Tout d’abord, j’adresse une pensée à l’enseignante poignardée à Sanary et remercie le ministre de ses mots très justes, ce matin. Nos enseignants, comme tous les agents publics, sont les vigies de la République ; nous leur devons une solidarité sans faille, en toute occasion. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.) Il en va de même pour nos forces de l’ordre. En vingt-quatre heures, neuf policiers ont été blessés à cause de refus d’obtempérer. Ces derniers ont augmenté de 11 % l’an dernier. Que signifient-ils ? C’est un refus de l’autorité de l’État qui se propage de manière systémique. Malheureusement, certains dans cet hémicycle, en mettant régulièrement en cause les forces de l’ordre, n’aident ni à faire baisser les violences ni à affirmer l’autorité de l’État dans l’espace public. Le refus d’obtempérer est sévèrement puni : cinq ans d’emprisonnement, 75 000 euros d’amende, suspension automatique du permis, confiscation des biens. L’arsenal juridique existe ; il faut maintenant le mobiliser, avec sévérité. Le gouvernement transmettra-t-il une instruction générale au parquet pour que la plus grande sévérité s’applique à ceux qui, quotidiennement et systématiquement, enfreignent l’autorité de l’État et mettent en péril la vie de nos forces de l’ordre ? (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur quelques bancs des groupes EPR et LIOT.)
L’article 50-1 de la Constitution permet au gouvernement d’expliquer la position de la France sur une situation de crise, sur une grande réforme ou, comme aujourd’hui, sur la situation internationale. Il permet également aux parlementaires de faire entendre leur approbation, leur désapprobation ou leurs propositions. L’action internationale, diplomatique et militaire est sans nul doute une prérogative du président de la République, mais la position de la France est certainement plus forte lorsqu’elle est partagée par la représentation nationale. Les bouleversements internationaux auxquels nous assistons exigent que nous puissions, ensemble, partager et peut-être unir nos points de vue et nos objectifs pour la France. Le monde est devenu instable et dangereux. Il l’est par les déclarations et les actes de nombreuses puissances internationales qui assument pleinement leurs velléités, leur volonté impérialiste ou expansionniste. C’est le cas plus particulièrement de trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU : la Russie, la Chine et les États-Unis. Aucun d’entre eux n’a hésité à piétiner le droit international qu’ils étaient pourtant censés garantir. Depuis plus de soixante-dix ans, la France a construit sa politique internationale sur la base de son indépendance et du respect de la souveraineté des nations démocratiques. Cela suppose une capacité de dialogue avec tous les pays, dans le cadre d’un monde multipolaire. La France n’est pas un pays aligné – pas même sur les États-Unis. Elle occupe depuis toujours, au sein du Conseil de sécurité de l’ONU comme au sein de l’Otan, une position singulière, que lui confère son statut de puissance nucléaire et de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Le cas du Venezuela doit nous permettre d’affirmer la constance des principes diplomatiques de la France. L’enlèvement du dictateur Nicolás Maduro par les États-Unis ne répond pas aux impératifs de démocratie et de liberté du Venezuela et du peuple vénézuélien. À quoi bon enfreindre le droit international par une intervention militaire dans un pays étranger si cela conduit, ensuite, à continuer à dialoguer avec un régime qui n’a pas changé et qui continue d’opprimer son peuple ? Il y a eu des élections au Venezuela. Leur vainqueur est Edmundo González Urrutia. Il devrait être notre interlocuteur, reconnu par la France. Or ni la France ni l’Europe n’ont fait ce choix. Il s’agit, en réalité, d’un renoncement grave aux valeurs de liberté et de démocratie que nous prétendons défendre. Cet alignement sur la diplomatie américaine est un affaiblissement de la diplomatie française et porte atteinte à notre crédibilité internationale. Certes, les États-Unis dominent l’Otan par leur puissance nucléaire, mais nous ne pouvons pas nous aligner sur un partenaire qui modifie l’ordre mondial au gré de ses intérêts exclusivement économiques. Si les États-Unis persistaient dans cette logique unilatérale, si les menaces concernant le Groenland venaient à se concrétiser, alors la question de la position française au sein de l’Otan devrait être clairement posée. L’Otan ne peut pas être l’outil de la prédation américaine. La France doit être une puissance d’équilibre, capable de porter une parole forte et indépendante partout dans le monde, quel que soit l’interlocuteur. Pour assumer notre rôle au moment où le dérèglement mondial s’opère à une vitesse vertigineuse, il nous faut une autonomie stratégique, militaire et diplomatique. Cette autonomie stratégique repose sur notre volonté collective de ne renoncer ni à notre histoire ni à nos valeurs, ainsi que sur notre capacité à nous doter des moyens nécessaires, notamment budgétaires, sans lesquels rien n’est possible. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR, EPR et Dem.)
Le monde tourne vite et nous n’avons pas le temps de tergiverser. Dans ce contexte, nous vous demandons de déclencher sans délai l’article 49.3 de la Constitution (Exclamations sur les bancs de plusieurs groupes) pour enfin doter le pays d’un budget qui permette à nos forces armées d’avoir les moyens de protéger la nation et à la France d’être respectée. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)
En Europe, nos dissensions diplomatiques témoignent d’une faiblesse. En France, les interminables tractations budgétaires signent notre incapacité à agir et à nous protéger. Monsieur le premier ministre, à votre initiative, l’Assemblée nationale a voté, à l’exception de La France insoumise, pour doter les armées des moyens nécessaires à la protection de la nation et à l’affirmation de sa puissance.
Le 24 février 2022, la Russie envahit l’Ukraine au nom d’une prétendue Grande Russie. Le 29 décembre 2025, la Chine mène des exercices militaires à munitions réelles autour de Taïwan, au nom d’une prétendue réunification de la Chine. Le 2 janvier 2026, les États-Unis enlèvent à Caracas le dictateur vénézuélien Nicolás Maduro, avant que Donald Trump réaffirme son ambition expansionniste à propos du Groenland. Sous nos yeux, trois membres éminents du Conseil de sécurité de l’ONU piétinent sans vergogne le droit international, censé protéger la sécurité du monde. Nous sommes entrés dans un nouveau monde qui est dangereux. Pour y être respectées, l’Europe et la France doivent être puissantes et capables de le démontrer.