La présidente de l’Assemblée nationale est dans son rôle lorsque, dans le doute, elle saisit le déontologue. Néanmoins, nous aurions souhaité, par la suite, une marque de soutien à un élu injustement visé par une cabale ourdie par des intérêts privés. Puisque tout le monde, dans cet hémicycle, se fait fort de défendre les femmes, nous aurions également souhaité une marque de soutien à une collaboratrice parlementaire qui a été traînée dans la boue et dont la réputation a été livrée en pâture à l’opinion.
Ne nous y trompons pas : il ne s’agit pas d’une simple paparazzade, mais bien d’une entreprise méthodique destinée à surveiller, intimider et salir un parlementaire dans l’exercice de son mandat. Dans une démocratie, la puissance de l’argent ne saurait conférer un permis de traquer, la puissance médiatique un droit de diffamer, ni l’influence un privilège d’impunité. L’indépendance de notre assemblée et la liberté de ses travaux sont une garantie essentielle de notre démocratie. Ne pas condamner aujourd’hui de telles méthodes, c’est accepter que, demain, l’argent et l’influence puissent intimider les élus, fausser nos débats et peser sur l’expression du suffrage des Français. Alors que la saisine du déontologue de l’Assemblée nationale a pris vingt-quatre heures et s’est faite à grand renfort d’annonces publiques, depuis la révélation des coulisses de cette opération, c’est le silence radio ; silence coupable. Ma question est simple et appelle une réponse tout aussi sommaire : condamnez-vous sans ambiguïté ces méthodes de mafieux qui consistent à faire suivre un député pour mieux bâillonner notre assemblée ?
Un député – Charles Alloncle, notre collègue du groupe UDR – a été suivi pendant plusieurs heures et sans doute plusieurs jours dans les rues de Paris, jusqu’à la porte de son domicile. Des photographies prises dans l’illégalité la plus totale et révélant sa vie privée ont ensuite été publiées dans le seul but de mettre en cause son intégrité. Selon les révélations de, cette traque aurait été organisée, financée et relayée par de puissants intérêts privés.
En commission, ils ont détruit vos articles utiles sur l’accès à l’eau. En témoigne l’article 6 : tandis que la version initiale portait sur le stockage et la sécurité hydrique, la rédaction amendée propose un plan de surveillance à la charge des producteurs. Nous en sommes arrivés au point où les agriculteurs eux-mêmes nous demandent de supprimer des articles de ce projet de loi pour éviter de telles usines à gaz. À tous ces manques, que répondez-vous, madame la ministre ? La conjoncture, comme dans tous les domaines ? Le réchauffement climatique, la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient ? Qui nierait leur impact, mais est-ce le réchauffement climatique qui est responsable de vos alliances électorales avec la gauche, faisant de nous tous les prisonniers de leurs diktats, empêchant de libérer l’accès raisonné à la ressource en eau ? Est-ce la guerre au Moyen-Orient qui est responsable de votre impréparation, aboutissant à notre déficit coupable de souveraineté industrielle en matière de production d’engrais azotés ? Est-ce la guerre en Ukraine qui vous empêche de taper du poing sur la table et de remettre à l’ordre du jour la libre utilisation des produits autorisés en Europe pour sauver nos producteurs dans l’impasse ? Ce que nous apprend ce texte, c’est que même avec les meilleures intentions, on est impuissant lorsqu’on n’est pas libre. L’histoire récente de l’agriculture française est celle d’un abandon de souveraineté au profit de la fiction mondialiste, de l’Union européenne, de la gauche. Il est urgent de libérer l’agriculture de ce joug. Seul le bloc national, librement, y parviendra. En attendant, madame la ministre, puissiez-vous donner un avis favorable à l’ensemble de nos amendements. Nous tâcherons ainsi de sauver votre texte des griffes de vos alliés et de le rendre utile pour nos agriculteurs.
Les titres des textes agricoles dont nous débattons ne trompent plus personne. Un projet de loi d’urgence agricole ? Qui peut encore y croire, quand c’est le énième et que l’on peine à citer les résultats obtenus grâce aux précédents ? Les récents débats sur la loi Duplomb ont montré que la machine bureaucratique ne s’avouait jamais vaincue quand il s’agit de saborder les bonnes initiatives, en l’occurrence le sauvetage de plusieurs filières en permettant l’utilisation de substances autorisées partout en Europe. Des bonnes intentions, à coup sûr, ce projet de loi en est rempli : frein aux importations déloyales, encouragement à la consommation de produits français, meilleur accès à la ressource en eau, sécurisation du foncier agricole, nouvelles tentatives, après les échecs successifs d’Egalim, d’assurer un revenu plus juste aux agriculteurs. On pourrait presque y croire si ce projet de loi n’était défendu par la majorité en place depuis dix ans ! Nous soutiendrons toutes les mesures de bon sens que le projet contient et, comme d’habitude lorsqu’il s’agit d’aider les agriculteurs, ce texte ne passera que grâce au Rassemblement national et à l’UDR. Toutefois, la question principale qui animera nos débats à son sujet est la suivante : arriverons-nous à pallier ses trop nombreuses insuffisances ? En effet, ce projet reproduit les mêmes stratégies inefficaces face aux crises agricoles qui se succèdent. On veut encadrer, réglementer et – c’est vrai – protéger ; on ne propose presque jamais de simplifier, de libérer la production, d’éradiquer tout simplement les contraintes qui pèsent sur nos agriculteurs ! À l’orée de nos débats, je citerai trois exemples concrets des manques criants que présente ce texte. Premier exemple : produire, c’est pouvoir s’approvisionner et acheter des engrais à un coût qui permette de rester compétitif. Or le projet, dit d’urgence, ne consacre pas un mot à ce thème, alors qu’il s’agit d’une des urgences principales ! Le prix des engrais azotés a bondi de 70 % entre 2024 et 2026, alors qu’il avait déjà augmenté de 60 % entre 2020 et 2024. Pourquoi ? Parce que la France importe la moitié de ses engrais azotés et qu’elle est dépendante des importations de gaz pour ceux qu’elle produit sur son sol. Il est urgent de relocaliser notre production et de l’appuyer sur une ressource que nous maîtrisons : l’hydrogène produit à partir de notre énergie nucléaire. Cette stratégie industrielle aurait dû être appliquée depuis longtemps, au plus tard depuis le déclenchement de la crise ukrainienne, mais rien n’a été fait. À l’occasion de la niche parlementaire de notre groupe, nous déposerons une proposition de loi visant à assouplir la réglementation environnementale pesant sur ces projets de souveraineté. Madame la ministre, la soutiendrez-vous ? Deuxième exemple : produire, c’est avoir accès aux produits phytosanitaires jugés sans danger par les autorités de santé lorsqu’ils permettent de sauver une production. Interdire les importations déloyales tributaires de l’usage de substances prohibées en Europe – ce que fait ce texte – est une chose, mais cela n’aura pas de sens si, dans le même temps, vous laissez perdurer des inégalités qui favorisent les agriculteurs de nos voisins européens au détriment des agriculteurs français. Comme votre texte initial ne contient aucune mesure en la matière – c’est votre choix –, tous les amendements visant à poursuivre le débat sur l’acétamipride et à faciliter la reconnaissance mutuelle des autorisations de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques ont été jugés irrecevables. Troisième exemple : produire, c’est avoir accès à la ressource en eau. Dans ce domaine, votre texte initial contenait des mesures utiles : stocker l’eau lorsqu’elle est disponible pour prélever moins lorsqu’elle manque, protéger les captages sensibles et tenir ensemble quantité et qualité. Mais c’était sans compter sur vos alliés de gauche, à qui vous devez la reconduction en 2024 de votre majorité macroniste sur ces bancs.
Sur la dysphorie de genre, une vaste étude finlandaise portant sur plus de 2 000 jeunes orientés vers des services spécialisés montre que les besoins psychiatriques de ceux ayant connu une transition médicale ne diminuaient pas, passant de 9,8 % à 60,7 % dans les parcours de transition féminine et de 21,6 % à 54,5 % dans les parcours de transition masculine. À quand un examen lucide de nos propres politiques publiques en la matière ? Pour conclure, la jeunesse française a trop souffert d’être le terrain d’expérimentation de vos combats déconstructivistes. Si la prévention et la prise en charge de court terme sont indispensables – et notre attente en la matière est très forte, madame la ministre –, la santé mentale des jeunes Français ne s’améliorera que si on leur redonne un cadre, une confiance et un avenir. C’est ce cap que nous entendons tracer à I’UDR.
De plus, vous avez fragilisé les solidarités naturelles – la famille, les racines, l’histoire nationale, la filiation –, tout ce qui donne à un enfant le sentiment d’appartenir à plus grand que lui a été déconstruit et moqué. Or un jeune sans héritage, sans continuité, sans récit commun, est forcément confronté à l’angoisse. Angoisse qui est devenue votre fonds de commerce en matière environnementale. Vous avez choisi de répéter à des adolescents que leur avenir était condamné, que produire, se déplacer, consommer ou fonder une famille seraient des fautes morales, les laissant seuls dans leur dépression écoanxieuse. Enfin, vous avez importé dans l’adolescence des débats identitaires d’une extrême violence psychique.
Même chose à l’école. Sous couvert de nouvelles pédagogies, vous avez délégitimé l’autorité du professeur, affaibli l’objectivité du savoir et remplacé la transmission par l’animation, l’exigence par le laxisme. C’est ce culte de la déresponsabilisation qui laisse les petits tyrans harceler leurs camarades.
Lorsque 43 % des étudiants déclarent avoir connu une situation de détresse psychologique en 2021 et que la part des jeunes souffrant de dépression a doublé entre 2017 et 2021, nous ne sommes plus face à un simple malaise passager : nous faisons face à une crise profonde de la jeunesse française. Le gouvernement nous répondra qu’il a agi. Or la question n’est pas de savoir si l’État a produit des textes, mais de savoir pourquoi, après tant de textes, nos jeunes vont toujours plus mal. Depuis 2017, votre majorité a trop souvent traité la jeunesse comme un public à administrer plutôt que comme une génération dont il faut comprendre, accompagner et protéger le dynamisme propre. Le covid l’a révélé avec une brutalité particulière. Vous avez demandé aux plus jeunes de renoncer à l’école, au sport, aux amitiés, aux rites de passages – à tout ce qui structure une enfance et une adolescence. Puis vous les avez renvoyés, comme s’il ne s’était rien passé, aux mêmes procédures froides, aux mêmes écrans, aux mêmes systèmes impersonnels. S’il fallait retenir un symbole de cette gestion déshumanisée de la jeunesse, ce serait assurément la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants de 2018. Parcoursup a installé une angoisse nouvelle pour les jeunes. Un pays qui laisse croire que l’avenir se joue via un écran et sur la base d’un algorithme fabrique mécaniquement de la frustration et de l’angoisse. On pourrait multiplier les exemples de dispositifs insuffisants ou qui ont manqué leur cible : les lois sur la majorité et la régulation de l’espace numérique, arrivées seulement en 2023 et 2024 – trop tard pour toute une génération ayant grandi dans la comparaison permanente, l’exposition à la violence, à la pornographie, aux contenus addictifs ; la loi sur le harcèlement scolaire de 2022, encore très insuffisante, car une victime n’a pas seulement besoin d’une définition juridique de ce qu’elle vit, mais d’être protégée immédiatement, que ses alertes soient tracées et que les sanctions tombent ; enfin, la création en 2021 du pass’sport, très loin de toucher les 5,8 millions d’enfants qui en auraient besoin. Le macronisme s’est révélé impuissant à redonner du sens à la jeunesse, pour une raison bien simple : en plus de sa propre froideur administrative, il a fait sien le logiciel idéologique et sociétal de la gauche. Car la souffrance de la jeunesse ne vient pas seulement d’un défaut de prévention ou de prise en charge, mais d’abord d’un climat culturel anxiogène. Depuis des décennies, chers collègues de gauche, vous avez affaibli les repères qui permettent à un jeune de se construire. Quand une députée revendique un droit à la paresse, elle ne lance pas seulement une formule provocatrice, elle installe une idée délétère : l’effort serait suspect.
Les témoignages d’enfants victimes de violences dans le périscolaire affluent désormais de toute la France. Ils disent l’horreur et révèlent une défaillance grave de notre politique de protection de l’enfance. Il y a trois jours, nous apprenions qu’un enfant de trois ans aurait été violé dans les toilettes de l’école maternelle Voltaire à Paris. Ce que met au jour le mouvement MeTooEcole, ce n’est pas une succession de cas isolés, mais une réalité installée, faite d’agressions sexuelles, de viols, et d’alertes sans réponse immédiate. Partout, de l’affaire Bétharram aux dysfonctionnements de l’aide sociale à l’enfance, en passant par les cas d’inceste parental, le même schéma se répète : la parole de l’enfant est mise en doute, les signalements ne sont pas suivis d’effets immédiats et les adultes mis en cause ne sont pas écartés, ils sont seulement déplacés. Selon la Ciivise, 160 000 enfants subissent chaque année des violences sexuelles dans notre pays, dont près de la moitié surviennent dans des institutions censées les protéger. Il faut avoir le courage de nommer les choses. Nous sommes face à un système de prédation, rendu possible par la faillite de l’État dans sa mission de protection des plus vulnérables entre tous. Ce n’est pas juste un sujet municipal. Ce n’est pas juste un sujet parisien. C’est l’État qui a failli dans l’exercice de ses responsabilités. Madame la ministre de la santé et des familles, c’est en tant que député et en tant que père que je m’adresse à vous. Les familles brisent le silence, mais que deviennent leurs signalements ? Comment expliquer que des personnes signalées puissent encore être au contact d’enfants ? Alors que vous avez récemment annoncé la présentation d’un projet de loi dédié à la protection de l’enfance, pouvez-vous nous assurer qu’aucun angle mort ne subsistera et que nous ne découvrirons pas, dans quelques mois, un nouveau scandale dans un autre domaine de la petite enfance ?
Le groupe UDR votera unanimement pour l’amendement et le sous-amendement : il n’est pas neutre d’engager les soignants dans une procédure d’aide à mourir qui, je le rappelle, n’est pas un soin car, nous en sommes tous convenus, elle vise à mettre fin à la vie. La volonté qu’une large partie de l’hémicycle a manifestée, dès le début de nos débats, de faire évoluer ce texte jusqu’à la généralisation de l’euthanasie – y compris aux mineurs, cela a été revendiqué de nombreuses fois – montre que ce texte porte en son cœur des possibilités de dérive. Ce texte a quasiment été coécrit avec l’Association pour le droit à mourir dans la dignité, dont vous êtes, monsieur le rapporteur général, membre du comité d’honneur. Selon le fondateur de l’ADMD, « Le suicide conscient est l’acte unique authentique de la liberté de l’homme. » Son président estime que cette loi est un premier pas et que, dès que le principe de l’aide à mourir aura été autorisé, on pourra, année après année, élargir l’application de la loi aux mineurs et aux personnes protégées juridiquement. Je vous alerte tous : ceux qui pensent voter une loi d’équilibre, même une fois ces amendements votés, se trompent. Les déséquilibres résident dans l’essence même de l’aide à mourir, qui met fin aux soins jusqu’au bout et qui met fin à l’interdit de tuer – un interdit fondamental, à la base de notre société et de notre vivre ensemble.
Je vais présenter de manière groupée les cinq amendements que j’ai déposés. Amender le titre peut paraître secondaire mais ce n’est pas le cas : le titre d’une proposition de loi doit désigner ce qu’elle contient. Pour moi, pour ma conscience et celle d’un certain nombre de Français, cette loi sera certainement la plus grave que notre assemblée ait adoptée depuis de nombreuses années, voire décennies. Je souhaite par ces amendements sur le titre synthétiser ce qui a heurté notre conscience. Le premier titre que je suggère est : « proposition de loi visant à mettre fin au serment d’Hippocrate », ce serment par lequel les médecins s’engagent à ne jamais donner délibérément la mort. Ce texte revient sur l’interdit de tuer présent dans la mission du médecin depuis des millénaires. Le deuxième titre que je propose est : « proposition de loi visant à faire mourir le droit à l’aide ». La création d’un délit d’entrave, même si vous prétendez qu’il n’empêchera pas de dire à un proche notre souhait qu’il vive, poussera un certain nombre de personnes à se taire par crainte des sanctions possibles. Le troisième titre que je propose est volontairement provocateur : « proposition de loi visant à réduire le déficit de la sécurité sociale ». À chaque fois que nous avons souligné la nécessité d’être vigilants sur les pressions financières et les gains d’un certain nombre d’organismes qui se sont prononcés en faveur de l’aide à mourir alors qu’ils ont des intérêts financiers évidents, comme certaines mutuelles, vous avez toujours refusé d’insérer des dispositions permettant d’examiner cet aspect. Le quatrième titre que je propose est : « proposition de loi visant à légaliser les pratiques transgressives de certaines associations ». Il ne faudra jamais oublier que cette aide à mourir, le suicide assisté et l’euthanasie, ont d’abord été revendiqués par l’Association pour le droit à mourir dans la dignité, dont certains membres, à sa création, distribuaient illégalement des kits d’autodélivrance et ont publié, dès les années 1980, le livre. Voilà la genèse idéologique de cette loi. Enfin, le dernier titre que je propose est : « proposition de loi visant à fragiliser les soins palliatifs et l’offre médico-sociale ». En effet, tous ceux qui ont visité des services de soins palliatifs ont reçu le même témoignage des soignants : il est impossible de faire cohabiter dans une société et dans un même service le fait d’accompagner jusqu’au bout, de ne pas abandonner, et le fait de donner la mort.
Il vise à ce que la commission de contrôle et d’évaluation procède à « une analyse spécifique des conditions financières et organisationnelles de mise en œuvre du dispositif, excluant toute logique d’optimisation, de rentabilité ou d’incitation économique ». Il est nécessaire de procéder au contrôle des logiques financières sous-jacentes. Des soignants et des malades se sont étonnés des prises de position des acteurs mutualistes, à l’instar de Matthias Savignac, le président de MGEN, qui a fortement affirmé son soutien à l’ouverture d’un droit à l’aide à mourir ; je pense aussi à Éric Chenut, le président de la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF) ou à Thierry Beaudet, son prédécesseur à la tête de la FNMF, qui préside désormais le Conseil économique, social et environnemental (Cese), qui avait pris position en faveur du dispositif au nom de toutes les mutuelles, alors même que toutes n’y étaient pas favorables. Lorsque des acteurs mutualistes, qui ont potentiellement des intérêts financiers à l’ouverture d’un tel droit, prennent de telles positions, il est légitime de s’interroger de manière structurelle sur les pressions financières susceptibles de s’exercer pour l’élargir. D’où la nécessité d’un contrôle par la commission prévue à l’article.
Je voudrais rebondir sur les propos de ma collègue Mansouri. Donner une telle possibilité à des associations qui comportent dans leur objet statutaire la défense de l’accès au droit à l’aide à mourir est en effet problématique. Les membres de l’ADMD disent ainsi souhaiter que le texte aille plus loin. Son président affirme que dès que le principe de l’aide active à mourir aura été voté, on pourra enfin avancer rapidement et faire évoluer la loi vers ce qu’on souhaite, à savoir l’élargissement aux mineurs, etc. Que l’association qui pourrait se porter partie civile en invoquant le délit d’entrave soit celle qui veuille faire évoluer la loi est particulièrement problématique : on sait bien qu’elle pourrait s’en servir dans ce but.
À la reprise de nos débats, je souhaite citer les propos du président de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), tenus ce matin dans les médias – ce n’est pas anodin, puisque le rapporteur général est membre du comité d’honneur de cette association –, dénonçant une opposition totalement insupportable, qui ne cherchait pas le débat. Je m’en étonne. Est-ce que le fait de n’avoir qu’une minute pour défendre nos amendements, et de ne donner la parole qu’à un pour, un contre, ou deux pour, deux contre, et jamais à un représentant de chacun des groupes, est constitutif d’une opposition totalement insupportable ?
Il ne serait pas du tout favorable que ces personnes soient forcées contre leur volonté d’exercer ce droit – puisqu’il conduit précisément à la mort ! Elles ont donc besoin d’être particulièrement protégées, raison pour laquelle il est nécessaire de créer un délit d’incitation.
Je rebondis sur les propos de mon collègue Juvin afin de répondre à monsieur le rapporteur général. Vous dites qu’il n’est au fond pas nécessaire d’instaurer un délit d’incitation et que ce n’est même pas possible, puisque l’objet de ce délit est un droit. Nous pensons quant à nous que même s’il s’agit d’un droit, ce qui peut être compris positivement, celui-ci conduit à la mort quand il s’exerce. Certaines personnes peuvent donc ne pas avoir envie de l’exercer !
Monsieur le rapporteur général, vous avez dressé un réquisitoire éloquent contre nos amendements de suppression du délit d’entrave à l’aide à mourir, en affirmant qu’au fond, cette proposition de loi n’imposerait rien ni ne changerait quoi que ce soit pour ceux qui ne souhaitaient pas y avoir recours. Je voudrais citer le professeur Didier Sicard, qui a présidé le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) pendant plusieurs années et qui a rendu à François Hollande un rapport sur la fin de vie en 2012, soulignant que l’euthanasie véhiculait « des représentations […] négatives d’un certain nombre de situations de vieillesse, de maladie et de handicap ». Voici ce que disent beaucoup d’éligibles aujourd’hui : ce que vous imposerez à tous et à moi, c’est de devoir me demander chaque jour s’il ne vaudrait pas mieux que je ne sois pas là, ce qui est très lourd à porter. Nier que votre future loi fera peser ce fardeau, c’est la mort de la société, la mort de la fraternité. C’est pourquoi, étant donné les pressions internes et les pressions externes, vous devriez au moins vous prononcer en faveur de la création d’un délit d’incitation en miroir de ce délit d’entrave.
« Pratiquement, il n’a plus de devoirs. Il risque à tout moment de devenir une charge pour les siens. Et pour la société, en tant qu’inactif, c’est toujours une charge financière. » Je vous lis une autre phrase extraite d’un livre de l’ADMD : « Tout individu ne possédant plus ces facultés [cérébrales supérieures] peut être considéré dans un état sous-humain ou infra-humain, poussé à l’extrême dans le cas du débile profond. »
J’appelle l’attention de l’Assemblée sur le dernier alinéa de cet article : « Toute association régulièrement déclarée depuis au moins cinq ans à la date des faits dont l’objet statutaire comporte la défense des droits des personnes à accéder à l’aide à mourir peut exercer les droits reconnus à la partie civile […]. » Cette disposition peut concerner un certain nombre d’associations, mais dans les faits elle vise surtout l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Or cela me pose un problème que l’association capable d’invoquer ce délit d’entrave et de se constituer partie civile soit constituée de personnes, notamment d’administrateurs, qui, dans les années 1990, déclaraient encore dans un bulletin : « Et le vieillard, le plus souvent n’est plus utile à personne – même si, aimablement, on l’assure du contraire. » C’est ce qu’écrivait l’ADMD dans ses bulletins.