La crise actuelle est gravissime. Elle s’exprime dans tout le pays et montre l’inquiétude que provoque cette réforme. Le référendum permettra d’en sortir par le haut, c’est-à-dire par le peuple, parce que le haut, en démocratie, c’est le peuple ! Or 67 % des Français se sont prononcés en faveur d’un référendum. Le peuple n’a pas effacé de sa mémoire l’élan des grandes conquêtes sociales d’après la Libération. Il refuse que cet élan, toujours vivace, soit définitivement jeté au panier de l’impossible ! Imagine-t-on vraiment qu’il supporterait sans broncher une telle défaite sans remous éclatants ou, plus redoutable encore, sans une tenace amertume secrète ? Pense-t-on qu’on oublierait sans doute son irritation, son mécontentement, alors même que la sévérité des plus hautes autorités administratives leur a fait solennellement écho ? Voilà ce que signifie notre système de retraite, ce qu’il dit de notre cohésion sociale, de notre façon française d’être ensemble. Ignore-t-on de quelle symbolique l’histoire l’a chargé ? La réforme, comme nous le rappelle fort justement le Conseil d’État, a pour but de transformer, pour les décennies à venir, un système social qui constitue l’une des composantes majeures du contrat social. Dans l’impasse où nous sommes acculés, la motion référendaire désigne la seule issue possible, allume la seule lumière capable d’éclairer. Dans une affaire aussi grave, les rengaines de la communication et de la prétendue pédagogie sonnent faux. Nous avons besoin d’entendre le peuple lui-même, sa voix venue de loin, sa musique véridique.
« La croissance décroche » ; « L’inflation rogne le pouvoir d’achat » ; « Première baisse de l’emploi salarié depuis 2012 » ; « Le chômage et son halo augmentent » ; « Une année très difficile pour l’agriculture » ; « Le nombre de permis de construire se replie ». Ces phrases ne sont pas les critiques d’une opposition trop virulente, mais les titres des principaux chapitres de la brochure que l’INSEE consacre au bilan économique de La Réunion en 2018. On est bien loin des ambitions de la trajectoire 5.0, et le projet de loi de finances pour 2020 ne paraît pas en mesure de combler l’écart malgré le rétablissement de quelques mesures, réclamé depuis de longs mois. De manière étonnante, le budget proposé ne tient pas compte de l’un des mouvements sociaux qui ont le plus durement secoué La Réunion. Il souffre également d’un manque de visibilité, d’autant plus pénalisant qu’il est lié à la réforme des exonérations de charges sociales patronales dont la compensation représente 60 % de la mission « Outre-mer ». Les crédits non répartis ne cessent d’augmenter tandis que l’ensemble de la mission est soumis aux variations de l’action 01, relative à ces exonérations. Ce budget se révèle aussi de plus en plus déconnecté de la réalité avec la suppression, sans autre forme de procès, des crédits de paiement non utilisés. Près de 100 millions d’euros disparaissent précisément là où les attentes sont parmi les plus fortes : moins de crédits pour le logement, secteur où les besoins sont connus depuis très longtemps et où les blocages ne relèvent pas seulement d’une ingénierie de projet défaillante ; chute des crédits pour les infrastructures publiques, alors que le FEI devait récupérer chaque année les 70 millions issus de la réduction de l’avantage sur l’impôt sur le revenu. Comme nous le craignions, le compte n’y est pas. Doit-on conclure qu’en vertu du principe d’annualité budgétaire ces montants ne seront pas réinjectés dans les économies des outre-mer comme prévu ? Ne faudrait-il pas innover de sorte que le budget de la mission « Outre-mer » soit tourné vers l’avenir, en impulsant de nouvelles actions davantage ciblées sur nos atouts, comme un fonds bleu, une dotation circuits courts ou encore un plan recyclage qui pourraient incarner la stratégie 5.0 au sein même de la mission ?
L’objectif du deuxième plan logement outre-mer – lequel couvre la période 2019-2022 –, qui n’avait pas été atteint par le premier, reste de construire ou de réhabiliter 10 000 logements chaque année dans les territoires ultramarins. Ce plan a été adopté au moment où la gouvernance du logement social est en plein bouleversement à La Réunion. La cession par l’État de ses parts dans les SIDOM à CDC Habitat, filiale de la Caisse des dépôts et consignations, a lancé un vaste mouvement de concentration dans le logement social. En effet, la vente de la société immobilière du département de La Réunion – SIDR – a été suivie de près par la prise de contrôle de la société d’habitations à loyer modéré de la Réunion – SHLMR – par Action Logement. Résultat : les deux plus grands bailleurs sociaux réunionnais, qui représentent chacun plus de 25 000 logements, n’ont plus leur centre de décision à La Réunion. Cette recomposition est en train de s’accélérer avec les prises de participation dans les autres opérateurs intervenant dans le logement social, ou même avec le rachat de ces derniers. Le paysage local, caractérisé depuis de longues années par l’intervention de sept bailleurs sociaux, risque donc de se transformer en un duopole. Cette concentration correspond aux préconisations de la loi portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique, dite loi ELAN, pour ne pas dire qu’elle la précède. Elle suscite une triple interrogation. La première porte sur les conséquences de la position dominante de ces deux grands organismes – d’autant plus dominante qu’ils sont aussi, comme vous l’avez confirmé en juillet dernier, les partenaires privilégiés de la stratégie du Gouvernement. Leur présence à tous les niveaux signifie-t-elle qu’ils sont appelés à devenir les principaux acteurs du logement social à La Réunion ? La deuxième question concerne la place des collectivités locales dans l’un des enjeux essentiels de notre territoire et les mesures qui permettront d’éviter que les collectivités ne deviennent de simples spectatrices de la politique du logement. La troisième question a trait à l’aménagement du territoire et à la fabrique de la ville, compte tenu de la disparition des principaux outils que sont les sociétés d’économie mixtes locales.