Depuis le début de nos débats, ce sera ma seule prise de parole en mon nom propre et non à celui de mon groupe. C’est un vrai sujet que celui des réalités linguistiques, historiques et culturelles de nos régions – peut-être pas de toutes, mais en tout cas de beaucoup d’entre elles – et je tiens à vous remercier, Colette Capdevielle, pour cet amendement que j’aime personnellement beaucoup. Sur le sujet que vous évoquez, on a besoin d’un débat plus large que celui que peut offrir un amendement surnuméraire, c’est pourquoi le groupe écologiste et social ne va pas voter votre amendement, vu le cadre de ce texte et l’accord fragile dont nous prenons acte. Néanmoins, cela fait du bien de pouvoir aborder dans cet hémicycle ce type de sujet – auquel il faudra un jour consacrer plus de temps, parce que c’est important.
Comme le prévoient les nombreux amendements identiques qui suivent, les Corses seront obligatoirement consultés. Prétendre l’inverse, en jouant sur les dates et sur les peurs, relève du mensonge. Sur la question de l’autonomie, les Corses ont déjà été consultés plusieurs fois : depuis plus de dix ans, ce sujet est au c?ur des programmes électoraux qui l’emportent. Nous voterons contre votre amendement qui, comme nombre des précédents et de ceux qui suivront, vise surtout à nous faire parler très longtemps. Nous achèverons l’examen de ce texte et nous l’adopterons !
Afin de trouver un consensus, nous voterons pour les trois sous-amendements – pourvu que, de cette manière, nous avancions dans l’examen du projet de loi constitutionnelle et que nous puissions nous retrouver, mardi, sur un vote commun. De notre part, l’effort est considérable – il me semble que les Écologistes font de très nombreux efforts depuis le début de cette discussion ! Espérons que nous allons enfin parvenir, une fois pour toutes, à nous mettre d’accord.
La rédaction de cet amendement n’est pas celle que souhaitait le groupe Écologiste et social, mais celle issue de deux heures de débat avec l’ensemble des représentants des groupes parlementaires. L’option que nous défendons est incarnée par le sous-amendement no 118 ; le sous-amendement no 117 propose un autre degré de compromis. Il est important que nous inscrivions ce signal, ce principe général de non-régression, non pas dans la Constitution, mais dans la loi organique, comme le propose l’amendement. Nous proposons désormais de l’inscrire à l’alinéa 5 de l’article unique pour rassurer tout le monde et rappeler qu’il relève des modalités d’application et donc de la loi organique. Nous avons trouvé un compromis qui fonctionne. J’entends les craintes, mais elles sont sans objet. Le principe de non-régression ne concerne que les modalités d’application de l’autonomie pour la Corse. On ne peut pas proposer de garantie plus forte que d’inscrire cette proposition à l’alinéa 5. De plus, cette proposition est importante pour la société civile corse, parce qu’elle est au cœur, non pas du compromis gouvernemental, mais des débats qui ont eu lieu en Corse. Nous avons tous pris l’engagement, quelles que soient nos positions, de respecter le consensus trouvé en Corse. Aller vers ce compromis – à quel degré, nous le verrons selon l’adoption ou non des sous-amendements nos 117 et 118 – nous permettra d’arriver à une solution honorable, puisque nous aurons tous fait un pas. En l’absence de loi organique, nous ne pouvons qu’envoyer des signaux. Encore une fois, il ne s’agit que de signaux circonscrits. En l’occurrence, le principe de non-régression enverrait le suivant : l’autonomie ne portera pas le risque d’une régression, d’une concurrence ou d’une plus-value, mais il y aura bien une adéquation entre le droit national et ce qui sera voté en Corse.
Nous sommes favorables à l’amendement de M. le rapporteur. Je rappelle que nous retirons les amendements nos 75, 76 et 79. J’entends la demande du collègue Cazeneuve d’une seconde délibération sur l’amendement no 73 et je l’appuie dans la mesure où nous recherchons le consensus, même si son adoption est un signal favorable pour beaucoup de Corses. Nous verrons comment s’oriente le vote une fois que tout le monde sera présent dans l’hémicycle. Entretemps, le vote sur l’amendement no 115 nous aura permis d’y voir plus clair. C’est peut-être un mal pour un bien que l’amendement no 73 soit resté dans le dérouleur : nous pourrons ainsi en rediscuter, après les votes qui vont suivre, à l’occasion d’une seconde délibération – que je demande aussi – mardi.
Oui : je défends ensemble les amendements nos 72 et 73, qui portent sur un autre sujet. L’amendement no 72 vise à rassurer en précisant la nature des normes – « de nature législative et réglementaire » – que pourra fixer la collectivité de Corse. Par l’amendement no 73, nous souhaitons ouvrir la possibilité d’une discussion sur le statut de résidence. Ce sujet, qui était au cœur des débats en Corse, doit être abordé dans notre discussion de législatrices et législateurs, quel que soit le vote final.
J’entends vos arguments, madame la ministre, mais il s’agit d’un projet de loi constitutionnelle, dans lequel nous inscrivons des principes, des signaux. Depuis le début de l’examen de ce texte, je dirais même depuis deux, trois, dix ans, selon les cas, nous nous sommes tous efforcés de travailler à une rédaction consensuelle dans cet hémicycle et en Corse. Nous vous demandons de comprendre notre attachement au principe de non-régression. Toutefois, parce que nos discussions sont riches, pour une fois, et parce que chacun fait des efforts, j’accepte, au nom de mon groupe, de retirer l’amendement no 114 et les amendements de repli, à deux conditions : qu’une majorité se dégage sur l’amendement no 115 et les suivants, ou tout du moins que nous soyons tous d’accord pour aboutir à un compromis ; que nous avancions plus rapidement dans la discussion des amendements afin d’achever l’examen du texte en fin de matinée ou en début d’après-midi, puisque les sujets les plus clivants auront été réglés.
Notre collègue Ugo Bernalicis l’a rappelé : pendant la suspension, nous avons longuement discuté, comme nous l’avons fait hier, pour tenter d’aboutir à une proposition commune – je suis désolée pour tous ceux qui ont dû nous attendre. L’enjeu est de rassembler le plus largement possible sur nos bancs. Nous nous heurtons à deux écueils : d’un côté, certains craignent que la formulation adoptée pour inscrire le principe de non-régression dans le projet de loi constitutionnelle soit trop restrictive et qu’elle bride la future loi organique ; de l’autre, des collègues pensent qu’elle ne permet pas d’aller assez loin ou qu’elle pourrait concerner un trop grand nombre de domaines. Je rappelle que la volonté d’inscrire le principe de non-régression en matière sociale et environnementale dans le texte émane de la société civile corse. Elle est issue du terrain et a été reprise par les élus corses, puis par nous, législatrices et législateurs, dans le but d’apporter un maximum de garanties pour éviter d’éventuelles dérives liées à l’autonomie de la Corse au sein de la République. Avec nos différents amendements, nous souhaitons dégager un consensus autour de ce marqueur important : quelles que soient les normes sur lesquelles la Corse est autorisée à légiférer, le principe de non-régression garantit que ces normes ne pourront jamais être inférieures à celles en vigueur dans le reste du pays et qu’elles s’inscrivent dans un cadre législatif clair. Nous sommes, je crois, toutes et tous d’accord sur ce principe. L’autonomie ne doit jamais signifier la régression. Toute la question est de savoir comment inscrire ce principe dans la loi en l’absence d’une loi organique, mieux à même de le décliner. Nous vous proposons donc de le mentionner dans le projet de loi constitutionnelle et de renvoyer les détails à la loi organique. Il ne s’agit aucunement d’une marque de défiance vis-à-vis de la Corse, je le répète, puisque cette demande émane de la société civile corse elle-même. Il ne s’agit pas non plus d’une marque de défiance à l’égard de ce projet de loi constitutionnelle, lequel permet, comme il se doit, de fixer un cadre général et d’inscrire de grands principes – et non leurs détails. Précisons que les amendements identiques nos 113 et 114 portent uniquement sur le principe de non-régression sociale et environnementale.
Nous reprenons cette fois-ci la formulation applicable à la Polynésie française. Si la Polynésie française bénéficie de ce dispositif, nous pourrions en débattre s’agissant de la Corse. Nous avons reçu de longues réponses sur l’ensemble des sujets, mais dès que nous abordons la question de la langue, le débat est expéditif. C’est fort dommage.
En commission des lois, il s’agissait bien d’un amendement d’appel, puisqu’il faisait référence à l’article 2 de la Constitution. Nous ne sommes absolument pas dans ce cas de figure s’agissant de cet amendement : je vous invite à le relire.