Réintroduire l’acétamipride serait dans l’intérêt de la santé publique ou encore de l’écologie ? Vous allez me dire que c’est pour sauver les producteurs de noisettes… L’Ordre des médecins nous alerte pourtant : la réintroduction de ce pesticide neurotoxique met en danger en premier lieu les applicateurs et donc les agriculteurs et salariés agricoles. Drôle de moyen politique de « sauver » les gens ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Pourquoi ne mettez-vous pas plutôt fin aux droits de douane préférentiels dont bénéficie l’importation de noisettes produites en Turquie ? Vous n’en avez rien à faire des producteurs de noisettes, madame la ministre. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS ainsi que sur quelques bancs du groupe GDR.) Vous servez simplement la soupe aux industriels betteraviers qui exportent déjà massivement leur production. Est-ce encore le sens de l’intérêt général qui vous guide lorsque vous autorisez les mégabassines ? Elles sont principalement financées par la collectivité et par une majorité des agriculteurs mais elles ne bénéficient qu’à quelques-uns d’entre eux, notamment à quelques géants céréaliers qui exportent leur production et donc exportent notre eau. Madame la ministre, c’est le peuple qui est souverain, pas le président de la FNSEA. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Une pétition qui récolte plus de 2 millions de signatures, c’est un mouvement démocratique inédit pour dire non à cette loi mortifère. Alors, ramassez votre sens de l’intérêt général ou partez. (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS ainsi que sur quelques bancs du groupe GDR.)
Il n’est pas rare de devoir poser 2 ou 3 millions d’euros sur la table pour s’installer comme jeune éleveur de porcs. Forcément, la banque ne prête pas une telle somme sans garantie. Et c’est là qu’arrive la Cooperl avec son petit contrat : elle vous propose d’être votre garante à condition que vous utilisiez tous ses outils de production. Défendre la souveraineté alimentaire, vous dites ? La Cooperl a de forts intérêts financiers en Chine. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe GDR.) Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais moi, je ne mets pas tous les œufs de la souveraineté alimentaire de la France dans le panier de celui qui a des intérêts commerciaux à l’international ! Votre loi Duplomb ne va produire que ça : des fermes toujours plus grandes, toujours plus inaccessibles pour de jeunes éleveurs et détenues de plus en plus souvent par des grands groupes industriels aux intérêts internationaux. C’est votre boussole. (Applaudissements et « Bravo ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Marcellin Nadeau applaudit également.) C’est d’ailleurs aussi ce qui guide le reste de cette loi scandaleuse. Quoi d’autre ?
La Cooperl réclame la hausse des seuils de l’ICPE, qui facilitera l’agrandissement des élevages et les rendra plus compétitifs. Dans l’intérêt des éleveurs, vous dites ? Non. L’industrialisation de la filière porcine a mené à une chute du nombre d’éleveurs bien plus importante que dans les filières bovines, qui y ont résisté davantage. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.) L’agrandissement des fermes, c’est toujours moins d’éleveurs ; ce sont des exploitations toujours plus chères et donc toujours plus difficiles à transmettre.
Voyons ce qu’il en est. Si vous le permettez, j’aimerais qu’on parle d’abord d’élevage. Vous n’en avez rien à faire, des éleveurs : il suffit de voir comment vous les traitez quand ils se mobilisent en masse contre l’abattage total ou contre le traité avec le Mercosur. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP ainsi que sur quelques bancs des groupes EcoS et GDR.) L’élevage bovin en France est familial, majoritairement herbager, productif et donc intéressant pour la souveraineté alimentaire. Il est respectueux de nos paysages. Il préserve des emplois dans nos territoires ; il est même autonome en matières premières. Mais c’est sûr qu’avec tout ça, il n’est pas compétitif ! Notamment pas avec les fermes de 50 000 bœufs élevés aux hormones dans les pays du Mercosur, avec qui M. Emmanuel Macron négocie depuis dix ans un traité de libre-échange. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs des groupes EcoS et GDR.) Voilà peut-être ce qui explique votre mépris. La loi Duplomb n’est qu’une preuve de mépris supplémentaire. Elle ne contient qu’une seule mesure sur le sujet qui nous intéresse : l’augmentation des seuils à partir duquel un élevage est considéré comme une installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE). S’agissant de l’élevage bovin, cette mesure ne concerne personne : seuls 65 des 63 000 élevages bovins sont enregistrés comme ICPE et soumis à autorisation. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) En revanche, c’est une demande majeure de certains industriels du porc. La Cooperl, ça vous dit quelque chose ? Oui, bien sûr, puisqu’Arnaud Rousseau et la direction de la FNSEA la connaissent très bien. Cette immense coopérative – elle n’a d’ailleurs plus rien de coopératif – est en train d’accaparer tous les outils de production de l’élevage porcin en Bretagne : abattoirs, alimentation animale, antibiotiques, etc.
Très bien. Alors, faisons le bilan. Grosso modo, ça fait dix ans qu’Emmanuel Macron est au pouvoir. Savez-vous comment le nombre d’agriculteurs a évolué pendant ces dix ans ? On en a perdu 100 000 – bilan mitigé, je dirais. Il ne sort pas de nulle part, puisque vous avez enchaîné pendant dix ans des pseudo-lois agricoles (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS. – M. Marcellin Nadeau applaudit également) qui n’ont surtout jamais touché aux intérêts de l’agrobusiness – normal, c’est lui qui les écrit. Ces lois n’ont toujours eu qu’un seul objectif : toujours plus de compétitivité internationale. Et qu’un seul résultat : toujours moins de paysans. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Votre loi Duplomb s’inscrit dans leur droite ligne.
Madame la ministre de l’agriculture, attention : vous avez laissé tomber votre sens de l’intérêt général. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Si, regardez bien, il est par terre, à côté de votre respect pour les éleveurs. Il ne vous reste plus que l’agrobusiness et Arnaud Rousseau.
Ce ne sont pas des formules d’estrade : l’Organisation mondiale de la santé animale indique qu’il ne faut pas uniquement prendre en compte les éléments sanitaires, mais également les économies et les effets psychologiques sur les éleveurs, ce que vous ne faites absolument pas ! (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent.– Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.)
Madame la ministre de l’agriculture, où étiez-vous ? Où étiez-vous cet été, quand la famille Duchêne, la ferme de la Mésange bleue et tant d’autres encore ont subi par vos ordres l’abattage total de leurs troupeaux ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Où étiez-vous il y a un mois, quand vos services sanitaires n’ont pas trouvé mieux que de contraindre, à la carabine, un troupeau à la contention, avant de l’abattre pour de bon, sous les yeux de l’éleveur ? Où étiez-vous mardi dernier, quand des centaines d’habitants de votre département, le Doubs, venus soutenir la famille Lhomme contre l’abattage de ses quatre-vingts vaches saines, n’ont eu pour seule réponse que gazage et cars de CRS ? Où étiez-vous ? (Mêmes mouvements.) Constituer un troupeau, c’est le travail d’une vie – parfois de plusieurs générations. Il faut sélectionner les animaux et leur génétique, créer un lien de confiance. Vous ne pouvez rien faire subir de pire à un éleveur que l’abattage total. Vous allez me répondre : oui, c’est dur, mais c’est le seul moyen de protéger le cheptel français. L’Autorité européenne de sécurité des aliments, l’Efsa, indique pourtant que la solution la plus efficace pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse n’est pas l’abattage total mais la vaccination. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Sandra Marsaud s’exclame.) Or c’est vous qui bloquez la généralisation de la vaccination, pour éviter d’avoir à remettre en question l’Union européenne et ses politiques d’export dépassées. L’Efsa indique également que, lorsque la vaccination est effective, un abattage partiel a la même efficacité sanitaire qu’un abattage total. Quand vous imposez à la famille Lhomme l’abattage total de son troupeau alors qu’il est vacciné et que les élevages alentour le sont également, vous ne respectez ni les éleveurs ni votre dignité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) À l’heure du changement climatique, les épidémies s’enchaînent : il est urgent de mettre à jour les logiciels sanitaires. Demain, la Confédération paysanne et la Coordination rurale du Doubs organisent à Besançon une manifestation de soutien à la famille Lhomme. Nous y serons – et vous, madame la ministre, où serez-vous ? (Les députés du groupe LFI-NFP applaudissent et se lèvent. – M. Arnaud Bonnet applaudit également.)
…qui conduisent à la mise en danger de filières économiques entières et surtout à des situations de détresse psychologique inacceptables, alors que nous pourrions faire différemment et investir massivement, avec l’État, dans des dispositifs… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’oratrice. – Les députés du groupe LFI-NFP applaudissent cette dernière.)
Je vous invite à lire le rapport de l’Efsa sur la dermatose nodulaire contagieuse. Je n’ai rien dit de plus que ce qu’il y a dans ce rapport : une fois que la vaccination est effective dans un territoire, l’efficacité sanitaire d’un abattage partiel est équivalente à celle d’un abattage total. Dans ce cas, il devient obsolète de continuer à faire des abattages totaux. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Ensuite, il faut s’interroger sur tout ce qui entoure ces problèmes sanitaires : je pense non seulement à leurs effets sur l’économie et les filières, mais aussi à leurs conséquences psychologiques pour les éleveurs. Nous ne pouvons pas les mettre de côté, à l’heure où le changement climatique entraîne une accélération des épizooties. Arrêtons de fonder nos politiques sanitaires sur des logiques de marché européen. L’Europe entière doit se remettre en question sur le sujet. Nous ne tiendrons plus longtemps avec ces politiques d’abattage total systématique…
L’exonération proposée vise à soutenir les éleveurs, notamment ceux qui subissent des abattages totaux. La crise de dermatose qui a explosé cet été a en effet entraîné de nombreuses situations de détresse. Ce dispositif pallie un manque, mais il faut aussi que nous nous posions des questions sur nos stratégies sanitaires, afin d’éviter de voir se reproduire de telles situations de détresse. Avant-hier, par exemple, la Confédération paysanne nous a alertés sur un abattage total qui a eu lieu dans les Pyrénées-Orientales, dans des conditions inacceptables : les vaches n’étaient pas contenues, l’éleveur n’avait pas été mis au courant et l’expert n’était pas arrivé. Cela s’est fini par un abattage à la carabine. Ce n’est pas acceptable dans notre pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) En plus de ces exonérations, qui sont des mesures à la marge, nous devons donc avoir une véritable réflexion sur les moyens publics mobilisés pour gérer ces épidémies.
Monsieur Cazeneuve, vous ne soutenez pas les agriculteurs : votre système d’assurance récolte repose en grande partie sur des assurances privées. Par ailleurs, vous vous désengagez de ce système puisque le projet de loi de finances pour 2026 prévoit de baisser de moitié la dotation du fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA). Nous pourrons soutenir l’extension du DEP aux épizooties. Cependant, il s’agit d’un outil individuel alors que l’État doit apporter une réponse collective à la crise sanitaire, notamment en investissant massivement pour renforcer les effectifs d’urgence dans les directions départementales de la protection des populations (DDPP) – en Savoie et en Haute-Savoie, le nombre d’agents est trop faible pour accompagner correctement les agriculteurs. Il faut également investir davantage dans leur suivi psychologique – celui qu’assure la MSA est insuffisant. Les outils individuels, c’est bien, mais pensons au collectif. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Si nous comprenons l’esprit de cette déduction d’épargne de précaution, nous contestons sa pertinence. La DEP est un outil de gestion individuelle du risque climatique qui ne profitera qu’à ceux qui peuvent se permettre de l’utiliser. Par ailleurs, il ne remet pas en question le système d’assurance récolte institué par la réforme de Marc Fesneau, alors ministre de l’agriculture. Du régime des calamités agricoles, on est ainsi passé à un régime d’assurance privée qui ne fonctionne pas. Nous soutenons la création d’un fond mutualiste qui ferait peser le coût du risque sur l’ensemble de la société et qui impliquerait une participation de l’État. J’appelle votre attention sur la baisse de 50 % des moyens consacrés à l’assurance récolte que prévoit le projet de loi de finances pour 2026. Compte tenu du peu de succès du dispositif et du désengagement de l’État, un dispositif individuel comme la DEP permettra de couvrir certains agriculteurs, mais pas tous. Il faut donc trouver une solution mutualiste, tenant compte des enjeux du changement climatique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)