💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 Jun 16 15:23:25
Nous continuerons à agir et à nous mobiliser.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 Jun 16 15:23:07
Vous avez raison, il y a urgence à agir. C’est pourquoi, dès la semaine prochaine, nous nous retrouverons avec l’ensemble des députés engagés sur la proposition de loi intégrale. Dès le lendemain de l’avis du Conseil d’État, nous nous réunirons à nouveau et nous travaillerons tout l’été s’il le faut.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 Jun 16 15:22:26
Cela passera par la loi, par l’action de chaque ministère, et bien sûr par les moyens. Nous nous y sommes engagés de manière très claire. Nous tiendrons cet engagement.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 Jun 16 15:21:30
…dont nos enfants sont trop souvent les cibles et les victimes. Ces violences sexuelles se produisent d’abord dans le cadre qui devrait être le plus protecteur de notre société – la famille, le foyer. C’est cela, l’inceste : des violences commises sur nos enfants. Ces violences sont également commises par des personnes qui exercent une autorité sur ces enfants, des personnes que les enfants aiment, qu’ils tutoient, en qui nous avons le plus confiance. Et c’est précisément cette confiance qui est abusée. C’est pour cette raison que tout ce qui doit être encore fait sera fait. Nous ne partons pas d’une feuille blanche : beaucoup a déjà été accompli et, oui, beaucoup reste à faire. Je le répète au nom du gouvernement : toutes les mesures nécessaires pour protéger les enfants victimes de violences sexuelles, ainsi que les femmes victimes de ces violences, seront mises en œuvre.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations • 2026 Jun 16 15:20:59
Vous avez raison : les enfants ne peuvent pas attendre. C’est la raison pour laquelle, hier, sous l’égide du premier ministre, de nombreux membres du gouvernement se sont réunis autour de Mme Thiébault-Martinez et des députés engagés en faveur de la proposition de loi dite intégrale. Le texte a d’ailleurs été transmis sans attendre au Conseil d’État, y compris par la présidente de l’Assemblée nationale. Nous souhaitons intégrer au texte consacré à la protection de l’enfance, que vous examinerez dès le 15 juillet, des dispositions relatives à la lutte contre les violences sexuelles…
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations • 2026 Jun 09 16:41:21
Si les membres du gouvernement avaient le droit d’applaudir les députés, je me serais volontiers associée aux applaudissements qui viennent de vous être adressés, car vous avez fait honneur à cet hémicycle en rappelant la dignité qui devrait présider à nos débats, surtout quand on parle de la protection des membres de la société les plus vulnérables, les enfants. Merci de nous permettre de conclure cette séance de questions au gouvernement dans l’état d’esprit d’unité et de concorde nationales qui devrait être le nôtre, dans la volonté d’un sursaut national qui devrait être la nôtre de protéger les enfants et les femmes des violences sexuelles. Vous êtes au rendez-vous et, ainsi que vous l’avez dit, à l’Assemblée comme au Sénat, il y a sur tous les bancs des hommes et des femmes de bonne volonté qui veulent agir, il y a des initiatives parlementaires qui viennent de tous les groupes. Je vois votre émotion, madame la députée, vous qui avez fait adopter à l’unanimité une proposition de loi essentielle en l’honneur de Yanis. Au nom de Lyhanna et de tous les enfants qui, malheureusement, ne sont plus là alors que nous aurions dû réussir à les protéger, le gouvernement fait la promesse qu’il sera au rendez-vous, avec toutes celles et tous ceux qui veulent agir. Merci encore, madame la députée !
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations • 2026 Jun 09 16:14:53
Permettez-moi de saluer votre engagement personnel, et de très longue date, pour la cause des enfants. En effet, quand il s’était agi de travailler ensemble sur la question de l’imprescriptibilité, vous avez été, au nom de votre groupe, au rendez-vous et même au premier rang pour porter ce combat qui est, je le crois, nécessaire. J’espère que l’heure est venue, que le moment est venu pour nous d’entendre les enfants, d’entendre leurs paroles, les révélations qu’ils sont prêts à faire. Je tiens à dire aussi à ceux qui, ayant vécu cela enfant, qu’il ne sera jamais trop tard pour que leur parole soit entendue : il faut qu’ils aient toute leur vie la possibilité d’avoir accès à la justice, alors qu’aujourd’hui, la prescription protège les bourreaux et condamne les victimes. Voilà ce qui se passe dans notre société. Et c’est ce que nous pouvons et même devons collectivement changer. Vous savez que le garde des sceaux et moi nous sommes déclarés favorables à ce que l’imprescriptibilité devienne la règle dans notre pays, conformément d’ailleurs aux recommandations de la Ciivise. Nous recevrons, à la demande du premier ministre, l’ensemble des parlementaires engagés sur cette question dès cette fin de semaine pour y travailler et pour, je l’espère, l’inclure dans notre droit dès l’examen du texte sur la protection de l’enfance. Et puis vous l’avez dit, il y a aussi la question de la détection : comment entendre ce qui n’est pas forcément formulé par une parole, mais qui peut l’être par un trouble du comportement, par un trouble alimentaire, par une régression des apprentissages ? C’est bien l’enjeu de la formation systématique de l’ensemble des professionnels au contact des enfants, sachant que ces derniers s’expriment en effet de mille et une manières pour nous livrer les mots qui sont les leurs. Il s’agit aussi d’assurer le contrôle d’honorabilité de l’ensemble desdits professionnels et de dresser corrélativement une liste noire, qui va enfin pouvoir exister, regroupant notamment des personnels du périscolaire, du scolaire et du monde associatif, y compris sportif. Merci à vous. Nous allons réussir ensemble.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 Jun 09 15:38:40
Voilà ce que nous ferons en nous inspirant de toutes – je dis bien : toutes – les initiatives parlementaires prises sur tous les bancs de l’Assemblée nationale et du Sénat.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 Jun 09 15:38:17
C’est tout à fait insupportable : le doute ne doit jamais porter préjudice aux enfants alors qu’il faut mieux veiller sur eux. Les enfants parlent : il faut les écouter. Les mères protègent : il faut les écouter et les protéger. L’objectif est de faire vite et bien.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 Jun 09 15:38:00
Dès cette semaine, par une lettre rectificative au projet de loi relatif à la protection des enfants, nous étendrons sa portée à la lutte contre les violences sexuelles, notamment pour défendre les mères qui, parce qu’elles protègent leurs enfants, sont incriminées pour non-représentation d’enfant.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 Jun 09 15:37:32
…et à prendre toutes les dispositions nécessaires pour protéger les enfants et les femmes victimes de violences sexuelles. Les victimes, les enfants, ont toujours parlé, mais la justice et la société ne les ont pas toujours entendus. Les femmes ont toujours parlé et les mères ont toujours protégé leurs enfants.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations • 2026 Jun 09 15:36:52
Je salue également la mémoire de Noahm. Vous avez dit les termes justes : on a en effet constaté que des cris homophobes avaient été poussés ; personne ne doit mourir pour qui il est ou pour qui il aime. Concernant la lutte contre les violences sexuelles, vous êtes en colère et vous avez raison de l’être. Les Français le sont aussi et ils ont raison de l’être. J’espère que cette colère saine et nécessaire ne faiblira pas dans la société, qu’elle continuera de nous habiter pour que nous continuions à agir…
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 Jun 02 16:02:35
Vous posez plus spécifiquement la question de l’introduction d’une peine d’inéligibilité pour les élus coupables de violences, notamment intrafamiliales ; c’est une question que j’avais moi-même posée quand j’étais députée – peut-être certains s’en souviennent-ils. Malheureusement, à l’époque, une partie de cet hémicycle s’y était farouchement opposée. Peut-être les choses ont-elles changé depuis : je m’en réjouirais, parce que je crois que l’introduction d’une peine d’inéligibilité s’inscrirait dans le continuum de l’exemplarité dont nous devons faire preuve. Quand on touche à un enfant, je crois sincèrement qu’on n’est plus digne d’être un élu de la République. Je crois et j’espère que l’hémicycle est désormais prêt à voter à l’unanimité pour une telle proposition.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 Jun 02 16:02:23
…votre groupe a également déposé une proposition de loi sur ce sujet, qui concerne notamment le rôle de l’avocat. Nous avançons.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations • 2026 Jun 02 16:01:32
Permettez-moi de m’associer au choix qui a été fait hier et au vote, à l’unanimité de votre assemblée, de la proposition de loi visant à protéger nos enfants des crimes sexuels dont ils sont trop souvent les victimes. Je vous remercie d’avoir fait résonner dans cet hémicycle la voix des enfants. Il arrive qu’elle résonne, mais à intervalles irréguliers, et on l’oublie trop vite. Or nous avons l’immense responsabilité de garantir la protection que la République leur doit. La République doit d’abord protéger celles et ceux qui sont les plus vulnérables ; or, dans toute société, les plus vulnérables, ce sont les enfants, notamment quand on parle de violences sexuelles. Vous savez qu’un projet de loi relatif à la protection de l’enfance sera bientôt examiné ;…
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 May 28 12:19:53
Ce débat doit plutôt être nourri par la représentation nationale, par les historiens, ainsi que par les militantes et les militants qui s’engagent sur le sujet. C’est, me semble-t-il, de cette manière que nous pourrons travailler utilement. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 May 28 12:19:24
Monsieur le député, permettez-moi d’abord de saluer votre discours et l’émotion que vous avez accepté de partager avec nous tout à l’heure. Votre émotion restera particulièrement marquante pour cet hémicycle et, je l’espère, pour tous les Français. S’agissant de votre amendement, le président de la République a évoqué dans son discours la nécessité d’ouvrir le débat relatif aux réparations. Je ne suis pas certaine que la remise d’un rapport dans un délai de deux ans soit la bonne méthode pour y parvenir.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 May 28 12:17:28
L’article 2, que vous venez d’adopter, couvre déjà les dispositions que vous proposez puisqu’il prévoit que le gouvernement remette au Parlement un rapport sur l’ensemble des textes applicables entre 1685 et 1802. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 May 28 11:47:56
Défavorable.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 May 28 11:46:45
Sous réserve de l’adoption du sous-amendement de M. le rapporteur, le gouvernement émet un avis de sagesse.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 May 28 11:42:42
On ne pourrait pas revenir au texte ?
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 May 28 11:36:03
J’entends très bien – comme tout l’hémicycle, je crois – la nécessité de ne jamais passer sous silence ce qui s’est passé, notamment sur l’île Bourbon, aujourd’hui île de La Réunion. Ce n’est évidemment l’objectif ni du rapporteur, ni du gouvernement. Au travers de l’amendement no 2, vous demandez de préciser que sont abrogés, d’une part les édits royaux de 1723 et de 1724, d’autre part la loi du 20 mai 1802. S’agissant du premier point, votre amendement est pleinement satisfait, puisque l’abrogation du Code noir implique l’abrogation de tous les édits royaux : c’est l’objet même du texte qui vous est soumis. La loi de 1802, quant à elle, a déjà été abrogée,, par la loi de 1848. Si nous vous demandons de retirer vos amendements, ce n’est pas parce que nous refusons par principe que des spécificités soient reconnues – au contraire –, mais parce qu’ils sont pleinement satisfaits en droit. Nous émettrons la même demande de retrait, pour les mêmes raisons, sur tous les amendements proposant de mentionner des éléments ou des textes spécifiques. À défaut de retrait, mon avis sera défavorable.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée • 2026 May 28 09:36:26
Le Code noir et l’ensemble des dispositions qui en découlent ne produisent plus aucun effet juridique, mais une norme n’est jamais seulement un instrument technique : elle exprime une vision du monde et de l’être humain. C’est pourquoi nous avons la responsabilité de poursuivre le travail engagé il y a vingt-cinq ans par la loi Taubira : mieux connaître, mieux transmettre et mieux comprendre les conséquences profondes de cette histoire sur notre société. Reconnaître, ce n’est pas solder ou tourner la page, c’est s’engager. S’engager à ce que l’histoire de l’esclavage, de la colonisation et de leurs héritages ne soit jamais oubliée ; s’engager à renforcer la compréhension par tous les Français de notre passif colonial ; s’engager à transmettre à tous les enfants de France, dans les outre-mer et dans l’Hexagone, cette histoire qui est leur histoire à tous. L’heure est venue aussi d’élargir cette conscience collective, de faire reconnaître dans l’Hexagone la singularité des histoires ultramarines, leurs enjeux environnementaux, sociaux et culturels, leurs blessures et leurs espérances. Je veux rendre hommage à ceux qui rendent possible cette exigence de vérité : les historiens, chercheurs, artistes, militantes et militants de la mémoire qui font émerger des vérités longtemps tues, qui restituent des voix, des noms, des visages, des destins. Pour faire admettre qu’un homme puisse posséder un autre homme, il a fallu construire un système de pensée, créer des catégories, fabriquer une prétendue hiérarchie entre les êtres humains. Nous savons que les préjugés survivent aux lois, que les stéréotypes survivent aux régimes politiques, que ces mécanismes n’appartiennent pas seulement au passé. Dans notre société demeurent des propos qui blessent, des actes qui excluent, des regards qui désignent, des discriminations qui enferment, des haines qui essentialisent et qui frappent. Nous le voyons lorsque des femmes et des hommes sont insultés pour leur couleur de peau, leur nom, leur origine réelle ou supposée. Nous le voyons lorsque des citoyens sont discriminés dans l’accès à l’emploi, au logement ou à certains droits. Nous le voyons chez tant de nos compatriotes ultramarins venus vivre dans l’Hexagone qui, trop souvent, ont découvert qu’ils devaient expliquer davantage que les autres qui ils étaient, d’où ils venaient, comme si leur appartenance à notre communauté nationale appelait encore une justification particulière. Nous le voyons lorsque des élus de la République sont pris pour cible, non pour leurs idées ou leur action, mais pour ce qu’ils sont supposés être. Ces actes et ces paroles suivent une même logique : considérer certains de nos concitoyens moins légitimes à appartenir pleinement à la communauté nationale et à représenter la République. Or la République ne l’acceptera jamais. Nous ne luttons pas seulement contre des actes et des propos haineux ; nous luttons aussi contre des représentations, des mécanismes parfois invisibles, des habitudes et des réflexes qui peuvent traverser le temps et les générations. Le reconnaître ne revient ni à enfermer quiconque dans une identité ni à considérer que l’histoire déterminerait mécaniquement le présent. Cela consiste simplement à admettre qu’une République fidèle à sa promesse universaliste doit aussi comprendre les mécanismes historiques qui ont parfois contredit cette promesse. L’universalisme républicain ne demande pas l’effacement des histoires particulières. Au contraire, il exige qu’elles soient pleinement connues afin qu’aucune partie de notre communauté nationale n’ait le sentiment que son histoire a été tenue à distance du récit commun. Reconnaître une histoire, ce n’est jamais simplement regarder vers le passé. C’est décider de l’avenir que nous voulons construire ensemble. Pendant trop longtemps, l’histoire de l’esclavage a été reléguée aux marges, faisant d’elle une histoire lointaine, une histoire ultramarine, presque une histoire à part. Or cette histoire n’est ni périphérique ni secondaire. Elle est une histoire française parce qu’inscrite dans notre droit et portée par les institutions de son époque, parce qu’ayant laissé son empreinte dans notre économie, nos institutions et notre histoire commune. L’histoire de l’esclavage n’appartient pas aux seuls outre-mer. Elle n’est pas une mémoire particulière au sein du récit national ; elle est une part de notre histoire commune ; elle appartient à la nation tout entière. C’est précisément là que cette proposition de loi trouve son sens. Non parce qu’une abrogation explicite pourrait refermer une histoire dont les effets traversent encore notre société, mais parce qu’elle participe d’un mouvement plus vaste qui consiste à regarder lucidement toute notre histoire, à la nommer pour ce qu’elle fut, à poursuivre le travail engagé depuis vingt-cinq ans par la loi Taubira, et à faire vivre dans notre présent l’exigence républicaine qu’elle porte. Une République forte ne détourne pas le regard de sa propre histoire. Elle sait qu’on peut enfouir une mémoire, la recouvrir de silence, croire que les vents de l’histoire l’ont emportée, mais qu’il arrive toujours un moment où la mer la ramène à notre conscience. Une République forte assume pleinement son histoire pour mieux rassembler.
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💬 • Aurore Bergé, Ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations • 2026 May 28 09:31:32
Pendant longtemps les morts de Saint-Paul, à La Réunion, ont connu un second effacement. Réduits en esclavage de leur vivant, ils semblaient avoir été condamnés, après leur mort encore, à disparaître une nouvelle fois. La terre les avait recouverts. L’oubli paraissait avoir gagné, jusqu’à ce qu’en 2007, sous l’effet de la houle et du cyclone Gamède, les ossements du cimetière des esclaves de Saint-Paul ressurgissent. Si le temps peut recouvrir les mémoires, il ne les efface jamais complètement. Le 20 décembre dernier, je m’y suis rendue à l’occasion de la, journée qui commémore à La Réunion l’abolition de l’esclavage. J’y ai vu plus qu’un lieu de mémoire ; j’y ai vu des vies trop longtemps réduites au silence et une histoire que l’on croyait enfouie revenir nous interpeller. Ce cimetière n’est pas isolé. Des Antilles à La Réunion, de la Guyane aux ports d’où partaient les navires de la traite, jusqu’au cœur même de nos institutions, cette mémoire imprègne notre territoire ainsi que notre histoire nationale et continue de nous adresser une même exigence : qu’acceptons-nous de laisser dans l’oubli ? Que décidons-nous de regarder en face ? Je veux saluer les députés Max Mathiasin et Olivier Serva ainsi que mon collègue Laurent Panifous pour leur engagement. Le mois de mai est devenu celui des mémoires de l’esclavage, de la traite et de leurs abolitions, et 2026 a une résonance particulière. Nous célébrons les 25 ans de la loi qui a reconnu l’esclavage et la traite comme crimes contre l’humanité, loi défendue par Christiane Taubira, à laquelle le président de la République a rendu hommage la semaine dernière. Cette année marque aussi les 20 ans de l’instauration de la journée nationale du 10 mai, à l’initiative du président Chirac sur les recommandations du Comité pour la mémoire de l’esclavage. Ces anniversaires nous rappellent une vérité essentielle : la mémoire nationale ne se décrète pas en un jour. C’est précisément dans ce cheminement collectif que s’inscrit cette proposition de loi, soutenue par le gouvernement. Au-delà de son adoption unanime en commission, je veux saluer le travail réalisé, notamment celui du rapporteur. Ce que nous appelons communément le Code noir, ce n’est pas un texte unique, isolé, figé dans notre histoire. Il s’agit d’un ensemble de textes adoptés notamment entre 1685 et 1724 pour organiser, adapter et étendre l’esclavage au sein des territoires coloniaux français. Historiquement, il est donc plus juste de parler d’un ensemble normatif colonial que d’un code au sens moderne du terme. Cette précision ne saurait cacher une réalité fondamentale : ces textes ont constitué le socle juridique de l’esclavage colonial français. Ils ont institué un droit d’exception. L’esclavage n’existait pas dans le droit commun du royaume, qui avait mis fin au servage dès le XIVe siècle. Il a fallu créer un cadre particulier, dérogatoire, à destination des colonies. Ce droit n’avait pas seulement pour objet d’organiser une activité économique – exploiter le sol pour la canne, le cacao, le café, la banane, la vanille. Il prétendait organiser un ordre social entier. Il définissait le statut des personnes, les rapports entre maîtres et esclaves, encadrait les sanctions, les questions familiales, religieuses et patrimoniales. Pour rendre acceptable l’inacceptable, il ne suffisait pas de contraindre les corps, il fallait aussi organiser les consciences, faire entrer l’inhumain dans le droit. L’article 44 de l’ordonnance de 1685 affirme que les esclaves sont des biens « meubles ». Ce mot instaure une rupture fondamentale, par laquelle un être humain cesse d’être considéré comme une personne et devient une chose. Il peut dès lors être acheté, vendu, transmis, saisi, comme si le droit lui-même effaçait une part de l’humanité. L’histoire de l’esclavage est aussi une histoire de résistances, vous l’avez rappelé, monsieur le rapporteur. Résister, ce fut préserver une langue quand tout visait à l’effacer. Résister, ce fut se soulever. Il y eut le marronnage – quitter l’habitation, briser les chaînes, disparaître dans la nuit. Il y eut, dans les forêts de Guyane, les communautés marronnes fondées par Claire et Copéna, et tant d’autres. À La Réunion, Cimendef et Marianne firent des montagnes qui portent désormais leurs noms des terres de liberté. Il y eut partout des femmes et des hommes anonymes qui, de refuge en refuge, reconstruisirent des espaces de vie là où le système esclavagiste prétendait ne leur laisser aucune place. Puis vint le temps des soulèvements. Il y eut Toussaint Louverture, esclave affranchi devenu stratège et homme d’État, qui porta jusqu’à son dernier souffle, au fort de Joux, une irréductible aspiration à la liberté. En Guadeloupe, il y eut Louis Delgrès, Joseph Ignace et Solitude, qui refusèrent le rétablissement de l’esclavage en 1802 et choisirent le combat plutôt que le renoncement. En Martinique, il y eut ceux qui préparèrent l’insurrection du Carbet en 1822, convaincus qu’il valait mieux risquer la mort que renoncer à la liberté. Il faut le rappeler avec force : les personnes réduites en esclavage furent les premiers opposants à ce système, les premiers résistants, les premiers artisans de leur propre émancipation. Leur liberté ne leur a pas été octroyée ; ils l’ont conquise.