Comme si la seule mobilité imaginable en 2026 face au dérèglement climatique restait la voiture individuelle, fût-elle électrique ! Votre niveau de déconnexion et d’incompétence est stupéfiant. Vous voulez protéger les paysages de montagne ? Vous affaiblissez le principe de continuité de l’urbanisation, cette règle qui empêche le grignotage des terres agricoles. Quel en sera le résultat demain ? Toujours davantage de béton et d’étalement sur des terres qu’il faudrait au contraire sanctuariser. À chaque étape de ce texte, la même mécanique s’impose : on consulte les chambres d’agriculture, dont la Cour des comptes pointait les dérives et l’hostilité systématique à toute évolution des pratiques, et on oublie les associations environnementales, les habitants, les usagers de la montagne, le pastoralisme. Ce texte n’a pour ambition que de rafistoler un modèle à bout de souffle au lieu d’ouvrir enfin le débat sur la bifurcation qu’exigent nos montagnes et qui doit traiter de la sobriété des usages de l’eau, de la reconversion des stations de basse et moyenne altitude, qui n’auront bientôt plus de neige, du soutien massif à une agriculture paysanne et du développement des transports collectifs. Parallèlement, la même majorité nous explique qu’il n’y a plus d’argent pour l’hôpital, l’école, la transition écologique, et cherche tous les moyens de complaire aux mêmes lobbys, aux mêmes filières et au même productivisme dépassé ! La montagne brûle, au sens propre : chaque année, les incendies se déclarent à des altitudes un peu plus élevées – ce fut le cas la semaine dernière en Savoie, où l’incendie de Pralognan a vu périr, à 21 ans, le sapeur-pompier Baptiste Gerfaud-Valentin, à qui je rends hommage. Et vous, vous y répondez par un texte d’un autre temps, cyniquement déconnecté des enjeux climatiques actuels. C’est un déni irresponsable de la réalité scientifique et une démonstration de plus qu’entre vos mots et vos actes, il y a un gouffre que votre texte ne parvient pas à combler. Pour toutes ces raisons, nous voterons résolument contre cette proposition de loi. Nous aurions aimé examiner un texte réellement engagé pour la montagne, mais vous n’avez pas été capables de nous le proposer : des sujets nombreux et multiples auraient pu y être abordés, mais vous les avez complètement oubliés au profit du seul productivisme.
Il y a des textes dont le contenu offense le titre et celui-ci en fait partie. « Pour une montagne vivante et souveraine » ! Permettez-moi de vous dire, avec toute la gravité que le sujet impose, que ce texte organise l’exact contraire : il tend à épuiser les ressources de la montagne, vis-à-vis desquelles vous vous comportez comme des prédateurs, en toute conscience. Nous parlons de territoires où les glaciers ont perdu 70 % de leur volume depuis 1850, dont 10 à 20 % depuis 1980. Nous parlons des Pyrénées où ne subsistent plus que 10 % des glaciers historiques, qui disparaîtront de notre vivant à toutes et à tous, ou presque. Nous parlons de sommets où le thermomètre a déjà grimpé deux fois plus vite qu’ailleurs en France. Ce ne sont pas des projections lointaines : c’est ce que nos concitoyens vivent dans leur chair chaque été, quand la canicule s’installe et que la température ne redescend même plus la nuit en altitude, et chaque hiver, quand la période d’enneigement fond année après année comme neige au soleil. Ce n’est pas tout. La fonte des glaciers, ce ne sont pas seulement des paysages qui changent : ce sont nos réserves d’eau douce qui s’assèchent. Les glaciers sont les régulateurs naturels de nos bassins-versants et, selon le Giec, leur recul entraîne une diminution durable des apports en eau douce en période estivale, au moment même où l’on en a le plus besoin. Face à cette réalité, que fait ce texte ? Il assume noir sur blanc une vision purement productiviste de la montagne, un soutien à l’agriculture sans la moindre bifurcation agroécologique, une promotion de la filière bois pensée suivant une logique d’exploitation – au moment même où nos forêts absorbent 24 millions de tonnes de CO2 de moins qu’auparavant – et une gestion de l’eau qui la pense non comme un bien commun à préserver, mais comme une ressource à répartir entre intérêts concurrents. Ce texte ne traite jamais la montagne comme l’écosystème vulnérable qu’elle est, mais comme un gisement à rentabiliser. Face à ce constat, quelles réponses nous proposez-vous ? Ni plus ni moins que ce qui nous a menés à la catastrophe climatique actuelle et nous conduit vers celle qui vient. Derrière vos grands mots qui sonnent bien – « résilience », « souveraineté » –, que trouve-t-on ? Du vent ! Vous voulez répondre à la raréfaction de l’eau ? Vous nous proposez de la stocker dans des retenues en mettant sur le même plan, dans le texte, l’eau potable et l’enneigement artificiel pour les pistes de ski. Quelle indécence, alors que des scientifiques du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) nous expliquent que ces bassines sont un non-sens écologique et ne profiteront qu’à une infime partie de l’agriculture ! Vous préférez retarder l’échéance plutôt que de vous attaquer à la vraie question : celle du modèle agricole intensif et de la restauration de nos sols. Vous voulez répondre à l’enclavement ? Vous multipliez les bornes de recharge pour voiture individuelle électrique sans dire un mot des trains, des cars et autres transports en commun de montagne.