Il est des dirigeants qui croient à la force du droit et il en est qui ne croient qu’au droit de la force. Donald Trump ne croit ni aux règles, ni aux peuples, ni aux alliances. Il croit à lui-même. Il croit à l’argent. Il croit au rapport de domination. Et aujourd’hui, c’est cette vision du monde, brutale, vulgaire et dangereuse, qui s’exprime à travers ses propos sur le Groenland. Depuis des mois, Donald Trump parle d’un territoire européen comme un promoteur parle d’un terrain à bâtir. Il ne parle pas de souveraineté. Il ne parle pas de peuple. Il parle d’intérêt. Il parle de contrôle. Il parle de possession. Car chez Donald Trump, tout devient marchandise. La diplomatie devient un deal. Les alliances deviennent des contrats léonins. La géopolitique devient un bras de fer permanent. Le Groenland, dans cette logique, n’est pas une terre habitée, c’est un actif stratégique, un stock de ressources, une occasion à saisir. C’est bien ainsi que Donald Trump regarde le monde : comme un plateau de Monopoly géant, où l’on avance ses pions en écrasant les autres, où l’on achète ce qui ne nous appartient pas, où l’on érige des bases militaires comme on poserait des hôtels de luxe, où l’on encaisse les ressources pendant que d’autres paient le prix, et où la loi du plus fort remplace le droit international. Dans ce monde-là, il n’y a ni alliés ni principes. Il n’y a que des gagnants et des perdants. Il n’y a que des dominants et des dominés. Mais ne nous trompons pas d’adversaire. Donald Trump n’est pas les États-Unis d’Amérique, il n’est qu’une parenthèse dans une histoire bien plus longue, celle d’une nation fondée sur le refus de la tyrannie, sur la primauté du droit et sur l’idée que la liberté se défend collectivement. L’histoire des États-Unis est aussi celle d’une alliance profonde avec l’Europe, et avec la France en particulier. Une alliance forgée dans les combats pour l’indépendance, consolidée dans les tranchées de 1917, scellée sur les plages de 1944. Et précisément parce que nous ne jouons pas au Monopoly, nous parlons de souveraineté, de droit, de paix. C’est précisément pour cela que cette affaire est aussi une épreuve de vérité pour l’Europe car, à chaque fois que Donald Trump menace, teste, provoque, il ne cherche pas seulement à imposer sa volonté, il cherche à mesurer notre dépendance, à jauger notre faiblesse, à vérifier si l’Europe est une puissance ou une variable d’ajustement. Être souverains, ce n’est pas proclamer notre force, c’est la construire. Cela suppose d’abord de sécuriser ce que nous ne maîtrisons plus : nos approvisionnements énergétiques, nos matières premières critiques, nos chaînes industrielles stratégiques et, pour la France, notre indépendance financière et alimentaire. Cela suppose ensuite d’investir là où nous avons reculé : une base industrielle de défense européenne capable de produire vite et en masse, une capacité technologique indépendante dans le numérique, l’espace et les télécommunications. Cela suppose enfin d’utiliser pleinement ce que nous avons déjà : le marché commun, non pas comme un simple espace d’échanges, mais comme un instrument de puissance. Accès au marché, normes, investissements, commandes publiques : ce sont des leviers géopolitiques, pas des variables techniques. Une Europe capable de dire non à Donald Trump, c’est une Europe qui n’a pas peur de conditionner l’accès à son marché, de défendre ses intérêts commerciaux et de parler le seul langage que ce type de pouvoir respecte, celui du rapport de force économique. L’histoire nous a pourtant prévenus. Quand les puissants cessent de respecter les règles, ce sont toujours les plus faibles qui payent. Quand le droit recule, la violence avance. Et quand on commence à tolérer l’intolérable, on finit par s’y soumettre. Aujourd’hui, c’est le Groenland, mais demain, quel territoire sera jugé trop petit pour résister ? Quel peuple sera jugé trop faible pour dire non ? Chers collègues, on ne construit pas la paix en lançant des dés. On ne dirige pas le monde en empilant des hôtels militaires. Et on ne gouverne pas la planète comme on joue au Monopoly. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes DR, EPR et Dem.)
Avant tout, je souhaite, au nom du groupe Droite républicaine, rendre hommage à la professeure d’un collège de Sanary-sur-Mer qui a été violemment poignardée par un élève de sa classe cet après-midi. Je pense à elle, à ses proches, à ses collègues et à toute la communauté éducative, profondément choquée. Quand un enseignant risque sa vie en entrant dans une salle de classe, ce n’est pas seulement une violence individuelle, c’est un effondrement collectif. C’est l’autorité de l’école qui vacille et c’est la République qui recule. S’agissant de cette proposition de résolution européenne, nous sommes ici pour parler d’une décision. Une seule décision, prise par un seul homme, dans un seul bureau, un seul matin. Une décision qui peut tuer des gens. Pas dans dix ans, pas dans un avenir flou et théorique, mais maintenant. Les États-Unis représentaient 73 % du financement mondial de la lutte contre le VIH/sida. Le président Donald Trump a décidé, en un coup de plume, de retirer cette enveloppe, entièrement, brutalement, sans transition, sans plan B, sans égard pour ceux qui survivaient grâce à ces fonds. Les organisations internationales sonnent l’alerte : les décès pourraient être multipliés par six à la suite de cette décision. Six fois plus de morts, six fois plus de vies brisées, six fois plus de familles endeuillées. Nous sommes ici, dans cette assemblée, pour décider si nous resterons sans réponse. Certains pensent peut-être que le VIH et le sida sont de l’histoire ancienne, une maladie du passé, un problème résolu. Laissez-moi leur rappeler les chiffres. Plus de 630 000 personnes sont mortes du VIH en 2023. La mortalité a certes baissé de moitié depuis 2010 – grâce aux traitements antiviraux –, mais écraser le virus ne veut pas dire l’avoir éliminé. C’est lui avoir laissé un sursis conditionnel. Et ce sursis conditionnel, on vient de le couper. Les États-Unis étaient – until now, comme ils disent – le pays le plus généreux du monde en matière d’aide sanitaire internationale. Nous pouvions leur reprocher beaucoup de choses, nous pouvions élever la voix contre leur politique, leurs positions, leurs erreurs mais, à ce sujet, sur la vie, sur les soins, ils étaient exemplaires. Aujourd’hui, ce même pays est celui qui retire la main, celui qui coupe les robinets, celui qui en un geste condamne des centaines de milliers de personnes à mourir – non par négligence, non par oubli, mais par choix. On ne répond pas à un choix par du silence. On doit répondre par un autre choix : un choix d’engagement. La France n’est pas n’importe quel pays dans cette histoire. La France est le pays où le VIH a été découvert, où Luc Montagnier a identifié le virus pour la première fois. Nous sommes la patrie de Pasteur, la patrie de la science, la patrie de ceux qui se sont battus pour que la vie l’emporte sur la mort. Si nous ne réagissons pas, si nous regardons sans bouger cet effondrement, nous trahissons cet héritage. Nous trahissons chaque chercheur qui a consacré sa vie à ce combat – et plus personnellement, je trahirais ma famille. La patrie de Pasteur ne peut rester passive face à l’obscurantisme sanitaire. Elle doit se lever. Elle doit agir. Cette proposition de résolution européenne est claire dans ses objectifs. Elle demande à l’Union européenne de faire de la lutte contre le VIH une priorité stratégique de son prochain budget pluriannuel. Elle invite le gouvernement à mobiliser toutes les ressources pour combler le vide laissé par le retrait américain. Pour les femmes, pour les hommes, pour les enfants, pour ceux qui restent, le groupe Droite républicaine votera en faveur de ce texte, parce que ce n’est pas une question partisane, mais une question de vie. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR et EPR. – M. Joël Bruneau applaudit également.)
Clément, 15 ans, Charlize, 15 ans, Nicolas, 15 ans, Lindsay, 13 ans, Lilou, 15 ans, Lucas, 13 ans, Darline, 15 ans, Dinah, 14 ans, Chanel, 12 ans, Matteo, 13 ans, Marion, 13 ans : des enfants, des adolescents, des vies brisées, des vies suicidées. Pourquoi sont-ils morts ? Parce qu’Instagram a décidé qu’une vidéo sur le suicide leur était destinée, parce que Snapchat a transformé une rumeur en condamnation à mort, parce que TikTok a calculé que leur détresse rapportait plus en clics qu’en vies sauvées. Ils ne sont pas morts par accident : ils ont été poussés vers la mort par des machines, des plateformes, des réseaux sociaux. Dans le monde d’avant, le harcèlement s’arrêtait aux grilles de l’école. L’enfant rentrait chez lui et retrouvait un refuge, un espace de paix. Aujourd’hui, le cyberharcèlement ne s’arrête jamais. Il poursuit nos enfants dans leur chambre, dans leur lit, à 2 heures du matin, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, sans répit, sans échappatoire. Et ce n’est pas seulement du harcèlement. Nos enfants sont bombardés de pornographie avant d’avoir connu leur premier amour. Ils sont enfermés dans des bulles de filtres où la maigreur extrême devient un idéal et l’anorexie une religion. Aujourd’hui, l’algorithme est devenu le nouveau marchand de sable, sauf qu’il ne veut pas que nos enfants dorment, il veut que nos enfants s’effondrent. Il suffit de vingt minutes à TikTok pour submerger un adolescent de vidéos sur le suicide et l’automutilation, sans même qu’il ait interagi avec le contenu. Vingt minutes, c’est moins qu’un épisode de série, c’est le temps d’un trajet en bus. C’est le temps qu’il faut à un réseau social pour convaincre un adolescent que le monde se porterait mieux sans lui. On y entend des phrases qui glacent le sang, des recommandations distillées entre deux vidéos de danse, comme celles-ci, qui ont été rapportées lors de notre commission d’enquête : « La nuit porte conseil. Moi, elle m’a dit de prendre une corde et un tabouret. » et « Si ça ne saigne pas, c’est pas assez profond. » À l’heure où nous parlons, à minuit vingt, des enfants, des mineurs voient des vidéos qui les invitent au suicide. Ce ne sont pas des erreurs informatiques, ce sont des chiffres d’affaires, ce ne sont pas des graffitis sur un mur, ce sont des lignes de code soigneusement calibrées pour transformer la détresse en dividendes. (M. Erwan Balanant applaudit.) Sans doute faut-il éduquer nos enfants. Mais comment les éduquer contre des géants qui dépensent des milliards pour capter leur attention ? Comment les éduquer quand un algorithme connaît mieux que nous ce qui les fera pleurer, rager ou sauter par la fenêtre ? On nous dit que les réseaux sociaux, c’est la liberté d’expression. Mais quelle liberté y a-t-il dans un système qui pousse nos enfants vers l’abîme ? La liberté de mourir à 13 ans, la liberté de se haïr à 15 ans, la liberté de devenir une cible à 12 ans, la liberté d’être harcelé sans interruption, jour et nuit. Assez ! Assez de minutes de silence dans cet hémicycle, assez de déclarations sans lendemain, assez de rapports qui finissent dans des tiroirs. Nous avons le pouvoir d’arrêter ça. Clément, Charlize, Nicolas, Lindsay, Lilou, Lucas, Darline, Dinah, Chanel, Matteo, Marion. Des enfants, nos enfants. Ils n’avaient pas choisi leur âge, ils n’avaient pas choisi leur époque. Mais nous, ici, dans cet hémicycle, nous avons le choix : le choix de les protéger, le choix de ne pas laisser les prédateurs s’en prendre à eux ; le choix de dire non, le choix de dire non aux réseaux sociaux avant 15 ans. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR et EPR. – M. Dominique Potier applaudit également.)
À Roanne, dans ma circonscription, si un commerçant vendait des poupées pédocriminelles ou des armes en libre accès, la préfète de la Loire prendrait fatalement un arrêté de fermeture. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR, EPR, LFI-NFP, SOC, EcoS, Dem, HOR, LIOT et GDR.) Ma question est simple, monsieur le ministre : comptez-vous, comme le demandent tous les groupes de l’Assemblée nationale, en particulier le mien – son président, Laurent Wauquiez, réclame depuis quarante-huit heures la suspension de cette plateforme –, suspendre Shein en France ? (Applaudissements sur tous les bancs.)
Je tiens d’abord à apporter le plein soutien de mon groupe aux victimes du drame d’Oléron comme à leurs proches et à leur dire qu’ils sont dans nos pensées. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.) Depuis des mois, de nombreux parlementaires s’engagent contre la fast fashion et la concurrence déloyale : un texte a été adopté par l’Assemblée nationale et par le Sénat ; une mission d’information transpartisane est en cours ; et, ce matin, de nombreux groupes ont annoncé le dépôt d’une proposition de résolution européenne. Cette concurrence déloyale, les acteurs de l’ultrafast fashion s’y livrent notamment sur une plateforme principale, Shein. Condamnée par la Cnil, par la DGCCRF, par l’OCDE, cette plateforme l’est aussi par l’ensemble de nos entreprises et de nos commerçants, qui subissent sa concurrence déloyale. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR, EPR, LFI-NFP, SOC, EcoS, Dem, HOR, LIOT et GDR.) Mais un cap a été franchi : on est passé de la fast fashion au fast crime. Dimanche, des poupées pédopornographiques étaient vendues en libre accès sur cette plateforme, qui les a certes retirées depuis, mais qui s’est assuré un bénéfice sur le dos de nos enfants en vendant des produits à des pédocriminels. Ce matin, je signalais à la procureure de la République de Paris que des armes de catégories A, dont la vente et la détention sont interdites en France, étaient en vente sur cette plateforme – elles le sont encore à l’heure où je vous parle.