Le premier défi, c’est celui de la décarbonation du transport maritime. Permettez-moi de rappeler quelques chiffres. Au niveau mondial, le transport maritime est à l’origine de 4 % des émissions de gaz à effet de serre, un niveau proche de celui du transport aérien ou du numérique. De prime abord, ce chiffre peut paraître faible mais, sans mesures fortes de réduction de l’empreinte carbone du transport maritime, ces émissions en CO2 pourraient continuer d’augmenter de 50 % d’ici 2050 par rapport au niveau de 2018, notamment en raison de la hausse constante du volume de marchandises. Afin de réagir au dérèglement climatique et de réduire ses émissions de CO2, le secteur du maritime s’est fixé des objectifs très ambitieux, notamment celui de viser la neutralité carbone, d’ici à 2050, à l’échelle mondiale. Pour réduire l’empreinte carbone d’une flotte mondiale dont près de 100 000 navires dépendent du fioul lourd pour assurer leur propulsion, il existe trois leviers de décarbonation. Le premier, c’est la sobriété, qui passe par la réduction de la vitesse des navires, la mutualisation du fret et, d’une manière générale, la réduction du volume de marchandises. Ce levier dépend donc d’un changement de fond et de grande ampleur du modèle de commerce international. La transition énergétique ensuite, avec la substitution au fioul lourd de biocarburants plus durables, ce qui pose toutefois des problèmes de partage des usages : moins de 1 % des navires en circulation peuvent fonctionner avec des carburants alternatifs, du reste trois à cinq fois plus chers que le fioul. Enfin, la propulsion vélique consiste, je le répète, à recourir à des technologies développées et utilisées pour renouer avec la propulsion des navires par le vent. L’un de leurs nombreux avantages tient au fait qu’il est possible de les installer sur des navires existants ; la décarbonation de la flotte peut donc commencer sans qu’il soit besoin d’attendre son renouvellement. Auxiliaire ou principal, ce mode de propulsion permet de réelles économies de carburant et d’émissions de CO2 : 5 % à 20 % sur les bâtiments existants, plus de 30 % sur les nouveaux navires, jusqu’à 80 % dans le cas d’une propulsion principale. Le développement d’une filière vélique constitue donc un enjeu de souveraineté ; c’est la seule technologie mature et disponible qui permette de réduire la dépendance du transport maritime aux carburants fossiles. Le choc pétrolier qui renchérit actuellement les carburants illustre la pertinence, l’actualité de cette solution. Si la France, comme je le disais en préambule, se situe à la pointe des technologies et équipements développés pour assurer la propulsion vélique de navires existants, elle est également pionnière dans le domaine des voiliers-cargos. Avec l’émergence de néo-armateurs, la filière compte désormais quatorze équipementiers, seize compagnies maritimes spécialisées, trois usines – plus de 1 100 emplois créés depuis 2019, la perspective d’en créer 4 000 de plus et de répondre à 6 % des besoins en énergie d’ici à 2030. Cette proposition de loi très attendue par le secteur maritime en France et en Europe, mais aussi, à l’échelle mondiale, par l’Organisation maritime internationale (OMI), s’inscrit dans la continuité du pacte vélique signé il y a deux ans entre l’État et l’ensemble du secteur. Son article 1er, visant à définir la propulsion vélique, est le fruit d’un long travail avec les parties prenantes qui a permis d’aboutir à un consensus, notamment concernant le seuil de 50 % pour la qualification de propulsion principale vélique ; nous avons ajouté en commission la définition de la propulsion auxiliaire vélique, qui s’applique lorsque des équipements véliques sont installés sur des navires préexistants et qu’au moins 5 % de leur propulsion est assurée par le vent. Il importe que nos débats n’opposent pas la propulsion principale à la propulsion auxiliaire, qui sera le véritable moteur, si je puis dire, de la décarbonation du transport maritime ; car derrière ces définitions se cachent des enjeux de fléchage des financements prévus aux articles 2 à 5. L’article 2 vise en effet à rétablir les exonérations de charges patronales dont bénéficiaient, avant qu’elles ne soient supprimées par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2025, les armateurs maritimes employant un équipage à bord d’un navire à propulsion principale vélique. Il s’agit de tenir compte du fait que ces exonérations, créées par la loi du 20 juin 2016 pour l’économie bleue, entraient dans le calcul de l’équilibre économique des projets de construction et d’exploitation de ces voiliers-cargos aujourd’hui opérationnels. L’article 3 tend à étendre le suramortissement vert aux entreprises d’armement maritime utilisant des navires à propulsion vélique. La commission y a introduit un critère d’éligibilité : que les équipements véliques soient produits en France. Compte tenu de la réalité du marché et de la nécessité de soutenir la filière sans ajouter de barrière au bénéfice des aides disponibles, je présenterai un amendement visant à supprimer cette condition. L’article 4 prévoit une expérimentation de trois ans en vue d’élargir le périmètre des certificats d’économie d’énergie aux actions réalisées par les navires à propulsion vélique. L’article 5 vise à instaurer un fonds de décarbonation du transport maritime chargé de soutenir l’ensemble de la filière, y compris vélique. La commission a réservé ce fonds au soutien à la filière maritime français et à son industrie sur le territoire national ainsi qu’aux navires battant pavillon français. Je sais, monsieur le ministre, à quel point vous défendez pour tous les transports ce report des recettes liées aux ETS, les échanges de quotas d’émission. (M. le ministre acquiesce.) Afin d’encourager les filières agricoles ultramarines à recourir à ce mode de transport, les articles 6 et 7 prévoient d’étendre le régime fiscal spécifique à certains produits transportés à la voile depuis les départements d’outre-mer. Je vous remercie pour votre travail transpartisan et vous invite à soutenir ce texte. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR, EPR et Dem.)
Nous nous retrouvons, près de dix ans après l’adoption de la dernière grande loi sur le maritime, la loi sur l’économie bleue, pour examiner une proposition de loi, d’initiative transpartisane, sur le transport maritime, plus particulièrement sur le développement de la propulsion vélique. Elle a été adoptée à l’unanimité en commission la semaine dernière, au terme d’un débat qui a permis de l’enrichir, et j’espère qu’il en sera de même aujourd’hui – ou lorsque ce texte sera de nouveau inscrit à l’ordre du jour d’une séance transpartisane. Quelques mots tout d’abord sur ce qu’est la propulsion vélique. Il s’agit tout simplement de renouer avec la propulsion des navires par l’énergie du vent, une pratique vieille de plus de sept millénaires. La propulsion par le vent peut être auxiliaire, lorsqu’elle vient en complément de la motorisation classique, ou principale, lorsque le navire dépend majoritairement du vent pour avancer. Nous avons la chance, en France, d’être pionniers en matière de propulsion vélique grâce à un savoir-faire qui se situe au carrefour de nos expertises en matière de course au large et de nautisme. Le développement et la structuration de cette filière émergente contribueront à relever deux défis : celui de la décarbonation du transport maritime et celui de la préservation de notre souveraineté. Monsieur le ministre, après le discours que vous avez prononcé tout à l’heure devant les armateurs de France, je ne doute pas du soutien que le gouvernement apportera à ce texte.
La Commission européenne a engagé le 30 janvier dernier une procédure d’infraction remettant en cause l’exigence de pavillon national pour les activités de remorquage et de lamanage. Ces activités constituent un maillon essentiel du service public de sécurité maritime, pleinement intégré aux dispositifs de l’État, mobilisable par les autorités maritime et préfectorale, participant aux plans d’organisation de la réponse de sécurité civile, les plans Orsec, et aux autres dispositifs de sécurité civile. Elles sont engagées lors d’événements majeurs de pollutions, d’incendies industriels ou lorsque des navires sont en difficulté. Les exigences françaises en matière de pavillon et de maîtrise de la langue française ne relèvent pas d’une logique protectionniste : elles répondent à des impératifs opérationnels et de sécurité pour garantir la compréhension immédiate des ordres des autorités, l’intégration rapide aux dispositifs de crise et le respect du droit social et du travail français. La préservation de ce modèle repose donc sur des fondements solides de sécurité publique, proportionnés et justifiés par l’intérêt général. Je souhaite connaître les mesures par lesquelles le gouvernement entend défendre le modèle français du remorquage portuaire, garantir la sécurité maritime et civile et assurer la protection de l’environnement face à cette procédure européenne. Quelle est la position officielle du gouvernement ? Quelles actions concrètes comptez-vous engager pour défendre le modèle français ? Dans quels délais la France répondra-t-elle à la procédure d’infraction ouverte par la Commission européenne ?
Notre groupe s’opposera bien évidemment à la motion de rejet, d’abord par principe. Loin de moi l’idée de classer la priorité des motions de rejet, mais le vote de cette motion n’est-il pas un moyen de fuir sa responsabilité, comme l’a exprimé ma collègue ? La question qui nous est posée aujourd’hui est bien une question de responsabilité. Voter la motion de rejet serait irresponsable, d’abord pour ce qu’est notre hémicycle : un lieu de débat. La Nouvelle-Calédonie se singularise quant à elle par sa capacité à dialoguer, à préserver et à rétablir le dialogue, en surmontant les crises qui surgissent lorsque celui-ci se rompt. Il serait irresponsable de ne pas saisir la main tendue du gouvernement pour accompagner la relance économique du territoire, et de refuser le chemin tracé – même s’il est escarpé – par l’accord de Bougival. Cela serait irresponsable, tout simplement parce qu’en votant cette motion de rejet, on ne vient pas en aide à un territoire de la République qui en a grand besoin. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR et EPR ainsi que sur quelques bancs du groupe Dem.)
À première vue technique, cette proposition de loi est en réalité au plus proche de la vie des Français. Elle concerne en effet des situations humaines difficiles, auxquelles nombre de nos concitoyens sont confrontés. Les successions, tout d’abord, qui, nous le savons, constituent des épreuves, quel que soit le contexte. Elles deviennent d’autant plus difficiles lorsque s’ajoutent au deuil des différends liés à leur règlement. La crise du logement, ensuite. Un nombre bien trop élevé de nos concitoyens subit tous les jours les conséquences de celle qui sévit dans notre pays. Le nombre de personnes sans domicile est en hausse constante, atteignant le triste record de 350 000 l’année dernière, tandis que la production de logements sociaux connaît une baisse inquiétante. Rappelons qu’en 2024, seuls 82 000 logements ont été financés, soit le pire résultat depuis vingt ans. Cette crise du logement est aggravée par l’augmentation du nombre de logements vacants. En 2025, notre pays en comptait 3 millions, soit plus de 8 % du parc immobilier total. Depuis 1990, le nombre de logements inoccupés s’est accru de 60 %. Aussi notre pays fait-il face à une situation paradoxale : alors que de plus en plus de nos concitoyens peinent à se loger, le nombre de logements vacants est en hausse. Force est de constater que cette hausse est, au moins en partie, liée au cadre juridique des indivisions successorales, qui conduit à des procédures longues et complexes. Il importe donc de simplifier les procédures prévues par notre code civil en matière de règlement des successions lorsque ces dernières sont complexes, et ce dans un cadre légal qui respecte évidemment le droit de propriété. Le groupe Horizons & indépendants remercie nos collègues du groupe Les Démocrates pour leur engagement continu en faveur d’une simplification de la sortie de l’indivision successorale, afin de résoudre les situations complexes auxquelles nombre de nos concitoyens sont confrontés. Sur le fond, notre groupe se satisfait du maintien par le Sénat des avancées apportées par l’Assemblée nationale en 2025, que nous avions déjà saluées. Nous notons par ailleurs avec satisfaction que la Chambre haute s’est inscrite dans la continuité de ces travaux, en enrichissant ce texte de nombreuses mesures qui feront œuvre utile. Pour l’ensemble de ces raisons, le groupe Horizons & indépendants votera en faveur de cette proposition de loi, dont nous espérons une adoption conforme pour une application rapide. Ce texte est en effet une première pierre, absolument nécessaire, dans la réflexion que le législateur doit mener sur la simplification de la sortie des indivisions successorales et, de manière plus générale, sur la résorption de la crise du logement dans notre pays. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe Dem.)
Je souhaite le souligner d’emblée : ces deux textes ne s’opposent pas. Ils constituent les deux piliers d’un même édifice : le modèle français de l’accompagnement de la fin de vie. Le texte relatif à l’accompagnement et aux soins palliatifs mérite d’être adopté à l’unanimité par notre assemblée. Il défend une promesse essentielle : que plus personne, nulle part dans notre territoire, ne soit privé d’un accompagnement dans les derniers moments de sa vie. Je me réjouis que l’examen en séance publique ait permis de rétablir l’article 10 créant les maisons d’accompagnement et de soins palliatifs, qui avait été supprimé en commission. Ces structures, conçues comme des lieux de vie entre le domicile et l’hôpital, sont au cœur même de la promesse palliative que nous construisons. Cependant, j’exprimerai un regret : en réservant ces maisons aux seuls établissements publics et privés non lucratifs, nous avons fermé la porte à des acteurs qui auraient pu contribuer, dans un cadre strictement régulé, au déploiement rapide des soins palliatifs. Dans le contexte que nous connaissons, cette exclusion de principe me semble disproportionnée. S’agissant du second texte, relatif au droit à l’aide à mourir, je m’exprimerai – comme en première lecture – à titre personnel, car notre groupe laisse chacun déterminer son vote en conscience. Pour ma part, en conscience, je voterai en faveur de ce texte. Je le ferai car il est, comme je l’avais dit lors de la discussion générale, la traduction d’une promesse : ne pas abandonner ceux pour qui la médecine a épuisé ses ressources et dont la souffrance ne s’est pas apaisée. Je voterai en faveur de ce texte parce qu’il trace un chemin, exigeant, avec cinq conditions cumulatives, une procédure collégiale renforcée, une commission indépendante de contrôle et d’évaluation, une clause de conscience. Toutefois, je le voterai avec certains regrets. D’abord, la commission a supprimé la phrase selon laquelle « une souffrance psychologique seule ne peut en aucun cas permettre de bénéficier de l’aide à mourir », en faveur de laquelle j’avais voté en première lecture. Nous venons de la rétablir, à l’occasion de la seconde délibération, et je m’en réjouis. Cette phrase, redondante pour certains si l’on reprend l’ensemble des critères, rassurait de nombreux collègues hésitants. En la supprimant, nous avons créé une ambiguïté qui n’avait pas lieu d’être – heureusement, nous l’avons levée. Mon deuxième regret concerne le maintien du délit d’entrave à l’aide à mourir. Je le dis sans détour : cette disposition, qui ne figurait pas dans le texte initial, n’a pas de sens. Créer un délit d’entrave, c’est introduire une suspicion envers les professionnels de santé et les familles au moment même où nous avons besoin de leur confiance. Si je suis opposée à cette disposition, ce n’est pas parce que je souhaiterais entraver l’accès à cette aide, mais parce que je crains que ce délit n’éloigne davantage les soignants prêts à accompagner qu’il ne rassure les malades. Le troisième point, et non des moindres, a trait à l’administration de la substance létale. L’examen en séance publique avait d’abord abouti à laisser au patient le libre choix entre l’autoadministration et l’administration par un médecin ou un infirmier. Je m’en étais inquiétée – je n’étais pas la seule. Je salue donc la décision qui vient d’être prise, lors de la seconde délibération, de rétablir le principe que j’avais défendu dès la première lecture : l’autoadministration est la règle ; un soignant n’intervient que lorsque la personne est dans l’incapacité physique de procéder elle-même à l’administration de la substance. Ce rétablissement est une bonne nouvelle, mais l’équilibre reste fragile. Il a failli basculer dans l’hémicycle, et il pourrait basculer de nouveau. Sur ce point, je suis formelle : si nous imposons aux soignants de pratiquer le geste létal, comme s’il s’agissait du mode ordinaire d’administration de la substance, nous les perdrons. Or sans les soignants, il n’y a pas de loi – seulement un morceau de papier. Malgré ces regrets, je voterai en faveur de ce texte. Je le ferai parce qu’il reste, dans son architecture, fidèle à cette ligne de crête que nous avons trouvée : une possibilité offerte aux malades dans des conditions strictes ; un cadre qui respecte la conscience de chacun ; une procédure qui protège les plus vulnérables. En conscience, je voterai en faveur de ces deux textes. J’ai la conviction qu’ils nous honorent, non parce qu’ils sont parfaits, mais parce qu’ils reconnaissent que, parfois, la liberté est la seule forme de consolation que la République peut encore offrir. (Mme Dieynaba Diop et M. Aurélien Rousseau applaudissent.)
Je voterai en faveur de l’amendement parce que si nous voulons avancer en dépit de nos divergences, il faut lever toute ambiguïté – je rejoins sur ce point Mme Vidal, avec laquelle j’ai rarement été d’accord. Lors de l’écriture du texte, on m’a expliqué que, sur le plan juridique, « ou » voulait dire « et ». N’étant pas juriste, je ne pouvais pas le savoir. Votons ces amendements afin de nous réunir le plus largement possible : ils permettent de lever une ambiguïté qui peut constituer, chez certains d’entre nous, un frein à l’adoption du texte.
Je voterai en faveur de cet amendement. Ce que M. Monnet vient de dire, je vais l’exprimer avec mes propres mots. Cette proposition de loi a permis de tracer un chemin vers la possibilité, pour ceux de nos concitoyens qui endurent d’atroces souffrances, de terminer leurs jours en étant accompagnés jusqu’au bout. Ce chemin ne peut se trouver qu’à la condition d’embarquer les soignants, et il faut admettre que certains professionnels de santé ne veulent pas réaliser ce geste. Le modèle français que nous avons voulu construire repose sur cette association des soignants. Ensuite, je répondrai à M. Pilato que faire de l’autoadministration la règle permet de vérifier que la volonté du malade qui a demandé l’aide à mourir reste libre et éclairée, jusqu’à la fin. Je sais, c’est difficile, mais maintenir l’autoadministration permet de vérifier cela. Parce qu’un chemin a été tracé vers un modèle français de l’accompagnement en fin de vie, il faut que nous votions ce texte. Je ne le voterai que s’il retrouve son équilibre, ce que permettra l’adoption de l’amendement en discussion. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe HOR.)
Je l’ai déposé dans un souci d’égalité et de facilité d’accès, mais aussi de protection des pharmaciens qui exercent dans les pharmacies à usage intérieur et qui devraient préparer la substance létale sous forme de préparation magistrale pour des patients qui ne seraient pas hospitalisés. D’où également un souci de sécurité du transport de la substance. Aussi, je propose que cette substance létale ne soit pas délivrée sous forme de préparation magistrale mais sous forme de spécialité pharmaceutique. Je pense qu’on y gagnerait à beaucoup d’égards.
Comme M. Potier, je suis fière d’appartenir à un pays qui a adopté la loi Claeys-Leonetti. Je serais fière que notre pays se dote de cette loi (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe SOC), mais uniquement s’il s’agit d’une loi d’équilibre. Je rappelle à M. de Lépinau que le délit d’entrave ne figurait pas dans la version initialement soutenue par les promoteurs de ce texte, mais qu’il y a été introduit par voie d’amendements par La France insoumise. Autant dire les choses très clairement : je voterai en faveur de la suppression de ce délit d’entrave, qui n’a rien à faire dans une loi d’équilibre (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN, DR et UDR.– « Oh ! » sur de nombreux bancs du groupe SOC), tout comme je voterai contre la création d’un délit d’incitation. Si nous voulons que ce texte soit adopté, il faut nous en tenir au chemin qui a été tracé, lequel ne comportait ni délit d’entrave ni délit d’incitation.
Il ne faut pas laisser croire que le texte sur lequel nous travaillons – et qui, je l’espère, sera voté mardi – serait réservé aux personnes en Ehpad. Il n’est pas, non plus, réservé aux personnes en situation de handicap ou aux personnes âgées. Il ne faut pas davantage laisser croire à nos concitoyens que les personnes âgées en Ehpad ne sont pas correctement prises en charge. Je vous invite à lire la stratégie décennale : elle prévoit une équipe mobile de soins palliatifs par Ehpad, ainsi qu’un plan de formation pour les professionnels de santé qui y travaillent, notamment les infirmières. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.– M. Arnaud Simion applauditégalement.)
Même si l’amendement de mon collègue Marion n’est pas placé au bon endroit, j’irai dans son sens. Lors de l’examen, en première lecture, du texte relatif aux soins palliatifs, j’avais fait adopter un amendement qui insistait sur la nécessité de former les professionnels de santé aux soins palliatifs et à l’aide à mourir – la disposition a ensuite été supprimée. La mission d’évaluation de la loi Claeys-Leonetti a montré que les professionnels de santé n’avaient pas été formés à la sédation profonde et continue et que c’était l’une des raisons pour lesquelles cette loi n’était pas appliquée. Ne commettons pas la même erreur avec l’aide à mourir. Même si les professionnels auront, grâce à la clause de conscience, la liberté de ne pas accomplir cet acte, il est nécessaire de les former – tout comme il faut les former à la sédation profonde et continue jusqu’au décès.
M. Sitzenstuhl s’étonnait tout à l’heure du grand nombre de professionnels entourant le malade tout au long du processus. Or c’est précisément le choix qui a été fait ! C’est bien cela, le modèle français de l’accompagnement de la fin de vie : on ne veut jamais laisser le malade tout seul ; c’est une volonté. Si vous l’avez relevé, c’est que le texte est très bien écrit. Je vous remercie de l’avoir fait remarquer !
Il ne faut pas confondre les conditions d’accès et d’éligibilité, qui sont l’objet de l’article 4, avec les procédures. Nous sommes, me semble-t-il, tous d’accord pour dire que les soins palliatifs doivent être proposés et que leur accès doit être effectif.
Toujours dans l’espoir de trouver un équilibre permettant de rassurer ceux qui, tout en étant partisans du texte, craignent que des souffrances psychologiques puissent fonder à elles seules une demande d’aide à mourir, l’amendement vise à substituer à la conjonction « ou » les mots « et, le cas échéant », afin qu’une souffrance psychologique s’ajoute, « le cas échéant », à la souffrance physique ouvrant l’accès à l’aide à mourir. Nous étions parvenus à trouver ce point d’équilibre en première lecture.
Un équilibre avait été trouvé en première lecture grâce à un amendement adopté en commission. La disposition visée a finalement été supprimée en deuxième lecture par la commission. Notre objectif est que la loi soit intelligible pour tous les citoyens et qu’elle protège les soignants. Or parler de « souffrance physique ou psychologique » peut faire subsister un doute. Je ne crois pas qu’il soit superfétatoire de préciser que « la souffrance psychologique seule ne peut en aucun cas permettre de bénéficier de l’aide à mourir ». Si telle est notre volonté, écrivons-le clairement dans la loi ! Ce complément ne me paraît pas plus superfétatoire que la mention « quelle qu’en soit la cause » censée préciser que l’affection considérée est grave et incurable, mais qui n’apporte rien en réalité. Votons les amendements no 652 et identiques. Ils permettent de rétablir l’équilibre du texte, de préciser son objet et de rappeler qu’en aucun cas une souffrance psychologique seule permettra d’accéder à l’aide à mourir. Ils nous permettront de franchir un grand pas. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN, DR et HOR. – M. Stéphane Peu applaudit également.)
Ce texte s’adresse à des malades dont le pronostic vital est engagé. Par conséquent, monsieur Sitzenstuhl, il n’aura pas pour effet d’augmenter le nombre des décès ! Le dispositif modifiera seulement, pour certains de nos concitoyens, le moment et la manière de mourir. Vous avez travaillé sur le sujet : vous savez qu’en Belgique, l’euthanasie représente en moyenne 3 % des décès annuels – dans l’Oregon, c’est entre 0,5 % et 0,8 %. Parmi les 600 000 personnes qui meurent chaque année en France, nous permettrons désormais à quelques-unes, qui savent qu’elles vont mourir, de le faire de la façon dont elles le souhaitent. C’est tout ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et SOC.)
Je souhaite aussi supprimer les mots « quelle qu’en soit la cause », mais sans doute pas tout à fait pour les mêmes raisons que mes collègues. Ces mots alourdissent le texte et n’ont aucune valeur normative, comme l’a dit M. Hetzel. Or nous sommes ici pour faire la loi. De plus, une affection grave et incurable s’apprécie déjà au regard de critères médicaux, indépendamment de sa cause.
Cela veut dire que la mort est là, et il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de le dire ! Quant à savoir si la sédation profonde et continue jusqu’au décès est ouverte aux mêmes personnes, la réponse est non. L’avis 139 du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) spécifie bien que la sédation est ouverte aux personnes dont le pronostic vital est engagé à court terme mais pas à moyen terme, ce qui rend la loi dont nous débattons nécessaire. Avec les cinq critères cumulatifs posés, elle sera l’une des plus restrictives en matière de conditions d’accès à l’aide à mourir. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.– Mme Dieynaba Diop applauditégalement.)
M. Potier, qui est de gauche, est contre la loi ; je suis de droite et pour la loi. Il se dit fier d’être conservateur ; je suis, moi, fière d’être progressiste si cela signifie répondre à la demande de personnes en fin de vie, dont le pronostic vital est engagé et dont les souffrances sont inacceptables ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et SOC.) Monsieur Bazin, quand vous vous référez à un article, faites-le complètement : il est écrit que la phase avancée est « caractérisée par l’entrée dans un processus irréversible » – j’insiste sur ce dernier mot.