Près d’un quart des personnes sans domicile fixe âgées de moins de 25 ans sont passées par l’aide sociale à l’enfance. Les premières années sont charnières pour le développement : quand la majorité arrive, on termine ses études, on s’émancipe et on construit sa vie professionnelle. Cette période prend de plus en plus de temps pour les jeunes : les études s’allongent et le premier emploi stable n’est décroché en moyenne qu’à 27 ans. Les difficultés que rencontrent les jeunes à cet âge sont encore plus grandes pour ceux qui ne possèdent pas de capital social et qui n’ont pas l’appui de leurs parents ou d’une famille. Je sais que nous partageons ce constat. C’est pourquoi, lors de la législature précédente, la majorité a adopté en première lecture une proposition de loi de Brigitte Bourguignon, visant à renforcer l’accompagnement des jeunes majeurs vulnérables vers l’autonomie. Elle proposait de repousser l’âge limite des contrats jeune majeur de 21 à 25 ans, afin de mieux répondre à leurs besoins. Si le processus législatif n’a pas abouti, ces contrats ont toutefois été renforcés par la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants. Désormais, les départements ont la possibilité de prolonger les contrats jeune majeur de 21 à 25 ans. Il s’agit d’une simple faculté à la main du conseil départemental, mais elle est essentielle au vu des difficultés que ces jeunes traversent, notamment dans la poursuite d’études supérieures. Récemment, la décision du département de Loire-Atlantique de supprimer cette possibilité a causé l’émoi justifié des acteurs du secteur, qui savent combien cette aide est vitale. Il faut permettre aux jeunes de construire une vie stable, en leur donnant les armes nécessaires : c’est un investissement pour l’avenir, pour une société plus juste et équitable. Est-il envisageable de reporter à 25 ans l’âge limite du contrat jeune majeur ? À défaut, les départements pourraient-ils bénéficier d’un soutien supplémentaire pour financer cette prolongation ?
Ensuite, la contrefaçon et la contrebande freinent les actions de contrôle et de lutte contre le tabagisme, particulièrement chez les jeunes. Ce commerce parallèle ne doit pas remettre en cause les efforts consentis pour faire émerger la première génération sans tabac. Enfin, les buralistes sont les premières victimes de ces trafics. En raison de l’augmentation du prix du paquet et de la baisse de la consommation – dont nous nous réjouissons –, ils connaissent de grandes difficultés. Nous devons aider ces commerçants, qui jouent un rôle primordial sur tout le territoire, en faisant de la lutte contre la contrebande une priorité. Le Gouvernement a lancé le plan tabac 2023-2025 et le programme national de lutte contre le tabac 2023-2027, et obtenu de premiers résultats : des opérations de grande envergure ont été menées et le nombre de tonnes saisies par les douanes a augmenté. Toutefois, si nous voulons concrétiser notre ambition partagée de lutte contre toutes les fraudes, nous devons aller plus loin pour endiguer ce trafic en pleine expansion. Monsieur le ministre, quelles actions comptez-vous engager afin de lutter contre ces fraudes ?
La contrebande et la contrefaçon de tabac ont fortement augmenté ces dernières années sur notre territoire. Comme toutes les fraudes, elles constituent un problème majeur pour les finances publiques, préoccupant à plusieurs égards. D’abord, les cigarettes de contrebande représentent un risque très important en matière de santé publique. Une cigarette contrefaite renferme trois fois plus d’arsenic, sept fois plus de mercure et huit fois plus de plomb qu’une cigarette classique.
La crise sanitaire ainsi que les confinements successifs ont eu des effets négatifs sur la santé mentale des Français. Dans un rapport, Santé publique France note que le recours aux soins psychiatriques d’urgence a continué d’augmenter en 2023. Les Français sont près de 13 millions à souffrir de troubles psychologiques et leur santé mentale continue de se dégrader, en particulier parmi les 18-24 ans, chez qui les cas de dépression ont quasiment doublé entre 2017 et 2021. Sont en cause l’isolement, les addictions ou le rapport aux écrans, qui change le rapport aux autres, mais aussi la stigmatisation des problèmes de santé mentale. Le coût pour nos finances publiques est élevé. Les troubles psychiques représentent en effet le premier poste de dépenses en matière de santé : 14,5 % de la facture, 23,4 milliards d’euros pour l’assurance maladie, auxquels s’ajoutent 30 milliards d’aides indirectes, comme les indemnités journalières pour arrêt maladie, selon les chiffres du ministère de la santé. Je pourrais vous interroger sur de nombreux autres sujets : les étudiants, les seniors, les soignants, les agriculteurs, les policiers, les professeurs ; l’addiction, l’isolement ; les violences intrafamiliales, les violences faites aux femmes ; les prisons, les hôpitaux psychiatriques. Je ne retiens qu’une chose : nous pouvons encore faire mieux. Parmi tous les sujets qui méritent d’être abordés, je souhaite vous interroger sur un point qui me tient à cœur : les quartiers les plus pauvres de France. Disons-le simplement, on y trouve les mêmes problèmes que partout, mais en pire. La psychiatrie, vous vous en doutez, n’échappe pas à cette réalité. Si les Français souffrent d’inégalités territoriales en matière d’accès aux soins, les habitants des quartiers prioritaires sont ceux qui en souffrent le plus. Malgré les 15 500 psychiatres recensés en France en 2022, des disparités territoriales perdurent. Que fait l’État pour remédier aux difficultés particulières des quartiers prioritaires en matière d’accès aux soins de psychiatrie ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
Année après année, la lutte contre la délinquance trône toujours au sommet des priorités des Français. En la matière, la ville de Bordeaux n’échappe pas à la règle : le magazine Challenges lui a récemment attribué la troisième place de son classement des villes françaises les plus touchées par la délinquance. Et pour cause : les violences physiques sur les personnes y ont augmenté de 15 % en 2022, et de 12 % cette année. Pourtant, nous connaissons les solutions permettant de résorber cette délinquance. Tout d’abord, allouer davantage de moyens humains, budgétaires et matériels ; c’est ce que nous avons fait en programmant un budget de 15 milliards d’euros et la création de 8 500 postes supplémentaires de policiers et de gendarmes d’ici à 2027. Ensuite, parce que l’État n’est pas seul dans sa mission de lutte contre la délinquance, le Président de la République a souhaité l’instauration de contrats de sécurité intégrée (CSI), qui engagent réciproquement l’État et les collectivités, au premier rang desquelles les communes, afin de rationaliser et de renforcer leur action conjointe. Ces CSI ont déjà permis à plus de soixante-dix communes de contracter avec l’État des engagements réciproques en faveur de la sécurité de leurs concitoyens. À Bordeaux, depuis près de deux ans, les négociations avec la majorité municipale peinent à aboutir. Plusieurs fois, l’annonce de la signature du CSI a été reportée. Celui-ci permettrait pourtant de déployer des moyens supplémentaires et de renforcer la présence de policiers en ville, accélérant ainsi la réponse pénale. Les Bordelais ont droit à la sécurité, c’est une priorité. Madame la ministre déléguée, quand un CSI sera-t-il enfin signé à Bordeaux ?
Ma question s’adresse à M. Gabriel Attal, ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse. Je tiens à témoigner toute ma solidarité aux professeurs, aux enseignants, aux instituteurs, aux directeurs d’école et à l’ensemble du personnel éducatif. Dans notre histoire personnelle, il existera toujours un professeur qui nous a marqué le cœur et l’esprit, qui nous a donné l’envie de nous élever, de nous dépasser. Nous sommes nombreux à nous souvenir et à partager ces anecdotes des années collège et lycée. J’ai une pensée particulière pour ma professeure de français, Mme Bernadet, qui m’a transmis l’amour de la littérature et le goût de l’effort. L’un comme l’autre ne m’ont jamais quittée. L’école est un lieu d’apprentissage, d’autonomie, donc d’émancipation. L’école est un lieu où l’on peut se construire indépendamment de toute influence extérieure. Comme disait Jean Jaurès dans sa lettre aux instituteurs et institutrices, c’est le lieu où l’on peut être « mis en état, par une éducation rationnelle et libre, de juger peu à peu toutes les croyances et de dominer toutes les impressions premières ». Aujourd’hui, cette liberté est menacée. Chaque jour, des professeurs craignent d’aller enseigner ; des élèves angoissent en silence sur le chemin de l’école ; des parents s’inquiètent. Le climat dans lequel est plongée notre école n’est plus acceptable. La peur doit changer de camp. Face à l’urgence, le déclenchement du plan attentat a été l’une des premières réponses. Néanmoins, ce besoin de sécurité est plus profond et exige une réponse durable. Notre école doit redevenir un lieu de paix et de sérénité. Pour y parvenir, nous devons travailler avec tous les acteurs concernés. Ainsi, comment le Gouvernement compte-t-il, en associant les collectivités territoriales, répondre à ce besoin urgent de sécurité ? (« Très bien ! » et applaudissements sur les bancs du groupe RE.)