C’est un grand moment d’émotion. Je remercie le gouvernement et l’ensemble des parlementaires qui ont participé à l’élaboration du texte. Cela fait quinze ans que les associations, les parents, les chercheurs français se battent pour trouver les moyens de financer la recherche dans ce domaine – je les salue ! Il ne s’agit pas d’un coût, mais d’un investissement dans l’avenir de notre pays, pour nos enfants. Ceux qui se satisferont du versement de cette contribution auront à se mettre au clair avec leur conscience !
Nous sommes ici à la limite du champ de la proposition de loi. Toutefois, ce sujet fondamental reste mal documenté et nous avons intérêt à obtenir une étude spécifique. Avis favorable.
Je comprends parfaitement votre souhait de favoriser les entreprises du médicament qui réalisent plus de 50 % de leur production en France ou dans l’Union européenne. Cependant, la mesure que vous proposez ne serait pas décisive pour le maintien de l’activité en France ou en Europe, compte tenu de la faiblesse du taux retenu. Je doute que les entreprises visées – les grands groupes industriels – soient incitées à ne pas délocaliser. En revanche, cet amendement créerait un effet d’aubaine pour les entreprises qui, aujourd’hui, ne veulent pas assumer leur part de risque. Nous n’espérons pas un rendement élevé pour cette taxe. Avis défavorable.
L’exclusion que conteste l’amendement no 17 est fondée : la France a d’ores et déjà exclu les médicaments orphelins de l’assiette de la taxe sur le chiffre d’affaires des entreprises du médicament, ainsi que de la clause de sauvegarde. Par cohérence avec ces dispositifs, la nouvelle contribution repose sur la même assiette. En effet, les volumes de vente des médicaments orphelins qui ne peuvent être employés pour d’autres indications thérapeutiques demeurent structurellement limités ; la contribution pèserait donc proportionnellement plus lourd. La question, posée par l’amendement, d’un mauvais ciblage des médicaments orphelins doit plutôt être traitée dans le cadre de la négociation en cours sur le paquet pharmaceutique européen. Avis défavorable. Quant à l’amendement no 18, les exonérations de la taxe qu’il tend à aménager créeraient des effets d’aubaine. Avis défavorable.
Je connais bien, cher collègue Lauzzana, votre engagement en faveur de la recherche sur les cancers pédiatriques. En abaissant ce taux de 0,15 % à 0,10 %, nous avons atteint en commission un point d’équilibre. En le réduisant encore, nous viderions le dispositif de son contenu : un taux inférieur à 0,10 % du chiffre d’affaires ne constituerait pas l’effet de levier crédible dont nous avons besoin pour financer cette recherche et favoriser les cofinancements des entreprises privées et des fonds européens. Le taux de la contribution doit rester à 0,10 % pour susciter un effet de levier soutenable et incitatif. Avis défavorable à l’amendement no 24. En ce qui concerne les amendements nos 3 et 7, sachez, chère collègue, que je partage vos préoccupations. Il faut trouver un financement public à la hauteur des besoins. Or nous avons trouvé en commission un point d’équilibre qui nous permet d’avancer. Les entreprises du médicament participent déjà au financement via cinq taxes sectorielles, et la contribution proposée n’a pas vocation à financer à elle seule le secteur de la recherche sur les cancers pédiatriques et les maladies rares. Elle doit surtout permettre de flécher des financements et de créer un effet de levier suffisant pour lever des fonds en faveur des biotechs. Enfin, cette contribution est une incitation à ce que d’autres investisseurs, qu’ils soient publics ou privés, prennent leur part. Il ne me parait pas opportun de tripler son taux. Avis défavorable aux deux amendements.
Avec un taux fixé à 0,10 %, le rendement est évalué à 40 millions d’euros – sachant que le chiffre d’affaires des laboratoires pharmaceutiques s’élève à 30 milliards d’euros sur les médicaments remboursés.
Avis défavorable. Nous avons trouvé un point d’équilibre sur le taux de la contribution. Je ne suis en outre pas favorable à la conditionnalité de cette contribution : j’y vois un facteur de lourdeur administrative, nuisible à l’efficacité du dispositif. Par ailleurs, je ne vois pas précisément quelles seraient les entreprises visées par la réduction d’impôt. Les grands groupes pharmaceutiques n’investissent pas dans les essais en recherche pédiatrique parce qu’ils considèrent que ce marché est trop restreint et peu rentable. En outre, la réduction d’impôts sur une contribution aussi étroite ne saurait constituer un levier suffisant dans ce contexte. Les biotechs spécialisées ne génèrent pas de chiffre d’affaires et n’en bénéficieraient donc pas ! Enfin, au sein des entreprises, votre amendement créerait un déséquilibre difficilement justifiable entre les différentes phases de projet.
Je comprends votre souhait de clarifier la gouvernance du fonds d’investissement. Nous avons cependant souhaité ne pas l’affecter d’emblée pour avoir le temps et la souplesse de constituer un comité scientifique et un comité de gestion, qui pourront y associer d’autres partenaires pertinents. Concernant le dispositif que vous proposez, quid des maladies rares qui n’y sont pas spécifiquement représentées ? Quid des ministères chargés de la recherche et de la santé ? D’autre part, à l’heure actuelle, la gestion d’un fonds d’investissement ne figure pas explicitement dans les missions de l’Inca – Institut national du cancer. En réalité, la gouvernance du fonds n’a pas à être définie dans cette loi. C’est dans un deuxième temps qu’il conviendra de déterminer le ou les véhicules, législatif ou réglementaire, adéquats pour y associer tous les partenaires pertinents. Avis défavorable.
Chère collègue, je comprends et je partage l’objectif de votre amendement, qui vise à s’assurer que l’État ne verse pas d’aides sans contreparties et sans contrôle. Toutefois, le maintien des dépenses de personnel afférentes à la recherche pendant deux ans ne devrait pas poser de difficulté, compte tenu de la durée moyenne des cycles d’innovation, qui est de cinq ans minimum. En outre, il convient d’être prudent sur la conditionnalité des aides. Un objectif sous-jacent de rentabilité à court terme pour les biotechs serait incompatible avec le modèle financier des start-up. Avec l’amendement no 2, vous proposez d’imposer aux entreprises bénéficiaires de maintenir leurs activités en France pendant une période de dix ans. Cependant, c’est souvent parce que les entreprises ne trouvent pas de financement en France qu’elles délocalisent. Il faut donc agir sur les causes. Une boucle vertueuse est possible, comme le montre l’exemple d’Imcheck Therapeutics, une biotech marseillaise qui développe une recherche en immuno-oncologie et qui a été rachetée fin 2025 par Ipsen. Mon avis est donc défavorable sur l’amendement no 2 ; je m’en remets à la sagesse de l’Assemblée sur l’amendement no 1.
Chère collègue, je dois dire que je ne comprends pas le sens de votre amendement. Nous proposons d’instaurer une contribution à part entière, fléchée vers les cancers pédiatriques et les maladies rares de l’enfant. Or en fusionnant le dispositif du texte avec d’autres, vous supprimeriez cette contribution ciblée, ce qui fragiliserait considérablement son financement. En outre, rien n’interdit que le fonds soit renforcé par des crédits du plan Innovation santé 2030 ainsi que par des financements privés, dès lors qu’ils participent effectivement au développement de l’innovation pédiatrique dans les domaines visés. Ce sera donc un avis défavorable.
Ma chère collègue, votre amendement n’a pas de portée sur le fond, car il est satisfait sur la forme. L’article 1er précise que la nouvelle contribution est affectée au programme de soutien à l’innovation thérapeutique contre les cancers et les maladies rares de l’enfant. Il n’y a donc pas lieu de la distinguer plus avant des autres contributions. Compte tenu de ces éléments, j’émets un avis défavorable.
J’ai déjà eu l’occasion de vous dire en commission que je n’étais pas favorable au crédit d’impôt, non pas en général, mais pour ce secteur particulier. Les entreprises de biotech les plus fragiles ne pourront pas en bénéficier, car elles se situent en amont des essais cliniques et ne dégagent pas de chiffre d’affaires au départ. S’agissant des entreprises plus matures, il existe, je le répète, un fort risque d’effet d’aubaine. En recourant au crédit d’impôt, vous créeriez un avantage fiscal différé. Nous cherchons au contraire à apporter un soutien immédiat à l’investissement avec le fonds d’innovation. Celui-ci permet d’entrer au capital des sociétés concernées, ce qui donne accès aux décisions stratégiques et favorise un meilleur pilotage. Avis défavorable.
La proposition de loi que nous examinons se situe au croisement de préoccupations de santé publique et de questions éthiques qui revêtent une intensité particulière. Chaque année, dans notre pays, des milliers de parents apprennent que leur enfant a un cancer : les cancers pédiatriques touchent 1 800 enfants par an et représentent la deuxième cause de mortalité en France entre 2 et 17 ans. Leur incidence augmente depuis dix ans : 1 enfant sur 440 développera un cancer avant l’âge de 15 ans. Pour 20 % d’entre eux, il n’existe pas de traitement à ce jour ; et lorsqu’un enfant guérit, ce n’est jamais sans séquelles. À cette réalité s’ajoutent près de 7 000 maladies rares recensées en France, qui touchent environ 3 millions de personnes, dont deux tiers dès l’enfance. Alors que ce constat devrait faire de la recherche pédiatrique une priorité, tel n’est pas le cas. Notre pays souffre d’une situation paradoxale : les structures existent mais l’organisation de la recherche est trop fragmentée et difficilement lisible. Les deux grands dispositifs qui structurent notre action – la stratégie décennale de lutte contre les cancers et le plan national maladies rares (PNMR4) – ont permis des avancées indéniables mais demeurent trop cloisonnés et insuffisamment orientés vers les besoins de l’enfant. Au surplus, le paysage institutionnel peine à se structurer : des centres d’expertise nationaux, des centres d’essais précoces, des centres hospitaliers universitaires (CHU), des agences multiples constituent autant de guichets pour les chercheurs, où chacun agit selon ses propres règles, calendriers et critères. L’absence d’une stratégie véritablement coordonnée produit une fragmentation préjudiciable des financements, qui empêche de constituer la masse critique d’investissements indispensable pour faire émerger des innovations thérapeutiques d’envergure. La recherche pédiatrique ne peut être envisagée comme un simple appendice de la cancérologie adulte. Faiblement attractive pour les acteurs industriels, l’oncologie pédiatrique continue d’être l’un des parents pauvres de la recherche médicale. Les grands laboratoires orientent leurs investissements vers des secteurs où les perspectives de rentabilité sont plus prévisibles. Dans ce contexte, les innovations destinées aux enfants proviennent essentiellement de petites structures issues de la recherche académique, qui développent des projets véritablement innovants qu’un grand groupe industriel refuserait de soutenir en l’absence de preuve qu’ils reposent sur un concept solide. À cet égard, l’exemple de Zolgensma est emblématique. Ce traitement, qui constitue une avancée thérapeutique majeure contre l’amyotrophie spinale infantile – maladie souvent mortelle avant l’âge de 2 ans –, trouve son origine dans des laboratoires français ; avec la ténacité qui les caractérise, nos chercheurs ont posé les bases scientifiques de cette innovation. Pourtant, faute de financement pour porter la technologie jusqu’au marché, cette découverte française a été rachetée par une entreprise américaine, qui en a fait l’un des médicaments les plus chers du monde : le prix d’une dose dépasse 2 millions d’euros ! Il ne s’agit pas d’un cas isolé mais du symptôme d’une faiblesse structurelle. Parce que, contrairement à d’autres nations, nous n’offrons pas à nos start-up des mécanismes financiers pérennes capables de sécuriser leur trajectoire, un grand nombre d’entre elles finissent par se tourner vers des financements étrangers, ce qui revient, en pratique, à exporter notre souveraineté scientifique. Investir davantage dans ces entreprises enverrait le message que la société française ne considère pas la rareté d’une maladie ou l’absence de rentabilité immédiate comme un frein. De nombreux cancers pédiatriques n’existent pas ou très peu chez l’adulte. Les traitements non adaptés laissent chez les enfants des séquelles cardiaques, neurocognitives, endocriniennes ou reproductives qui affecteront leur vie entière. Alors que la France possède des atouts indéniables – un système hospitalo-universitaire de grande qualité et une recherche fondamentale internationalement reconnue –, il ne lui manque ni la compétence ni la volonté, mais une stratégie cohérente et un soutien financier à la hauteur des enjeux. C’est pourquoi je propose de créer au moyen de ce texte une contribution destinée à financer un fonds public pour la recherche pédiatrique en oncologie et en maladie rares. En commission, nous sommes parvenus à une solution d’équilibre en prévoyant un taux volontairement modéré, pour ne pas déstabiliser la filière pharmaceutique. Cette avancée vise à reconnaître une réalité simple : lorsque la rareté d’une maladie empêche la rentabilité privée, il revient à la puissance publique d’encourager un modèle de financement collectif. Je salue les associations, les chercheurs et les soignants qui déploient des trésors d’énergie et d’ingéniosité pour accompagner les enfants et leurs familles. À cet instant, je pense au regard pétillant de Myrtille, je pense à Eva, à Liam, à Charlotte et à tant d’autres, qui, tous, nous interpellent par leur force de vie et nous confient leur espoir pour l’avenir.
Cet amendement de ma collègue Anna Pic vise à apporter une précision sur les enseignements que nous devons tirer d’Orion 2026. En effet, le retour d’expérience de cet exercice fait état de l’absence de récupération des données opérationnelles issues des systèmes autonomes. Or ces données constituent un actif stratégique pour l’entraînement des algorithmes, l’amélioration continue des systèmes et donc, la supériorité opérationnelle permettant une décision autonome en zone contestée, comme en attestent les conflits actuels, en particulier le conflit ukrainien. Nous proposons cet amendement d’appel pour engager une réflexion sur l’établissement d’un cadre normatif propre à la collecte, au traitement et à la valorisation souveraine des données – des activités qui impliquent des questions éthiques et juridiques, que cette réflexion devra explorer.
Autant nous sommes d’accord avec l’amendement de M. Plassard – sur le soutien à la DGA et sa capacité à aider les TPE-PME dans nos territoires –, autant nous considérons que le sous-amendement de notre collègue Brulebois entre trop dans le détail. Il lie les mains de la DGA, qui sait parfaitement ce qu’elle a à faire sur ces sujets. Notre avis est donc défavorable au sous-amendement et favorable à l’amendement.
Je rappelle d’abord que la France et l’Europe disposent d’atouts indéniables dans le domaine spatial. Cela peut paraître évident mais je crois qu’il est bon de ne pas sous-estimer ces atouts – on a trop tendance, parfois, à se couvrir la tête de cendres. La compétitivité de notre pays et, plus largement, la compétitivité européenne reposent sur la qualité des services et des produits que nous proposons. Le secteur des lanceurs illustre parfaitement ce savoir-faire, comme en témoigne Ariane, notamment en Gironde. En outre, on observe un changement dans l’approche du risque, mis en avant par l’exemple de MaiaSpace. Depuis le début de cette soirée, on rappelle qu’une politique spatiale efficace passe par un degré élevé d’autonomie, par un secteur industriel fort mais également par la multiplicité des propositions, donc par la redondance des infrastructures – on pourrait examiner la question d’un second pas de tir ainsi que celle des systèmes dans l’espace. Cette politique suppose encore un effort de coopération pragmatique au niveau européen, en vue de maintenir un niveau important de compétitivité face à des concurrents qui bénéficient souvent d’un marché captif et d’un fort soutien de leurs appareils étatiques respectifs. Or de nombreux acteurs du soulignent que certains acteurs étatiques français manqueraient encore trop souvent d’ouverture envers les PME, alors même qu’elles pourraient apporter des solutions innovantes et compétitives, notamment du point de vue de leur coût, puisque, comme vous le savez, monsieur le ministre, elles jouent un rôle central dans le secteur spatial. Au-delà de la nécessité d’encourager agilité et innovation par cette plus grande ouverture aux PME, quelles seront les mesures adoptées pour garantir que le pacte spatial auquel vous avez fait référence soit réellement accessible et transparent pour ces entreprises ? Enfin, en matière de défense spatiale, la France et l’Europe demeurent fortement dépendantes des États-Unis, que ce soit pour le renseignement, l’observation spatiale, la connectivité internet ou encore la surveillance des orbites. Cette dépendance, mise en lumière par le retour d’expérience du conflit ukrainien, soulève des préoccupations majeures. Quatre ans après le choc ukrainien, il est légitime de s’interroger : quel est l’état des lieux et quels efforts faut-il encore accomplir pour renforcer notre autonomie stratégique dans ce domaine ?
Nous soutenons également la demande adressée à la Commission européenne par le président de la République : il faut mobiliser pleinement et activement les prérogatives d’enquête et de déclenchement de protocoles de crise en période électorale. Néanmoins, la temporalité très rapide de l’élection rend l’application du droit particulièrement complexe. Si nous saluons la volonté de rendre l’action judiciaire plus rapide grâce à une boîte à outils juridique structurée, la priorité absolue réside dans la prévention à destination de l’ensemble de la société civile. Aucune politique publique ne pourra aboutir dans ce domaine sans le renforcement de notre immunité collective – je reprends volontiers l’image médicale du chercheur David Colon qui évoque une « pandémie informationnelle ». Le nerf de cette guerre informationnelle est évidemment l’éducation, en particulier l’éducation aux médias qui doit être renforcée dans le parcours scolaire afin d’affermir l’esprit critique. Surtout, il convient de développer la sensibilisation des publics les plus âgés, qui s’avèrent moins avertis aux risques de désinformation. À l’approche de nouvelles échéances électorales, il est plus que jamais temps de permettre à chaque citoyen de s’informer véritablement, de contextualiser et de décrypter l’information. Face à cette urgence démocratique, nous avons tous un rôle à jouer. Le groupe Socialistes et apparentés restera toujours force de proposition dans ce domaine crucial afin de renforcer notre immunité collective face aux ingérences étrangères.
Ce n’est pas la première fois de notre histoire – hélas ! – que les menaces d’ingérence étrangère sont au cœur des débats de l’Assemblée nationale. Si les manœuvres informationnelles ont toujours fait partie de l’histoire des conflits, il est indéniable que la rapidité d’exécution et l’ampleur des méthodes de guerre hybride font peser un risque sans précédent sur nos démocraties. En tant que deuxième pays le plus ciblé en Europe, après l’Ukraine, par des attaques informationnelles, la France doit continuer de montrer l’exemple dans cette lutte d’influence. L’enjeu est crucial : il faut nous prémunir contre le risque d’être « défaits sans être envahis ». Or la période électorale que nous venons de vivre a encore été bouleversée par de nombreuses tentatives d’ingérence numérique, à Roubaix, à Marseille et à Toulouse par exemple – comme mes collègues l’ont rappelé. L’objectif de nos compétiteurs est connu : miner notre démocratie à tous les échelons, du local au national, en brisant la confiance des citoyens en toute information et en toute institution. Ne nous y trompons pas, nos compétiteurs sont nombreux : Russie, Chine, Iran, Turquie, réseaux Maga – avec depuis peu des connexions assez inimaginables pour nos esprits cartésiens entre les deux côtés de l’Atlantique. L’annulation de l’élection présidentielle roumaine de 2024 doit doublement nous alerter. D’abord, les manipulations de grande ampleur qui ont eu lieu dans ce pays seront certainement déployées en France. Viginum a d’ores et déjà mis en garde contre l’emploi du mode opératoire dit Storm-1516 lors des élections européennes et des élections législatives de 2024. Un risque de reproduction de cette manipulation lors des prochaines élections présidentielles de 2027 est indéniable – nous avons d’ailleurs, avec ma collègue Natalia Pouzyreff, décrit cette menace dans notre rapport d’information relatif à la manipulation de l’information et aux stratégies d’influence déposé au nom de la commission de la défense en juillet 2025. Ensuite, l’annulation des élections nourrit les discours dénonçant la censure de certaines opinions politiques. Toute décision prise comporte donc le risque de produire, à long terme, des effets contre-productifs. Il importe donc de nous préparer en amont pour ne pas être condamnés à la simple réaction. Notre pays peut se féliciter d’avoir instauré, depuis la création d’une nouvelle fonction stratégique influence dans la revue nationale stratégique (RNS) de 2022, une architecture interministérielle visant à lutter efficacement contre les menaces hybrides. Toutefois, celle-ci mériterait d’être clarifiée afin de gagner en efficacité. Dans cette perspective, je tiens à saluer l’action de Viginum. Cet opérateur incarne la politique de protection du débat public français. Sa méthodologie, reposant sur la détection des manipulations des contenus plutôt que sur la vérification de leur véracité, permet d’éviter tout soupçon de censure idéologique. Nous saluons également la hausse des crédits alloués au SGDSN dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2026. Cette revalorisation doit être accentuée car les missions de Viginum sont capitales. La lutte contre les ingérences étrangères dans les territoires constitue également un enjeu crucial dans le cadre d’une stratégie globale de résilience de la société. Le groupe Socialistes et apparentés tient à rappeler la recommandation issue du rapport d’information « Défense et territoires : quels rôles pour les acteurs du territoire dans la défense nationale », présenté en mai 2024 : il convient de créer des postes de délégués régionaux de Viginum auprès des préfets de région afin d’accompagner tous les services déconcentrés de l’État.
Monsieur le ministre de l’économie et des finances, nous avons appris, mercredi dernier, par voie de presse, la vente de l’entreprise LMB Aerospace à l’Américain Loar Group. Vous avez tenté de nous rassurer à plusieurs reprises en indiquant que cette cession ne constituait pas une menace critique pour notre souveraineté et que cette vente avait fait l’objet d’un contrôle strict par le gouvernement. Vous nous assurez que tout va bien parce que l’Agence des participations de l’État a acquis une action de préférence au sein de l’entreprise. Nous doutons que cette garantie soit suffisante. Cette vente aurait pu être protégée davantage, notamment par la présence de BPIFrance au capital, comme certains le recommandaient. Le groupe Socialistes et apparentés s’inquiète qu’aucun investisseur européen n’ait manifesté de volonté de rachat. Nous assistons trop souvent avec impuissance au départ de pépites stratégiques de notre industrie, notamment dans le domaine de la défense et de l’espace, faute d’investissements français et européens. En outre, que dire des risques incontestables d’« Itarisation » ? Le signal n’est pas bon. Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, a-t-il raison de dire, devant les parlementaires européens, que l’Europe sera toujours impuissante sans les États-Unis ? Ou, comme Mario Draghi en a exprimé le souhait ces dernier jours, agirons-nous pour que l’Europe comme puissance autonome ne soit plus seulement un rêve ? Nous mettrons-nous enfin en ordre de marche ou rentrerons-nous dans le rang ? Si les ambitions impérialistes sur le Groenland semblent s’être temporairement apaisées, l’alerte était claire. Tirons-en les conséquences et agissons sans délai. L’enjeu n’est plus seulement de résister mais de construire une Europe forte, unie et souveraine. Dans ce moment de redéfinition du monde tel que nous le connaissions – car l’urgence est bien réelle –, quelle stratégie en matière de souveraineté le gouvernement entend-il déployer afin d’éviter qu’une telle situation ne se reproduise ?
Si notre débat est évidemment motivé par les opérations militaires américaines au Venezuela, nous ne pouvons pas omettre qu’il s’inscrit dans le contexte plus large de la crise du multilatéralisme. Le droit international, régi en grande partie par la Charte des Nations unies, est désormais bafoué par le pays qui accueille en son sein même le cœur de l’institution onusienne. Pire encore, Donald Trump menace, ne pense les relations internationales qu’au prisme du rapport de force, et coupe les financements alloués aux agences de cette organisation, elle qui a toujours eu vocation à éviter à l’humanité l’enfer, selon le célèbre mot de son deuxième secrétaire général. Pour nous Français, Européens, humanistes, les droits internationaux et humanitaires sont centraux, que ce soit à Gaza, au Venezuela, en Iran ou au Groenland. Comme l’a dit le premier ministre lui-même, les intentions de l’administration Trump doivent être prises très au sérieux. Si nous ne pouvons plus considérer les États-Unis comme des alliés, nous avons l’impérieuse obligation de penser l’architecture de défense européenne sans eux. La France a un rôle central à jouer à cet égard. Nous devons avancer conjointement avec ceux qui veulent prendre le chemin de la souveraineté politique et militaire, et convaincre que le choix de la souveraineté est la seule solution pour une Europe indépendante, avant que l’histoire ne nous mette face à une situation qui ne nous laisse plus le choix. Or vous l’avez rappelé, avant même les menaces militaires, c’est bien par ses propres dépendances que l’Europe est menacée. Forts de ce constat, quelle stratégie adopter pour que l’Europe fasse vivre le droit international là où les États-Unis s’en sont détournés ? Pour le groupe Socialistes et apparentés, le futur texte d’actualisation de la LPM devra être profondément tourné vers l’Europe, afin de financer aussi bien les efforts d’influence française à Bruxelles que les équipements produits en coopération. Comment réussirons-nous à sortir de la rhétorique de certains pour enfin agir en Européens, ainsi que l’urgence de la situation nous commande de le faire ?