Les précédents gouvernements ont été alertés de la situation dès 2010, mais ils n’ont rien fait. Mon propos visait donc à tirer une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Je suis consciente du travail réalisé par le ministère, mais cela reste insuffisant. Nous ne sommes plus au temps des diagnostics. Le constat est évident pour tous, et depuis très longtemps. Il nous faut désormais passer rapidement à l’action.
Dans les années 1970, la France a fait un choix fort : protéger ses citoyens partout dans le monde. La Caisse des Français de l’étranger (CFE) incarne cette promesse. Une promesse simple : la France ne vous abandonne pas, même quand vous êtes loin. Soyons cependant lucides : aujourd’hui, cette promesse vacille. Voilà plus de dix ans que les alertes s’accumulent. Depuis 2018, tous les rapports évoquent un modèle déséquilibré. Pourtant, aucune réforme structurelle n’a été engagée. Résultat : un modèle financier à bout de souffle, un service jugé insuffisant et des décisions difficiles prises dans l’urgence. Sur le terrain, cela se traduit par un sentiment très clair : le recul de la France. Je pense au Liban, où les remboursements sont passés de 80 % à 70 % en pleine crise – au pire moment, et sans explication. Pour beaucoup, cela a été vécu comme un abandon. Derrière la CFE, il ne s’agit pas seulement de santé. Il s’agit de notre crédibilité et de notre capacité à tenir parole auprès des Français de l’étranger. Disons-le clairement : sans réforme, la CFE va droit dans le mur. Ma question est donc simple et directe : quel est votre calendrier précis de réforme, et avec quelle méthode de concertation comptez-vous enfin engager cette transformation ?
Cela fait bientôt un mois que l’offensive contre l’Iran a fait voler en éclats l’équilibre régional, déclenchant une crise dont les effets dépassent largement l’épicentre du conflit. Comme tous les civils pris à partie, nos compatriotes présents au Moyen-Orient subissent de lourdes répercussions. Je veux leur dire notre soutien et je tiens à saluer la coordination établie pour assurer leur sécurité et les accompagner : l’appui décisif du Centre de crise et de soutien du Quai d’Orsay, le sang-froid remarquable dont font preuve nos postes diplomatiques et consulaires, ainsi que la mobilisation des élus des Français de l’étranger. Dans cette spirale délétère, la situation au Liban devient très préoccupante. Ce pays, si cher à notre cœur, se retrouve de nouveau pris en étau dans des affrontements que la population n’a pas voulus et dont elle paie le prix fort. Monsieur le ministre des affaires étrangères, en vous rendant sur place la semaine dernière, vous avez pu constater – comme j’ai pu le faire moi-même avant vous – l’atmosphère qui y devient chaque jour plus irrespirable. Le quotidien y est rythmé par le climat de guerre que subissent les Libanais et nos compatriotes. À cela s’ajoute la catastrophe de plus de 1 million de déplacés. Nous connaissons la résilience des Libanais et des Français du Liban, mais elle semble cette fois-ci largement entamée – , comme on dit, ça suffit ! L’aide de la France est réclamée à cor et à cri. Nous agissons avec nos partenaires ; vous allez nous en dire un mot. Ces efforts sont nécessaires, indispensables et très attendus, mais sommes-nous à la hauteur des besoins ?
Je tiens à souligner l’importance capitale de ce traité de coopération en matière de défense entre la République française et la république de Djibouti. Je rappelle d’abord que Djibouti est un pays important de ma circonscription et que son lien avec la France est des plus étroits : 4 000 Français y résident, dont de nombreux Franco-Djiboutiens, et 1 500 de nos militaires y sont stationnés. Djibouti fait en outre figure de bastion de la francophonie dans une région presque totalement anglophone, ce qui confère un sens plus profond encore à nos liens d’amitié. Ce pays fait partie des principaux partenaires de la France en Afrique de l’Est et l’on y compte une école et un lycée français ainsi qu’un institut français. On y trouve également trois conseillers des Français de l’étranger, ces élus locaux que nos ressortissants élisent tous les six ans et dont je souhaite ici saluer le dévouement – je regrette qu’ils soient trop peu connus et reconnus. La signature de ce traité de défense constitue donc un signal fort envoyé à la partie djiboutienne, qui marque la solidité de notre partenariat et de nos liens d’amitié historiques. Djibouti occupe une position clé dans la région de l’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique, qui s’étend entre la mer Rouge et le golfe d’Aden. Notre pays y a très tôt installé une base militaire, qui nous a été fort utile à maintes occasions, dans cette partie du monde soumise à de nombreux troubles. Je pense notamment à l’opération Sagittaire, menée en 2023 dans le contexte du conflit au Soudan. Cette opération exemplaire, conduite avec l’appui des autorités djiboutiennes – que je remercie –, a permis le rapatriement de plus de 900 ressortissants étrangers, dont plus de 250 Français installés dans la région. À l’heure où notre présence militaire en Afrique se réduit, conformément aux objectifs formulés dans le discours de Ouagadougou en 2017, cette base deviendra à terme notre dernier ancrage stratégique militaire permanent sur le continent – si l’on excepte la base de Libreville –, ce qui ne fait qu’en renforcer l’importance pour nous. Je l’ai dit : dans cette partie du monde importante sur le plan stratégique et soumise à de nombreuses tensions et turbulences graves, d’autres pays ont, ces dernières années, implanté des bases militaires à Djibouti. Cela ne fait qu’accentuer la nécessité de signer un nouveau traité de défense, qui constitue le point d’aboutissement d’un travail diplomatique tout à fait remarquable, auquel je rends hommage. Si ce texte reprend pour une large part les stipulations du précédent traité, il vise à donner davantage de prévisibilité aux deux parties et clarifie plusieurs procédures. Tout d’abord, je souhaite mettre en avant l’allongement de la durée de validité du traité, qui passe de dix à vingt ans, ce qui témoigne de la confiance mutuelle entre nos deux pays et constitue un gage de stabilité pour nos forces militaires. Il met aussi à jour la liste des emprises mises à disposition par la partie djiboutienne, en prévoyant notamment la restitution de 40 % de l’îlot du Héron, ce que nous pouvons parfaitement comprendre dans la mesure où cela contribuera au développement économique et social du pays. Par ailleurs, cette restitution ne nous pénalise pas. Le traité prévoit encore la création d’un comité militaire de dialogue stratégique, afin que nous puissions mieux faire face ensemble aux enjeux régionaux. Le point le plus important, qui distingue notre base militaire de celles d’autres pays, est la clause de sécurité qui est au cœur du traité. En effet, c’est pour pouvoir répondre à nos obligations envers Djibouti que nous entretenons des capacités dans tous les domaines – aérien, terrestre et maritime. C’est ce qui nous différencie des autres États disposant de forces dans ce pays : contrairement aux nôtres, les leurs ne contribuent pas à la sécurité de Djibouti. Nous jouons donc un rôle assumé de protecteur du territoire djiboutien et, par conséquent, de nos ressortissants sur place et dans toute la région. Enfin, le traité prévoit la participation de la France à la police de l’espace aérien et à la surveillance des eaux territoriales de Djibouti. Certains s’étonnent de l’augmentation de notre contribution annuelle forfaitaire. Je considère pour ma part qu’elle est conforme à la relation de respect mutuel que nous souhaitons entretenir avec ce pays. Pour conclure, je formulerai une remarque qui me tient particulièrement à cœur : à l’heure où la relation de certains régimes, notamment ceux de l’Alliance des États du Sahel, avec la France est marquée par des tensions, il est essentiel de rappeler que cinquante des cinquante-quatre États africains entretiennent avec nous des relations de confiance, dynamiques et respectueuses. Ce traité avec Djibouti en est une belle illustration. Je vous invite donc tous à voter en faveur de ce texte.
…les programmes de l’USAID y ont été suspendus par le président Trump, ce qui affecte des initiatives humanitaires et de développement. En France, malgré une conjoncture budgétaire obligeant à modérer les ambitions, l’engagement en faveur de l’APD n’est pas remis en question mais l’offensive idéologique contre cette aide est relayée – elle l’est aussi ailleurs en Europe – : l’attaque de Sarah Knafo contre le soutien financier au programme sud-africain du Zip Zap Circus en constitue un exemple affligeant. Ce projet, piloté par une Française, qui a sorti des milliers de jeunes de la rue et qui fait rayonner internationalement l’une de notre compatriote, ne mérite pas cette critique infondée. Pour m’être rendue sur place il y a huit ans – l’Afrique du Sud est un pays de ma circonscription – je peux personnellement témoigner de sa valeur. Je trouve très grave de critiquer sans connaître. Rappelons que tous les projets soutenus par l’AFD font l’objet de processus d’examen rigoureux même si, parmi les 9 000 projets soutenus chaque année, certains peuvent passer au travers des mailles du filet. Notre APD est très précieuse, surtout dans le contexte du repli américain : elle sauve des vies, autonomise des femmes, prévient les conflits et assure une image positive de notre pays. À l’écoute de certains discours, je m’interroge : où est notre humanité quand des bébés meurent encore de faim en 2025 ? Où est-elle quand 9 millions de personnes, soit la population de près de dix-sept circonscriptions, sont mortes du sous-développement en 2023 ? Voulons-nous la fin de l’APD ? L’enjeu est clair : comment mieux communiquer sur notre APD pour contrer cette désinformation ?
Ma question dévie un peu de la haine antimusulmans pour s’attaquer aux discriminations. Étrangement, je n’ai pas trop fait l’objet dans ma vie de discriminations manifestes, mais cela s’explique en grande partie par le fait que j’ai eu la chance d’être entourée de gens bienveillants. Mon cas individuel mis à part, de nombreuses personnes autour de moi – dont mes propres sœurs – ont rencontré des difficultés à trouver un logement ou un travail – elles ont dû modifier leur prénom pour obtenir un logement. Le président Macron avait promis l’émancipation pour toutes et tous, et bien des choses ont été faites depuis 2017 afin de lutter contre les discriminations, qu’elles soient basées sur le genre, la sexualité ou l’origine. Vous l’avez évoqué tout à l’heure, mon ancien collègue député des Français établis hors de France, Marc Ferracci, dorénavant ministre, avait déposé une proposition de loi visant à lutter contre les discriminations par la pratique de tests individuels et statistiques. L’examen de ce texte s’est malheureusement arrêté à une commission mixte paritaire (CMP) non conclusive. Il aurait pourtant permis de donner un pouvoir supplémentaire à la Dilcrah et était envisagé comme un progrès par la Défenseure des droits. Celle-ci recommandait toutefois de compléter le texte par la création d’un observatoire des discriminations. Que pensez-vous d’une telle proposition ? Par ailleurs, j’aimerais vous interroger sur le bilan de la plateforme antidiscriminations, lancée en 2022 dans le cadre du plan de lutte contre les discriminations, plan qui doit s’achever en 2024. Outre la plateforme en ligne, il est également possible d’effectuer un signalement en composant le numéro 3928. Je voudrais donc savoir si les critères de religion sont pris en compte. La plateforme est-elle utilisée et est-il facile, pour un musulman, de dénoncer des faits ? J’ajoute qu’il ne faut pas confondre musulmans et Arabes : les Indonésiens, les Maliens et bien d’autres sont musulmans, or l’amalgame est souvent fait. Pour conclure, les médias pourraient s’intéresser davantage aux déclarations de représentants du monde musulman. Ainsi, le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale a souligné que tout bon musulman a le devoir de respecter la Constitution et d’obéir à la loi et aux coutumes du pays dans lequel il se trouve. À bon entendeur…
Certains partis et médias se font désormais les relais de cette haine, au nom d’une interprétation excluante de la laïcité. Ils utilisent la triste augmentation des actes antisémites pour cibler – à mots couverts, mais le message est clair – les Français de confession musulmane. C’est en particulier le cas d’une certaine droite dure et de l’extrême droite qui, en invoquant des arguments faussement républicains et respectables, dissimulent ce qui n’est, en réalité, que du racisme. On fait ainsi aisément l’amalgame entre musulmans et islamistes, entre Arabes et musulmans, et entre l’islamisme – voire l’islam – et le terrorisme. Bien entendu, ce que nous pouvons appeler la communauté musulmane – même si je ne fais pas de différence entre Français – a également un travail à accomplir. Il y a des personnes radicalisées, c’est vrai. Il y a des individus et des quartiers qui vivent repliés sur eux-mêmes et qui nourrissent une haine de la modernité. Il existe des pressions et des pratiques qui empêchent délibérément de nouer du lien avec le reste de la société. En effet, il n’y a pas à ce jour d’autorité légitime qui coordonnerait un islam conforme aux principes de la République. Toutefois, l’immense majorité des Français musulmans souhaitent avant tout vivre en paix dans leur pays. Ils souhaitent aussi – et c’est leur droit – conserver la liberté de pratiquer leur culte. Ils vivent chaque attentat ou drame impliquant un musulman comme un coup de poing dans le ventre. Le flot de commentaires haineux qui suit, dans certains médias ou dans la bouche de personnalités politiques, est ressenti comme une violence supplémentaire. En quelque sorte, c’est la double peine. En tant que femme musulmane et élue, je ne peux pas rester silencieuse face à la montée de la stigmatisation des musulmans, qui est alimentée par les outrances de certains de nos responsables politiques. Lorsqu’on associe sans nuance l’antisémitisme au monde arabo-musulman et que l’on identifie des pratiques religieuses banales à des menaces, on ne cible pas seulement l’islamisme : c’est moi que l’on vise, et avec moi, des millions de Français stigmatisés. Ces amalgames ne sont pas seulement des maladresses ; ils ont aussi des conséquences. De mon point de vue, ils trahissent notre promesse républicaine d’égalité. Nous devons forger une parole publique qui nous élève, au lieu de nous diviser.
Ne taisons pas les choses – nombre d’entre vous ne l’ont d’ailleurs pas fait – : notre pays connaît une montée de l’intolérance et une réactivation des tensions dites communautaires, sur fond de crise au Proche-Orient. C’est ce qu’on appelle traditionnellement « l’importation du conflit israélo-palestinien ». Le contexte international a bon dos, car ces tensions ne datent pas d’hier. Elles se concrétisent par des statistiques qui font froid dans le dos : celles-ci montrent une explosion des violences en direction de communautés religieuses ou ethniques. L’an dernier, plus de 1 500 actes antisémites, plus de 170 actes antimusulmans et 700 actes antichrétiens ont été enregistrés. Le premier chiffre est celui qui heurte le plus les esprits, car il concerne une communauté qui ne représente qu’une infime proportion – 1 % – de la nation française. Je ne peux hélas nier le fait que, dans de nombreux faits divers, les auteurs des violences sont des musulmans manipulés par ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux et à la télévision. Je pense à l’instrumentalisation de la situation dramatique de personnes qui vivent à 4 000 kilomètres de chez nous. D’autres sont influencés par les courants obscurantistes qui sévissent dans certaines mosquées et sur internet. Il convient de lutter beaucoup plus fermement contre ces derniers. Il faut également dénoncer certains courants politiques de gauche, voire d’extrême gauche – ils se reconnaîtront –, qui jettent de l’huile sur le feu pour des raisons apparemment électoralistes. Je les laisse à leurs calculs. Je constate aussi le flot d’insanités et de haine qui ressurgit à chaque drame – et même, à chaque incident – dans lequel est impliqué un musulman, à chaque épisode de cette interminable polémique sur le voile et à chaque fois qu’un différend nous oppose à un pays du sud de la Méditerranée.
Depuis un mois, les Français du Liban que je représente expriment leur profonde inquiétude, tout comme l’ensemble des Libanais, face à la situation de guerre qu’ils vivent. Depuis le 8 octobre 2023 et sans discontinuer, le Hezbollah, en soutien au groupe terroriste du Hamas, a décidé d’envoyer massivement des roquettes vers Israël, et c’est tout le Liban qui subit les frappes israéliennes. Des attaques, prétendument ciblées, violent sa souveraineté et frappent durement la population civile, y compris femmes et enfants, depuis le Sud jusqu’à Beyrouth et même au-delà. La Finul, qui compte 700 militaires français, n’est pas elle-même à l’abri de tirs directs. Je tiens à rendre hommage à l’engagement sans faille de notre ambassade et de notre consulat à Beyrouth, du centre de crise et de soutien du ministère des affaires étrangères, ainsi que du ministère des armées. Tous œuvrent jour et nuit pour soutenir les Français du Liban, leurs familles et plus largement le pays tout entier. Nous le savons, l’aide humanitaire ne résoudra pas les problèmes de fond du Liban. Le pays est otage des armes du Hezbollah qui, avec le soutien de l’Iran, contribue à sa destruction. L’incapacité des dirigeants libanais à reprendre le contrôle de leur pays et à protéger leur peuple est, à cet égard, préoccupante. Lors de la conférence internationale qui s’ouvre jeudi, organisée à l’initiative du Président de la République, comment comptez-vous, au-delà de l’aide humanitaire, aider les Libanais à garantir un soutien durable à leurs forces armées, à rétablir des institutions fonctionnelles – élire un président et disposer d’un gouvernement –, et surtout à libérer leur pays d’une emprise étrangère qui le maintient dans le chaos ? Monsieur le ministre des affaires étrangères, quelle est la contribution attendue de cette conférence à l’obtention d’un cessez-le-feu durable et au respect sans faille de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU ? Quels seront les critères concrets pour juger de la réussite de cette initiative internationale ?
Les avancées que nous évoquons font progresser à grande allure la capacité de l’État à répondre à nos concitoyens qui attendent des démarches plus rapides et plus souples. C’est l’image même de notre administration et de ses agents qui serait affectée positivement. Je forme le vœu que cela s’accompagne d’un vrai retour au civisme, sur lequel nous nous devons d’être intransigeants collectivement. Le groupe Renaissance soutient sans réserve le report de calendrier de cette expérimentation et je salue à nouveau le remarquable travail d’innovation mené par le ministère.
Les Français de l’étranger continueront d’être les premiers bénéficiaires de cette expérimentation. Ils ne sont pas les seuls concernés, car le ministère gère 15 millions d’actes d’état civil, mais cette simplification aura pour eux un impact notoire et probant. L’éloignement de l’administration, la défaillance des services postaux dans certains pays, la méconnaissance des procédures et des délais peuvent vite rendre n’importe quelle démarche d’état civil extrêmement fastidieuse depuis l’étranger – y compris la déclaration de la naissance d’un enfant français. Rien que pour cela, cette modernisation provoque une grande satisfaction pour la députée des Français de l’étranger que je suis. Mais j’ai par ailleurs la conviction que ce type de mesures est de nature à apaiser les relations que nos compatriotes entretiennent avec le réseau consulaire. Bien souvent, une contradiction s’installe entre les exigences légitimes et croissantes des Français pour des démarches sans contrainte et la capacité légale, réglementaire et technique limitée dont disposent les agents consulaires. Source d’incompréhension, cette contradiction nuit au dialogue et se traduit par une tension, voire par de l’agressivité envers les fonctionnaires, qui ne sont pour rien dans cette frustration. Pas un consulat n’est épargné par cet état de fait que je déplore, mais qui montre à quel point la modernisation de l’action publique dépasse le seul enjeu de la simplification administrative.
On le sait peu, mais le ministère de l’Europe et des affaires étrangères, est un laboratoire central d’innovation en matière d’action publique. D’ambitieuses expérimentations y sont conduites pour explorer les possibilités de modernisation de nos procédures – une modernisation porteuse de simplification pour les usagers et les agents, et d’économies substantielles pour le budget de la nation. Vote électronique, renouvellement à distance des passeports et envoi dématérialisé des actes d’état civil sont autant de mesures testées au sein du ministère et que nous souhaiterions tous voir aboutir à plus grande échelle pour simplifier le quotidien. La généralisation de ces dispositifs dépend de la réussite de ce qui est incubé dans ce périmètre précis. C’est l’un des enjeux qui sous-tend la proposition de loi examinée. Elle vise principalement à donner davantage de temps au ministère pour achever une réforme profonde de la gestion de l’état civil qui relève de sa responsabilité, à savoir la dématérialisation complète des actes – de leur établissement à leur conservation. Il n’y a rien de simple dans cette opération engagée depuis 2019. La protection des documents et des données personnelles est un prérequis prioritaire et incontournable. Apporter cette garantie dans un usage numérique de bout en bout exige une technicité pointue. Il ne s’agit pas d’un nouveau petit logiciel à destination de l’administration, mais bien d’éléments complexes de cybersécurité, dans un contexte croissant de cyberattaques, de vols de données ou encore d’usurpation d’identité à des fins d’escroquerie. Accorder plus de temps à la réalisation de ce changement, c’est permettre sa réussite et ouvrir la porte à une généralisation. Croyant davantage à la force de l’encouragement qu’à la critique permanente, je salue les efforts de tous ceux qui œuvrent pour que cela fonctionne, malgré les reports de calendrier sur lesquels se focalisent certains, sans doute par méconnaissance des réalités qui président à la sécurisation de l’espace numérique.
Je profite de cette occasion pour saluer et remercier très chaleureusement tous les acteurs des industries culturelles et créatives (ICC) des musiques urbaines, notamment Aya Nakamura, qui fait rayonner la langue française bien au-delà de l’espace francophone.
Merci beaucoup, madame la présidente, je suis très touchée. Je suis heureuse de m’adresser à vous en ce 20 mars, jour où, partout dans le monde, sur les cinq continents, on célèbre la Journée internationale de la francophonie. Bien plus qu’un simple outil de communication, notre langue incarne l’esprit de la francophonie telle que l’ont voulue les pères fondateurs, comme Senghor et Bourguiba : une communauté vibrant au rythme de plus de 320 millions de voix, principalement ancrées en terre africaine, comme le soulignait récemment le Président de la République en déclarant que le bassin du fleuve Congo était l’épicentre de notre espace linguistique. Cette journée met en avant notre diversité et notre capacité à tisser des liens solides entre les peuples. En étant hôte du 19e sommet de la francophonie en octobre prochain – ce qui n’était pas arrivé depuis trente-trois ans –, la France a une occasion unique de réaffirmer la valeur et la vivacité de la francophonie. Ce sommet offre une occasion précieuse d’éclairer nos concitoyens sur ce que la langue française, loin de l’image poussiéreuse ou désuète que certains lui prêtent encore, offre véritablement : un dialogue entre les cultures. Hélas, je constate que la francophonie ne suscite pas l’intérêt qu’elle mérite, et, en tant que présidente de la section française de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), je souhaiterais que les élus eux-mêmes se saisissent davantage de ce sujet. Face à ce constat, et au-delà de l’organisation de ce sommet, comment envisagez-vous d’impliquer concrètement la France – et plus particulièrement sa jeunesse – dans la redécouverte et l’appropriation de l’esprit de la francophonie ? Comment comptez-vous transformer ce sommet en une véritable célébration populaire, qui reflète l’ouverture, le partage et l’unité que notre langue peut offrir ?
Le renouveau de la relation avec l’Afrique, je l’ai aussi constaté dans le secteur de la solidarité et du développement, en particulier avec la loi de 2021 de programmation relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales, ainsi qu’avec la hausse importante de notre aide publique au développement. Les pays africains sont les grands bénéficiaires de l’augmentation de l’APD. À chacun de mes déplacements, je visite des projets menés grâce à des financements de l’Agence française de développement dans les domaines de l’agriculture, de la santé ou des infrastructures. Toutefois, cette action n’est pas assez visible et les populations locales ne sont pas toujours conscientes – c’est peu de le dire – que telle route ou telle école a été réparée ou bâtie avec le concours de la France. À nous de le faire savoir. Cette solidarité se marque aussi dans les engagements individuels, avec le magnifique travail accompli par France Volontaires, qui permet à des milliers de jeunes Français de partir sur le terrain pour s’occuper de projets de développement dans un cadre structuré. J’ai organisé à l’Assemblée nationale un colloque sur cet aspect de notre coopération. On y a entendu le témoignage de jeunes Français partis aider au Burkina Faso ou en République du Congo, ainsi que celui de jeunes Africains venus en France en soutien au réseau associatif : le mode d’action de France Volontaires est en effet fondé sur la réciprocité, ce qui est bien dans l’esprit que le Président de la République appelait de ses vœux. Le Président a également compris que le renouvellement de nos relations avec le continent africain passait par le développement de nos relations économiques. En effet, pendant que notre pays, au prix d’un important effort militaire, se concentrait sur la préservation de notre sécurité commune, d’autres acteurs, plus pragmatiques, renforçaient leurs positions économiques. Je salue les efforts déployés par la France pour encourager le développement du secteur privé africain au travers de programmes du groupe AFD, tels que ceux menés par Proparco. Il nous faut néanmoins faire davantage pour stimuler nos échanges. Nous pouvons certes nous appuyer sur les réseaux dynamiques des chambres de commerce et d’industrie, des comités de conseillers du commerce extérieur de la France (CCEF), des clubs d’affaires ou des bureaux de Business France, mais il nous faut aussi compter sur l’expertise de nos expatriés et sur les milliers d’entrepreneurs français présents sur place, les « entrepreneurs français à l’étranger » (EFE), que nous essayons avec le Gouvernement de faire mieux reconnaître et de soutenir davantage. En tant qu’élue des Français d’une large partie de l’Afrique et du Moyen-Orient, je ne voudrais pas que l’on oublie ce formidable atout que constitue la présence de centaines de milliers de nos concitoyens sur le sol africain. Qu’ils soient enseignants dans les lycées français, travailleurs humanitaires, entrepreneurs individuels ou collaborateurs de grands groupes, qu’ils soient des expatriés de passage ou des binationaux installés durablement sur place, ils sont nos vrais ambassadeurs sur le terrain. Nous, députés des Français de l’étranger, sommes à leur écoute ; ils sont des ponts entre la France et les pays dans lesquels ils sont installés. De même que nous travaillons mieux avec les diasporas africaines présentes sur notre sol, ce qui est grandement dû à l’impulsion du Président de la République, nous devrions mieux travailler avec notre propre diaspora, dont les conseils et la connaissance fine de leurs pays d’adoption sont précieux. Les conseillers des Français de l’étranger, c’est-à-dire les élus locaux, sont en particulier des atouts que nous devons valoriser davantage. Mes chers collègues, il est inutile d’être pessimistes concernant nos relations avec le continent africain. Ce serait être inutilement décliniste et faire trop d’honneurs aux États qui se plaisent à agiter un sentiment antifrançais dans plusieurs pays africains. Nous avons beaucoup d’atouts, mais beaucoup d’autres acteurs sont désormais présents en Afrique et il nous faut compter avec eux. De ce point de vue, la nouvelle approche prônée par le Président de la République me semble saine et constructive. Et je vous l’assure : de très nombreux Africains, même dans des pays plutôt hostiles à notre encontre, sont demandeurs de France.
Il s’est adressé à la société civile et à la jeunesse africaine, qui, comme lui, n’a pas connu la colonisation. Cet effort pour renouveler nos relations avec le continent africain, je n’ai cessé de le constater depuis 2017 dans les domaines que le Président de la République a cités. Je salue ainsi le travail effectué avec la société civile par l’intermédiaire de nos postes diplomatiques, ainsi que de très nombreuses associations. En ce qui concerne les échanges culturels, on ne peut que se féliciter de la richesse des relations entre la France et le continent africain, qu’il s’agisse de la saison Africa 2020, du lancement de la Maison des mondes africains ou de la foisonnante programmation culturelle des instituts français et des alliances françaises. J’ai constaté lors de mes déplacements à l’occasion d’innombrables manifestations, au Cameroun, au Gabon ou en Afrique du Sud, l’importance du dialogue par la culture, de petite ou de grande ampleur. Ces événements ont d’ailleurs souvent lieu sous la bannière de la francophonie, dont l’épicentre se situe, pour reprendre l’expression du Président de la République, « dans le bassin du fleuve Congo, ou quelque part dans la région ». La langue française est une chance pour nos relations avec l’Afrique, notamment dans le domaine économique – nous ne le mesurons pas suffisamment. Je suis heureuse que la France accueille l’année prochaine le Sommet de la francophonie. Ce sera une occasion supplémentaire de tirer parti de ce lien linguistique qui nous unit à de nombreux pays africains et qui en séduit beaucoup d’autres. J’espère que nos compatriotes et que mes collègues parlementaires saisiront à cette occasion l’importance de la francophonie comme outil d’échanges et de développement de nos relations avec le continent africain, et au-delà. Les échanges culturels peuvent souvent être aussi un outil susceptible de résoudre des problèmes mémoriels causant rancœurs et différends. Sous l’impulsion du Président de la République, un mouvement de restitution de biens culturels s’est engagé, désormais étendu à d’autres pays européens. Ce travail mémoriel, cher au Président, nous l’avons aussi vu à l’œuvre, sous un autre format, avec l’Algérie et le rapport Stora, qui aborde courageusement des questions qui dérangent, ou avec le Rwanda. La richesse de nos relations culturelles dépend aussi de la coopération dans le secteur éducatif. Je félicite vivement les lycées français d’Afrique, qui accueillent nombre d’élèves autochtones. Beaucoup d’entre eux viennent étudier ensuite en France et enrichissent les relations entre notre pays et le leur. Je rappelle que, parmi les contingents d’étudiants étrangers en France, on trouve dans les dix premières places six contingents originaires de pays d’Afrique, qu’il s’agisse du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne. J’en suis fière. Je tiens à signaler – et c’est l’un des points que nous devrions corriger, nous sommes plusieurs à le dire – que ces étudiants peuvent eux aussi rencontrer des difficultés pour obtenir un visa, ce qui nuit considérablement à l’image de la France et est instrumentalisé par la propagande antifrançaise. Nous devons à tout prix faciliter la procédure de demande de visa, que beaucoup jugent humiliante. De nombreux Français mariés sur place m’interpellent également sur le sujet. Cela nous cause du tort – beaucoup plus qu’on ne l’imagine ici.
Je souhaite également évoquer tout ce qui a été accompli ces dernières années et qui s’inscrit dans la logique partenariale qui a été énoncée par le chef de l’État et qui forme le socle des relations renouvelées entre notre pays et le continent africain. En premier lieu, alors que certains fustigent notre présence militaire et que la propagande de puissances hostiles s’évertue à y voir une marque de néocolonialisme, je rappelle que c’est à la demande des autorités maliennes que la France est intervenue dans leur pays et qu’elle a sauvé la capitale des forces djihadistes qui la menaçaient. Elle y est restée ensuite pour prévenir la menace terroriste qui subsiste toujours dans toute la région. Dois-je évoquer tout le bien que font nos militaires – notamment les médecins militaires que j’ai rencontrés à Faya-Largeau ou à Abéché, au Tchad, et qui effectuent pour certains jusqu’à 800 visites médicales par semaine, sauvant des bébés, soignant hommes et femmes ? Les milices hostiles à notre pays agissent-elles de même ? Je ne le crois pas. Je remercie infiniment nos militaires pour leurs actions. L’action de la France n’a jamais été envisagée suivant une logique néocoloniale. Notre pays s’est au contraire efforcé d’encourager la coopération entre les États africains de la région au travers du soutien au G5 Sahel, créé par le président mauritanien Aziz, et de l’Alliance Sahel, lancée par le Président de la République. La France a impliqué de nombreux autres partenaires dans cet enjeu qu’est la lutte contre le djihadisme, à travers par exemple la création de la task force Takuba. La France a aussi mené un travail de fond avec les États de la bande sahélo-saharienne ainsi qu’avec les Nations unies, l’Union européenne, l’Union africaine et l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), dans le cadre de la Coalition pour le Sahel, en vue de mettre en œuvre un volet « développement », en parallèle de l’action menée sur le terrain contre les djihadistes. La France n’a donc pas ménagé ses efforts diplomatiques et a adopté l’attitude la plus fédératrice afin de répondre au mieux aux demandes des États de la région. Reprocher à notre pays, ici ou ailleurs, une attitude néocoloniale s’apparente à un faux procès, d’une écœurante malhonnêteté ; c’est aussi une insulte à nos cinquante-huit soldats tombés sur le terrain pour la sécurité de toutes et tous. Avec le retrait de nos soldats de plusieurs pays du Sahel, une nouvelle page de nos relations avec le continent africain semble s’ouvrir : celle de la coconstruction. Nous sommes ici pour en parler. À l’instar des ministres et de plusieurs collègues, je souhaite féliciter – encore une fois, mais je ne cesserai jamais de le faire – nos forces armées pour leur efficacité exemplaire durant l’évacuation de ressortissants français et étrangers du Soudan. Dès son discours de Ouagadougou, le Président de la République a compris qu’il était temps de mettre un terme à tout ce qui pouvait s’apparenter à ce que l’on nomme la Françafrique, mot-valise servant à dénoncer – pas toujours à juste titre – la mainmise que la France aurait conservée sur ce continent.