Monsieur le ministre, vous l’avez dit tout à l’heure, il y a deux possibilités : certains veulent taxer toujours plus, d’autres veulent remettre en cause la souveraineté. Mais le sujet n’est pas tellement celui-là : le sujet est de savoir si nous respectons notre parole. Nous avons indiqué que cette contribution était exceptionnelle et devait s’accompagner de réformes. Aujourd’hui, il n’y a toujours pas de réformes et la contribution n’est plus exceptionnelle. C’est la raison pour laquelle, avec mes collègues du groupe Horizons & indépendants, nous avons souhaité cette fois-ci la supprimer.
Leur épargne peut être placée en actions, oui. Et alors ? Ce n’est pas parce qu’elle est placée en actions que ces gens sont riches ! Cela vous échappe peut-être, mais c’est une réalité économique. Dites clairement que vous voulez taxer les petits épargnants, ce sera beaucoup plus simple.
Mais ce sont les petits épargnants que vous taxez ! Et vous le faites sans le dire clairement. Il est inexact de dire que cela ne viserait que les 25 % les plus riches. Les épargnants français sont 7 millions à détenir un PEA, 9 millions un PEL, et 41 % des Français ont une assurance vie. Il s’agit de l’épargne des personnes qui travaillent.
Cette affaire de la métropole du Grand Paris, c’est quand même un truc de dingo ! La métropole a été créée en 2015 mais 96 % des maires des communes qui la constituent ont voté contre sa création. L’État est passé en force et a créé deux nouvelles strates politico-administratives : celle de la métropole elle-même et celle des établissements publics territoriaux. Au total, ce sont 500 postes de conseillers métropolitains et de conseillers territoriaux qui ont été créés. Pour faire des économies, madame la ministre, voilà une réforme facile ! Le gouvernement a confié au préfet de la région Île-de-France une réflexion sur la métropole du Grand Paris. Pourquoi cette réflexion n’a-t-elle pas abouti ? Pourquoi n’avons-nous pas ses conclusions et pourquoi n’avons-nous pas pris de décision ? J’entends le rapporteur général, qui nous met en garde : la suppression de l’article 40 bloquerait la machine. Il a parfaitement raison car les communes s’adaptent, travaillent avec leurs partenaires et ont lancé des projets. Patrick Ollier, le président de la métropole, fait ce qu’il peut pour faire vivre ce machin, mais soyons honnêtes : c’est un truc de dingo ! Il s’agit d’une machine à aspirer les compétences des communes, ou à se mettre en concurrence avec la région, avec une efficacité relativement faible. Il faudra un jour trancher cette affaire. Je comprends que 23 heures 15 ne soit pas l’heure du grand soir, mais je le répète, madame la ministre, ce machin est un truc de dingo !
Le budget a été construit avant les manifestations lycéennes et leurs revendications. Cependant, dans le contexte actuel, nous ne pouvons pas considérer que cette ponction de 157 millions d’euros est pertinente, même si cette somme correspondait à une redistribution temporaire. Nous ne pouvons pas adopter l’article 39 dans un contexte où les jeunes sont en situation de fragilité, car les lycéens bénéficient, dans les centres de formation d’apprentis, d’une formation nécessaire et utile. Cela relève du bon sens et de la responsabilité. Sinon, cela signifie que nous n’avons rien compris et rien écouté aux revendications étudiantes. Les étudiants des lycées professionnels et des CFA méritent pleinement ces 157 millions.
La CPEB relève de la très haute ingénierie budgétaire. Pourtant, avec le Dilico, vous aviez atteint l’an dernier un niveau déjà très élevé. Pour ceux qui nous écoutent, il faut rappeler ce que signifiait cet acronyme bizarre : un dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales des collectivités territoriales. Il consistait à prélever une partie des recettes des collectivités pendant cinq ans, avec un remboursement hypothétique sur les trois années suivantes. Avec la CPEB, madame et monsieur les ministres, vous ne vous cachez même plus. Vous prenez et vous annoncez d’emblée que vous ne rembourserez pas : c’est honnête, vous me direz. Sérieusement, cessons d’embêter les collectivités locales. Laissez-les tranquilles, laissez-les travailler. Garantissez-leur des recettes stables et prévisibles et redonnez-leur confiance : c’est tout ce qu’elles vous demandent. Les collectivités, notamment les communes, demeurent les piliers de notre démocratie, parmi les derniers à tenir encore debout. Ne contribuez pas, article après article, à les mettre à terre. C’est pourquoi je demande la suppression de l’article 37.
Madame la ministre, on ne peut pas laisser dire que les collectivités locales ne participent pas au redressement des finances publiques. Entre 2011 et aujourd’hui, la DGF est passée de 47 à 27 milliards d’euros, ce qui représente un effort considérable. Avec cet article, nous parlons d’une compensation à la suppression de la taxe d’habitation ou de la part régionale de la CVAE. Cette compensation est un engagement de l’État. Lorsque, de façon unilatérale, le gouvernement augmente le taux de cotisation pour les retraites des fonctionnaires des collectivités territoriales, ces dernières se mobilisent pour absorber l’effort budgétaire demandé. Madame la ministre, parce que vous êtes une élue locale et parce que vous avez à cœur de défendre les collectivités locales, vous ne pouvez pas laisser dire qu’elles ne font pas d’efforts budgétaires. Ce n’est pas vrai. Leurs dirigeants trouvent des solutions, parfois très inventives, en mutualisant des projets, avec des étalements dans le temps ou en étant malins dans la recherche de financements. Je le répète : l’article 36 concerne une promesse de compensation et cette compensation, vous la devez aux collectivités locales.
Beaucoup de choses ont déjà été dites. La plus fondamentale est qu’il faut respecter les communes. En revenant systématiquement sur des engagements, vous bafouez la confiance que les collectivités locales peuvent avoir en l’État et en sa parole. Cette fraction de TVA – c’était une promesse de l’État – compense des recettes que vous aviez décidé, de façon unilatérale, de reprendre aux collectivités locales. C’est le cas, par exemple, de la CVAE. En brisant cette confiance, vous empêchez les collectivités locales d’avancer sereinement et de faire ce qu’elles font le mieux, c’est-à-dire défendre les positions républicaines de l’État auprès de nos concitoyens. La confiance est rompue partout. Nous avons besoin de réparer notre pays. Cela passe, en partie, par le fait de restaurer la confiance. Or, pour la troisième fois ce soir, vous rompez un pacte de confiance entre les collectivités locales et l’État.
Depuis le début de l’examen de l’article 34, relatif à la DGF et aux variables d’ajustement, et durant l’examen de l’article 35, il est intéressant de constater que sur tous les bancs s’exprime l’idée que ces mécanismes ont quelque chose d’obsolète. Votre choix n’est pas de les réformer mais de les bidouiller à nouveau pour les rendre encore plus complexes. Plutôt que de ponctionner les collectivités locales, il faut travailler à une réforme profonde : la décentralisation et la simplification du millefeuille politico-administratif permettraient des gains substantiels pour le budget de l’État. Monsieur le ministre, je n’imagine pas une seconde que vous ne sachiez pas, comme vous le feignez, que cet article a un caractère rétroactif. On ne parle pas des investissements futurs, mais d’un remboursement concernant des investissements déjà réalisés. C’est l’aspect le plus choquant de l’article 35, qui explique notre résolution à voter les amendements de suppression.
Je confirme que s’il y a un article à retirer du texte, c’est celui-ci, car il comporte trois vices. Premièrement, vous prétendez par son moyen guider, depuis l’Assemblée nationale, les investissements des collectivités locales. Or il existe dans notre pays un principe de libre administration des communes ; même s’il est souvent piétiné, il a valeur constitutionnelle et nous aimerions qu’il soit respecté. Deuxièmement, le présent article, par son application rétroactive, rendrait insincères des budgets qui ont déjà été votés, puisque les recettes prévues ont été inscrites au budget des communes. Troisièmement – c’est l’argument le plus décisif et Charles de Courson l’a évoqué –, cet article freinera les investissements publics, sachant que 70 % d’entre eux sont assurés par les collectivités locales. Non seulement vous conduirez les maires à remettre en cause des investissements en cours, mais vous les pousserez à renoncer à des investissements futurs. L’article 35 est donc très dangereux pour les communes, pour leur libre administration et pour l’investissement public.
Il faut laisser les collectivités locales tranquilles et cesser de les déstabiliser. Au cours des quinze dernières années, la DGF est passée de 41 milliards d’euros à 27 milliards, elle a enregistré une baisse de 34 %. M. Tryzna l’a pourtant rappelé tout à l’heure avec justesse : la DGF, ce n’est pas une aumône que demandent les collectivités territoriales, c’est un dû que l’État leur verse, au titre des compétences qu’elles exercent en application des lois de décentralisation. L’État prévoit une hausse de 2 % de ses dépenses. Avec l’amendement no 11 de M. Descoeur, nous défendons une augmentation de 350 millions d’euros de la DGF, cette hausse représentant à peine 1,2 % de son montant – un taux inférieur à celui selon lequel augmentent les dépenses de l’État. Depuis quinze ans, l’effort des collectivités est exceptionnel : passer de 41 milliards à 27 milliards d’euros de DGF le démontre. Cet effort a permis à l’État de dépenser pour d’autres missions et vous ne pouvez pas faire grief aux collectivités locales d’être un poids dans la dette publique.
Comme l’a dit Thomas Lam, nous ne voterons pas ce texte. D’abord, parce qu’il crée l’illusion d’un problème, alors que 93 % des fournisseurs de l’État sont déjà des entreprises françaises. Mais il y a une autre raison à notre choix : c’est la façon dont, depuis cet hémicycle, vous voudriez dicter aux acheteurs publics ce qu’ils doivent faire. Prétendre qu’ils ne sont pas sensibles à l’emploi de proximité, c’est leur faire offense. Lorsqu’une collectivité locale – une municipalité, un département, une région – achète, lance des appels d’offres, elle le fait naturellement avec le souci de l’emploi local, des bassins d’emploi et des entreprises qui vont y répondre. Affirmer qu’il y aurait là un problème, c’est non seulement faire offense aux acheteurs publics, mais c’est surtout rendre leur travail plus complexe. Toutes les tendances qui veulent décider ici pour le local de ce qu’il doit faire ne font que lui imposer une complexité supplémentaire. Foutez la paix aux collectivités locales ! Faites en sorte qu’elles travaillent dans de bonnes conditions et qu’elles n’aient pas peur, lorsqu’elles passent un marché public, de se retrouver devant les tribunaux. Par cette résolution tout à fait inutile, vous voudriez leur dire ce qu’elles doivent faire, mais les collectivités locales, qu’elles soient communales, départementales ou régionales, qui maîtrisent 70 % de l’investissement public national, ont parfaitement conscience des enjeux liés à l’emploi et à sa territorialisation. Elles n’ont pas besoin d’une nouvelle résolution inefficace pour savoir ce qu’elles ont à faire. Foutez-leur la paix !