Assez de jeter l’anathème sur les uns et sur les autres. Je rappelle qu’il y a un an et demi, dans cette même assemblée, nous avons eu l’occasion de nous prononcer pour l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur les enfants et que, en raison de l’opposition du Rassemblement national, de l’UDR mais aussi de la gauche, nous n’y sommes pas parvenus. Nous avons perdu un an et demi. Chacun doit balayer devant sa porte. Humilité, unité : munis de ces deux mots-clefs, travaillons ensemble, dans le respect, pour protéger nos enfants.
Effroi, colère, dégoût et douleur – voilà ce que nous ressentons en pensant à Lyhanna et à sa famille. Il faut bien sûr que toute la lumière soit faite sur les causes de ce drame, mais j’ai une conviction profonde : notre système judiciaire peine à prendre en compte la parole des enfants, pleinement et. Quand un enfant parle, ce qui est déjà très difficile pour lui, cela devrait déclencher un code rouge général dans l’entourage et au sein de notre système judiciaire : on arrête tout et on met à l’abri la victime ainsi que tous les enfants susceptibles d’être menacés. Monsieur le garde des sceaux, comment comptez-vous améliorer concrètement la protection de l’enfant et la prise en compte immédiate de sa parole ? Le principe de précaution doit impérativement s’appliquer. Cela demande une vraie révolution dans la manière d’aborder ces crimes car on est souvent confronté à la difficulté de la preuve matérielle. Mais la difficulté ne peut pas signifier l’abandon de nos enfants ou l’impossibilité de juger ; il faut se donner de nouveaux moyens d’instruire ces plaintes. Vous aviez lancé, avant ce drame, d’importants chantiers pour mieux protéger les enfants, souvent contre l’avis général, je tiens à le préciser, de l’institution judiciaire, comme celui sur l’imprescriptibilité. Quelles sont à cet égard vos priorités sur lesquelles nous nous mobiliser ? Et puis je crois que dans les moments de douleur que nous vivons, on a besoin collectivement d’humilité et d’unité.
Comme ces débats touchent à leur terme, je remercie très sincèrement le gouvernement, à la fois la ministre de l’agriculture et le ministre délégué chargé de la transition écologique pour cette avancée majeure en matière de lutte contre la prédation. Cela fait très longtemps – vingt ou trente ans – que nos éleveurs attendent que nous reconnaissions la réalité de leur vécu en nous dotant de vrais outils pour les accompagner. Je remercie donc du fond du cœur les deux ministres, le collègue Roseren et tous les députés présents pour leur engagement. Il y a quelques années, j’ai rédigé un rapport d’information sur la question de la prédation, dans lequel je consacrais une partie importante aux lieutenants de louveterie – je proposais de leur donner le statut de pompier. Je remercie très chaleureusement notre collègue Pantel et le gouvernement qui a repris ces propositions dans le projet de loi. Merci du fond du cœur au gouvernement pour cette avancée majeure pour la protection de nos éleveurs. Cela s’adresse à la fois à la ministre de l’agriculture et au ministre délégué chargé de la transition écologique.
Je suis élue dans un territoire où est né le premier parc national de France, le parc de la Vanoise. La volonté de ses fondateurs était de préserver non seulement l’environnement, mais aussi toutes les activités humaines ancestrales de montagne, notamment le pastoralisme. Il faut tenir compte du fait que, dans nos parcs nationaux, la dimension pastorale est aussi importante que la dimension environnementale et de biodiversité. Or, dans les parcs, les éleveurs sont démunis, faute de moyens pour se défendre face aux loups. Certes, des mesures de protection existent, comme les chiens patous, qui posent néanmoins de graves problèmes : les parcs sont aussi les premiers espaces de randonnée, ce qui engendre des conflits d’usage majeurs. En privant des territoires entiers de toute possibilité de se défendre face aux loups, on crée des réserves à loups, avec des conséquences directes sur la biodiversité. Nos territoires le constatent déjà. Ainsi, en Savoie, les mouflons ont quasiment disparu, et nous savons pourquoi.
Nous rejoignons notre collègue Fesneau dans son opposition à l’amendement. Toutefois, cet amendement est sous-tendu par une réalité que nous vivons dans nos territoires : parfois, l’État appuie fortement sur le frein avant d’autoriser la sortie des lieutenants de louveterie. Il y a dans mon département un ou deux lieutenants de louveterie particulièrement efficaces et l’État refuse leur intervention même en cas d’attaque, en raison des quotas et de la régulation. Les éleveurs demandent l’intervention d’un de ces lieutenants, mais, comme l’État sait qu’il est bon, il refuse l’intervention car il sait qu’il en résultera des prélèvements.
Cet amendement est essentiel. La difficulté aujourd’hui, dans les territoires où la présence de l’espèce est historique, mais aussi dans les autres, c’est de disposer de suffisamment de lieutenants de louveterie à même d’intervenir. Multiplier les brigades de l’OFB mobiliserait beaucoup d’argent public. Face aux fronts de colonisation et à la multiplication des attaques, nous devons permettre aux éleveurs et aux chasseurs de procéder à des tirs opérants. Sinon, nous ne serons pas au rendez-vous de la protection réelle. Nous souhaitons que les tirs se terminent par un prélèvement en cas d’attaque. C’est du pragmatisme pour faire face à l’explosion de la prédation.
J’appelle tous mes collègues à voter contre l’amendement du gouvernement, qui me semble d’ailleurs être plus un amendement du ministère de la transition écologique que du ministère de l’agriculture. En commission, la majorité des députés ont voté pour mon amendement, qui modifie assez considérablement la façon dont nous gérons le loup. Il donne au gouvernement la possibilité de choisir entre deux logiques : soit un plafond exprimé en pourcentage, comme c’est le cas aujourd’hui, soit un plafond calculé par la différence entre le nombre de loups estimés sur le territoire national et un plancher correspondant au seuil minimal de loups en bon état de conservation. Cela laisse une souplesse au gouvernement, mieux adaptée à la situation actuelle, où la population augmente, que le seul recours aux pourcentages – en d’autres termes, cela permet de faciliter les prélèvements tout en garantissant un bon état de conservation. Je vous invite donc à voter résolument contre l’amendement du gouvernement.
Nous soutenons par principe cet amendement qui vise à changer de paradigme : il s’agit de considérer que nos éleveurs sont dans une situation de légitime défense, comme dans n’importe quel cas où quelqu’un se trouve en danger.
C’est un amendement qu’on comprend quand on est dans un département touché, parce qu’on constate souvent un manque de réactivité. Nous avons besoin de recevoir les autorisations d’intervention des louvetiers beaucoup plus rapidement ; or la gestion nationale du loup ne le permet pas. Toutefois, cet amendement pose problème dans la mesure où un département pourrait avoir atteint la totalité des quotas de prélèvement en six ou sept mois. Je comprends cependant votre logique : il faut absolument relever au maximum les capacités de prélèvement pour donner plus de souplesse au niveau local.
Faisons un peu d’histoire. Quand nous sommes arrivés à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes en 2015 avec Laurent Wauquiez, nous avons pris conscience de la gravité de la situation et nous avons instauré une mesure qui a fait la preuve de son efficacité : l’achat, pour les louvetiers, de lunettes thermiques à monter sur les carabines. Nous avons reçu l’autorisation de l’État de le faire. Pourquoi avons-nous agi ainsi ? Parce que les louvetiers, qui avaient le droit de procéder à des tirs de prélèvement en raison des très nombreuses attaques de troupeau, n’arrivaient pas à prélever des loups. Cet animal est très intelligent et difficile à chasser. Les louvetiers – je rappelle qu’ils sont volontaires – passaient leurs jours et leurs nuits dehors sans parvenir à rien, causant détresse et inquiétude chez les éleveurs. La caméra thermique a rendu opérants les tirs de prélèvement. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons autoriser son utilisation par les chasseurs. Le loup n’est plus une espèce strictement protégée. Les éleveurs subissent de nombreuses attaques. Il est temps d’étendre notre capacité d’action.
Pourtant, nous connaissons toujours le niveau d’attaques mortelles le plus élevé. Cela signifie que les mesures de protection ne suffisent pas et que nous sommes contraints de réguler la population de loups…
Sans protection, les dégâts seraient dix fois pires, mais elle ne permet pas de faire baisser significativement la prédation parce que le nombre de loups et la pression qu’ils exercent augmentent. Dans les Alpes, le massif touché depuis le plus longtemps, nous avons déployé depuis trente ans des mesures de protection, dont certaines, comme l’usage des chiens patous, ne sont pas sans effets sur le partage de l’espace montagnard.
Je remercie Mme la ministre pour ces précisions. Toutefois, cet amendement nous séduit car il revient à affirmer qu’il ne doit pas y avoir de prédateurs dans les zones d’élevage ovin. Je conteste totalement l’idée selon laquelle la protection contre le loup ferait disparaître, ou fortement baisser, la prédation, comme le disent certains.
Si nous ne changeons pas de paradigme de prélèvement, alors même que l’Europe le permet, nous nous rendrons coupables de l’abandon volontaire de nos éleveurs et de nos troupeaux. Je souhaite dire à Mme Pochon que, dans les Alpes, tous les troupeaux sont protégés. Or ces territoires subissent le plus d’attaques. Département le plus sujet à la prédation ? Les Alpes-Maritimes, où le loup est présent depuis trente ans et où les troupeaux sont tous protégés : on y a recensé 1 607 animaux tués. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, 1 373 victimes sont dénombrées, alors que les troupeaux sont protégés. On en compte 1 664 dans le Var et 1 019 en Savoie. Ces chiffres prouvent que les mesures de protection ne suffisent pas : il faut en venir à la régulation !
L’État ajouterait qu’il ne faut pas vous inquiéter : vous serez indemnisé avec l’argent du contribuable, et ce, chaque année – car vous subirez certainement la même agression l’année prochaine. Monde de fous, n’est-ce pas ? Voilà pourtant ce que vivent depuis trente ans nos éleveurs dans les Alpes et, aujourd’hui, partout sur le territoire national. Or leur travail à eux, ce n’est pas du papier, comme le nôtre. C’est du vivant, ce sont leurs animaux ! C’est du stress permanent, des animaux découverts éventrés, des agneaux égorgés qui agonisent et qu’il faut achever, des agriculteurs, leurs familles et leurs enfants en grande détresse.