La loi prévoit une unification des règles de gestion, de contrôle et de contentieux de l’accise sur les énergies à compter du 1er janvier 2027, certaines missions fiscales de la direction générale des douanes et droits indirects étant transférées à la direction générale des finances publiques. Toutefois, ce changement de cadre ne peut s’opérer du jour au lendemain. Le présent amendement prévoit donc une période transitoire d’un an, durant laquelle les contrôles réalisés par les agents des douanes en matière d’accise sur les énergies, hors charbon, gaz naturel et électricité – c’est-à-dire sur les produits pétroliers et assimilés –, resteront exceptionnellement régis par le code des douanes. Il s’agit certes d’une disposition technique, mais elle est particulièrement utile pour nos administrations, qui ont besoin de ce délai pour pouvoir exercer leurs missions dans de bonnes conditions.
L’amendement no 2330 vise à supprimer la majoration de l’Ifer qui doit être appliquée au 1er janvier 2027 aux installations photovoltaïques mises en service avant le 1er janvier 2021. Cette hausse avait été prévue à l’article 76 de la loi de finances pour 2026. Pour rappel, cette mesure porte le montant de l’Ifer de 8,51 euros par kilowatt-crête à 16,05 euros, soit une augmentation de 88 % – presque le double ! Cette hausse frapperait, avec effet rétroactif, les centrales de production photovoltaïque dont les modèles économiques se sont appuyés sur un cadre fiscal différent. La filière solaire étant déjà soumise à une fiscalité deux à six fois plus élevée que les autres énergies décarbonées, les conséquences seraient lourdes et pourraient mettre en péril l’équilibre économique de nombreuses centrales exploitées. Ce sont près de 60 000 emplois, directs ou indirects, qui sont menacés. Cet amendement avait déjà été adopté par le Parlement lors de l’examen du PLF pour 2026, mais il n’avait pas été retenu dans le texte final. L’amendement no 2331, de repli, vise à recentrer la majoration temporaire de l’Ifer proposée par le gouvernement sur les installations photovoltaïques mises en service avant le 1er janvier 2013. Le principe d’une contribution souhaitée par le gouvernement serait en quelque sorte conservé, sans pour autant menacer les installations les plus récentes, dont le modèle économique est le plus fragile. Si, comme moi, vous pensez que la défossilisation de l’économie doit s’appuyer à la fois sur le nucléaire et sur les énergies renouvelables, montrez-le !
Il faut en effet en finir avec l’absence incohérente d’incitation fiscale soulevée par notre collègue. Le rétrofit présente un quadruple intérêt : il réduit les émissions de CO2 dues au parc automobile ; il réduit également les émissions de polluants de proximité, tels que les oxydes d’azote et les particules fines, ce qui améliore la santé respiratoire ; il prolonge la durée de vie des véhicules et limite le recours systématique aux véhicules neufs ; enfin, il crée un savoir-faire technologique et des emplois chez nous. Il faut soutenir le rétrofit, qui pâtit d’une anomalie. Je n’imagine pas que ces amendements, qui tendent à la corriger, ne soient pas adoptés.
Il vise à adapter les seuils de taxation des installations de fabrication de combustible nucléaire afin de permettre l’émergence d’unités modestes au service de la filière des petits réacteurs modulaires (SMR). Les montants minimaux actuels de la taxe sont calibrés pour de grands sites industriels, alors que les nouveaux projets, de petite taille, n’ont besoin que de faibles quantités de matière fissile et ne dégagent à ce stade qu’un chiffre d’affaires limité. Autrement dit, ils risquent d’être écrasés par la fiscalité avant même d’être mis en service. Ainsi, l’entreprise française Jimmy Energy développe au Creusot une petite usine de fabrication de combustible qui devrait être autorisée en tant qu’installation nucléaire de base en 2027 et que l’Union européenne a qualifiée de « projet stratégique européen ». Selon le droit fiscal en vigueur, l’entreprise devra s’acquitter d’au moins 230 000 euros de taxes par an, dès la publication du décret de création. Une telle charge entraverait fortement ses projets, au détriment du développement d’une filière nucléaire innovante. L’adoption de cet amendement supprimerait ce frein.
Il vise à exonérer d’accise l’électricité livrée à un consommateur final dans le cadre d’un contrat d’achat direct de long terme conclu avec une installation de production d’énergie renouvelable ne bénéficiant d’aucun soutien public – ce qui devrait plaire – et mise en service à partir du 1er janvier 2027. Le développement actuel des énergies renouvelables repose en partie sur un soutien public, qui expose le budget de l’État à l’écart entre le prix de référence garanti aux producteurs et les revenus qu’ils tirent réellement du marché. Les PPA, des contrats d’achat direct de long terme, offrent une solution alternative à ce soutien public. Le schéma est le suivant : un industriel s’engage à acheter pendant plusieurs années l’électricité issue d’une centrale de production fonctionnant avec une énergie renouvelable ; cet engagement permet de financer la construction de la centrale sans aucun soutien public et garantit en retour à l’entreprise un coût d’approvisionnement stable, à l’abri de la volatilité des marchés. Pour que ce modèle se développe, il faut le rendre plus attractif. Tel est l’objet de cet amendement.
Il vise à exonérer d’accise le biométhane injecté dans les réseaux de gaz naturel produit à partir de biomasse – c’est-à-dire, bien souvent, par la valorisation de déchets agricoles – lorsque son origine est attestée par des garanties. Il s’agit de corriger une incohérence : le biogaz utilisé directement comme combustible est exonéré, mais le même gaz, dès lors qu’il est injecté dans le réseau, supporte la même accise que le gaz naturel fossile importé qu’il est censé remplacer. Or la filière du biogaz doit changer d’échelle puisque la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) lui fixe comme objectif de quintupler sa production. Par ailleurs, cette filière offre de la résilience au monde agricole, ne serait-ce que grâce aux digestats qui permettent de se passer d’engrais d’origine fossile. Il va sans doute m’être opposé que l’État la soutient déjà, notamment au travers des certificats de production de biogaz (CPB). C’est exact, mais insuffisant, car il faut aussi favoriser la demande. Je défends d’autant plus cet amendement que ma proposition d’abaisser la TVA à 5,5 % n’a pas été retenue. Dans le contexte international actuel, il ne faut pas oublier que chaque mégawattheure de biométhane consommé contribue à réduire notre dépendance aux importations d’énergies fossiles.
Il vise à garantir la neutralité technologique entre les différents vecteurs de chaleur industrielle pour l’application des tarifs réduits d’accise sur l’électricité et il ajoute expressément la production de chaleur aux activités mentionnées afin de sécuriser l’éligibilité des projets utilisant, par exemple, de l’huile thermique ou de l’air chaud. Ces projets ne sont pas explicitement couverts par la rédaction actuelle du texte et peuvent donc se trouver exclus du bénéfice du dispositif. Une telle précision permettrait d’éviter qu’à finalité industrielle et intensité énergétique équivalentes, le traitement fiscal diffère en raison de la seule nature du fluide caloporteur utilisé. C’est un amendement un peu technique, mais il est aussi politique dans sa volonté de favoriser l’électrification dans le domaine industriel.
L’électrification de la production de chaleur industrielle coûte relativement cher. Un nombre croissant d’industriels confient le financement, la détention et l’exploitation de leurs équipements à un opérateur spécialisé qui leur fournit ensuite la vapeur ou la chaleur dont ils ont besoin. C’est ce que l’on appelle le tiers financement. Dans ce montage, c’est l’opérateur qui consomme l’électricité pour produire la chaleur et l’industriel qui utilise cette énergie thermique. Or, pour bénéficier du tarif réduit d’accise, il faut apprécier l’exposition de l’entreprise au prix de l’électricité. Le cadre législatif actuel ne précise pas sur quel périmètre. Cette incertitude peut freiner des projets qui ont pourtant la même finalité et la même fonction industrielle que ceux menés en direct, quand l’industriel produit lui-même la chaleur dont il a besoin sans passer par un tiers. L’amendement lève cette ambiguïté : l’exposition au prix de l’électricité est appréciée au titre des seules activités de l’entreprise consommatrice de l’électricité à des fins de production de vapeur ou de chaleur, sans y agréger celles des entreprises utilisatrices de la vapeur ou de la chaleur ainsi produites.
Au vu de la remarque du président de la commission des finances, je n’ai peut-être pas été très bon pédagogue sur notre amendement précédent, le no 3774 : nous proposions une majoration de l’accise uniquement quand le prix du gaz baisse – c’était évidemment très encadré, vu le contexte. Cet amendement porte sur l’agriculture. Il propose de réduire l’accise sur l’électricité pour l’aligner sur celle du gaz lorsque la chaleur produite à partir de cette électricité sert à chauffer les serres de production agricole. Sur les 3,4 térawattheures de gaz actuellement consommés pour la croissance végétale, la moitié est substituable par de l’électricité. Toutefois, le niveau plus élevé de l’accise sur l’électricité engendre un coût excessif pour le secteur agricole, estimé à environ 80 000 euros par hectare. C’est insurmontable pour les exploitants qui veulent électrifier leur source de chaleur. Aucun maraîcher ne peut absorber un tel coût. Cet amendement permettrait aux agriculteurs qui le souhaitent, notamment les maraîchers, d’engager l’électrification de leur exploitation. La mesure aurait peu d’incidence sur les recettes de l’État puisqu’il s’agit d’un équilibrage.
Nous souhaitons accélérer l’électrification de notre économie. Pour cela, il nous faut une fiscalité cohérente. Aujourd’hui, un ménage paie deux fois plus d’accise par mégawattheure sur l’électricité que sur le gaz. Cela envoie un mauvais signal à l’heure où nous voulons encourager les ménages à passer du chauffage au gaz à la pompe à chaleur. Ma collègue Agnès Pannier-Runacher et moi-même proposons donc un mécanisme de rééquilibrage : lorsque le prix du gaz baisse, une partie de cette baisse peut être compensée par une hausse de l’accise qui financera en retour une baisse équivalente de l’accise sur l’électricité. Le dispositif est encadré : la facture de gaz ne peut pas dépasser un niveau de référence. La hausse est plafonnée et les tarifs réduits des industriels sont préservés. L’objectif n’est pas de pénaliser les consommateurs de gaz, mais de rendre l’électricité plus attractive en envoyant un message fiscal cohérent en faveur de l’électrification, sans coût supplémentaire pour les finances publiques, puisqu’il ne s’agit que d’un transfert d’accise.
Si le projet de loi de finances prévoit un suramortissement pour accompagner les transporteurs routiers qui investissent dans des camions à faible émission, voire sans émission, le taux de déduction applicable est plus faible pour les véhicules de plus de 16 tonnes que pour ceux dont le poids est compris entre 3,5 tonnes et 16 tonnes, moins chers à l’achat. Selon la direction générale des entreprises (DGE), le coût total de possession d’un tracteur routier électrique dépasse de 5 % à 10 % celui d’un tracteur thermique et l’écart atteint 30 % à 35 % pour un porteur de 19 tonnes. Cet amendement aligne le taux d’amortissement applicable aux véhicules de plus de 16 tonnes sur celui des véhicules de 3,5 tonnes à 16 tonnes en le portant de 40 % à 60 %. Cette mesure, qui sera très utile aux très petites, petites et moyennes entreprises (TPE-PME), concentre les efforts sur les poids lourds pour accélérer la décarbonation du transport tout en préservant la compétitivité de nos entreprises. Enfin, une réponse aux reproches de M. Renault : si je n’ai pas précisé avoir travaillé mes amendements précédents avec le groupe Avril ou la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (Fnsea), c’est que je ne l’ai pas fait ! Sur ce sujet, j’ai échangé avec les filières de l’hydrogène, du biogaz et des chargeurs.
Je finirai par deux remarques. D’abord, ce coup de pouce serait ciblé, puisqu’il ne concerne que l’hydrogène d’origine renouvelable – l’hydrogène issu de la transformation pétrolière ne serait pas concerné, cela va de soi. Ensuite, la mesure ne mobilise aucun crédit budgétaire, cela va aussi de soi.
Nous voulons proposer cette disposition, déjà appliquée par l’Allemagne. L’amendement no 2318, moins ambitieux, tend à n’appliquer ce coefficient que pendant cinq ans, puis à appliquer un facteur dégressif pendant les cinq années suivantes. Il sera soutenu par ceux qui trouvent excessif de faire comme les Allemands.
Inspiré par l’exemple de l’Allemagne, l’amendement no 2316 tend à appliquer pendant dix ans un coefficient multiplicateur de trois, pour les économies de CO2 réalisées grâce aux carburants synthétisés à partir d’hydrogène renouvelable, dans le calcul des certificats Iricc.
L’e-méthane et les carburants de synthèse sont très utiles, notamment à la décarbonation des transports – une batterie peut ne pas suffire à un poids lourd ou à un navire. La filière de production vient d’être lancée et ces carburants coûtent plus cher que les biocarburants classiques. Le dispositif de l’Iricc n’encourage pas leur usage et leur production ne décolle pas.
Je vous invite à être plus respectueux de ce que nous faisons ici. Je suis un scientifique qui a travaillé dans le domaine de l’énergie : je sais ce que je dis ! Vous pouvez d’ailleurs consulter le rapport relatif à l’agriculture et à la production dénergie que j’ai rédigé en 2020 pour le compte de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst). Sa lecture ne vous fera pas de mal !
Je profite de cette intervention pour répondre à M. Renault, qui a laissé entendre tout à l’heure que je ne comprenais rien aux amendements que je présentais.
Je le défendrai avec l’amendement no 2318, qui est un amendement de repli. Ils traitent des carburants de synthèse, comme l’e-méthane, qui sont produits à partir d’hydrogène renouvelable et de CO2 résiduel récupéré après la méthanisation. On parle alors de méthanation.
Il porte une fois de plus sur le levier très intéressant que constitue le dispositif Iricc pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Vous le savez, la filière agricole permet de produire des ressources renouvelables destinées à la décarbonation des transports. Cependant, le niveau des revenus de la filière agricole dépend sensiblement de l’adéquation entre la trajectoire de l’Iricc fixée par la loi et l’offre de carburants renouvelables et bas-carbone. Une trajectoire un peu trop basse aurait des conséquences immédiates sur le niveau de ces revenus. Pour éviter une telle situation, nous proposons par cet amendement un mécanisme de flexibilité permettant à l’État d’ajuster rapidement à la hausse le niveau annuel minimal de réduction de l’intensité carbone fixé dans le cadre de l’Iricc. Cet ajustement aurait plusieurs bénéfices : il permettrait de sécuriser l’approvisionnement, de participer à la décarbonation des transports et de diversifier les revenus des agriculteurs, qu’il ne faut jamais oublier. Par souci de transparence, je vous informe que l’amendement a été rédigé avec l’ensemble des filières concernées par l’instauration du futur Iricc, y compris les infrastructures de recharge pour véhicules électriques (Irve) et l’ensemble des producteurs de biogaz et biocarburants.
Comme le précédent, cet amendement aborde le sujet de l’Iricc. Tel que le prévoit l’article 24, ce dispositif encadre notamment l’utilisation de certaines graisses animales dans les biocarburants liquides. Or l’article 24 ne prévoit pas de dispositif équivalent de plafonnement pour la valorisation de ces graisses sous forme de biogaz ou de biométhane utilisés comme carburants. Cette différence de traitement est susceptible de créer une distorsion économique entre les voies de valorisation énergétique des sous-produits animaux. Nous proposons par cet amendement de préciser les conditions d’éligibilité au sous-objectif relatif aux biocarburants avancés des sous-produits animaux des catégories 2 et 3 susceptibles d’être transformés en graisses ou en protéines. Je précise que l’amendement ne remet aucunement en cause leur valorisation par méthanisation ; il vise simplement à éviter que la méthanisation ne confère par elle-même un avantage réglementaire injustifié.
L’hydrogène renouvelable, ou hydrogène bas carbone, est l’une des solutions pour décarboner le secteur des transports – en particulier les poids lourds et le transport maritime. Pour que notre production nationale d’hydrogène renouvelable se développe, il lui faut un cadre économique viable et stable. Ce cadre, c’est le mécanisme d’incitation à la réduction de l’intensité carbone des carburants (Iricc). Or celui-ci n’est pas encore adopté et nous attendons encore le projet de loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne (Ddadue) qui permettra de l’intégrer à notre législation. En 2027, c’est donc la taxe incitative relative à l’utilisation d’énergies renouvelables dans les transports (Tiruert) qui s’appliquera. Cet amendement tend à créer un sous-objectif dédié à l’hydrogène renouvelable dans la Tiruert afin d’assurer un soutien continu à cette filière jusqu’à l’entrée en vigueur de l’Iricc. Celle-ci devrait advenir, je l’espère, dans quelques mois, après l’adoption du projet de loi de finances. L’amendement est conçu pour ne pas concurrencer les autres vecteurs énergétiques qui bénéficient déjà de la Tiruert. Enfin, le niveau d’objectif a été prudemment établi, afin de limiter le risque d’approvisionnement, notamment si la Tiruert devait être appliquée pendant toute l’année 2027.
L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) gère un fonds destiné à financer la construction, l’exploitation, la fermeture et la surveillance des installations de stockage des déchets de haute ou de moyenne activité à vie longue. Ce fonds est alimenté par les contributions des exploitants nucléaires – EDF, Orano Recyclage et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Ces contributions sont soumises à l’impôt sur les sociétés dès l’année de leur versement, alors que les dépenses qu’elles financent s’étalent sur de nombreuses années. Aussi cet amendement propose-t-il d’appliquer à ces contributions un mécanisme comparable à celui de l’article 42 du code général des impôts, prévu pour les subventions d’équipement. Leur imposition serait différée et suivrait le même rythme que les amortissements comptabilisés sur les immobilisations affectées au projet.