La situation des étudiants ultramarins est évidemment complexe, pour plusieurs raisons. Dans beaucoup de territoires d’outre-mer, seule une partie des formations existe sur place, ce qui limite le choix – c’est aussi le cas dans certains territoires ruraux de l’Hexagone, me direz-vous ; mais outre-mer s’y ajoute l’éloignement. Nous agissons dans deux directions. La première consiste à renforcer les capacités d’accueil et de formation des universités et établissements présents sur place – nous le faisons dans de nombreux territoires d’outre-mer. Il est vrai que cela prend du temps : on ne crée pas une université d’un coup de baguette magique, et développer des disciplines qui n’y existent pas encore exige à la fois du temps et des investissements. Se pose aussi parfois la question de l’utilité d’un tel effort : quand une filière n’attire que peu d’étudiants, une formation créée sur place risque, faute de volume, pour ainsi dire, de ne pas être la plus indiquée. La question reste donc complexe. Du reste, l’enseignement à distance et les campus connectés, sans être la panacée, sont aussi une option. La seconde direction consiste à faire venir les étudiants ultramarins dans l’Hexagone, grâce à tout un dispositif de bourses. Vous l’avez souligné, des points de charge supplémentaires leur donnent aujourd’hui la priorité dans les résidences universitaires des Crous. Faut-il aller plus loin ? Oui, j’en suis convaincu, même si nous avons déjà essayé de faire beaucoup.
Pour votre bonne information, depuis la création de la plateforme, il est possible de formuler jusqu’à dix vœux, assortis d’éventuels sous-vœux. Il s’agit d’un maximum, mais il n’est nullement obligatoire de formuler dix vœux. Vos sources ne semblent donc pas tout à fait exactes en la matière. Au-delà de cette précision, la question que vous soulevez renvoie aux aspirations de la jeunesse, qui dépassent le seul cadre de l’enseignement supérieur ou des lycées. Il existe probablement une forme de malaise chez les jeunes, liée à la société dans laquelle nous vivons, mais aussi une aspiration à agir, à se rendre utiles et à trouver leur place dans un monde complexe, marqué notamment par l’émergence de l’intelligence artificielle et par le réchauffement climatique, qui soulève des questions particulièrement délicates quant à l’avenir de notre planète. Notre responsabilité collective est de proposer à cette jeunesse-là des solutions et des formations susceptibles de répondre à ses aspirations.
…alors qu’il n’y a jamais eu autant d’étudiants habitant hors de Paris intra-muros qui font leurs études dans Paris intra-muros ? Comment peut-on affirmer que cette plateforme opère un tri social, alors qu’elle est la première à avoir instauré des quotas en faveur des boursiers ? Ces quotas, qui n’existaient pas dans les dispositifs antérieurs, ont permis à 150 000 jeunes d’accéder à des formations auxquelles ils n’auraient pas pu accéder s’ils n’avaient pas été boursiers. Ces résultats sont tangibles et vérifiables. Certes, cette plateforme a mille défauts et demeure sans doute très perfectible. Mais répéter que Parcoursup procéderait à un tri social, c’est entretenir une contrevérité et c’est faux, monsieur le député.
…ce qui ne signifie évidemment pas qu’il faut cesser de proposer des offres dans l’enseignement supérieur public. Néanmoins, il me semble que la liberté de l’enseignement a son importance dans l’enseignement supérieur, et je n’irai jamais à l’encontre de ce principe. En revanche, il est fondamental de garantir la qualité des enseignements et des formations dispensés dans ces établissements privés. Des abus, il y en a eu, vous en avez cité. Toutefois, même dans le cadre législatif actuel – qui, je vous l’accorde, nous laisse relativement démunis en matière de régulation – et grâce à l’utilisation des chartes attachées à Parcoursup, nous avons pu mener une quarantaine de contrôles. Ils nous ont permis d’identifier des difficultés sur la plateforme, immédiatement rectifiées par les établissements. Il faut évidemment aller plus loin, mais avec prudence.
J’essaierai de vous répondre sur le fond, auquel je vous sais attaché. Aujourd’hui, un quart des étudiants étudient dans l’enseignement supérieur privé. Cette part a très fortement augmenté ces quinze ou vingt dernières années – elle a gagné près de 10 points –, sans compter la croissance démographique. La croissance de l’enseignement supérieur privé est donc très forte. Je crois qu’il nous faut reconnaître que, dans la très grande majorité des cas, les étudiants et leurs familles sont très contents des formations de l’enseignement supérieur privé,…
…quand le milliard restant, qui compte 200 millions d’euros de nouveaux crédits, sera distribué dès cette année pour différentes opérations. Je ne crois pas que l’on puisse balayer cela d’un revers de main.
Je terminerai par la rénovation du bâti scolaire. Cinq milliards d’euros sont aujourd’hui sur la table : 4 milliards seront engagés dans des mécanismes de prêt,…
…les pays membres de l’organisation en fonction de leur sélectivité dans l’enseignement supérieur. La France occupe la dernière place du classement. Il me semble donc difficile de dire que la France est un pays où la sélection fait rage.
…surtout en Île-de-France où la situation est très tendue et les besoins très importants, notamment pour l’affectation des bacheliers technologiques et professionnels. Au sujet de la sélection à l’université, je vous rappelle que l’OCDE classe tous les ans…
…et vise à indexer les bourses sur l’inflation cette année, mais aussi dans la durée. Nous cesserions de nous demander chaque année s’il faut indexer cette aide sociale majeure sur l’inflation, puisque nous aurions statué sur la question de manière claire et définitive. Pour ce qui concerne la création de places dans l’enseignement supérieur, le chiffrage donné n’est qu’une première étape ; le premier ministre a clairement spécifié qu’il restait des marges de discussion. Il nous reste aussi à engager une réflexion pluriannuelle sur l’ouverture de ces places. Ce sont néanmoins 15 000 places qui seront ouvertes dès maintenant,…
Merci, madame la députée, pour cette question essentielle, concernant l’intelligence artificielle. Dans le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche, comme dans de très nombreux autres secteurs, cette technologie bouleverse les pratiques. Les communautés de chercheurs se saisissent de la question et y réfléchissent. Certains, notamment les mathématiciens, sont confrontés à de grandes difficultés, mais ce sont eux qui mènent le travail. S’agissant de l’enseignement supérieur, il en va un peu différemment et certaines questions sont abyssales. La pertinence de certaines formations est en question : suis-je en train de former mes étudiants à des métiers qui existeront toujours demain ? Le rythme d’évolution de l’intelligence artificielle m’oblige à vous dire que je suis le premier à me poser de telles questions, que les collègues dans les amphithéâtres se les posent aussi et qu’ils s’inquiètent de ces évolutions. Que faut-il faire ? Il me semble qu’il faut commencer par former tous les jeunes à la compréhension de l’intelligence artificielle. Quelle que soit la discipline qu’ils étudient – sciences humaines et sociales, sciences et techniques, médecine, peu importe –, il faut pouvoir transmettre une connaissance minimale qui permette de comprendre ce qu’est l’intelligence artificielle. Il faut ensuite procéder métier par métier pour réfléchir avec les jeunes sur les évolutions possibles de chacun d’eux. Vu la vitesse des évolutions, il n’y a pas de « sachant » en la matière, nul ne peut prétendre être celui qui sait. Il faut donc dialoguer avec les jeunes pour essayer de leur expliquer quelles sont les problématiques, la façon dont on envisage les évolutions des métiers et tenter de les préparer aux changements à venir qui seront massifs. En termes d’investissements, je tiens à indiquer quelques chiffres : 75 millions d’euros de subventions pour la stratégie d’accélération IA ; près de 400 millions d’euros pour les clusters IA ; et de très nombreux projets d’enseignement supérieur qui leur sont adossés.
La question de la sélection concerne des filières variées. Comme vous le savez, aujourd’hui en France, une grande partie des formations du supérieur, accueillant une grande partie des étudiants, sont sélectives – classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), IUT, BTS, écoles –, de sorte que la sélection existe déjà. La question qui se pose plus spécifiquement est celle de la sélection en première année de licence. Or ce que l’on constate, c’est que la sélection intervient en fin de première année – je reprends certains de vos termes – au travers de taux d’échec extrêmement élevés, contre lesquels il faut absolument lutter. Pour rappel, au cours des dernières années, ce taux a tout de même baissé de près de 10 points, notamment grâce à la création de dispositifs d’accompagnement des bacheliers les plus faibles qui veulent malgré tout suivre un enseignement en licence. Si ces dispositifs permettent d’améliorer la situation, le travail à faire reste énorme. Comment transformer la sélection par l’échec en première année en une sélection qui serait plus assumée ? Telle est au fond votre première question. Une telle sélection n’est pas prévue dans la loi aujourd’hui en vigueur, puisqu’elle garantit l’accès de tous les bacheliers à l’enseignement supérieur, sans garantir l’accès de tout bachelier à n’importe quelle licence. C’est pourquoi il me semble nécessaire de construire un système permettant d’orienter de manière plus efficace les bacheliers. Il ne convient pas d’interdire à un bachelier qui n’a pas la formation initiale nécessaire de poursuivre la formation dont il rêve ou dont il a très envie, mais lui proposer une formation intermédiaire, par exemple une année propédeutique, une année de remise à niveau qui lui donne une véritable chance de réussir.
Ce débat nous oblige à revenir à l’essentiel. Il nous appartient d’en faire sortir autre chose que des inquiétudes : une espérance pour notre jeunesse. C’est ce que nous avons à construire, c’est aussi une nouvelle promesse d’émancipation.
Le débat que vous avez souhaité ouvrir est désormais ouvert. Les questions que je viens de soulever appellent des arbitrages et des priorités qui auront des conséquences pour des centaines de milliers de jeunes et leurs familles. Nous pouvons défendre des convictions et des modèles différents, mais notre responsabilité commune est de ne pas laisser les jeunes seuls face à des contradictions que nous n’aurions pas eu le courage de résoudre.
…on n’efface pas les inégalités en changeant un algorithme, on ne garantit pas une réussite en modifiant une procédure. C’est l’ensemble de l’équilibre qu’il faut repenser, dans le cadre d’une réforme qui ne pourra pas se limiter à des évolutions techniques ou réglementaires. Si nous voulons modifier les principes mêmes de l’accès à l’enseignement supérieur, il est obligatoire de passer par la loi. Le Parlement devra alors débattre, trancher et fixer les nouveaux équilibres. Il ne peut se contenter de demander la fin d’un système, il doit contribuer à définir les principes du suivant. Cette responsabilité exigeante fait toute la noblesse du travail parlementaire.
Ces questions dépassent largement le fonctionnement de l’outil qu’est cette plateforme numérique. Nous devons définir une vision, une conception du mérite, de la justice sociale, de la liberté de choix, de l’excellence et de l’égalité. On ne crée pas des places en supprimant une plateforme,…
Ces options peuvent être examinées, mais certaines sont dangereuses, car elles remettraient en cause des avancées réalisées ces dernières années en matière d’affectation.