cela que vous allez casser. Je vous invite vraiment à revoir votre copie. Madame la ministre, vous êtes médecin, vous êtes fondamentalement d’accord avec ce que nous disons à propos de la santé. Osez interpeller Bercy ! Sinon, assumez vos responsabilités !
Madame la ministre, je ne vais pas vous embêter tout le temps avec des questions de financement. Toutefois, pour ma part, je suis de la génération « Ciel, mon mardi ! ». C’est à travers cette émission et son présentateur que j’ai découvert les questions liées au sida et les enjeux du préservatif bon marché – je crois me souvenir que le prix était de 1 franc, à l’époque. Ensuite, pendant les vingt-cinq ans où j’ai été élu dans une ville voisine du Havre, les préservatifs y étaient gratuits. Ils étaient disponibles dans les salles de sport, dans les piscines, à l’accueil de la mairie et dans tous les espaces que fréquentaient les jeunes.
Je crois que nous sommes tous fiers ici que notre pays soit l’un des membres fondateurs du Fonds mondial de lutte contre le sida et qu’il ait été, dans les années que vous venez de citer, le deuxième financeur de ce fonds. J’ai bien dit le deuxième ! C’est notre fierté ! Mais nous nous inquiétons du fait que dans notre pays, les associations auront désormais moins de moyens, et qu’à l’échelle internationale, la solidarité ne va plus fonctionner. (« Eh oui ! » sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Quant aux raisons budgétaires invoquées, c’est comme quand on parle des maladies en France. Dans les quartiers sans médecin, les personnes sont mal soignées. Or on s’aperçoit que cela coûte encore plus cher à la sécurité sociale que si elles avaient été prises en charge dès le début. Si on baisse les budgets, madame la ministre, cela coûtera encore plus cher en vies et en conséquences pour l’ensemble de nos sociétés. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Je vous invite à nous les donner… Il y a bien quelqu’un qui les détient, passez un coup de fil à Bercy ! (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP – MM. Pierre Pribetich et Nicolas Thierry applaudissent également.)
Madame la ministre, vous avez été interpellée par plusieurs orateurs sur le montant que la France va consacrer au Fonds mondial de lutte contre le sida. Il est tout de même incroyable que le gouvernement, alors que nous sommes réunis ce soir, dans l’hémicycle, après le vote du budget – tous les commentateurs disent : « La France a un budget ! » –, pour traiter du financement de la lutte contre le sida, ne soit pas capable de dire quel montant il compte lui consacrer. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur les bancs des commissions. – M. Pierre Pribetich applaudit également.) Donc, madame la ministre, soit vous n’avez pas d’infos, et c’est un signal dangereux sur la nature du budget que l’on a confectionné pour la nation, soit vous en avez, mais elles sont si indécentes au regard de ceux qui se battent contre cette maladie, que vous n’osez pas les révéler ce soir, de peur que nous les commentions.
L’audition du ministre Barrot en commission des affaires étrangères l’a encore démontré cet après-midi. Les budgets alloués à l’aide publique au développement ne doivent jamais être une variable d’ajustement des crédits alloués au ministère des affaires étrangères. C’est notre humanité qui est remise en cause lorsque la haine préside à l’affectation des crédits budgétaires. J’ai souvenir d’avoir évoqué dans cet hémicycle il y a presque un an, comme d’autres de mes collègues, le danger que représentait la suspension de l’activité de l’Agence des États-Unis pour le développement international. À l’époque, l’ONU avait estimé que l’arrêt définitif de l’aide américaine pourrait entraîner la mort de 6,3 millions de personnes du seul fait du sida entre 2025 et 2029. Alors je demande à ceux qui veulent appliquer une logique d’austérité à l’aide publique au développement : que direz-vous lorsque la maladie l’emportera ? Qu’allez-vous dire aux familles des victimes ? Aux malades ? Qu’on a préféré financer la bombe atomique ? Au lieu de jouer un rôle moteur, d’entraîner ses partenaires européens, d’envoyer un signal clair aux financeurs publics et privés, la France recule, madame la ministre. La santé n’est pas une variable d’ajustement budgétaire et votre collègue, le ministre des affaires étrangères, ne nous a pas rassurés cet après-midi quant au maintien du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Face au VIH, l’histoire nous a appris que l’indifférence tue. Chaque euro retiré, chaque programme suspendu, chaque engagement repoussé se traduit concrètement par des vies brisées, des contaminations évitables, des morts que l’on aurait pu empêcher. Pour toutes ces raisons, avec la conviction que ce combat dépasse les clivages partisans, les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine voteront cette résolution. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur ceux des commissions. – Mmes Ségolène Amiot, Nicole Dubré-Chirat, Maud Petit et Dominique Voynet applaudissent également.)
« Mon souci principal, dans cette histoire, est de mourir à l’abri du regard de mes parents. » Ces mots sont ceux d’Hervé Guibert, dans À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie. Ils disent avec justesse ce qu’a été le VIH à ses débuts : une maladie mortelle, bien sûr, mais aussi une expérience de la honte, de la peur, de l’isolement, du silence. À la fin des années 1980, le taux de mortalité de ceux chez qui était diagnostiqué le syndrome d’immunodéficience acquise atteignait 60 % en deux ans. Le sida était alors majoritairement une condamnation à mort. Mais il était aussi une condamnation à la mort sociale : licenciement, exclusion, contrôle discriminatoire aux frontières – jusqu’à l’interdiction d’entrée sur le territoire de certains pays. Car le VIH n’a jamais été une simple question de santé : il a été instrumentalisé comme un outil de stigmatisation et de domination. Des groupes déjà discriminés ont été montrés du doigt, désignés comme responsables, transformés en boucs émissaires. L’extrême droite, en France comme ailleurs, s’est engouffrée dans cette peur pour proposer l’exclusion, la mise à l’écart, parfois même l’enfermement. Cette violence symbolique et politique a fait des ravages et entrave encore l’accès au dépistage, à la prévention et aux soins. Les chiffres nous rappellent l’ampleur du drame : plus de 42 millions de morts dans le monde ! Pourtant, il a fallu attendre plus de deux ans après l’identification de la maladie pour qu’une première réunion de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ait lieu. Deux années d’inaction qui ont coûté des centaines de milliers de vies. Si des progrès immenses ont depuis été accomplis, ils ne sont ni le fruit du hasard ni celui du marché. Ils sont le résultat de décennies de luttes, de la mobilisation de personnes séropositives, d’associations, de soignants, de chercheurs, d’artistes qui ont refusé l’abandon et l’invisibilisation. Ils sont aussi le produit d’une coopération internationale organisée, solidaire, incarnée notamment par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Aujourd’hui, grâce aux traitements, il est possible de vivre avec le VIH. Il est même possible d’envisager la fin de la létalité du sida. Mais rien n’est garanti car la solidarité internationale – qui figure dans notre devise française sous le nom de fraternité – est remise en cause par l’extrême droite. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.– M. le rapporteur applauditégalement.) Dans cet hémicycle même, l’extrême droite organise des débats contre cette solidarité en la stigmatisant et cherche sans cesse à vider les enveloppes budgétaires de l’aide publique au développement (APD). Cette aide n’est pas de la charité mais une action de santé publique et de sécurité collective ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Mme Ségolène Amiot et M. Guillaume Gouffier Valente applaudissent également.)
Pourtant, l’État ne dit rien d’autre que « la nécessité de refonder le projet sur des bases pragmatiques » avant de relancer un cycle de dialogue territorial. Ce que nous, au Havre, comprenons, c’est : « Cause toujours ! » Car c’est bien un retour à la case départ. Quinze ans après le lancement d’un projet annoncé pour 2030, on ne propose toujours aucune perspective aux usagers. Tout ce que vous dites aux familles, aux étudiants, aux travailleurs et aux entreprises qui ont besoin d’une liaison Le Havre-Paris, c’est : « Prenez votre voiture ! » Après tout, maintenant, ça va plus vite ! Or toute la vallée de la Seine a besoin de ce projet. L’État a-t-il abandonné son engagement pour la Normandie et son économie ? Nous, Normands, avons pourtant toujours mis en avant l’intérêt national. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.– Mmes Florence Herouin-Léautey et Dominique Voynet applaudissent également.)
Il est aussi attendu par les acteurs du port du Havre, principale place portuaire et industrielle du pays. La ligne actuelle est calamiteuse et sa fiabilité horaire incertaine malgré l’engagement exemplaire des cheminots – qui plus est vous comptez encore augmenter les tarifs. Avec les effets d’annonce, en matière de développement du ferroviaire, d’Emmanuel Macron et de son premier ministre de l’époque – ainsi que de ceux qui lui ont succédé –, nous espérions que ce projet, mis sur les rails en 2009, passe enfin le turbo. C’est raté : les freins s’accumulent.
Le 14 janvier, le délégué interministériel au développement de la vallée de la Seine a convié à Matignon les élus normands et franciliens afin de nous parler du projet de nouvelle ligne ferroviaire Paris-Normandie. Je m’y suis rendu pour savoir ce que l’État allait faire pour débloquer un projet d’intérêt général et national, fortement attendu par des milliers de Normands et de Franciliens qui se désespèrent de constater qu’il faut plus de temps pour se rendre du Havre à Paris au XXIe siècle qu’au XXe.