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Originalv2
📜Loi pour des cantines vertueuses
08 janv. 2020 ‱
Clémentine Autain

Amendements examinĂ©s : đŸ–‹ïž100%
4 AdoptĂ©s4 RejetĂ©s
2 Irrecevables
1 TombĂ©s
Liste des Amendements
Article 1
đŸ–‹ïž ‱ RejetĂ© ‱ 20 fĂ©vr. 2020 ‱
AgnĂšs Thill

Supprimer cet article.


Article 2
đŸ–‹ïž ‱ AdoptĂ© ‱ 22 fĂ©vr. 2020 ‱
Gaël Le Bohec

Rédiger ainsi cet article :

« Le chapitre III du titre III du livre V de la deuxième partie du code de l’éducation est complété par un article L. 533‑3 ainsi rédigé :

« Art. L. 533‑3. – Les tarifs de la restauration scolaire fournie aux élèves des écoles maternelles, des écoles élémentaires, des collèges et des lycées de l’enseignement public tiennent compte du caractère indispensable des repas proposés par ce service qui remplit une mission de service public et sont fixés par la collectivité territoriale qui en a la charge.

« Les tarifs mentionnés au premier alinéa ne peuvent, y compris lorsqu’une modulation est appliquée, être supérieurs au coût par usager résultant des charges supportées au titre du service de restauration, après déduction des subventions de toute nature bénéficiant à ce service.

« Ces tarifs peuvent être fixés selon un barème progressif comprenant au moins cinq tranches, dans les conditions suivantes :

« 1° Le barème s’applique au dernier revenu imposable du foyer fiscal auquel est rattaché l’élève, calculé dans les conditions prévues aux articles 193 à 196 bis du code général des impôts ;

« 2° La limite supérieure de la tranche la plus basse inclut les foyers fiscaux dont les revenus, tels que définis au 1° , sont inférieurs ou égaux à 7 800 € ;

« 3° Cette limite est, chaque année, indexée comme la limite supérieure de la première tranche du barème de l’impôt sur le revenu ;

« 4° Le tarif de la première tranche est fixé à zéro. »

đŸ–‹ïž ‱ TombĂ© ‱ 20 fĂ©vr. 2020 ‱
AgnĂšs Thill

Après le mot :

« repas »,

rédiger ainsi la fin de l’alinéa 2 :

« en prévoyant pour tous les usagers des restaurants scolaires une dégressivité en fonction de la condition sociale et financière des parents. »


Article 3
đŸ–‹ïž ‱ Irrecevable ‱ 20 fĂ©vr. 2020 ‱
AgnĂšs Thill

Article 4
đŸ–‹ïž ‱ AdoptĂ© ‱ 22 fĂ©vr. 2020 ‱
Gaël Le Bohec

Supprimer l’alinéa 2.

đŸ–‹ïž ‱ RejetĂ© ‱ 21 fĂ©vr. 2020 ‱
Clémentine Autain

Rédiger ainsi cet article :

« L’article L. 230‑5‑1 du code rural et de la pêche maritime est ainsi modifié :

« 1° Au premier alinéa du I, le taux : « 50 % » est remplacé par le taux : « 80 % » et, à la fin, le taux : « 20 % » est remplacé par le taux : « 70 % » ;

« 2° Avant le 1° du même I, il est inséré un 1° A ainsi rédigé :

« 1° A Produits acquis dans le cadre des projets alimentaires territoriaux définis à l’article L. 111‑2‑2 du présent code ; »

« 3° À la fin du II, les mots : « ainsi que l’acquisition de produits dans le cadre des projets alimentaires territoriaux définis à l’article L. 111‑2‑2 du présent code » sont supprimés. »

đŸ–‹ïž ‱ Irrecevable ‱ 21 fĂ©vr. 2020 ‱
Béatrice Descamps
đŸ–‹ïž ‱ RejetĂ© ‱ 20 fĂ©vr. 2020 ‱
AgnĂšs Thill

À l’alinéa 3, substituer au mot :

« éventuellement »,

le mot :

« prioritairement ».


Article 5
đŸ–‹ïž ‱ AdoptĂ© ‱ 22 fĂ©vr. 2020 ‱
Gaël Le Bohec

Rédiger ainsi cet article :

« Le Gouvernement remet avant le 1er janvier 2021 au Parlement un rapport relatif au financement par l’État de la mise en place de la tarification sociale des cantines par les collectivités territoriales. Ce rapport dresse la liste des communes et établissements de coopération intercommunale bénéficiaires d’un soutien financier de l’État ainsi que le montant des crédits alloués.

« Le rapport évalue l’impact du dispositif sur la tarification des cantines pour les communes ou leurs établissements et l’impact sur la fréquentation des élèves au service de restauration scolaire. Il précise en outre le nombre de demandes des communes ou de leur établissement de coopération intercommunale déclarées prescrites. »

đŸ–‹ïž ‱ RejetĂ© ‱ 21 fĂ©vr. 2020 ‱
Clémentine Autain
AprÚs l'article 5, insérer l'article suivant:

Avant le 1er mars 2021, le Gouvernement remet au Parlement un rapport sur les possibilités de mise en œuvre d’un soutien financier aux départements et aux régions en faveur d’une restauration scolaire saine et durable.


Article 7
đŸ–‹ïž ‱ AdoptĂ© ‱ 22 fĂ©vr. 2020 ‱
Gaël Le Bohec
AprÚs l'article 7, insérer l'article suivant:

La perte de recettes pour les collectivités territoriales est compensée à due concurrence par la majoration de la dotation globale de fonctionnement et, corrélativement pour l’État, par la création d’une taxe additionnelle aux droits mentionnés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.

ExposĂ© des motifs ‱ ⏱Lecture 10min.

Mesdames, Messieurs,

Les repas servis dans les cantines scolaires constituent prĂšs du tiers des repas servis dans les lieux de restauration collective. La restauration scolaire reprĂ©sente plus d’un milliard de repas servis chaque annĂ©e, consommĂ©s rĂ©guliĂšrement par prĂšs de huit millions d’élĂšves. Il s’agit donc d’un levier essentiel que nous devons mettre au service de la nĂ©cessaire transformation Ă©cologique et sociale en favorisant une alimentation saine, durable et accessible Ă  toutes et tous.

Le groupe parlementaire de la France insoumise s’engage depuis le dĂ©but de la mandature en faveur d’une alimentation saine et durable : commission d’enquĂȘte sur l’alimentation industrielle dont le rapport a Ă©tĂ© publiĂ© en octobre 2018 ([1]), une proposition de loi visant Ă  protĂ©ger la population des dangers de la malbouffe dĂ©posĂ©e en janvier 2019 ([2]), ainsi que les nombreux amendements dĂ©posĂ©s, notamment lors de l’étude du projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable (dite Egalim). En proposant un corpus de mesures pour une restauration scolaire, Ă  la fois accessible, saine et durable, ce texte entend dĂ©velopper un triangle vertueux associant producteurs, consommateurs et collectivitĂ©s territoriales, en tenant compte de l’urgence Ă©cologique.

Cette proposition de loi ne saurait se soustraire Ă  l’exigence de justice sociale, qui doit ĂȘtre mĂšre de toutes les politiques. En 2018, 9,1 millions de Français vivaient sous le seuil de pauvretĂ©, et l’indice de Gini ([3]) a connu sa plus forte progression depuis 2010. Mais les chiffres nous apprennent aussi que la pauvretĂ© touche une population de plus en plus jeune. Une Ă©tude de l’INSEE nous apprenait rĂ©cemment que les premiĂšres catĂ©gories concernĂ©es par la pauvretĂ© Ă©taient les moins de trois ans et les 15‑18 ans ([4]), et trois millions d’enfants vivent avec leurs familles en dessous du seuil de pauvretĂ© (ce qui reprĂ©sente un enfant sur cinq).

Si depuis 1970, le nombre d’élĂšves inscrits Ă  la cantine est en augmentation (les Ă©lĂšves scolarisĂ©s Ă  l’école primaire seraient deux fois plus nombreux Ă  ĂȘtre inscrits Ă  la cantine depuis 1970), force est de constater que les disparitĂ©s sont immenses. Le coĂ»t de l’inscription Ă  la restauration scolaire, qui s’élĂšve en moyenne Ă  400 euros annuels par enfant dans le premier degrĂ©, reprĂ©sente un obstacle majeur pour de nombreuses familles. Dans son dernier rapport sur le droit Ă  la cantine scolaire, le DĂ©fenseur des droits estime que prĂšs de 40 % des enfants des familles dĂ©favorisĂ©es ne mangeraient pas Ă  la cantine, contre 17 % des Ă©lĂšves issus des catĂ©gories socio‑professionnelles supĂ©rieures ([5]). Dans certains cas, lorsque les parents ne parviennent pas Ă  payer les frais de restauration de leurs enfants, certaines collectivitĂ©s vont jusqu’à exclure les Ă©lĂšves des cantines ou Ă  mettre en place des pratiques humiliantes visant Ă  atteindre les parents par la stigmatisation de l’enfant (via des repas spĂ©cifiques pour les enfants, par exemple). La cantine devient alors un lieu de rejet et d’ostracisation qui entĂ©rine les inĂ©galitĂ©s sociales quand l’école devrait en ĂȘtre prĂ©servĂ©e au maximum.

Cette inĂ©galitĂ© d’accĂšs Ă  la cantine Ă  des consĂ©quences sanitaires et sociales trĂšs importantes. Il faut rappeler ici l’impact de la pauvretĂ© et des inĂ©galitĂ©s sociales sur les pratiques alimentaires et les maladies nutritionnelles : on estime qu’en grande section de maternelle dĂ©jĂ , 16 % des enfants d’ouvriers sont en surcharge pondĂ©rale contre 7 % des enfants de cadres ([6]). La cantine peut donc ĂȘtre un levier sanitaire de premier plan, en mettant en suspens les inĂ©galitĂ©s sociales pour dĂ©velopper chez les enfants une Ă©ducation au goĂ»t, Ă  la variĂ©tĂ© alimentaire et Ă  l’alimentation Ă©quilibrĂ©e. Il faut Ă©galement souligner que le temps de la restauration collective est un « moment oĂč les Ă©lĂšves, aprĂšs l’attention du matin, se dĂ©tendent et oĂč les Ă©changes sociaux sont favorisĂ©s. La restauration scolaire contribue aussi Ă  la formation du goĂ»t et Ă  une Ă©ducation nutritionnelle en expliquant la nĂ©cessite de la diversitĂ© alimentaire [
] ([7]) ».

Cette proposition de loi consiste donc Ă  faire revenir la cantine dans le giron de l’éducation publique, pour en garantir le caractĂšre universel et l’accĂšs gratuit pour toutes et tous sans condition de moyen. L’enjeu d’égalitĂ© est ici saillant : Ă  l’heure oĂč le gouvernement dĂ©fend les intĂ©rĂȘts des privilĂ©giĂ©s au dĂ©triment du plus grand nombre, nous estimons que la gratuitĂ© des cantines serait un immense progrĂšs social, humain et Ă©cologique. Et parce qu’il est le symbole des choix Ă©conomiques faits par Emmanuel Macron, nous souhaitons gager le financement de cette mesure (Ă©valuĂ©e Ă  prĂšs de 3,2 milliards d’euros) sur le rĂ©tablissement de l’impĂŽt sur la fortune, dont la suppression fait peser sur les finances publiques un manque Ă  gagner annuel de 3,5 milliards d’euros.

À l’heure actuelle, la restauration scolaire relĂšve, dans l’enseignement public, de la compĂ©tence des collectivitĂ©s territoriales : dans le primaire, des communes ; dans les collĂšges, du dĂ©partement ; dans les lycĂ©es, de la rĂ©gion. En outre, la cantine scolaire constitue un service public administratif facultatif car il ne s’agit pas d’une obligation liĂ©e au service public de l’enseignement. Par consĂ©quent, il appartient jusqu’à prĂ©sent aux collectivitĂ©s territoriales de fixer les prix de la restauration scolaire fournie aux Ă©lĂšves des Ă©tablissements dont elles ont la charge. Le dispositif de la prĂ©sente proposition de loi entend d’une part Ă©tablir que le service de restauration scolaire est un service public national liĂ© au service de l’enseignement, et d’autre part sa gratuitĂ©. Ce dispositif ne constitue pas une remise en cause du principe constitutionnel de libre administration des collectivitĂ©s territoriales puisqu’il ne soustrait pas la gestion de ce service Ă  ces derniĂšres ([8]). Il propose une majoration de la dotation de l’État aux collectivitĂ©s afin de rendre financiĂšrement possible cette mesure sociale de premiĂšre importance.

Le dĂ©veloppement d’une alimentation saine et durable dans les cantines est une exigence formulĂ©e par beaucoup de Français. En 2016 dĂ©jĂ , un sondage IFOP rĂ©vĂ©lait qu’ils Ă©taient 76 % Ă  se dire « favorables au vote d’une loi imposant l’introduction d’aliments issus de l’agriculture biologique, locaux et de saison dans la restauration collective publique » ([9]). La prĂ©sente proposition de loi entend donc rehausser nos ambitions afin de dĂ©fendre un modĂšle vertueux au regard des trois urgences Ă©cologique, sanitaire et sociale.

Aujourd’hui, 25 % des Ă©tablissements scolaires dĂ©lĂšguent la restauration Ă  des sociĂ©tĂ©s de restauration collective aux mĂ©thodes industrielles. Cette tendance se fonde sur la dĂ©responsabilisation des acteurs ainsi que sur le prĂ©jugĂ© tenace qui voudrait qu’une production industrielle implique forcĂ©ment une rĂ©duction des coĂ»ts. On voit ainsi se multiplier le recours aux prestataires privĂ©s via une dĂ©lĂ©gation de service public qui externalise les unitĂ©s de production. Ce phĂ©nomĂšne n’est pas sans consĂ©quence sur le contenu des assiettes. GĂ©nĂ©ralisation de la liaison froide et des assemblages de produits issus de l’industrie agro‑alimentaire, omniprĂ©sence d’emballages en plastique, importation massive de viandes, disparition de produits bruts au profit de produits ultra‑transformĂ©s, recours Ă  toujours plus d’additifs et de sucre


Si ces pratiques sont parfois directement liĂ©es aux spĂ©cificitĂ©s de la cuisine industrielle, le recours Ă  certains produits Ă  faible valeur nutritive ou la surreprĂ©sentation des protĂ©ines animales, par exemple, sont aussi liĂ©s Ă  la force d’un lobby agroalimentaire prĂ©sent dans toutes les instances de nĂ©gociation. L’Inspection gĂ©nĂ©rale des affaires sociales va jusqu’à rĂ©diger, dans un rapport publiĂ© en 2016, qu’« au final prĂ©domine le sentiment que les pouvoirs publics, tĂ©tanisĂ©s par la rĂ©glementation communautaire, par le risque d’érosion des budgets publicitaires du secteur audiovisuel, par le poids Ă©conomique du secteur agro‑alimentaire et de la grande distribution, et dans un contexte de dĂ©saccord stratĂ©gique persistant entre les ministĂšres, rĂ©pugnent Ă  se doter d’une stratĂ©gie cohĂ©rente envers ce qu’il faut bien appeler le lobby agro‑alimentaire. » ([10])

Le point spécifique des protéines animales

La surreprĂ©sentation des filiĂšres viandes et produits laitiers, notamment au sein du Groupement d’étude des marchĂ©s en restauration collective et de nutrition (GEMRCN) a une influence directe sur la rĂ©daction des recommandations officielles : Greenpeace indique dans un rĂ©cent rapport que les recommandations officielles pour les viandes et les produits laitiers servis Ă  l’école peuvent fournir, pour le seul dĂ©jeuner, prĂšs de 400 % des apports recommandĂ©s par l’Agence nationale de sĂ©curitĂ© sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) ([11]).

L’omniprĂ©sence des protĂ©ines animales dans les repas a des consĂ©quences sanitaires et Ă©cologiques considĂ©rables. Rappelons que les deux‑tiers des antibiotiques utilisĂ©s en Europe sont aujourd’hui destinĂ©s aux animaux d’élevage. Toujours selon le rapport de Greenpeace, 67 % de la viande bovine servie en restauration collective est importĂ©e d’un pays Ă©tranger, et l’Agence de l’environnement et de la maĂźtrise de l’énergie (ADEME) nous prĂ©cise que l’équivalent d’une bouchĂ©e de viande laissĂ©e dans l’assiette reprĂ©sente 300 litres d’eau gaspillĂ©e, et gĂ©nĂšre l’émission de 2,5 kg de CO2. Plus gĂ©nĂ©ralement, la part des viandes, poissons et Ɠufs compte pour 20 % du gaspillage alimentaire des repas, et pour prĂšs de la moitiĂ© du coĂ»t de ce gaspillage.

Les pratiques citĂ©es plus haut ont un impact Ă©vident sur la santĂ© des plus jeunes consommateurs. D’aprĂšs l’étude individuelle nationale des consommations alimentaires (INCA) 3, les enfants jusqu’à 10 ans consomment en moyenne 55 grammes de protĂ©ines par jour, ce qui reprĂ©sente entre 200 et 400 % des apports nutritionnels conseillĂ©s par l’Anses ([12]). Ces pratiques alimentaires, quand elles se perpĂ©tuent avec l’ñge, peuvent avoir d’importantes consĂ©quences sanitaires : le taux d’obĂ©sitĂ© des Français est aujourd’hui de prĂšs de 15 % (contre 8,5 % en 1997) ([13]). Les consĂ©quences de cette industrialisation de la restauration sont donc massives.

De plus en plus de collectifs se constituent pour lutter contre cette tendance qui Ă©loigne les cantines des Ă©coles et pour dĂ©fendre un mode de production raisonnĂ©, local et respectueux des saisons. Les exemples dans ce sens se multiplient, qui battent en brĂšche l’idĂ©e selon laquelle la transition serait trop coĂ»teuse. On pourra ainsi citer la commune de Mouans Sartoux, dans les Alpes‑Maritimes, qui a atteint le seuil de 100 % de produits biologiques dans ses cantines (et ceci Ă  coĂ»ts constant, grĂące Ă  un fonctionnement en rĂ©gie agricole et Ă  une politique volontariste contre le gaspillage alimentaire). Le Conseil gĂ©nĂ©ral de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, mandatĂ© par la loi Egalim pour rĂ©aliser une Ă©tude sur les impacts budgĂ©taires, a Ă©galement confirmĂ© qu’un changement des pratiques (vĂ©gĂ©talisation, saisonnisation, recyclage) permettait de rĂ©aliser des Ă©conomies dans 87 % des cas.

Il y a un intĂ©rĂȘt pĂ©dagogique Ă  utiliser le vecteur de la restauration scolaire pour dĂ©velopper un triangle vertueux de l’alimentation. Les cantines nourrissent prĂšs de 7 millions de demi‑pensionnaires que l’on peut sensibiliser quotidiennement Ă  la qualitĂ© de leur alimentation ainsi qu’à l’importance de certains gestes environnementaux (lutte contre le gaspillage, consommation de produits de saison, valorisation des dĂ©chets,...). Et si le recours Ă  des produits locaux et aux circuits courts ne signifie pas toujours une diminution trĂšs significative des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre ([14]), les exploitations concernĂ©es sont plus souvent susceptibles de pratiquer l’agriculture biologique (10 % des exploitations contre 2 % en circuit long), et s’inscrivent davantage dans des pratiques agroĂ©cologiques rĂ©duisant leurs impacts sur l’environnement. La consommation de produits locaux implique Ă©galement un contact direct entre producteur et consommateur, dont on peut imaginer l’intĂ©rĂȘt dans un cadre scolaire (via la tenue d’ateliers par exemple). Cette proximitĂ© permettrait de tisser un lien organique entre le contenu de l’assiette et la production agricole, en invitant les jeunes consommateurs Ă  dĂ©velopper une prise de conscience prĂ©coce des impacts environnementaux de leur alimentation, une meilleure comprĂ©hension des cycles de production, et partant un plus grand respect des aliments et de l’environnement.

Le recours aux circuits courts et Ă  des produits issus de l’agriculture biologique a Ă©galement la vertu de favoriser l’activitĂ© agricole des territoires en amĂ©liorant les conditions des revenus des producteurs. Car en pĂ©rennisant une demande forte, cette proposition de loi incite les agriculteurs Ă  effectuer une transition vers la production biologique, plus respectueuse des sols, tout en leur garantissant une source de revenus rĂ©guliĂšre et transparente.

L’effort de transition appelĂ© de leurs vƓux par les agriculteurs, par les collectivitĂ©s et par les consommateurs doit ainsi faire l’objet d’un soutien actif. Afin de permettre au mieux la relocalisation des cuisines dans les Ă©coles, et l’émergence de nouvelles cuisines centrales dites « vertueuses », il est nĂ©cessaire que l’État agisse en force incontournable de planification, tant sur le plan de la formation, de l’ambition des objectifs fixĂ©s par loi en matiĂšre de qualitĂ© et d’origine des produits, que du soutien financier. Tel est le sens des articles 3, 4 et 5 de cette proposition de loi.

Le dispositif de la présente proposition de loi comporte sept articles.

L’article 1er vise à faire du service de restauration scolaire un service public gratuit.

L’article 2 entend instaurer la gratuitĂ© de la restauration scolaire.

L’article 3 vise Ă  faire de l’État un levier de formation pour opĂ©rer la bifurcation Ă©cologique de la restauration collective.

L’article 4 intĂšgre Ă  la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible Ă  tous (dite Egalim) l’exigence du recours aux projets alimentaires territoriaux (PAT) et Ă  des produits issus de circuits courts. Il Ă©lĂšve Ă©galement les seuils de produits de qualitĂ© et issus de l’agriculture biologique.

L’article 5 vise Ă  crĂ©er une prime sociale Ă  l’investissement pour la bifurcation Ă©cologique Ă  destination de la restauration collective en gestion directe. Cette prime temporaire (sur trois ans) entend soutenir les restaurants collectifs en gestion directe implantĂ©s dans les territoires les plus fragiles, afin de participer au financement de l’investissement matĂ©riel et immatĂ©riel. La prime est destinĂ©e aux communes Ă©ligibles Ă  la fraction cible de la dotation de soliditĂ© rurale (DSR) et Ă  la dotation de solidaritĂ© urbaine (DSU).

L’article 6 gage le coĂ»t des articles 1 et 2 sur le rĂ©tablissement de l’ISF.

L’article 7 gage le coĂ»t des articles 3 et 4 sur les profits rĂ©alisĂ©s par les entreprises qui font commerce de produits phytopharmaceutiques. Cette nouvelle taxe sur le chiffre d’affaires rĂ©alisĂ© au niveau mondial par les firmes commercialisant des produits phytopharmaceutiques, rapportĂ© Ă  la part des ventes de ces produits rĂ©alisĂ©es en France. Elle devrait permettre de collecter un montant de prĂšs de 50 millions d’euros par an.

Notes

([1])  Rapport à consulter : http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/alimentation_industrielle_ce.

([2])  À retrouver sur le site de l’AssemblĂ©e nationale : http://www.assemblee-nationale.fr/15/propositions/pion1561.asp.

([3])  Coefficient utilisé pour mesurer l'inégalité des revenus dans un pays.

([4])  https://www.unicef.fr/dossier/enfants-pauvres.

([5])  Rapport du défenseur des droits : « Un droit à la cantine scolaire pour tous les enfants », 2019.

([6])  https://www.banquedesterritoires.fr/les-inegalites-sociales-de-sante-toujours-aussi-fortes-chez-les-enfants.

([7])  Circulaire n° 2001-118 du 25 juin  2001 (NOR : MENE0101186).

([8]) PrĂ©vu Ă  l’article 72, alinĂ©a 3 de la Constitution : « Dans les conditions prĂ©vues par la loi, [les] collectivitĂ©s s’administrent librement par des conseils Ă©lus et disposent d’un pouvoir rĂ©glementaire pour l’exercice de leurs compĂ©tences ».

([9])  https://www.ifop.com/publication/lintroduction-daliments-biologiques-locaux-et-de-saison-dans-la-restauration-collective-publique/ .

([10])  Évaluation du programme national nutrition santĂ© et 2016 (PNNS 3) et du plan obĂ©sitĂ©, Rapport de l’Inspection gĂ©nĂ©rale des affaires sociales.

([11])  https://cdn.greenpeace.fr/site/uploads/2017/12/rapport_greenpeace_viande_et_produits_laitiers_a_la_cantine-1.pdf .

([12])  ANSES, 2017. INCA 3 : Évolution des habitudes et modes de consommation, de nouveaux enjeux en matiĂšre de sĂ©curitĂ© sanitaire et de nutrition http://bit.ly/2td1Ksq .

([13])  http://www.obesite-sante.com/comprendre_l_obesite/obesite_et_surpoids/chiffres_de_l_obesite1.shtml.

([14]) https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/avis-ademe_circuits-courts_201706.pdf .

Article 1

L’article L. 131‑13 du code de l’éducation est ainsi modifié :

1° Au début, est ajoutée une phrase ainsi rédigée :

« Le service de restauration scolaire est un service public gratuit. »

2° À la premiĂšre phrase, les mots : « L’inscription Ă  la cantine des Ă©coles primaires » sont remplacĂ©s par les mots : « L’accĂšs Ă  la restauration collective des Ă©tablissements »

Article 2

L’article L. 533‑1 du code de l’éducation est complĂ©tĂ© un alinĂ©a ainsi rĂ©digé :

« Les tarifs de la restauration scolaire fournie aux Ă©lĂšves des Ă©coles maternelles, des Ă©coles Ă©lĂ©mentaires, des collĂšges et des lycĂ©es de l’enseignement public tiennent compte du caractĂšre indispensable de ces repas en prĂ©voyant la gratuitĂ© pour tous les usagers des restaurants scolaires. »

Article 3

AprĂšs le 5° de l’article L. 211‑1 du code de l’éducation, il est insĂ©rĂ© un 6° ainsi rĂ©digé :

« 6° La mise en place de dispositifs de formation initiale et continue destinés à former les acteurs de la restauration collective suivants : les cuisiniers, les gestionnaires, les acheteurs publics et les nutritionnistes.

« Les formations de bifurcation Ă©cologique et solidaire dans la restauration collective, mentionnĂ©es au prĂ©sent 6°, intĂšgrent un volet Ă©cologique qui sensibilise notamment les acteurs Ă  la lutte contre le gaspillage alimentaire, Ă  la limitation de contenant en plastique, Ă  l’achat de produits issus de systĂšmes agricoles respectueux des sols et Ă  l’obligation d’intĂ©grer dans les repas des produits correspondants aux critĂšres dĂ©finis par la loi n° 2018‑938 du 30 octobre 2018 pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible Ă  tous. »

Article 4

L’article L. 230‑5‑1 du code rural et de la pĂȘche maritime est ainsi modifié :

1° Au premier alinéa, le taux : « 50 % » est remplacé par le taux : « 70% » et le taux : « 20 % » est remplacé par le taux : « 80 % ».

2° Le 1° est complĂ©tĂ© par les mots : « , Ă©ventuellement issus de projets alimentaires territoriaux, en favorisant notamment l’approvisionnement en circuits courts et en respectant la saisonnalitĂ© des produits ».

Article 5

AprĂšs l’article L. 2335‑16 du code gĂ©nĂ©ral des collectivitĂ©s territoriales, il est insĂ©rĂ© une section 7 ainsi rĂ©digĂ©e :

« Section 7

« Dotation relative au soutien à une restauration scolaire saine et durable

« Art. L. 2335‑17. – Il est instituĂ© une prime sociale Ă  l’investissement en faveur des communes Ă©ligibles Ă  la fraction cible de la dotation de soliditĂ© rurale et Ă  la dotation de solidaritĂ© urbaine, ainsi qu’aux Ă©tablissements publics de coopĂ©ration intercommunale lorsque deux tiers au moins de leur population habitent dans une commune Ă©ligible Ă  ces dotations.

« À compter du 1er janvier 2021, cette dotation forfaitaire annuelle de 15 millions d’euros est Ă©tablie et partagĂ©e proportionnellement aux investissements rĂ©alisĂ©s par les communes concernĂ©es en direction d’une restauration collective respectueuse des engagements dĂ©taillĂ©s dans la loi n° 2018‑938 du 30 octobre 2018 rĂ©sultant des pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible Ă  tous. »

Article 6

I. – La charge rĂ©sultant des articles 1er et 2 de la prĂ©sente loi pour l’État est compensĂ©e Ă  due concurrence par le rĂ©tablissement des articles du code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts modifiĂ©s par l’article 31 de la loi n° 2017‑1837 du 30 dĂ©cembre 2017 de finances pour 2018 dans leur rĂ©daction antĂ©rieure Ă  la publication de la mĂȘme loi.

II. – La charge rĂ©sultant des articles 1er et 2 de la prĂ©sente loi pour les collectivitĂ©s territoriales est compensĂ©e Ă  due concurrence par la majoration de la dotation globale de fonctionnement et, collectivement pour l’État, par le rĂ©tablissement des articles du code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts modifiĂ©s par l’article 31 de la loi n° 2017‑1837 du 30 dĂ©cembre 2017 de finances pour 2018 dans leur rĂ©daction antĂ©rieure Ă  la publication de la mĂȘme loi.

Article 7

I. – La charge rĂ©sultant des articles 3, 4 et 5° de la prĂ©sente loi pour l’État est compensĂ©e Ă  due concurrence par la crĂ©ation de la taxe mentionnĂ©e Ă  l’article L. 253‑8‑3 du code rural et de la pĂȘche maritime dans sa rĂ©daction rĂ©sultant de la prĂ©sente loi.

II. – La charge rĂ©sultant des articles 3 et 4 de la prĂ©sente loi pour les collectivitĂ©s territoriales est compensĂ©e Ă  due concurrence par la majoration de la dotation globale de fonctionnement et, corrĂ©lativement pour l’État, par la crĂ©ation de la taxe mentionnĂ©e Ă  l’article L. 253‑8‑3 du code rural et de la pĂȘche maritime, dans sa rĂ©daction rĂ©sultant de la prĂ©sente loi.

III. – La section 6 du chapitre III du titre V du livre II du code rural et de la pĂȘche maritime est complĂ©tĂ©e par un article L. 253‑8‑3 ainsi rĂ©digé :

« Art. L. 253‑8‑3. – I. – Il est perçu, au bĂ©nĂ©fice de l’État, une taxe sur le chiffre d’affaires des entreprises bĂ©nĂ©ficiant d’une autorisation de mise sur le marchĂ© ou d’un permis de commerce parallĂšle de produits phytopharmaceutiques, en application du rĂšglement (CE) n° 1107/2009 du Parlement europĂ©en et du Conseil, du 21 octobre 2009, concernant la mise sur le marchĂ© des produits phytopharmaceutiques et abrogeant les directives 79/117/CEE et 91/414/CEE du Conseil, et de l’article L. 253‑1.

« II. – Cette taxe est due chaque annĂ©e par le titulaire de l’autorisation ou du permis de commerce parallĂšle valides au 1er janvier de l’annĂ©e d’imposition ayant rĂ©alisĂ© un chiffre d’affaires supĂ©rieur Ă  100 millions d’euros au niveau mondial et Ă  25 millions d’euros en France.

« III. – Elle est assise sur la part du chiffre d’affaires global de l’entreprise, multipliĂ© par le produit des ventes rĂ©alisĂ© en France et divisĂ© par le produit des ventes rĂ©alisĂ© au niveau global.

« IV. – Le taux de la taxe, plafonnĂ© Ă  3 % du chiffre d’affaires mentionnĂ© au III, est fixĂ© par arrĂȘtĂ© conjoint des ministres chargĂ©s de l’agriculture et du budget. Le cas Ă©chĂ©ant, le montant de la taxe est arrondi Ă  l’euro infĂ©rieur. Le seuil minimal de recouvrement est de 100 €.

« V. – Une dĂ©claration conforme au modĂšle Ă©tabli par l’administration retrace les informations relatives aux ventes et aux chiffres d’affaires rĂ©alisĂ©s au cours de l’annĂ©e civile prĂ©cĂ©dente par les personnes assujetties. La taxe est acquittĂ©e lors du dĂ©pĂŽt de la dĂ©claration, et au plus tard le 31 mai de chaque annĂ©e. »

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