Monsieur le rapporteur, je n’ai pas sorti le chiffre de 2 000 réservistes de nulle part ! L’objectif est d’atteindre 3 000 réservistes pour 2030, sachant que la réserve a été lancée en 2024. Il n’est pas nécessaire d’être mathématicien pour comprendre que, lorsque les deux tiers du délai sont écoulés, on devrait avoir atteint deux tiers de l’objectif, soit 2 000 réservistes. Voilà le calcul ! Madame la ministre, je n’ai pas inventé le chiffre de vingt réservistes : il figure au dans une réponse de votre ministère, signée par l’actuel premier ministre.
Toutefois, la suite sera moins agréable à entendre : en mai 2025, j’ai demandé à connaître le nombre des réservistes, étant observé que l’objectif annoncé était celui d’un effectif de 3 000 en 2030. La réponse de votre ministère, datée du 11 novembre 2025, faisait état d’une vingtaine de réservistes, plus de deux ans après le lancement de la réserve. Pour éviter d’être ridicules auprès de nos adversaires dans les prochaines années et pour atteindre l’objectif, fixé dans la loi, de 3 000 réservistes en 2030, est-il possible de viser un effectif de 2 000 réservistes en 2028 – ce qui est un minimum ? On ne peut pas se contenter d’attendre en restant sur le chiffre, assez grotesque, de vingt réservistes au niveau national : pourquoi pas trois boîtes de munitions, tant qu’on y est !
J’aborde un sujet qui n’est pas du tout évoqué dans le rapport annexé alors qu’il mérite d’y figurer : celui de la réserve industrielle de défense. Dans notre rapport visionnaire – soyons modestes ! –, Vincent Bru et moi-même avions proposé la création de cette réserve à l’hiver 2023. Cette création a été inscrite dans la LPM 2023 puis s’est concrétisée quelques mois après, en octobre 2023. Il faut savoir souligner les réalisations, c’est pourquoi je salue le lancement de la réserve industrielle à cette date !
Vous cherchez à mettre la poussière sous le tapis ! Chacun pourra le vérifier sur internet et sur nos réseaux sociaux : chaque année, les sapeurs-pompiers subissent 1 500 agressions, chiffre qui a encore connu une forte augmentation l’année dernière. Dans un tel contexte, vous voulez supprimer de l’article la mention de ces agressions ! C’est particulièrement indigne, mais peut-être ne voulez-vous pas froisser un certain électorat…
Non, vous ne rétablissez pas l’article 2 tel qu’il était rédigé à l’issue de la première lecture. L’article prévoyait que le rapport sur les risques psycho-sociaux aborderait la question des violences commises à l’encontre des sapeurs-pompiers, mais vous avez supprimé, dans votre amendement de rétablissement, les lignes mentionnant ce sujet. C’est particulièrement grave !
Vous nous aviez déjà fait le coup en commission le mois dernier. On aurait pu croire à une maladresse ou à un oubli, mais non, vous persistez, préférant nier les violences inacceptables dont sont quotidiennement victimes les soldats du feu. Serait-ce par peur de froisser un certain électorat ? Honte à vous ! La version actuelle du texte n’est pas parfaite, mais après un an d’attente et alors que le temps législatif qui nous sépare des grandes échéances de 2027 se réduit, nous le voterons en l’état, pour ne pas compromettre son adoption. Il ne s’agit que d’un premier pas, sur un sujet de niche. La sécurité civile, qui fait notre fierté, a plus que jamais besoin d’un projet de loi de modernisation ambitieux, vingt-trois ans après la loi relative à la modernisation de la sécurité civile, dite loi Mosc. Le gouvernement s’y était engagé : il doit tenir parole au moment où la désillusion commence à se faire sentir dans les centres de secours. Attention, il se pourrait que le feu couve !
Ils ne représentent que 5 % des effectifs des services d’incendie et de secours. Pourtant, leur apport au fonctionnement des Sdis et à la prise en charge des victimes est une réelle plus-value – il est indispensable. Chez les sapeurs-pompiers, les personnels de santé effectuent de multiples tâches, à commencer par le suivi médical des soldats du feu, qui, on le sait, sont exposés à de nombreux risques. Il y a les risques évidents, que tout le monde a en tête, inhérents à la mission des sapeurs-pompiers et qui allongent trop souvent la liste des morts au feu. Il y a des dangers plus insidieux, longtemps ignorés et encore insuffisamment considérés, comme celui induit par la toxicité des fumées et autres matières dangereuses qui pénètrent durablement les organismes et augmentent considérablement les risques de cancer. Plusieurs pathologies ont été reconnues comme maladies professionnelles chez les sapeurs-pompiers à la fin de l’année dernière – enfin ! Notre retard dans ce domaine était inacceptable et du chemin reste encore à parcourir, comme en matière de protection, de prévention et de dépistage. Enfin, il y a les dangers invisibles, les traumatismes psychiques et les dangers intolérables : les violences que subissent nos sapeurs-pompiers – on approchait 1 500 agressions officiellement recensées en 2024 et leur nombre était en forte hausse au premier semestre 2025, mais j’y reviendrai. Les personnels de santé des Sdis veillent donc sur ceux qui veillent sur nous, mais pas seulement. Ils jouent un rôle clé dans la bonne prise en charge des victimes, notamment en zone rurale. On ne peut admettre qu’une personne soit moins bien prise en charge, souffre davantage ou ait moins de chance de survie en cas de problème majeur selon qu’elle vive dans le 7e arrondissement de Paris, à Carcassonne ou sur le plateau de Sault dans les Pyrénées audoises. Dans les faits, souvent en raison de choix politiques, les différences sont inéluctables vu la situation de notre système hospitalier et de notre maillage médical. Nous ne pouvons nous résoudre à cet état de fait. Aussi les infirmiers et les médecins sapeurs-pompiers, en grande majorité volontaires, offrent-ils une solution pertinente pour mailler plus finement et efficacement nos territoires en complément des antennes du Samu. Ces professionnels de santé qui donnent de leur temps au service des autres, bien souvent en parallèle d’une activité professionnelle exigeante, méritent d’être reconnus et valorisés. La proposition de loi a le mérite de clarifier leurs missions et de créer un cadre d’emploi à part entière. Lors de la première lecture du texte, il y a tout de même un an, nous avions travaillé en bonne intelligence pour l’améliorer et plusieurs amendements du groupe RN avaient été adoptés. À cet égard, je salue une nouvelle fois le rapporteur pour son état d’esprit constructif sur un sujet clairement transpartisan. Le Sénat a organisé de façon plus lisible le texte – c’est heureux –, mais il a également supprimé plusieurs dispositions adoptées par notre chambre alors qu’elles allaient dans le bon sens. Je pense à la campagne d’information à destination des professionnels de santé, pour les inciter à s’engager dans les Sdis, et à la prise en compte des risques psycho-sociaux. Un amendement du groupe LFI vise justement à rétablir l’article dans lequel figurent ces dispositions, mais à un détail près : ses auteurs ont méticuleusement supprimé la mesure qui vise à prendre en compte les agressions envers les sapeurs-pompiers.
Collègue Léaument, ne parlez pas au nom des gens sans les consulter. J’ai rencontré les syndicats d’ambulanciers dans ma circonscription – une circonscription rurale, qui compte 292 communes, dans un département lui-même très rural, l’Aude. Ils étaient plutôt favorables à la géolocalisation. L’an dernier, lorsqu’il avait été prévu de revoir la convention pour réduire les taux de remboursement, ils étaient forcément vent debout contre cette décision. Ils m’ont dit qu’ils n’avaient rien à se reprocher, et qu’au moins, avec la géolocalisation, les gouvernants verraient qu’ils n’abusaient pas – même s’ils reconnaissaient qu’il pouvait y avoir des abus à la marge. Si certains ne font pas les trajets qu’ils déclarent, ils doivent être sanctionnés – c’est normal.
Je le répète, monsieur le ministre, l’amendement adopté au Sénat prévoyait une majoration de trois trimestres – contre un seul dans le décret – à partir de dix ans, puis d’un trimestre tous les cinq ans. Nous restons très en deçà de ce qu’avait voulu le législateur. Ce n’est pas à la hauteur ; c’est choquant pour les sapeurs-pompiers volontaires. Vous profitez de la passion de ces citoyens qui s’engagent. Attention : le feu couve !
Ce débat sur le contrôle de l’application des lois ne pouvait se tenir sans aborder le fumeux décret instituant la bonification de trimestres de retraite pour nos sapeurs-pompiers volontaires : quelle déception face à ce texte tant attendu ! Rappelons les faits. En 2023, dans le cadre de la réforme des retraites, un dispositif fait exceptionnellement consensus : l’octroi de trimestres de retraite pour nos sapeurs-pompiers volontaires. C’est une mesure de justice et de reconnaissance à la hauteur de leur engagement. Il aura fallu attendre trente-trois mois pour obtenir le décret d’application. J’ai personnellement alerté les ministres successifs sur ce sujet, mais ils ont repoussé la date de publication à de multiples reprises. Le 20 janvier, le décret paraît enfin et le constat est amer : l’amendement initialement adopté par le Sénat, avec l’avis favorable du gouvernement, prévoyait en effet trois trimestres dès dix ans, puis un trimestre tous les cinq ans. Votre décret, quant à lui, instaure un trimestre à partir de dix ans d’engagement, un deuxième après vingt ans, et le troisième et dernier après vingt-cinq ans : c’est tout. Nous sommes donc très loin de l’esprit du législateur. Pire encore, ce dispositif ne permet pas de partir avant l’âge légal, ni de dépasser le taux plein. Il ne bénéficiera donc qu’aux sapeurs-pompiers volontaires ayant une carrière professionnelle incomplète, autrement dit à une minorité d’entre eux. Pour les rares bénéficiaires, le gain moyen sera de quelques dizaines d’euros par mois, après parfois quarante années de service. Ce décret est un pied de nez aux plus de 200 000 sapeurs-pompiers volontaires qui sacrifient leur temps, leur santé, leur vie de famille et parfois leur vie pour porter secours. Ma question est simple : pourquoi ne pas avoir respecté vos engagements envers les sapeurs-pompiers ?
En outre, il s’agit simplement d’ajouter un petit mot dans le texte. Cela n’alourdirait pas le dispositif, car les logiciels existants permettent déjà cette détection.
Oui, je le maintiens. Nous avons eu ce débat en commission ; à cette occasion, j’ai pu expliquer ma position à M. le rapporteur. La proposition de loi concerne les petits commerces – il est vrai que, pour un épicier qui travaille seul, l’alerte sera inutile lors d’un braquage –, mais aussi les grandes surfaces. Or celles-ci comportent des postes de contrôle de sécurité dont les agents pourront, eux, faire appel aux forces de l’ordre s’ils reçoivent une alerte en direct ; dans ce cas, le dispositif serait donc pertinent. De plus, il permettrait de couvrir les malaises et les urgences vitales ; là encore, il est utile d’alerter le commerçant, y compris dans une supérette, car ces accidents peuvent toucher un employé se trouvant dans la réserve ou un client dans un rayon inaccessible à la vue du commerçant. L’amendement a donc un intérêt.