Ces paroles s’inscrivent par ailleurs dans un contexte de tensions internationales croissantes autour de la Chine et de ses intérêts économiques. Elles ressuscitent un imaginaire dangereux à l’encontre des peuples asiatiques, directement hérité d’idéologies racistes et xénophobes, comme celle du prétendu péril jaune. Monsieur le ministre, reconnaissez-vous la gravité de vos propos et comptez-vous présenter vos excuses aux personnes et aux communautés que vous avez blessées ? (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.)
Dans ces circonstances, de tels propos, prononcés par un membre du gouvernement, ne peuvent en aucun cas être considérés comme anodins. Ils nourrissent un climat de méfiance et de stigmatisation, et participent à banaliser des logiques de violence à l’encontre des personnes d’origine chinoise ou perçues comme telles.
Elle constitue une incitation explicite à la violence physique à l’encontre d’une population désignée sur la base de son origine. Ces propos sont d’autant plus graves qu’ils interviennent dans un contexte particulièrement préoccupant. Longtemps banalisé et minimisé, voire invisibilisé sous couvert d’humour, le racisme anti-asiatique connaît depuis la pandémie de covid-19 une recrudescence alarmante. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.) Depuis 2020, l’hostilité, le harcèlement et les agressions visant les personnes perçues comme asiatiques ont fortement augmenté, en France comme dans le monde. Toute personne présentant des traits jugés asiatiques peut être prise pour cible, indépendamment de sa nationalité ou de son origine réelles – les témoignages sont nombreux. Des études montrent que 80 % des asio-descendants ont été victimes d’insultes et de propos ouvertement racistes en France.
Monsieur Papin, je vous interpelle à la demande de plusieurs associations d’asio-descendants de ma circonscription. Elles ont été profondément choquées et offensées par des propos que vous avez tenus lors de la cérémonie des vœux de la Confédération des petites et moyennes entreprises. Vous y avez déclaré : « Il faut casser la gueule aux Chinois. » Cette formulation brutale et crue a été largement diffusée dans les médias depuis cette date.
Une pièce de théâtre vous fait toujours un peu réfléchir. Il est important que ce théâtre aille partout, qu’il se déplace et prospère, que les troupes voyagent, que les champs soient mobilisés l’été et les gymnases l’hiver, que les gens aient encore du bien commun en dehors de la supérette et des informations, qu’ils partagent ces précieux moments de bonheur et ces liens indispensables qui fondent notre vie en société. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.) Mais ça aussi, vous le grignotez : le budget de la culture diminue de 175 millions d’euros. L’année dernière, l’économie sociale et solidaire a connu un plan de licenciement aussi brutal et intense que silencieux. Cette année, qui sera touché ? La culture, qui ne sert à rien dans vos esprits, alors qu’elle est essentielle quand les temps se troublent ? Pour les acteurs de la culture, pour les enseignants et enseignantes, pour les collectivités, pour les associations – et contre tout votre bilan, en fait –, nous voterons cette censure. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) Nos vies valent mieux que vos profits. Notre avenir vaut mieux que votre budget guerrier. Notre ennemi – souvenez-vous, monsieur Hollande –, c’est la finance. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et GDR.)
Quand le libéralisme vacille, il sacrifie la démocratie. Quand le capitalisme s’essouffle, la guerre est son débouché. Quand le féminisme progresse, le masculinisme devient violent. Quand la croissance est atone, le colonialisme devient la solution. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous sommes là, dans cet entre-deux, ce clair-obscur d’où peuvent surgir les monstres. Vous le savez, au fond, votre projet ne prend plus ; il ne séduit plus. Ô mon beau miroir, dis-moi qui a la plus belle croissance ! Personne, plus personne, répond le miroir. Parce qu’aucune des lois de l’économie n’est universelle, aucune ne s’impose à l’humanité. L’économie avec ses règles est une construction humaine ; il n’y a pas de science derrière ses dogmes ni d’évidence derrière ses lois. Aucun de ses préceptes ne nous impose de travailler plus, de produire plus, de consommer plus. Seuls les profiteurs nous chantent la mélodie de la croissance infinie dans un monde fini. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.) Pour un euro de profit, nous disent-ils, le ruissellement viendra ; tu ne seras pas moins pauvre ; en revanche, je serai plus riche. (Mêmes mouvements.) Donald Trump est une figure exécrable de cette violence : je prends, j’utilise, je jette. La prédation à l’état pur, le cynisme de l’argent, la brutalité de la cupidité. (Mêmes mouvements.) Il met ses testicules sur la table pour bien montrer qu’il en a. Il fera peut-être pipi aux quatre coins du monde pour y laisser sa trace. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP. – « Oh ! » sur les bancs du groupe RN.) En Russie, le même masculinisme est au pouvoir et se manifeste par la même attitude. Et nous, que sommes-nous ? Par la poursuite imprudente et dangereuse d’un modèle d’économie libérale, nous faisons leur jeu. Nous voulons les concurrencer, parler la même langue – for sure. (Rires sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.) L’interdépendance de nos économies joue comme un filet dans lequel nous nous prenons les pieds et qui empêche toute réelle résistance et autonomie. Nous importons de Russie des pesticides, de l’uranium et du gaz. L’interception d’un bateau ici ou là n’y changera rien. Nous continuons à craindre les droits de douane américains parce que notre économie tout entière en est dépendante. Probablement élèverons-nous la voix uniquement pour la forme quand Taïwan deviendra le centre des tensions du monde. Nous, les femmes, savons ce que certains hommes peuvent faire quand la situation leur échappe : ils usent de la force et sont capables de tout détruire, d’ over détruire, plutôt que de perdre. Nous nous imaginons l’espèce la plus intelligente du règne animal, cependant il n’est pas totalement exclu que nous soyons la plus stupide. Avec une détermination qui force le respect, nous estimons prioritaire de nous faire la guerre économique et, si celle-ci n’aboutit pas, de la faire avec les armes. Nous continuons coûte que coûte à détruire, à empoisonner, à assécher, à stériliser et à acidifier la terre et l’océan. Avec une constance qui suscite une forme d’admiration, nous poursuivons sans relâche, mais avec méthode, l’entreprise de rendre tout à fait impossible notre vie sur terre. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.) Il est temps d’inventer un autre monde, une autre société conçue sur trois piliers : la réparation, la protection et la sagesse. Nous devons réparer celles et ceux qui ont subi ou subissent encore cette course effrénée au productivisme, les terres abîmées, les paysages enlaidis et les ressources infectées. Nous devons protéger les ressources indispensables à la vie, telles que l’eau, la biodiversité, ainsi que le logement, la nourriture, la santé ou la culture, et sortir tout cela des règles libérales du marché. Que l’eau redevienne un bien commun ; que le logement ne soit plus un luxe ; que la culture et l’éducation restent des espaces d’émancipation. (Mêmes mouvements.) Nous devons faire preuve de sagesse : revenir à la raison, penser notre vie dans le respect des autres et les limites physiques de notre écosystème, dans la coopération caractéristique de chaque espèce vivante et non dans la supériorité ou la domination. Ne pas gâcher ; ne pas détruire inutilement ; ne pas surconsommer. Ce sont trois principes simples, trois principes de raison, trois principes de sécurité pour l’avenir. Rien dans votre budget ne permet de commencer ce tournant. Vous mitez les capacités des territoires à proposer une solution alternative en leur coupant les vivres. Pour l’écologie nous verrons demain, mais demain il sera trop tard. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.) Pour le social, cela se résume à peu près à cette phrase : marche ou crève ! (M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit.) En fragilisant budget après budget les services publics, vous rendez le consentement à l’impôt impossible : pourquoi payer des impôts si en retour il n’y a ni hôpital ni médecin, si l’école ferme et si le facteur ne passe plus ? (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.) Budget après budget, vous rétrécissez la culture à un fantasme de milliardaire en quête de suprématie. Arrêtons-nous un instant sur la culture. Aller au théâtre nécessite d’y penser à l’avance, de réserver, de se souvenir, de prévoir un peu, de planifier souvent. Cela occupe un coin de la tête entre l’achat du billet et la représentation. On se réjouit à l’avance. On se demande si cela sera bien. Le jour dit, on s’habille et on réfléchit au meilleur moment pour dîner – avant ou après la pièce, en fonction de sa durée. Ensuite, on apprécie, on rit ensemble, on pleure ensemble, on applaudit ensemble. À la sortie, on rentre, on en parle aux voisins et aux amis. On est content, on a vécu quelque chose. C’est tout l’inverse de CNews, qui vous assigne à un canapé et à une pensée, qui vous dicte la peur et vous indique les coupables.
La France est le pays d’Europe – cela a été dit – qui compte le plus de personnes tuées ou blessées par les forces de l’ordre. Ce simple constat devrait nous inciter à légiférer pour encadrer le port d’armes par la police et, par exemple, l’interdire à domicile, puisqu’on sait que c’est un facteur d’aggravation du nombre et de l’intensité des violences conjugales. Nous devrions légiférer sur les contrôles d’identité et les refus d’obtempérer. Nous devrions former nos policiers pour que ce chiffre diminue. Faire diminuer ce chiffre devrait être notre priorité nationale. Nous devrions nous inquiéter du fait que, en proportion de la population, nous sommes le deuxième pays d’Europe pour le nombre de morts dues à des tirs policiers. Au lieu de cela, nous renforçons l’impunité de ceux qui déshonorent l’image de la police. Comment en sommes-nous arrivés là ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.– Mme Cyrielle Chatelain applauditégalement.) Alors que la population se défie de la police, vous cherchez à assurer sa sécurité et son impunité plutôt que de faire en sorte qu’elle assure la sécurité de tous les Français et de toutes les Françaises. C’est indigne ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – M. Gabriel Amard applaudit également.)
Il se fonde sur l’article 70, qui a trait à la mise en cause personnelle, M. Odoul m’ayant citée. Monsieur Odoul, je souhaitais vous dire, puisque vous l’ignorez manifestement, que les races n’existent pas. (« Eh oui ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP ainsi que sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Celles et ceux qui les ont théorisées pour mettre dans le débat public une supériorité de certaines races, donc un suprémacisme (« C’est vous ! » sur plusieurs bancs du groupe RN) sont de votre camp. Ceux qui ont assimilé une religion à une race, c’est votre camp, dans les années 1930, quand il s’est agi de parler de la race juive : jamais nous n’entrerons dans ce débat !
Levez-vous ! C’est maintenant qu’il faut le faire ! Vous avez une responsabilité ! Demain, il sera trop tard ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP. – Mme Dieynaba Diop applauditégalement.)
J’en appelle au centre, au camp du président de la République et du premier ministre. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Camarades, il n’y a que deux côtés sur une barricade. Vous ne pouvez pas vous défiler face à la responsabilité que vous avez, en tant que députés, dans ce débat. Vous ne pouvez pas vous comporter comme si vous étiez juste au café ! Vous ne pouvez pas quitter vos bancs ! Vous avez une responsabilité historique ! De quel côté êtes-vous ? Du côté du racisme ou du côté des lois et du droit républicain ?
Nous assistons à une dérive particulièrement inquiétante, qui pose de nombreuses questions : le racisme devient une opinion politique et non plus un délit. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.)